Skip to main content

Full text of "Les Narbonnais: chanson de geste"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automatcd qucrying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send aulomated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project andhelping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep il légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search mcans it can bc used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite seveie. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while hclping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http : //books . google . com/| 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public cl de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //books .google. com| 



W -1 •'^- 



W -1 % 



SOCIÉTÉ 



DES 



ANCIENS TEXTES FRANÇAIS 



LES NARBONNAIS 



CHANSON DE GESTE 



TOME PREMIER 



/" 



Le Puy-en-VeUy. -~ Imp. R^git Marchettoo, boalcTard Carnot, 33. 



LES NARBONNAIS 

CHANSON DE GESTE 

PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS 



Hermann SUCHIER 



TOME PREMIER 




PARIS 

LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT ET C" 

RDE JACOB, 56 
M DCCC ICVIII 



Publication proposée à la Société le 3i novembre 1894. 

Approuvée par le Conseil dans sa séance du 16 janvier 1895, sur 

le rapport d'une Commission composée de MM. Longnon, P. Meyer 

et G. Paris. 

Commissaire responsable : 

G. Paris. 



"*-.»! i^')»"*" 



n» 

v 



M. ARTHUR MARSHALL ELLIOTT 

PROFESSEUR DE LANGUES ROMANES 

A JOHNS HOPKINS UNIVERSITY (bALTIMORE) 

FONDATEUR DE l' A SSO C I AT I ON AMÉRICAINE 

POUR l'Étude des langues modernes 



HOMMAGE SYMPATHIQUE 



H. S. 




LI NERBONOIS 



I 



E f u a pasques, une feste hautor. [68 c] 
Biaus fu U tans ; replandisent li jor, 

< Ces eues doces repèrent en vigor, 
Foillissent bois et traient a verdor, 
Cil oisselet chantent par grant doçor, 
Chevalerie quierent tornoïeor, 
Dame qui aime a plus fresche color 
Et mielz se vest et de plus bel ator. 
Ce dit la jeste, so sevent li plussor, 
Et bien devise qui furent li mellor : 



1. I A pa«que ; C a une; A autor. — 7 A replandiMm; A ic — 
3 DE Cbauitans faisoit et remaim (E remcsi) ta Iroidor — 4 DE 
Fueillent cil bois -.Denv. — SE oisillon» — 6 DE cil iousteour 
— 7 a plus] DE ti a — 8 A uetet et perent li plusior; C et est 
de b. a. — g ADE dist ; A to, C seu] DE ce — 10 DE Et si deui- 
sent. Serait-il permit d'intervertir les vert g et 10? Il faudrait 
alors supprimer le point apris ator, mettre un point après mellor, 
deux points après pluuor 



2 LI NERBONOIS 

Charles de France, le maînne empereor, 

Tint cort moût riche a Paris par vigor. 

.Vii. roi puissant il mengierent le jor 

Et li baron de la terre Francor 
1 5 Et arcevesque et abé et prior ; 

De Tordre Dieu il furent li plussor. 

Es marches furent li noble pongneor 

Por bien destraindre la gent Sarrazinor ; 

Mes nule part n'en remest nul mellor [d] 

20 Que a Nerbone Aymeri le contor; 

Chevalerie ot et pris et anor, 

Et si porta grant foi a son segnor. 

Cil tint sa cort par moût riche valor, 

.M. homes ot en la sale maior. 
25 Aymeris sist al mestie dois autor, 

Blanche ot la barbe, si ot fresche color ; 

Qui le regarde, bien samble pongneor. 

Par la fenestre torna son chief au jor, 

Vit de Nerbone le paîs tôt entor, 
3o Les prez, les vignes, le port Sarrazinor, 

La mer salée qui li bat tôt entor. 

Qui li amoinne les nés par grant viguor, 

Dom cil sont riche qui mainnent o labor ; 

Vit Hermanjart a la fresche color, 



1 1 A empereeor — i3 le] DE ce — i5 A Et arcevesques; et abé] 
E vesque abbe — i6 C meillor — 17 DE sont — 18 DE Pour les 
deffendre vers g. Sarr* {E Sarrazinour) — 19 DE not remez; D 
un — 20 E Fors a Noirbonne Aymers — ai DE ot aprise — 
22 DE bone foi s. s. — aS C moût] A si; D par force et par 
uigour, E com hom de grant valour — 25 D Aym*; D eX; A 
autor] C aucor, DE autour — 26 Z) Le vers est gratté et récrit 
depuis : Ml't fu de bel eage si ot fr. c; E De bel aage fii. si ot 
fr. c. — 27 DE Qui lesgardoit bien scmbloit p. — 29 DE Voit; 
A le pales et la tor — 3o DE mq. — 3i li] ^4 lor; DE batoit entour 
— 32 A Qui lor abat amoinne; DE les granz nez toute iour — 
33 DE mq.; A maînet — 34 A Dame, C Voit 



LI NERBONOIS D 

35 Et les .vii. frerres, qui traient a vaior. 
I les apele bêlement par amor. 
« Enfant, » fet il, « norri vos ai maint jor; 
Chascun de vos vaut un empereor. 
De ce lou Dieu le père criator, 
40 , Ç'un roi vaut bien de vos toz le menor. 
Mes d'une chose le tien ge a folor : 
Que atandanz vos voi ci a m'anor. 
Ainz de la terre qui fu mon encessor 
Ne vos tenir demi pié ne plain dor, 
45 : Ainz m'an alai servir un bon segnor, 
i Charle de France, le riche ampereor. 
Qui me dona Nerbone et ceste anor. 
Bien l'ai tenue contre gentpaienor. 
S'or departoie en .vii. ceste contor, 
5o Petite part en seroit la gregnor. 

.No ferai pas ! Porchaciez autre anor ! 
/ Alez an France — soiez conquereor — 
/ A Charle Maigne le riche ampereor, 
' Si con je fis quant j'ere poigneor ! 
55 Que, par la foi que doi saint salveor, 
Ja netendroiz demi pié de m'anor! 
Guibert l'avra, car il est le menor, 

Et je li ai donee. » [69 a] 



35 DE Et ses .vii. filz q. tr. en v. {E a v.) — 36 DE Si — 39 DE 
La merci Dieu le verai cr. — -40 DE mq, ; C poior — 41 DÉ Mes 
vne; CDE (le mq.) a grant f. — 43 DE Que atcndre — 43 DE 
Ainz (E One) del pales que tint — 44 £ non p. d. — 45 DE s. a 
un s. — 46 le] DE un — 47 ^ et mq.; DE Qui ma donnée et 
Nerbone (E Noirbone) et lonnor — 48 D la — 5o -4 en auroit 
le gr., D en feroit la menor, E en feroit la gr. — 5i DE la nel 
ferai; A conquérez; DE p. vous aillor — b2 A conquérez a ualor 

— 54 Aïe fui — 56 DE la nen arez d. p. ne (E non) plain^dor 

— 57 il que; E meillour — 58 il Car ie, C le la 



LI NERBONOIS 



II 



Biaus fu li jorz, si com o tans d'esté. 
60 Aymeris sist an son paies iisté ; 

Bianclie ot la barbe si corne flor de pre, 

Si li avint jusq'al neu do baudré. 

Plus biau chanu n'ot en crestianté. 

En sa main tint un bastoncel plané, 
65 An .iiii. leus estoit d'argent bendé; 

Fiert sor la table par si niiste fierté 

Que le paies en a tôt retinté ; 

Ce senefie qu'i doit estre escouté. 

Il voit ses filz, qui sont de bel aé. 
70 « Enfant, » dist il, <c Dex vos croisse bonté 1 

Norri vos ai, ce est la vérité. 

Tant que des or poëz estre adobé ; 

Mes d'une chose le tieg a foleté, 

Qu'ici vos voi atendre a m'esrité, 
75 Qui n'ai de terre ne mes une cité, 

Que Charles Maignes me dona de son gre. 

Le jor l'ofri a trestot son barné ; 

N'an orent cure li duc ne li chasé, 

Tant redotoient de paiens la fierté. 
80 Je la requis, si l'oi, la merci De ! 

Bien l'ai tenue, ce est la vérité. 

Que n'en perdi demi pié mesuré. 



II. 60 E fist; DE paue — 61 D a; C si corne, D si com, E corne; 
C iist deste, DE lis en este — 64 A bastocel ; DE pelé — 65 C 
Qan ; A Qui deur en autre — &6 AC sor] DE en; DE p. itele f. — 
67 A a] CD est, £ iert — 68 DE questre doit — 70 C fait il — 
73 DE Mes une ch. tieng ie — 74 DE Que ie — 75 il que seul, 
E fors que; D cune; A conte — 76 il bon — 78 il nân — 79 DE 
mq. — 80 £ li — 81 £ par viue poeste 






LI NERBONOIS 

La merci Dieu le roi de maieté, 
A un seul home en i a a chierté. 

85 A vos le di, Bernait ; q'estes Painné. 
N'atendez mie partie en m'erité, 
Einz an alez an France le régné 
Servir Charlon le fort roi queroné : 
Donra vos terre se le servez a gre. 

90 Que, par la foi que doi saint Anoré, 
Ja de la moie en tretot mon aé 
N'avroiz qui vaille un denier moneé ; 
Guibert li jones Tavra en erité : 
Ne li retondre mie ! » 



III 



95 Ce fu en mai, que la rose est florie; 

L'oriël chante, et li rosignos crie. 

Dame Hermanjart, qui tant fu segnorie. 

Celé qui vint de la cit de Pavie, [b] 

S'en est antree an sa chambre voltie. 
100 Vestue fu de soie d'Almarie; 

Moût fu iriee de celé départie 

Q'Aymeris fist a la chiere hardie 

De ses anfanz dom el estoit servie ; 

Forment en fu coreciee et marrie. 
io5 Et Aymeris a la barbe florie 

Fu o paies antre sa baronie ; 

I voit ses fiulz, durement lor escrie. 

83 C Cainz ; A .ii. d* moneez — 84 il En, DE Et; C écrit le vers 
deux fois ; DE en ai a {E en) hérite — 86 DE Que natendez (mie 
mq.) — 89 DE terres — 90 £ Quaf — 93 DE li maines 

III. 99 DE En ; A antrez; A sale — 100 il dun paile dA. — loi 
DE ceste — 104 DE Durement fii — io5 DE Quens Ay' — 107 il 
I, C II, DE Et; il fièrement 



6 LI NERBONOIS 

« Anfant, » fet il, « se Dex me beneïe, 

Ainz de la terre mon père n'oi partie, 
I lo N'onques n'en ting danree ne demie, 

Ainz m'an alai en ma bachelerie 

Servir Charlon a la barbe florie; 

Acointié m'i par ma chevalerie 

Devant Vyane la fort cité garnie, 
1 1 5 O li rois sist o sa grant ost banie 

.Vii. anz toz plains, que prandre n'en pot mie, 

Qant dan Girart qui Tavoit en baillie 

La li randi voiant sa baronie 

Tôt par amors et par sa cortoissie. 
120 Puis ala Charles a la chiere hardie 

Droit en Espangne desor la gent haie. 

Si me lessa ceste cité amie. 

La merci Dieu le filz sainte Marie^ 

Bien l'ai tenue contre gent paienie, 
125 Que n'en perdi vaillesant une alie. 

Por ce vos di, se Dex me beneïe, 

Segnor anfant, que n'i atandez mie. 

Et vos, Bernart, ja n'i avroiz panie ; 

Li ain^nez estes de tote ma megnie. 
1 3o Alez servir an France la garnie. 

Vos et Guillames a la chiere hardie, 

Et Hernaut soit en vostre compagnie ! 

Dites Charlon a la barbe florie 

Que Aymeris li mande et si li prie 
1 35 Que^vos soiez pers de sa baronie 



109 DE One — iio DE mq, — m DE la b. — 112 DE a la 
chiere hardie — ii3 DE Acointai — 114 il Desoz; DE celé c. 
antie — ii5 D a toute sost b., E a tout son ost b. — 1:6 DE 
pleniers — 13 1 DE Dedenz Espaigne sor (E sus) la gent paienie 

— 123 DE qui tôt a en baillie — 134 DE Lai retenue c. g. maleie 

— 125 D Quainc nen, E Conc ni; D aillie — 126 vos] DE le — 
127 DE abeez — 128 il Et uos anfant, C Ne uos pnart — iZi A 
chère — i35 DE pris en sa b. 



LI NERBONOIS 7 

Et conseillers de sa chanbre voltie ; 

Et Torifamble doint Guillame en baillie. 

Et si la port en bataille fornie ; [c] 

Et a Ernaut doint la seneschaucie 
140 De la vitaille et de la menentie ; 

Par lui soit tote donee et départie ; 

Asez an doint, mes qu'il ne la gast mie ! 

Cil .iii. mestier an France la garnie 

Ont desor autres tote la segnorie. 
145 Si servez Charle a la barbe âorie 

Si lealment que chascun bien en die, 

Et anorez la riche baronie, 

Les filz au contes et la chevalerie ; 

Puis vos seront vers Charlon en aie 
1 5o Et proieront lealment sanz envie 

Que il vos doint riche terre en baillie 

Et a chascun moUier moût segnorie. 

A vos le di, Bernarz; que c'est folie 

Qui atendez de Nerbone partie. 
1 55 Foi que doi Dieu, al filz sainte Marie, 

Ja n'en avroiz vaillesant une alie I 

Guiben l'avra; ne li retodrai mie : 
A celui la claim quite. » 



i36 D la — i37 A doit — i38 DE Et il — tSg C Hcrnaut, DE 
Bemart; A doit — 142 DE mq,; C que ne — 143 C Cist, E Ces 

— 144 DE desuz; C sor toz — 145 DE Servez K'; C a la chiere 
hardie — 147 Et] DE Si — 149 DE Si vous feront enuers KMon aie 

— i5o A boidie — i52 E bien; DE escheuie — i53 DE (que 
mq,) ce est folie — i5^C Nerbonois — i55 C Foi que ge doi (Dieu 
mq)j DE Que {E Quar) foi que doi — i56 DE uaillant une demie 

— 157 DE ne ne li toudra mie 



8 LI NERBONOIS 



IV 



« Bueve, biaux filz, » dist Aymeris le sage, 
1 60 « Vos me samblez de moût legier corage, 

Fiere persone de cors et de visage. 

D'androit de vos le tieg ge a folaje 

Qui atendez part en mon eritage. 

Foi que doi Dieu qui nos fist a s'ymaje, 
i65 Ja n'en avroiz vaillesant un fromaje ; 

Mais ainz que vos partoiz de mon estaje, 

Vos donré terre et moût riche menaje : 

Tenez Gascongne, o il a maint bocage ; 

Jusqu'en Espangne, le grant pals salvaje, 
1 70 Tandroiz la terre, le port et le rivaje. 

Par ilec ont sovant cil lor pasaje 

Qui a saint Jasque vont em pèlerinage. 

Je vos en doig ci le don et le gaje, 

Non pas por ce c'onques a mon aage 
175 Efisse ja danree d'eritage, 

N'onques oncore a moi n'a mon linage 

N'en fist nus bon servisse ne omage. 

Mes li rois Ys, qui est de grant barnage, [d] 

A une fille moût avenant et sage : 
1 80 Se estes preuz et de grant vaselage 

Et vos serveiz le roi par bon corage, 

La dame avroiz qui est de haut parage 



rV. 160 DE Vous resemblez; DE bien de; A hardi carage — 
162 DE Endroit; AB le t. a grant f. — i63 CE Que; A pes, C 
partie; A h; C meritage— i65 DE la monte dun fr. — 166 C par 
toz; DE ostage— 167 A mq,; DE V. d. ie et terre et héritage — 
168 D tant — 169 A iusqa — 170 DE La t. aurez — 171 A mPt 
sovant — 174 CDE en — 175 -E la — 176 DE Onques; DE parage 
— 178 A .y., C Is, DE Ys — 180 A est 7 — 182 AD grant, E 
gent; E corssage 



LI NERBONOIS 9 



Et le reaime et le grant eritage. 
Rois seroiz de la terre. 



i85 « Bueve, biaus filz, je vos donrai m'espee, 
Griebe la bêle, qui moût par est loee ; 
Toisse a de lonc et plainne palme lee, 
Onques ne fu mellor ne plus dotée. 
En Rancevax fu RoUant presantee ; 

190 II ne la vost, si me fu destinée ; 

Puis l'ont moût chier Sarrazin comparée, 
Doné en ai mainte pesant colee. 
Gardez moût bien qu'ele ne soit donee, 
Ne la changiez a fié ne a contrée, 

195 N'an prenez pas d'argent une charree ! 
Il n'a mellor jusq'a la Mer Betee. 
Que, par la foi que je doi m'esposee, 
Dame Hermanjart qui tant est anoree, 
Ja de mon fié n'avroz plus en sodée. 

200 A cestui querez autre ! 



VI 



<t Biaulz filz Garin, ne lerai no vos die : 
Endroit de vos le tien ge a folie [70 a] 

i83 DE haut 

V. 186 DE Grelle; DE tant» 187 DE mq, — 188 £ Conques; 
DE tant— 190 DE aportee — 191 DE Et p. 1. chicr — 192 DE 
Féru — 193 moût] DE la — 195 DE Ne nen (pas mq,) — 196 DE 
Quil; A salée — 197 DE Et; DE que doi a — 198 DE mq,; C la 
contesse ennoree — 200 A O 

VI. 201 A lera; C ne uos, D ne te, E ne! te ^ 202 DE Quendroit 



10 LI NERBONOIS 

Et a orgueill et a grant estoltie 
Qui atendez de Nerbone partie. 

2o5 Ja n'en avroiz vaillesant une aliel 

Non pas por ce que n'aiez grant baillie 
Et riche terre et moût grant menentie : 
Venez avant, si recevez Pavie I 
El est vostre oncle, s'avroiz la segnorie ; 

2IO Roi Boniface serviroiz sanz boidie, 

Car il n'ot onques nul enfant en sa vie ; 
Qant il morra, lera vos Lonbardie, 
Si tandroiz Pyse, celé cité garnie, 
Et le pals desi a Romenie. 

2 1 5 Asez avroiz richece. 



VII 



« Filz Aymer, par les sainz de Bretaingne, 
Endroit de vos le tien ge a engaigne 
Qui atendez partie de mon règne : 
Ja n'en avroiz qui vaille une chastaingne ! 

220 Venez avant, si recevez Espaingne, 
Tote la terre desi q'an Moriaine. 
.Xv. .M. homes seront a vostre ensaingne, 
Avec voz frères iroiz a Charle Maigne : 
Au roi prandroiz congié, coment qu'i praigne. 

225 La troveroiz les barons d'Alemaingne, 



2o3 DE mq, — 204 AD Qui, CE Que — 2o5 DE la monte dune ; 
D aillie — 207 A mq, — 209 DE Celé — 210 A Rois — 211 DE 
Qui onques not — 3i3 AC Si t. Puille, D Yse tenrez, E Ysse 
tendrez — 314 Et] DE tout; A de si, CD de ci, E siques; CE 
en, D mq, 

VII. 217 AC a grant e. — 318 C Que; DE de montaigne — 319 
DE mq.; C uaillant — 321 £ dusques; CD qan, £ en, il a; C 
mo::êgne — 333 A .xx.m, C .x. M. li — 334 DE C. p. a lui 



LI NERBONOIR II 

De Normendie, d'Anjo et de Bretaingne, 
Qui en iront desor la gent grifaingne 
Avecques vos en la terre d'Espangne. 
Vos avroiz Cordres et la grant tor autaingnc, 

23o Mes vos covient conquerre avant le règne, 
Si que ja Turc ne paien n'i remaingne. 
Con vos savré en la terre d'Espangne, 
Bueve en Gascongne, celé terre lontaingne, 
Et a Pavie avra Garin s'ansaingne, 

235 Et vos .iii. frères an France a Charle Maigne, 
Dormir porré en ma sale hautaîngne 
Entre les braz Hermanjart ma compaingne ; 
N'avrai poor que Sarrazins m'i praigne, 
Filz, por vostre barnage ! » 



VIII 

240 Or sont tuit set départi li anfant ; 

A chascun a promisse terre grant 

Quens Aymeris au corage vaillant, 

Tel con li plot et li vint a talant. 

Endementiers que lor vet devisant, 
245 Es Hermanjart par le paies errant, 

Detort ses poinz, ses cheveux vet tirant. 

Son fres hermine vet tretot decirant. 

O voit le conte, si li dist en plorant : 

226 DE De Lombardie; C Torengne — 227 il en — 227 etc. DE 
desus — 229 DE Cordes aurez a tout la tor — 23o A comt; A 
auant c. r., DE ainz c. le r. — 23i ia) DE ne — 232 CDE Qant; 
DE serez — 233 Ce. t. dEspengne, DE quest une terre estraigne 
— 234 A sasaingne — 235 C .ii. — 236 C dedanz ma sale auten- 
gne — 237 C mes br. — 238 A me 

VIII. 240 DE Lez Ay' furent si .vii. enfant — 242 E le preuz 
conte uaillant — 243 C répète le vers — 244 DE il uont — 245 A 
Vint Hm'; DE uenant — 246 DE uint — 247 DE mq. — 248 DE 
Ay* uit; A folement 



12 LI NERBONOIS 

a Aymeris sire, moût le fes folement 
25o Qant d'antor nos en chaciez noz anfanz, 

Ma noreture que je amoie tant 1 

Que diront or Sarrazin et Persant, 

Qant i savront cestui département ? 

Dire porront, bien est aparissant 
255 Que Aymeris se vet apovroiant. 

Lores avront asamblee ior gent, 

Mer paseront en nef et an chalant, [b] 

Tuit serom pris, ja n'en avrom garant, 

Dieu mescrerom le père omnipotent, 
260 Si aorom Mahom et Tervaguant. 

Je seré lasse ; tu en seras dolant 
Et tôt nostre linage. d 



IX 



a Biaulz filz Guibert, » ce dist li quens cortois, 
<c Que que je die, vos n'en iroiz des mois ; 

265 En cest paies remanroiz maionois. 
Il est escrit es ancianes lois, 
Sel comenda Alixandre li rois 
Et Juliant Cesaire le cortois, 
Que li puisnez doie avoir les menoirs. 

270 Vostre ert Nerbone et tôt le Biaulandois, 

349 E Ahi douz sire; DE com fêtes; A malement — aSo DE 
Qui d. vous en ch. voz a — sSi DE La — 355 DE apourissant — 
356 DE Âdont; A Lors a. tost; DE aunee — 357 CE en nés, D a 
nés ; i> et a — 358 DE Ci; D que ; i)£ ni — 359 DE le roi — 
360 C aorôs, DE aourrons — 361 A lan s. 1. tu remendras d.; 
DE et tu seras — 363 DE vous et uostre parages 

IX. 363 CDE dit — 364 -E Quoi — 365 DE mq, ; C maiorois 
— 368 C Julien ; il Et I. le sage et, DE Et Julius Cesaires ; E 
sanz moquois — 269 DE mainsnez; A doit, DE doit; DE tenir; 
D le menois, E le manois — 370 i4 est ; DE a tout 



LI NERBONOIS l3 

Et tandroiz Janvres et tôt le Jenevois, 
.liii. citez et chastiaux .xxiii., 
Mener porroiz mil homes a harnois. 
Tant con vivrai, ceanz me servirois 
275 Et Hermanjart qui vos porta .ix. mois; 

Par la main destre a Saint Pol la menrois. » 
« Sire, » fet il, « vostre plesir ferois ; 
Mes de mes frerres sui iriez et destrois. 
Qui vont en autre terre. » 



280 Dist Aymeris a la chiere hardie : 

a Seignor anfant, por les sainz que Tan prie, 

Qu'atandez vos en ma cité garnie? 

Volez i fere oltraje ne folie 

Ne les puceles prandre par estoutie 

385 Ne les borjoises honir par vilanie? 
Par celé foi que doi sainte Marie, 
N'i a un seul de si grant baronnie, 
Se la plus povre en trovoit endormie 
Et i Tavoit solement esperie, 

290 Por que clamor en fust fête n'oie, 
N'a si fier ome de si en Normendie, 
Plus grant vangence en felst en sa vie 

271 DE Si aurez; DE a tôt; E les — 278 C porrai; DEen;E 
omois — 274 A uiura — 276 D Et par (destre mq.); E Et par la 
foy que ie porter vous dois — 277 DE dist — 279 £ Quil 

X. 280 A Dist Hm Ay' por les s* que len prie ; C Dit ^ 2S1 A 
Enfanz que fêtes se Dex uos beneie — 282 DE ci en ma terre g. 
— 284-5 DE Ne mes borgois vergonder ne lor filles {E et leur 
fille) — 284 C par aatie — 285 A borioise — 287 i4 Ni a celui ; 
DE de celé b. — 288-9 ^^ ^^^ requeroit pucele de folie — 290 
CE Por coi, D Par quoi — 291 D ci ■— 292 DE Tclc iustice; A 
preist 



14 LI NERBONOIS 

Que j'en feroie, se Dex me beneïe, 
Fors Charles Maignes a la barbe âorie; 

295 Que contre lui ne m'ahatis je mie. 

Esploitiez vos, que ne vos targiez mie, [c] 

Si issiez tost de ma cité garnie ! 
Que, par celui qui tôt a en baillie, 
Se vos i truis demain dedanz compile, 

3oo N'an manroiz arme ne destrier de Sulie, 
Si samblera hontage. » 



XI 



Grant fu li deux o paies principer 

Por les .VI. frerres qui en doivent aler. 

Par la cité en ont oï parler 
3o5 Les borjois riches, qui moût font a loër; 

Dolant en sont cil qui Toent conter. 

.Ce. en vont sus o paies monter. 

Aymeri truevent séant lez un piler, 

Aus esches joe por son cors déporter. 
3 10 Li uns por toz Tan prist a apeler : 

« Aymeris sire, fêtes nos escouter ! 

De vos meimes venom a vos clamer. 

Savez de quoi? No vos devom celer. 

Marcheant somes, qui ne .finom d'errer 
3i 5 Par plussors terres por avoir conquester. 

293 DE Com ie — 294 C chicre hardie — 295 DE C. celui; A 
ne men a. mie — 296 DE Or e. et si ne t. m. — 297 DE Ainz 
i. hors — 298 E Quar cil Dieu q. — 299 DE d. a la c. — 3oo 
E Ne ; DE asne ne mule {E mulet) 

XI. 3o2 A priciper, D principel — 3o3 DE Por les cnfanz — 
304 DE mq. — 3o5 DE Li bon b. q. si f.; i4 fist — 3o8 il ioste 
— 309 DE Ou il iouoit — 3io Z) len p. a aparler, E prist a lui 
aparler — 3 12 D De vostre cors — 3i3 DE ne le d. c. — 3i4 DE 
si ne f. daler — 3i5 ^ plussor; DE En plusors lieus 



LI NERBONOIS l5 

En mainz leus fumes noz granz avoirs porter, 
Maint riche paile et maint hermine cler 
Et maint destrier, que meut font a loër. 
Vingnes et terres fesomes laborer, 

3 20 Moitoieries fesom moût bien garder, 
Autres avoirs plus que ne sai conter. 
Pernez an tent con savroiz deviser, 
Et si le fêtes a voz anfanz doner, 
Por qu'a Nerbone les façoiz demorer, 

3a5 Si nés lessiez d*antor vos remuer. 
Por ce le di, ce sachiez sanz doter : 
Quant nos fesson noz granz avoirs mener 
Par mi ces foires por vandre et achater, 
Cil do pals nos vienent demender : 

33o Segnor, dom estes? No nos devez celer. 
De qel segnor vos fêtes avoër? 
Et nos dissom tantost sanz demorer : [d] 

De par le conte dant Aymeri le ber. 
De par celui nos devom reclamer ; 

335 II et si filz nos ont a governer. 

Qant i Tantandent, si nos lessent aler ; 
Ne nos covient un seul denier doner ; 
N'est si hardi qui nos ost adeser. 
Por ce doit on son bon segnor amer. 

340 N'an lessiez pas vos filz de vos sevrer, 
Por amor Dieu qui tôt a a salver ! » 



3 16 DE Ou nous fesons les noz a. p.; A mener — Siy D Tant- 
tant — 3i8 Z) tant font — Sig is T. et v.; DE fesons nous — 
320 DE mq,; C fesomes (moût mq,) 32 1 DE que ie ne sai nom- 
mer — 322 ^ uodroiz, DE sauez; A comender, CE demender — 
323 D Et mq.; C les — 324 DE mq. — 325 DE Et dentor vous nés 
lessiez — 327 DE Que; noz] DE les; A porter — 328 DE De foire 
a autre; por] il et — 33o DE (segnor mq.) D. e. vous; C Ne le d. 
— 33i A anorer — 333 E sire Af — 334 DE Car de c. — 336 DE 
Et q. dl {E cis) loent; DE ester — 338 DE mq. — 339 DE bien 
son 8. — 340 C Ne; DE ia por ce uos filz alcr — 341 DE lamor 



l6 LI NERBONOIS 

Ce dist Bernait : a Segnor, lessiez ester ! 
Lessiez mon père dormir et reposer, 
Vivre de bois et an rivière aler 

345 Et an ses chanbres sainier et vantoser. 
Il a bon droit, je ne l'en sai blasmer. 
Nos somes tuit meschin et bacheler. 
Si nos covient les marches a garder, 
Fere batailles sor paiens d'otre mer. 

35o La devom nos les avoirs conquester, 
Que a Nerbone li devom amener, 
Dom î se face servir et anorer 
Et Hermanjart, ma dame o le vis cler. » 
Aymeris Tôt, si s'en est ris le ber ; 

355 Dame Hermanjart en prist a apeler. 

« Dame, » dist il, « or puis bien esprover : 
Cist est mes filz, ce ne fet a doter. 
Bien retret a ma jeste ! » 



XII 

Qant Hermanjart Aimery escouta, 
36o Qui ses anfanz ainsi en anvoia 

En autres terres, que il lor dévissa. 
Et a Guibert tôt Nerbonois dona, 
O voit le conte, si l'en aressonna. 

343 C Et dit; DE Et d. B. tout ce 1. e. — 843 DE L. le conte — 

344 DE venir du bois — 345 DE sa chambre dormir {E uenir) 
et reposer — 346 DE Et il a d.; DE puis — 347 DE Car 
trestuit s. m. — 348 C aoient ~ 349 DE as — 35o DE Ileuc d. 
(nos mq,) — 35i C nos doiuent; DE Que nous deuons a Nerb' 
aporter » 353 DE Et H. la contesse au — 354 ^ rist lors — 356 C 
fait il — 357 D Cil ; il io uos di sanz d., C nen fist mie ad. — 
358 DE II r. 

XII. 359 A Q. la contese — 36o DE Que; DE envoiera 36i A 
si com il d. — 363 DE Ay* voit 



LI NERBONOIS I7 

ce Biaux sire quens, entendez a moi ça I 
365 Si m'aîst Dex qui le mont estora, 

Tant con je vive, ce ne soferré ja 

— Car onques Charles mesires no juja — 

Que le plus jone tôt Teritage avra ; 

Mes sire en soit, tant com il vos plera; 
370 As autres truisse ce que mestier sera, 

Tant con la terre et le païs tandra; [7/ a] 

Marit ses suers a Tainz que il porra : 
C'est la costume en France. » 



XIII 

Endemantiers que la dame au cler vis 
375 Disoit au conte ce que li ert a vis. 

Par le paies vint errant Guibelins, 

Moût correciez et tristes et pansis. 

O voit son père, si Ta a resson mis : 

« Biau sire père, par le cors saint Denis, 
3 80 Or voi ge bien que tenuz sui por vis, 

Con d'antor moi en chaciez mes amis 

Que je deUsse servir en cest pals 

Et essaucier et anorer toz dis. 

Mes, par la foi que doi a Jesucrist, 

385 Ne serai riches por que soient mendis ; 
Ainz m'en irai essilliez et eschis. 

Ja nés lerai tant con je soie vis ! » 

364 DE Ay' sire — 366 DE ne le s. — 367 DE Onques uoir C. 

— 368 se trouve avant 367 dans DE — 369 DE Ceenz soit il — 
372^4 sa suer; DE Ses s. m. si tost com 

XIII. 375 A contes; DE fvL — SjS DE a tant; A Guibelin — 
^yj E dolenz — 378 DE Son père voit — 379 DE Sire fet il por 

— 38 1 CE Qant, D Que — 384 E ie doi (a mq.); A Ich*u crist, 
C lesucrit, D E saint Meuris — 385 C por quil, DE tant con — 

386 DE estranges et chetis 

T. I. a 



l8 LI NERBONOIS 

a Tes, gloz lechierres ! » dist li quens poëstis. 

<c Par ce segnor qui pardon fist Longis, 
390 S'estoies ore ausi granz com aus sis, 

Ja ne tandroies plain pié de mon pais ; 

Ençois Tavroit mes fillex Aymeris. 

Oz de ta mère, com escrie a haut cris I 

Famé que famé 1 voîrs est, ce m'est a vis. 
395 S'estoie or morz, par le cors saint Denis, 

Ençois un mois avroit un autre pris, 

O vavasor o baron o marchis. » 

La dame Tôt, tôt li mua le vis. 

« Aymeris sire, jentis hom de haut pris, 
400 Merveilles dites, par Dieu de paradis ! 

Je nel feroie por tôt l'or de Paris, 

Car jel leroie por mes biax filz gentis ; 

Mes une chose lealment vos plevis : 

Se Dex n'en panse, li rois de paradis, 
405 Ja en Nerbone nés verroiz mes toz .vi. » 

Bien avéra sa parole et ses dis, 

Car puis nés vit li frans quens Aymeris, • 

Tant qu'il en fu coreciez et marris ; 

Que puis les quist Guibelin li gentis 
410 Tôt un et un par estrange païs, [b] 

Qant .XX. millier paien Forent asis 
Tôt environ Nerbone. 



388 DE T. toi 1. ce a dit Ay' — 389 2) cel — 390 DE Sestiez; A 
au sis, C el .vi., D Garins, E Guéris — 391 D naueriez, E nauriez; 
A plains, DE A. — 392 A ayis, C Aimeris — 393-7 mq, dans DE 

— 393 AOt; C el crie — 396 C Moris — 396 C .i. an — 397 C 
princes — 398 DE Ot le la dame ; A chania — 400 DE M. oi 

— 401-3 mq, dans DE — 402 A Mes; C enfanz petiz — 404 D E 
cil; AD qui pardon fist Longis, £ qui est Dieu posteis — 4o5 
D ne les v.; DE tous vis — 407 DE Que; A fran — 409 DE Et; DE 
li cortois Guibelins — 410 par] DE en — 41 1 DE Que; D mile 



LI NERBONOIS IQ 



XIV 

« Aymeris sire, » dist la dame senee, 

a Geste parole que vos ai devisee 
41 5 Porra oncore moût bien estre avérée. 

Si m'aïst Dex, por ce sui adolee, 

Qant en chaciez ma megniee privée, 

Ma porteiire que Dex m'avoit donee. 

Don dévoie estre servie et anoree. 
420 Qant or savront celé gent desfaee 

Que Aymeris a sa gent congeee, 

Moût avront tost lor grant ost asamblee. 

Qant a navie avront la mer pasee, 

A grant dolor metront ceste contrée, 
425 Manront nos an oltre la mer salée ; 

Tu seras povres et je lasse esgaree. 

Ja par toi mes n'ere vers aus tensee; 

Car trop ies vielz, ne ceindras mes espee. 

Si m'aist Dex, qui mainte ame a salvee, 
43o Or voi ge bien, c'est veritez provee : 

Puis c'om vit tant que sa force est alee, 

A grant dolor est puis sa vie usée. » 

Aymeris Tôt, s'a la color muëe, 

Hauce la palme, tele 11 a donee 
435 Desus la face qu'ele avoit colorée, 

XIV. 414 vos] DE ie — 416 DE mq. — 417 C Que; DE Qui 
en c. la; CDE ennoree — 418 DE La; A noreiure — 419 C et 
seruie et amee; ~ 431 ^ Qant; A congee — 432 C aunee; DE 
Tantost a. 1. o. ci amenée — 423 E leaue p.; E aj. Et il seront 
hors de la mer salée — 424 DE mcnront — 425 A Manron; AC 
nos; E comme gent esgaree — 426 E emplouree — 427 A la par 
toi nere mes enuers; D Que ia, E Quar ia {DE mes mq.) — 428 
D ne tenras, E pour tenir — 429 DE qui fist ciel et rousee — 
43o ^ sai; ^ povee — 43 1 DE Quant bons — 433 DE si a c»; A 
mue — 435 C en mi ^ il colore, C acoloree 



20 LI NERBONOIS 

En mî le mabre Tabastî enversee ; 

Mes ainz q'el pot s'en est sus relevée. 

Qant se redrece, si dist reson mambrec. 

Pou est or dame si fust amesuree ! 
440 Moût hautement s'est la dame escriëe : 

« Aymeris sire, bien m'avez asenee. 

De Damedieu qui fist ciel et rosée 

Soit hui la brace beneoite et salvee 

Dont vos m'avez paiee tel joëe ! 
445 Or ai ge bien vostre force esprovee. 

N'est pas oncor vostre vertu alee. 

Con j'en parlai, trop fui desmesuree. 

I sont volz filz, c'est veritez provee, 

Et je n'en sui fors la mère apelee. 
450 Vos lor donroiz o pals o contrée [c] 

O près o loig, tele con vos agrée. 

Diex lor doint vie et bone destinée, 

Que celé terre que lor avez donee 

Soit bien par aux tenue et aquitee ! » 
455 Hernaut li rox a sa mère esgardee, 

Qui Aymeris dona tele palmée ; 

D'ire et de duel a la color muëe. 

Par maltalant mist la main a l'espee, 

Grant demi pié Ta do fuerre gistee. 
460 a Vellart », fet il, « trop as fet grant posnee 

Qant devant nos as no mère adesee. 

436 C Desor, DE Que sus -^ 487 C que p. en; DE Âinz quele 
p. scn estoit r. — 438 DE Q. releua — 440 A encriee — 443 DE 
Soit ceste (E celé) br. — 444 A Donc; C donce; C palmée, DE 
colee — 445 C Or sal ge b. cest uerite prouee — 446 C Nest 
encor pas, DE Encor nest pas ; E passée — 447 DE Quant ie {E 
gen) — 448 E cest bien chose esprouuee — 449 fors] A que ; DE 
damée — 461 DE mq, — 462 A destine — 464 DE maintenue 
et tenssee {E gardée) -- 456 DE ot done tel colee {E ioee) — 467 
DE ot la face troublée — 468 D a mis main a espee — 439 Grant] 
DE Que; C de — 460 DE Vassal dist il mPt ; A feis — 461 C 
Qui; no] A nos 



LI NERBONOIS 21 



Par celui Dieu qui mainte ame a salvee, 
Se hui mes est férue ne boutée, 
Vos savroiz ja come tranche m'espee ! 
465 Alez hors de Nerbone! » 



XV 



Bien l'esgarderent et li fol et li sage, 
Tuit li .vii. frère et tôt l'autre barnaje, 
Com Aymeris a féru o visage 
Dame Hermanjart la cortoisse, la saje. 

470 Hernaut le voit, a pou d'ire n'enraje, 
Pasa avant com hom de fier coraje. 
« Vellart, » fet il, « o cors avez la rage 
Qant nostre mère ferites par oltraje. 
Ce n'est pas dame qui doie avoir hontaje ; 

475 Por moi le di, ne sai autrui corage. 
Par cel segnor qui me fist a s'image, 
Quil me donroit an fié tôt mon aage 
Puille et Calabre et Prisse la salvage 
Et d'Angleterre le port et le pasage 

480 Et Normendie a trestot le rivage, 

Ne remandroie dedanz vostre eritaje ! » 
Dist a ses frerres : « N'i fesom arestaje ! 
Prénom les armes, si lessom ce vilage ! 
Soiom hardi et de fier vaselaje, 

462 A maint — 463 A Se mes uit est, DE Sui mes i est, — 464 
C la uos sera celé barbe tirée; D sauriez com bien, E saurez 
bien se point — 465 C Voiant cens de la sale 

XV. Pour le texte de DE correspondant aux vers 466-3675 
voir le Tome II — 466 C V mq. — 467 A et li autre b. — 469 C 
et la saie — 470 C a pou que il nenraie — 472 C auez el cors — 
474 A dame (ferites mq.) — 475 se trouve après 4y6 dans A 
— 475 C Par celui Deu qui nos — 477 C Qui — 478 C et Sezille la 
large — 480 C a] -4 et 



22 LI NERBONOIS 

485 Si alons querre un autre paturaje ! 

Cil vielz nos chace, qui a o cors la rage. 

Ainz qu'i nos voie, puiss'il avoir domaje ! 

Maie sofrete oit il en son aage, 

Ençois que muire, d'amis et de barnaje! » [d] 
490 Si ot il puis, ce sevent fol et saje ; 

Que puis Tasistrent la puste gent salvaje 
En sa cit de Nerbone. 



XVI 



Grant fu li dex o paies segnori, 

Moût il demoinnent et grant noise et grant cri. 
495 Et li .vi. frère ne l'ont mis an obli; 

Hernaut s'an tome et si frère avec lui : 

Toz les degrez do grant paies voltî 

S'an dévala que point n'i atendi. 

Devant la tor ot un vergier flori 
5oo D'ys et d'aubors, de loriers autresi, 

La s'an antrerent li anfant segnory. 

Dame Hermanjart maintenent les sivy . 

Qui donc velst coment les conjol ! 

Ne se le quel plus ama et chery. 
5o5 a Anfanz, » fet ele, c atendez me un po ci ! 

G'irai parler au preu conte Aymeri, 

Que il vos suefre en la cit avec luy 

Tant que vos aie mon tressor départi. » 

Lors rit Bernart con sa mère entend!. 
5 10 « Jentis contesse », li vasax respondi. 



485 A Si en alons aillors querre ménage — 489 C quil 

XVI. 493 il fi ~ 497 C del palais descendi — 498 A dévalè- 
rent; C plus — 5oo C et de 1. ausin — 5o2 A Et Hm' — 5o3 C Qui 
lors — 504 A amast plus ne — 507 C lest -- 5o8 C ai — 509 C 
dist; C quant — 5io C uax 



LI NERBONOIS 23 

« Foi que doi Dieu que onques ne menti, 

Ja n'en avrai vaillant un parissi ! 

Se Dex donoit par la soe merci 

Q'etissiom tant un prodome servy 
5 1 5 C'aucune anor etissiom antor ly, 

Moût tost diroit nostre père Aymeri 

Que par Tavoir qu'i nos donroit ilci 

Seriom nos de celé anor sessi . » 

Qant ot la dame que le feront ainsy, 
520 Tôt an plorant d'antr'ax se départi, 
Si vet parler au conte . 



XVII 

La gentill dame n'i vost plus arester : 

Toz les degrez vet o paies monter; 

Et Guibelin comença a plorer, 
525 Et la contese le prist a conforter. 

« Biaux filz, » fet ele, a tôt ce lessiez ester ! 

Que Charles Maignes fet voz frerres mender, [72 a] 

Or et argent lor fera moût doner 

Et granz anors et terres a garder. 
53o Ençois un an les verroiz retorner. » 

Tôt ce dist ele por li asetirer ; 

Voit Aymeri séant lez un piler, 

Moût gentement le vet aressoner : 

« Aymeris sire, Dex vos puist anorer ! 
535 Si m'aïst Dex, moût fêtes a blâmer. 

•Vii. filz avoie qui moût font a loër ; 

Les .iii. an faites an doce France aler, 

5i6 C Bien tost — 5 19 C la dame ot 

XVII. 527 A fet] C a fet — 528 A lor donra a plante — 53 1 
deux fois dans A ; C reconforter ~ 532 A ioste — 533 C M. bêle 
ment len prist a apeler ~- bSy C faites] A fes 



24 LI NERBONOIS 

Bueve en Gascongne, en Espangne Aymer, 
Mes filz Garin redoit les monz paser. 

540 N'ont tant d'avoir antr'ax toz a porter 
Dont il poïssent alegier un soper 
Ne le matin le premerien disner. » 
Dist Aymeris : « Tôt ce lessiez ester ! 
Se ge ai fet mes trésors amaser, 

545 Par celé foi que ge vos doî porter, 
Ne les veill mie départir ne doner. 
Aillent avoirs et terres conquester 
A Charle Maîgne, qui moût fet a doter, 
Si con ge fis con j'ere bacheler ! 

55o Que, par celui qui tôt a a salver, 

Ja point do mien ne lor ferai livrer ! » 
La dame Tôt, si comence a plorer, 
Et Guibelin si comence a paumer. 
Lî gentis quens l'en prist a relever, 

555 Moût bêlement l'en prist a conforter. 
Et li .vi. frères n'i vodrent demorer, . 
Par mi la vile ont fet un ban crier : 
Qui avec aux s'en vodra or aler, 
Toz les guaainz qu'i poront conquester 

5 60 Comunalment feront a toz doner. 
Qui donc veïst maint jentil bacheler 
Mestre lor seles et lor harnois troser ! 
Tex .xxvii. se corent aprester, 
Qui tuit estoient fil a conte o a per 

565 O a borjois qui moût font a loer. 
Ainz q'an veist le droit midi paser, 



541 A Donc ; A alegie; C Dont il alegent enneuois un s. — 542 C 
premerain — 545 mq, dans A — 546 C le nel tieit mie — 547 C 
A. aillors granz auoirs c. — 549 C qant gère — 55o ^ a tôt a •— 553 
C paumer] A plorer — 554 A conforter — 555 A mq, — 556 C 
nosent plus d. — 559 A Tôt ; A qui, C que — 56o C Comune- 
ment — 56a C h'nois, A auoir — 563 C sen ; C adouber — 564 
il fil et a c. et a — 565 il O au b. qui sont ientil et ber 



LI NERBONOIS 25 

Se firent il bien .v.c. atorner 
Qui se presantent por avec ax aler ; [b] 

En quel que leu que il vodront errer, 
570 Ne lor faudront tant con porront durer. 
A tant s'an tornent sanz point de demorer, 
Si issent de la vile. 



XVIII 

Vont s'an li frère, n'i vont plus atendant. 
Et avec aux li demoisel vaillant, 

575 Tel .xxvii., qui moût sont avenant ; 
N'i a d'aus toz un sol, petit ne grant, 
N'oit palefroi o bon mulet emblant. 
Les esquiers se sont mis au devant, 
En destre mainnent maint destrier auferrant. 

58o Li gentis quens les convoie en pensant. 
Au départir lor a dit en oiant : 
« Enfant, » fet il, « a celui vos coment 
Qiii de la virge naqui en fiiauleant, 
Et en la croiz le mistrent mescreant, 

585 Et de la lance fu feruz do tirant. 

Que sans et eue l'en vint es poinz reant; 
Tert an ses eulz^ s'aluma maintenent, 
Merci cria, et i l'ot voirement. 
Si con c'est voirs que je vois devisant, 

590 De vos m'envoit en cest an joie grant! » 
A tant s'an torne, do cuer vet sopirent. 
.Vii. vinz borjois li sont venu devant, 

567 A San ; A furent ; A atornez — 568 A san presantentent — 
570-4 puisse — 571 C plus 

XVIII. 586 A es p. errant, C aual r. — 587 C Toucha s. e. et il 
uit m. ; A maintent — 588 A maintenent — 589 que] A con — 

591 C (8*an mq,) retome — 592 C uinz, A ,xx. 



26 LI NERBONOIS 

Qui lî ont dit par moût fier maltalent : 
« Vellart chanu, por que vivez vos tent? 
SgS Que n'estes morz o moines recréant? 
Ce nos tolez q'aliom atendant, 
La noreture que nos amiom tant. » 
Aymeris Tôt, onques n'en fist sanblant, 
' Car il set bien que moût en sont dolant ; 
600 Onques vers aus n'en ot nul maltalant, 
Ançois s'an passa oltre. 



XIX 



A icel jor que li enfant montèrent 

Et le pals de Nerbone lésèrent, 

Toz les barons do règne les plorerent, 
6o5 Au départir asez les convoierent, 

Puis s'an retornent et congié demenderent [c] 

Et uns et autres a Dieu les comenderent. 

Mes a lor mère moût de saluz menderent ; 

Vers doce France le chemin aroterent, 
610 A ex melmes bien se réconfortèrent. 

Guillames dist a ceux qui o lui erent : 

« Segnor, » fet il, « les bones hoevres perent. 

Fessom ausi con cil qui bien ovrerent! 

Cil qui bien firent, sachiez que bien troverent. » 
6 1 5 A ce conseill li frère s'acorderent. 
Car bien resson lor samble. 



594 C por coi — 599 ^ sot ; A moût, C il 
XIX. 602 C icc — 6o3 A pales ; C lessicrent — 608 ^ Mes] C Et 



LI NERBONOIS 27 



XX 



Quant Aymeris a la chiere menbree 
A de ses filz fête la dessevree, 
En son paies a fet la retornee. 

620 En une chambre a Hermanjart trovee 
En tel manière con s'ele fust pasmee. 
Sor une coite moût richement ovree 
Se sist la dame pensive et adolee. 
A Damedieu s'estoit moût dementee ; 

625 Sovant se claimme lase, maleûree, 
Sainte Marie a sovant réclamée. 
« Virge, pucele, reïne queronee, 
Qui do cors Dieu fûtes aluminee, 
Tenez mon sans, que ne soie desvee ! 

63o Ahil Nerbone, mar fuisiez vos fondée! 
Mal feus grezois vos etist embrasée, 
Pierre sor autre n'en fust ja mes trovee 1 
Mielz vosisse estre férue d'une espee, 
O d'un coltel anz o cuer acoree, 

635 Que de mes filz fusse ainsi dessevree. » 
A icest mot rest cheiie pasmee. 
Quens Aymeris Ta par les flans combree, 
A moût grant painne l'en a sus relevée ; 
Moût gentement l'avoit réconfortée. 

640 a Contesse, dame, vos estes po senee, 
Qui des anfans estes si adolee. 
Que dira or an France la loee 
Charles li rois a la barbe mellee 



XX. 618 C De ses enfanz ot fet la d. — 626 A a forment — 
628 C enluminée — 63o-5 Pour les leçons de DE comparer 
les variantes de 42 74 55. — 63o A mal — 632 ^ ne hi — 633 A 
dun — 636 C A ces paroles — 637 C len a sus relevée — 638 C 
mq, — 639 A mq, — 641 C Qui] A Con 



28 LI NERBONOIS 

De tel megniee corne l'ai enjendree, 
645 Et vos meîmes et norie et portée ? 

Que tote France en ert raluminee, [d] 

N'a sociel terre qui n'en soit anoree. 

Et de vos filles restes asetiree : 

N'en i a nule ne soit bien mariëe ; 
65o La plus povre ert si tresbien asenee 

Que ele ert dame de moût riche contrée ; 

Et la menor sera moût bien doëe, 

De tote France sera dame clamée, 

Et si sera reïne queronee. » 
655 Ot le la dame, moût s'est réconfortée, 
Car li quens moût l'an proie. 



XXI 

De la dolor que la dame demainne 
Quens Aymeris la conforte a grant paine. 
Puis en monta an la grant tor hauteinne 

660 Et voit Bernart qui les autres en mainne. 
I lor escrie et huche a grant alaine : 
« Atandez moi delez celé fontainne ; 
Ne pasez pas le mostier sainte Helaine ! » 
Et dist fiernarz : « Mon père nos aceinne. 

665 Je quit ma mère nos veut doner estraine. » 
Bueve parla et dist resson certainne : 
« Si m'alst Dex, qui fist la quarantainne 
Et converti Marie Madelainne, 
Ja n'en avrom vaillant une chastaingne, 

644 A lai] C ge — 646 C enluminée •— 648 A estes — 649 A 
Que ni a celé qui ne soit m. — 65o ^ est — 65 1 il Que lest d. 
654 A (Et mq.) Si estera 

XXI. 657 A demoinne — 660 ^4 moinne — 661 C a haute a. — 
664 A Noz p. — 666 C parla et dist] A qui dist 



LI NERBONOIS 29 



670 Ainz conquerrom a dolor et a paine 
Ce dont vivrom a joie. » 



XXII 

Cuens Aymeris de sa tor descendié. 

Son palefroi li ont apareillié, 

Li quens il monte que plus n'i atendié, 
675 Et Hermanjart qui le cuer ot irié 

Monte en un mul qui .xx. mars fu proisié. 

De la vile issent poingnant tôt eslessié, 

Après les frerres ont forment chevalchîé, 

Tant que les truevent par dejoste un plessié 
680 O il s'estoient un petit atargié. 

Hermanjart crie : « Bernart, fel enragié, 

As tu ton père en ce pals lessié, 

Et moi avec, don n'as nulc pitié, 

Antre les genz qui ne sont bautissié, [y 3 a] 

685 Qui Dieu ne croient ne la soe amistié? 

Or i metroie que mon nés fust tranchié 

Et le baulevre par desoz reongnié : 

Ja de cest an n'ert pasé la moitié 

Que ci vaudront li paien renoié ; 
690 De totes parz serom nos asegié, 

Ne nos leront de terre demi pié, 

Et nos melmes serom pris et lié, 

Ja de la mort ne serom respitié. » 

fiernart Pantent, près n'a le san changié. 



671 il Ce donc] C Dont nos 

XXII. 672 A Danz — 673 C ont] i4 fu — 674 A que plus na 
délaie — 676 A .xx.] C mil — 678 A forment] C moût tost — 679 
A trueue de delez un pi. — 684 A tcx gent — 685 A Qui] C Ne; vl 
pitié — 686 A nés] C chief — 689 A paien] C cuiuert — 690 C 
seromes a. 



3o LI NERBONOIS 

695 « Dame, » dist il, a mal dites et pechié. 
Puis icele ore que de mère nasquié 
N'oi ge, ma dame, autresi mon cuer lié 
Con j'ai de ce, por voir le vos di gié, 
Que nostre père nos en a envoie. 

700 Car ançois mes que soiom reperié, 
Nos donra Dex par la soe pitié 
Ce qu'il nos a destiné et jugié. 
Mes ja de ce ne soiez esmaié 
Que ja tant soient paien outrequidié 

705 Que an Nerbone vos aient asegié 
Ne do pals soiez par aus chacié 
Tant con soiom sain et sauf et hetié. 
Foi que doi Dieu qui nasqui sanz pechié, 
Ja ne serom en ce règne eslongnié, 

710 Se nos avez un mesage envoie 

Que ne vegniom d'armes apareillié 
Por secorre Nerbone. » 



XXIII 

Qant Aymeris antendi son anfant, 
Bernart l'ainzné al coraje vaillant, 

7 1 5 Qui le secors lor a en covenent 

Se les asaillent Sarrazin et Persant, 
Savoir poëz, le cuer en ot joiant. 
<c Jantil contesse, » dist li quens en riant, 
« Vez ci volz filz qui sont et fort et grant 

720 Et sain et jone et hestié et puissant. 

Chascun a armes et bon destrier corant. 
Quant il vaudront an France la vaillant 



697 C le c. a. tie — 7 1 1 C soions 
XXIII. 717 C Sachiez de uoir ; C ot] il a 



LI NERBONOIS 3l 

A Charle Maigne le fort roi conquérant^ 

Si les fera chevaliers maintenent, [b] 

725 Por moie amor ceindra chascun le branc. 
De plus prodome, par le mien esciant, 
Mes ne porroient prandre lor garnement. 
Or lor donez roge or et blanc argent, 
.liii. somiers tôt a vostre talant ! » 

730 Lors rist Bernart, qui puis conquist Brubant; 
Vint a Buevon, dist li en consellam : 
a Moût nos vet or cil vellarz lesdangent, 
Qui ci nos vet son avoir presantant. 
Foi que doi Dieu le verai roi puissant, 

735 Se m'en créez, Ja n'en avrom besant. 
Ençois que past cest an, mien esciant 
Avra Guillames segnorie moût grant. 
Et Torifamble de France la vaillant 
Avra li bers, dom nos seron joiant ; 

740 De lui tandront Baivier et Alement : 
Nerbonois avront joie. » 



XXIV 

« Dame Hermanjart, » dist li quens Aymeris, 
a Lésiez ce duel que vos avez enpris ! 
Vez toz voz filz et sains et saus et vis, 
745 S'ont asez armes et bons chevax de pris : 
Aillent conquerre ausi corne ge fis ! 
Que, par la foi que je doi saint Denis, 
Ja ne prandront partie en mon paîs ! » 
a Sire, » fet ele, « tôt a vostre devis. 

727 AC Mes mq, — 731 C si li uait c. — 782 C cist v. loseniant 
— 738 C loriflanbe — 740 A Bau* 

XXIV. 744 — ^ et sains et saus] C sains et haitiez -^ 745 A 
bon — 746 etc, C ausin 



32 LI NERBONOIS 

jSo Cil les conduie qui an la croiz fu mis! » 
Plorant s'an part la contese au cler vis, 
Son seneschal apela, Anfelis : 
« Va, si me charches .iiii. muiez de pris 
D'or et d'argent et de ver et de gris, 

755 Après mes filz les tramet, biax amis! 
Que ne vodroie por tôt Por de Paris 
Q'an autre terre s'en alassent chetis. » 
« Dame, » fet il, a tôt a vostre devis. 
Si m'alst Dex le roi de paradis, 

760 Plus volentiers en charcheroie .x. 
Por fere lor servise. » 



XXV 

Dist Aymeris : « Par Dieu le criator, 

Jentil contesse, jo tieg a grant error [c] 

Que a vos filz, qui tuit sont pongneor, 

765 Donez avoir; ce resamble folor. 

Car chascun a bon destrier coreor, 
S'ont bêles robes et de moût riche ator. 
Desi a Rome, o Tan départ Tanor, 
Puent aler a joie et a baudor, 

770 Et par deçà en la terre Francor 
Ne troveront ne baron ne contor 
Qui nés herberge volentiers par amor. 
Mes, par Tapoutre que quierent pecheor, 
Jes proverai^ ançois que past le jor, 

775 S'il a en eulx ne bonté ne valor. 

Se l'avoir prannent, par Dieu le mien segnor, 
Je dirai bien, qui qo tiengne a iror, 

753 C charie ~ 754 C de xnentiax uers et gris 

XXV. 763 A ie, C ieu; C folor cp. 765. — 766 A res. f., C me 
s. f. 



LI NERBONOIS 33 

Que i sont filz d'aucun losanjeor 

Que avec vos cQchastes par folor. 
780 Mes s'il ranvoient les muiez sanz demor 

Et il batoient les sergenz par fieror, 

Tant que livré fusent a grant dolor, 

Donques diroie, par Dieu le criator, 

Qes angendra Aymeri le contor, 
785 Cil de Nerbone a la fiere vigor, 

Si sanbleront de cuer et de valor 
A nostre fier linage. » 



XXVI 

Dist Hermanjart, la dame segnorie : 

a Aymeris sire, que que nus hom vos die, 
790 Si m'alst Dex, je le tieg a folie 

Et a orgueil et a grant estoltie, 

Qui de voz filz avez fet départie, 

Ses envolez an France la garnie, 

Si n*ont avoir ne autre menentie : 
795 Quant il vaudront sampres après compile 

Que il devront prandre herbergerie, 

Un seul denier a despandre n'ont mie. 

Vaudra li ostes, o lui o sa megnie 

Qui quideront qu'i mainnent riche vie ; 
800 De la vitaille qu'il avront en baillie 

Lor vaudront il danree la demie. [d] 

S'i n'ont argent, par Dieu le filz Marie, 

Le matinet, con Taube ert esclarie, 



781 C les muiez; A par anor — 783 C Donques] A Don — 785 
A valor — 786 A sanbleroit 

XXVI. 789 vos] C me — 793 C Ses] A Ceux — 794 A auoir ne 
autre] C auoir ne — 8o3 C quant; il est; C esclarcie 

Tome I 3 



34 LI NERBONOIS 

Sera moût griés, ce quit, la départie ; 

8o5 Leront il robes et destriers de Sulie, 

.lii. tans vaillant que il ne devront mie. 
Qant il vaudront an France la garnie 
A la cort Charle a la barbe ilorie, 
N'avront il mes vaillesant une alie. 

8io La troveront la riche baronie, 

N'avront d'avoir danree ne demie. 
Par cel segnor que Ten aore et prie, 
Je ne vodroie por tôt Tor de Rosie 
Que de mes filz fust maie essample oie. 

8 1 5 A icest mot la dame ne detrie, 

Son chanberlan conseilla en Tôle : 
a Va, si fez tost la moie comendie ! » 
Et cil s'an torne, qui ne s'atarde mie ; 
Venu en est en la grant tor entie, 

820 O moût avoit avoir et menentie ; 
D'or esmeré a une maie enplie, 
Si en charcha un mulet de Sulie; 
Les autres .iii. de çandaus de Pavie 
Fait tôt charchier ansamble. 



XXVII 

825 Preuz et cortois fu moût li chanberiers. 

De cendaus riches et de hetias moût chiers 

Fait tôt charchier les autres .iii. somiers; 

Puis apela .ii. vaillanz esquiers ; 

L'un ot non Folques et li autres Reniers. 
83o L'avoir en moinnent après les frans guerriers. 

809 C II nauront pas —811 A Et cil nauront — 813 C ce — 8t3 
A Sulie — 817 il gpemendie — > 818 C se taria — 819 en] A a 

XXVII. 837 C A fet ch. cp. 824 — 83o C en m«] A amoinnent; 
A fran 



LI NERBONOIS 35 

Hernaut li rous les aparçut premiers, 
Dist a ses frères : « Vez ci .ii. mesagiers 
Que nos tramet quens Aymeris li fiers. 
Chacié nos a ausi corne berchiers, 

835 Et or envoie après nos ses deniers! » 
Dist Jocerans, uns cortois esquiers : 
a Dex gart ma dame, li verais jostiçsiers ! 
Cist granz avoirs qui est sor ces somiers 
Avra mestier a ferer nos destriers, [74 ^] 

840 A acheter le vin et les mangiers, 

Les gros poisons, les malars, les ploviers. » 
Hernaut Tantant, si respont come fiers : 
« Par cel segnor qui est rois droituriers, 
Ja n'en avrom vaillesant .ii. deniers, 

845 Ainz trametron tôt cel avoir ariers 
Et au partir batrom les mesagiers. » 
Et dist Guillames : « Sor vos est li mestiers. 
Qan q'an feroiz otroiom volentiers. 
Ce comenda Aymeris li guerriers 

85o Que senechaus soiez et jostissiers. 
D^or en avant soiez hardiz et fiers, 
Se tenez bien jostisse ! » 



XXVIII 

Qant Hernaut a la parole entendue 
Que dan Guillames li a amanteile, 
855 Lors quida bien ranposne i ait etie; 
Damedieu jure qui fist et ciel et nue 
Tel chose avra dedanz vespre meûe 

832 A homes — 838 il Cil — 841 C granz — 843 A si Ii dit — 
845 A tremetron ; il ar* — 848 C Qanque ; A ferÔ 

XXVIII. 853 il Bernart — 855 A r. auoir c. — 856 A et dcl] C 
soleil — 857 il dedanz] C einz le 



36 LI NERBONOIS 

Qui bien sera an plusors leus seùe 

De riches homes et d'autre gent menue. 

860 Es les somiers par la voie bastue. 
Li mesagier si ont chascun tenue 
Une corgiee en sa main tote nue. 
Foques premiers de'jost venir s'argue, 
Al frerres vient, bêlement les salue : 

865 a Cil Damedieu par qui nos est randue 
Vie durable, qui nos estoit tolue, 
Vos gart, segnor, et doint force et atie ! 
Ce vos envoie Hermanjart vostre drue, 
La gentil dame, qui moût est irascue ; 

870 Por vos fet duel, a pou que ne se tue. 
De tant d'avoir ma dame vos atie. 
Ja ne vandroiz an cité ne en rue 
Que plus n'en soit chîere vostre venue 
En estrange contrée. » 



XXIX 

875 Hernaut li rous parla premièrement : 

« Foques, biau frère, » fet il, « a moi entent 1 
Ne volom mie, par le cors saint Climant, 
Que nostre père se vant devant sa gent [b] 

Q'aiom comquis rîchece et chasemeiit 

880 Par cest avoir dom il nos fet presant. 
Tornez arierres les muiez vitement : 
Droit a Nerbone o plus haut mandement 
Li randez tost son or et son argent ! » 



858 A Quelc sera — 860 C Es] il Et — 866 A qui ne nos est t. 
— 870 A Qui tant f. d. qua pou qel — 871 il la dame; C uos 
salue 

XXIX. 876 C fet il] A por Dieu — 878 C uoiant s. g. — 883 
C tout 



LI NERBONOIS Sy 

OC Sire, » dist Fouques, « vos parlez de néant. 
885 N'oserions, par Dieu onipotent! 

Dame Hermanjart nos en haroit forment, 

Si nos feroittoz livrer a torment. » 

Hernaut Toi, a pou d'ire ne fant ; 

Tint un baston, so hauce fièrement, 
890 Par mi le chief l'en fiert moût durement. 

Que tôt envers contre terre l'estant. 

Li sans vermeulz de la plaie descent. 

Puis li escrie moût felonessement. 

a Filz a pustain, tenistes moi por lant, 
895 Qui desdeîtes le mien comendement? 

Par cel segnor qui ne faut ne ne ment. 

Ne me fust or por Dieu tant seulement. 

Plus que un ors te bastroie vilment. » 

Et cil saut sus que la menace entent, 
900 Droit a Nerbone s'an fuit inelement ; 

Antre ses danz vet disant coiement : 

« Alez, Hernaut! Deables vos cravant! » 
Tuit li .V. frère s'an rient bonement. 

« Voir, » dist Guillames, ce Hernaut tient bien covant. 
905 Cil est musart qel desdit de néant. 

Bon senechal avom, mon esciant! 
Il tandra bien jostisse. » 



XXX 

Fouques retorne coreciez et irez, 
Ariers en moine les muiez sejornez. 
910 Estes les vos dedans Nerbone antrez. 
Qpens Aymeris les a aressonez. 

885 C aussi onipotant — 887 C tost — 890 et Sgi se trouvent dans 
A une seconde fois après 8g2 — 896 C ce — 897 C Se nestoitore 
— 898 C bâtisse — 906 A séchai 
XXX. 909 A destriers 



38 LI NERBONOIS 

« O est l'avoir que de ci fu portez? 

Ont le mi fil ? gardez no me celez ! 

a Sire, » dist Fouques, « de folie parlez. 
915 Ainz n'en retindrent .ii. deniers moneez. 

A maleùr i soie ge alez! [c] 

Hernaut li roux nos a bastuz asez. 

Vez con ge sui ledement entestez ! » 

Aymeris Tôt, se'n est ris et gabez, 
920 Voit Hermanjart, si s'est vers lui tornez, 

Endeus ses braz li a au col gistez, 

Trois foiz la bese par moût granz amistez. 

« Dame, » fet il, « or sai de veritez 

Qu'i sont mi fil et ques ai angendrez. 
925 Bien trairont au linage. » 



XXXI 

Ce dist l'estoire q'en la geste trovom, 

Et la matire le dit en la leçon : 

Sor toz les filz Aymeri le baron 

En fu Ernaut plus engrès et félon 
930 Et sorquidié et de grant vantoison. 

Fouque ot bastu, lui et son compagnon, 

Et renvoie par grant alroisson 

Le grant avoir don Ten lor fesoit don, 

Maint bon denier, maint paile et maint mengon ; 
935 Ainz n'en volt prandre vaillant un esperon. 

A Aymeri en vint la clamoisson ; 

Ainz ne s'en fist li bers se rire non. 

Et cil chevauchent a force et a bendon, 



918 A atornez — 919 C sin est — 920 C si est — 933 A C grant; 
A amiste — 933 il C uerite — 934 A ies 
XXXI. 937 c en] il et — 939 C aigres et f. — 984 A destrier 



LI NERBONOIS Sg 

Tant que il virent Valqaire la Guion. 
940 En la vile antrent par la Porte Milon. 

Ostel ont pris chiés un oste Simon, 

Riche borjois qui moût estoit prodom. 

El pavement fu tote sa messon, 

Si ot colonbes et pilers environ ; 
945 Li celiers vaut unne grant raançon. 

Tôt en un ranc s'asieent li baron. 

Hernaut se drece, en sa main un baston ; 

Grant a le cors et gente la façon, 

Les cheveus Ions et toz rox jusq'an son : 
950 Aymeri samble plus que ne fet nus hom. 

Dist a ses frerres : « Segnor, que mengerom ? 

None est sonee, do mengier est sesson. » 

Et dist Guillames : « A vos en atendom. 

Senechaus estes, se*n avez le baston, 
955 Ne ja sor vos baillie n'en penrom. » [d] 

Et dist Hernaut : « A Dieu benelçon ! » 

Il apela son bon oste Simon. 

a Ostes, » dist il, « amendez ma resson ! 

Fêtes nos querre pain et vin et poisson 
960 Et char salée et fresche a grant foisson 

Et voleïUe se trover en puet on. 

Car se Dieu plest, très bien l'aquiterom 

Le matinet con nos departiron. » 

Prodom fu Tote, si ist de sa messon, 
965 Vint aus estaus o ert la garisson ; 

Tant en achate n'est se mervelle non, 

Trestuit en furent charchié .xzx. garçon. 

Voit le Guillames, si Ta dit a Buevon : 

a Par les sainz Dieu, moût est Hernaut prodom! 
970 Aymeri samble de cors et de façon. 



941 C .i., il lor —944 A colonbe et piler — 948 A gent; il clere 
— 960 C Plus resenbloit Ay* que — 956 A I dist as autres — 957 
C II en apele — 958 C fet il — 963 C quant de ci tomeron 



40 LI NERBONOIS 

Largece mainne ; un seul denier n'avom ! 

Jo ferai ja irié, par saint Simon. » 

Prant Ta la manche de l'ermin peliçon, 

Cortoisement Ten a mis a resson : 
975 c Hernaut, biau frère, ne fu ce mesprison 

Quant les sergens bastistes do baston 

Et ranvoiastes l'avoir, don point n'avom? 

Oncore anuit .x. livres despendrom ; 

Dites, biau frère, por Dieu, o les prandrom, 
980 Con nos n*avom vaillesant un mengon ? 

Mes or sai bien certes quel la ferom : 

Le matinet noz gajes i lerom, 

Par matinet quant d'ici torneron. » 

Hernaut Tentent, si taint come charbon, 
985 Ferir le vost anz o chief d'un baston. 

Mes i le crient, que moût estoit prodom. 

« He! Dex, aie! » dist Hernaut li frans hom. 

« Hui en cest jor isimes de meson. 

Et au premier ostel nos esmaiom ! 
990 Or sachiez bien, se a Dieu nos tenom 

Fieu qui nos soit destiné ne perdrom. » 

Lors sont asis al mengier li baron. 

Asez i ot pain et vin et poison. 

N'ot en la vile meschine ne garçon, 
995 S'il vost mengier n'en etist a foisson. 

Un mes le vet dire au conte Guion, [75 a] 

Q'an son chastel sont herbergié baron, 

Largece mainent plus que ne fist Charlon 

Qant de saint Jasque reperoit d'oroisson. 
1000 Qant Gui l'entent, si ist de son donjon, 



973 A le te ferai (ja mq), — 976 A somiers ; A dan b. — - 980 
A .i. seul denier mengon — 981 C quel] A que — 983 il no — 
983 A mq. P, i, à corriger en K l'endemain ou Demain matin — 
986 Aï] C moût ; C ca cil estoit pr. — 993 C ont — - 996 C Huon 
— 998 A maine — 1000 A ne dist ne o ne non 



LI NERBONOIS 4I 

En sa compengne son senechal Milon, 
Ostes et Dreues, qui sont si compangnon. 
Es muiez montent, qui furent au perron, 
A l'ostel vindrent trestuit chantant un son, 
100 5 Et li frère se drecent. 



XXXII 

Gui de Valcaire est en Postel entré, 

Chascun des frères est contre li levé. 

Et Gui les besse, con les ot salué ; 

L'un après Tautre a forment acolé. 
loio a Enfanz, » fet il, « ber fussiez vos ainz ne! 

Bien soit de Teure que ci vos ai trové 

Et que vos estes dedanz ma vile entré ! 

Mes d'une rien vos doi savoir mal gre, 

Que primes n'estes avec moi ostelé, 
loi 5 Si me sanblast anor et amisté 

Se par un mes le m'eussiez mandé. 

Tôt ce que j'ai vos fust abandoné. 

Cors et avoir a vostre volenté, 

Tôt par l'amor Aymeri le menbré, 
1020 Le mellor home de la crestiënté. 

Lui doi ge avoir desor toz en chierté, 

Car il me fist chevalier adobé. 

Et con mes pères ot son tans afiné, 

Asailliz fui de tôt mon parante ; 

looi C Oston — 1002 A II et .ii. autres; Clui et son compan- 
gnon — ioo3 A montct; A furet, C erent — 1004 C mq, — ioo5 C 
conte 

XXXII. 1006-8 et toi 0-12 finissent en ez dans A; 10 x 3-5 et 
1008-12 de même dans C— 1007 A frère — 1008 C qant — 
loii il Ber soit or lore— ioi3 C chose — 1014 C Qant — 1017 
vos] A uos al uos — xoi8 a] A et a. — 1020 A conte — io33 C 
quant 



42 LI NERBONOIS 

1025 Trestot m'eussent en fin deserité. 
Con vostre père an sot la vérité, 
Secorut moi a son riche barné ; 

Par sa franchisse et par sa grant bonté 

Me randi quite ma terre et m'eriié, 
io3o Que n*en perdi ne chastel ne cité 

Ne de mon droit un denier monneé. 

Tant fist li quens, qui de moi ot pité, 

Que li plus riche sont a moi acordé ; 

Ainz puis celé ore n'oi tele poverté 
io35 Que de mil homes n'eusse poësté. 

A Dieu rant grâces le roi de maieté, [b] 

Que toz ses filz m'a ilci amené. 

Or remandroiz o moi en cest régné, 

Dedanz mes chanbres seroiz moût anoré, 
1040 Do tôt feroiz a vostre volenté. 

Et de sor moi seroiz segnor clamé ; 

N'avrai sor vos un denier moneé. » 

a Voir, » dist Guillames, « vos dites grant bonté. 

De Dieu et nos en aiez vos bon gre ! 
1045 Mes une chose sachiez de vérité : 

Ainz que fussiom de Nerbone torné, 

Nos comanda Aymeri le manbré 

Q'Aymer aut en Espangne o régné, 

Bueve en Gascongne, ce li a comendé, 
io5o Nos autre an France a Paris la cité, 

A Charle Maigne le fon roi queroné. 

Se estiom si hardi ne ossé 

Que son coment etissiom trespassé, 
Ce sambleroit folaje. » 

1026 C Qant — 1027 C son] A moût — io34 C puis ce ior; A 
tele] C si grant — loSy A amenez — io38 C Or, il O — 1039 
A ma chanbre*- 1040 C De toz — 1042 C sor moi — 1044 et] C 
de — 1045 A s. uos de uerte— 1049 C li] A nos — loSa A estiom 
si ne h. 



LI NERBONOIS 4$ 



XXXIII 

io55 « Enfant, » dist Guiz, « moût fêtes a proisier, 
Qui le cornent Aymeri le guerrier 
Volez tenir ; nus n'en doit merveiUier, 
Car o mont n'a plus nobile princier 
Ne plus douté, plus hardi ne plus fier. 

1060 Por amor Dieu, qui tôt a a jugier, 

Que fet li quens — no me devez noier — 
Et Hermanjart sa cortoisse moUier ? 
Moût me merveill con ce puet otroier 
Que d'antor lui vos lessa eslongnier. » 

106 5 « Biau sire Gui, » dist Bernart le guerrier, 
« Si m'alst Dex, qui tôt a a jugier. 
Au départir Tan covint lermoier. 
Et nostre mère, la contesse al vis fier. 
Le duel q'an fist ne porroie noncier. 

1070 Mes ainz por duel ne nos vost respitier 
Quens Aymeris n'en sa cité lesier, 
Ainz nos en fet d'antor li envoler 
En autres terres por nos pris essaucier. 
Hui ne finames d'errer et chevalchier, 

1075 Si nos a fet cil borjoîs herbergier ; [c] 

Car de repos aviom grant mestier. 
Si nos irom jusqu'à petit cochier. » 
« Enfant, 1» dist Guiz, « bien fet a otroier. 
Je vos coment a Dieu le droiturier. 

1080 Ci me verroiz le matin reperier. » 

A ces paroles est montez par l'estrîer, 
Et après lui montent si chevalier. 



XXXIII. io55 C fait Gui — io56 A Qui] C Se — io63 C 
coment pot ostroier — 1069 ^ Q^^l ^ ^^^ — '^7^ ^ P^i* <iuel] C par 
lui — 1074 A finastes ; il et] C de — 108 1 A uet monter o destrier 



44 LI NERBONOIS 

Droit en sa sale s'an rêva Gui arier. 

Et li valet, qui moût font a proissier, 
io85 La nuit se cochent desi a Tesclerier. 

Qant sont levé, si en vont al mostier. 

La messe chante un chapelain Renier. 

Après la messe sanz point de delaier 

Vont a Tostel, s'asieent al mengier; 
1 090 Asez i ont ce qui lor fu mestier. 

Con mangié ont li nobile guerrier, 

Bueves se lieve, qui le vyaire ot fier. 

O voit ses frerres, ses prant a aregnier. 

« Baron, » dist il, « n'ai soig de plus targier, 
1095 Car an Gascongne me covient reperier, 

Au roy Yon o me doi acointier. 

Biau frère Ernaut, fêtes Toste paier, 

Car il nos a moût bien fet aessier 

De ce dom nos aviom bien mestier. » 
1 100 Puis dist en bas, coiement sanz noissier : 

a He 1 Dex, de quoi? Ja n'avom nos denier. 

Chevaux et robes nos covandra lessier 
Se Damedex n'en pense. » 



XXXIV 

a Hernaut, biau frère, » dist Bueves li senez. 
I io5 « De noz despans envers l'oste pensez. 
Que il soit bien paiez et aquitez. » 
Qant TotHernaut, tôt en fu trespansez. 
Es vos cuens Gui qu'et en Tostel entrez ; 



io83 C sa] il la — io85 C de ci— 1086 C si sen — 1088 A poit, 
C plus — 1091 CQant m. orent; A grier— 1093 C prist — 1094 
C fait il ; A plus de targier — 1095 C men 

XXXrV. iiobA despanz— 1 108 il Et uos a tant Gui qui porentre 
en lostel 



LI NERBONOIS 46 

Voit les anfanz, si les a saluez. 
1 1 10 « Segnor, » dist il, « cornent vos contenez ? » 

a Sire, moût bien, » dist Bernart li ainznez. 

<c Do cheminer somes toz aprestes^ 

Se noz despens ert a l'oste aquitez 

Qui bien nos a serviz et anorez. » [d] 

1 1 1 5 « Anfanz, » dist Gui, « por néant en parlez. 

N'an paieroiz .11. deniers moneez. 

S'an deviez .c. mars d'argent pesez, 

Plus en randré que despandu n'avez. 

Tôt por l'amor qu'i vos a ostelez 
1 120 Li soit ses fiez trestoz quites clamez ; 

De qan qu'i tient de terres et de prez 

Ne m'en randra vaillant .ii. oès pelez. » 

L'oste l'antant, al pié l'en est alez. 

a Sire, » dist il, « .v.^ merciz et grez! » 
1 125 En la place ont les chevax amenez. 

Li anfant montent es chevax enselez. 

L'oste les a a Jesu comendez. 

Gui de Vaucaire les convoia asez. 

Fors de la vile s'est Bueves arestez 
I i3o A un chemin qui fu et granz et lez. 

« Segnors, » fet il, « envers moi entandez! 

Ice chemin que vos ici veez 

Va droit en France, ou vos aler devez, 

Et ge irai es estranges régnez. 
1 1 35 Moût sagement, por Dieu, vos contenez ! 



II 10 C fet il — II 12 c De; il Do chemin somes nos trestuit 
apreste — 1 1 1 3 C finez — 1 1 1 5 C ia mar en parlerez — 1 1 1 7 il 
darget pesé — 11 19 C Tôt] A Mes; C que tant vos en loez — 
1 131 il de terre et derite — 1 133 il aie — 1 134 C fet il — 1 126 
A es muiez seiornez — 1127 il Li quens; il comende — 11 29 
C Bueves] il G' — i i3i C a moi en e. — 1 1 32 il En cest chemin 
ilci vos en irez — 11 33 il En France droit si con fere devez — 
1 1 34 il Et ien Gascongne cel estrange règne, C Et ge irai en 
Gascongne el resne 



46 LI NERBONOIS 

Gardez que nus n'en soit desmesurez 
Ne bobanciers ne mançongiers clamez. 
De jugier tort ja loier ne pernez, 
Ne povre gent ja ne deseritez. 

1 140 Se sor païens en bataille venez^ 

Vos hardemenz desor aux esprovez, 
Si an seroiz cremuz et redotez 
Et plus de Dieu et de la gent amez. » 
Lors les a toz a Jesu comendez, 

1 145 L'un après Tautre besiez et acolez, 
Si s'an vet vers Gascongne. 



XXXV 

Bueves s'an tome, que plus n'i demora; 

De ses .v. frères se parti et sevra, 

A Damedieu le voir les comanda. 
1 1 5o Guiz fu prodom, qui forment les ama, 

D'or et d'argent .ii. somiers li charcha; 

.XX. demoisiax ansamble o li mena, 

A grant esploit li anfes chevalcha [76 a] 

Par ses jornees tant q'an Gascongne entra. 
1 1 55 Bêle aventure Damedex li dona; 

Que roi Yon en sa voie trova, 

D'Espagne vient o il conversé a, 

D'une cité que il a mal torna, 

L'or et l'argent avec lui aporta 
1 160 Et les prisons avec lui amena. 

Bueve le voit, celé pan s'an torna, 



îi3j A macongiera — 1140 C Mes; C en alez *- 1141 A harde- 
ment — 1144 A bessiez et acolez — 1 145 il A leh'ucrist les a toz 
comendez 
XXXV. 1147 ^ Hue — ii5o C qui forment tnq. ^ ii56 C la 



LI NERBONOIS 47 

D'un chevalier li anfes s'acosta, 

Tant li a dit que le roi li mostra. 

Vers lui se trest, moût bel le salua : 
II 65 « Cil Damedex qui le mont estora, 

Eve et Adan et son pueple forma, 

Soleill et lune et clarté nos dona 

Gart roi Yon, a qui sui venuz ça ! » 

Ot le li rois, devers li se torna, 
1 170 Si li demande dont il vient et o va. 

« Sire, » dist Bueves, « no vos celeré ja. 

Ce dist ma mère q'Aymeri m'enjandra; 

Et Hermanjan là franche me porta. 

.Vu. frerres somes; l'autr'ier nos dessevra. 
1 175 Garin mes frères a Pavîe s'en va, 

Et Aymer en Espangne en ira, 

Avec son père Guibelin demora, 

Les autres .iii. a Charlon envoia 

Et moi a vos, ainsi le comenda. 
1 1 80 Or veil savoir s'il vos agréera, 

Se mes servises de néant vos plera. » 

Li rois s'en rist, qui moût grant joie en a. 

Et dist après qu'il s'an conseillera. 

Si home l'oënt ; chascun bien li loa 
1 185 Qu'i le retiengne, grant honor li sera : 

Olz et batailles et cenbiax li fera ; 

Ja mellor home de Bueve ne verra; 

N'a c'une fille : icele li donra. 

Et de sa terre eritier le fera. 
1 190 Et dist li rois : « Si soit con vos plera! » 

Bueves Tentent, forment l'en mercia, 



1163 A sacointa — 1164 A tret — 1166 A son] C le — 1168 
Oart] C Car — 1 170 C dont] il o — ii'ji A ne, C nc\ — 1 175 A 
Garnier m. fr. droit a P. en va — 1 1 77 il son] C no ; C demorra 

— 1 180 A agrera — 1 181 il de néant] C boncment — 1 182 C ist 

— 1 185 Clés ; il que gr. h. aura 



4S LI NERBONOIS 

Inelement le pié li enbraça 

Por Tanor qu'i li donc. [b] 



XXXVI 

Li rois Yon de Bueve s'abandone, 
1 195 Moût bêlement Tenfant en aressone, 

Si li demende d'Aymeri de Nerbone. 

« Sire, » dist Bueves a la fiere persone, 

« N'a tel baron desi a Barjelone. 

Biau sire rois, des les porz de Baione 
1 200 N'a si fier home desi en Terascone 

Qui de sa terre ossast paser la bone 

Por li forfere vaillesant une pome. 

Por sa bonté devroit porter querone. 

Sa grant proëce, qui li croist et foisone, 
i2o5 N'aconteroie de prime juque a nonne. 

A cex qel servent, moût bien lor guerredone : 

En un seul jor plus Aymeri lor done 
Q'an un an ne deservent. » 



XXXVII 

« Biau sire rois, ge vos di vérité, » 
12 10 Ce a dit Bueves au corage aduré. 
<c Plus a asez Aymeris de bonté 
Que ne vos ai ne dit ne aconté. » 
Ot le li rois, forment li vint a gre. 
A ces paroles se sont acheminé ; 



XXXVI. 1 194 A de lenfent, C de Bueues — laoo C de ci — 120 1 
C os ia — 1 304 A Que sa bonté li acroist et f . — 1 3o5 A mq. — 
1 207 C Aymeri plus 



LI NERBONOIS 49 

1 2 1 5 Par mi les landes, qui sont d'antiquité, 

Ont tant ensenble chevauchié et erré 

C'a Bordiaus vienent quant il fu avespré. 

Par mi la porte entrent en la cité, 

Jusq'al paies ne se sont aresté. 
1 220 Li rois Yon descendi au degré, 

Puis an monta o grant paies listé. 

Et Nerbonois se resont ostelé, 

Et Panfes Bueves au coraige aduré 

Riche despans demoinne et grant fierté. 
1225 De la cort ont livroison a planté 

De tôt ilcé que i lor vint a gre; 

Car ainsi l'ot rois Yon comendé. 

A lor ostiex lor a l'en tôt porté, 

Et pain et char et bon vin et claré. 
i23o Li anfes Bueves moine grant largeté 

Et li dancel que o lui ot mené ; 

Ne lor remenbre de nule povreté. 

A l'endemain, com il fu ajorné, 

Bueves se vest, n'i a plus demoré ; 
1235 Puis est montez o grant paies listé, [c] 

Avec li sont .xx. demoisel aie ; 

Trueve le roi, si l'a biau salue. 

Voit le li rois, si Ta araisoné : 

« Biau sire Bueves, sachiez de vérité 
1 240 Que je vos aim et tieng en grant chierté 

Tôt por amor Aymeri le menbré, 

Que je vi fere une moût grant bonté. 

Qant Charles Maignes ot conquis sa cité, 

Le jor l'offri a son riche barné. 
1 245 N'an orent cure ne conte ne chasé. 



XXXVII. 1 2 16-8 A m^. — 1324 C moine— 1225 A Da ~ 1229 C 
vin a plante — i233 C que — 1234 C sen ist — i235 C pane — 
ia37 A bien — 1239 A ce est la v. — 1241 C lamor; C barbe — 
1 242 C Cui ; C (moût mq.) grant largete — 1245 A le dernier ne mq. 

Tome I 4 



5o LI NERBONOIS 

Qant vostre père la recoilli en gre, 
Et si remest dedanz par sa fierté. 
Bien Ta tenue par sa grant poësté, 
Que n'en perdi un denier moneé. 

1 25o J'estoie lors asez de jone aé, 

Mes or sui vieil, si ai le poil mêlé. 
J'ai une fille, qui a moût grant biauté 
Celé vos doig et trestot mon resné, 
Se Charles Maignes Favoit acreanté. 

1 255 G'iral a lui, que li rois m'a mendé, 
A pentecoste, celé feste en esté. 
Vos il vandroiz richement conreé. » 
Bueves l'antent, si l'en a mercié : 
« Sire, » fet il, « a vostre volenté ! 

1260 Je la prandrai volentiers et de gre, 
Se la dame l'oltroye. » 



XXXVIII 

« Biau sire rois, » Bueves li respondi, 
(( Jesu de gloire, qui onques ne menti, 
Vos sache gre de ce que dites cy. 

1 265 Mes une chose por vérité vos dy 
Que comanda nostre père Aymeri 
Defors Nerbone quant de nos départi : 
Que ne preisse famé, ce desfandi, 
Tant que seUsse s'el le vodroit de fy. 

1 270 Je voill parler, se il vos plest, a li. » 
Et dist li rois : ce Jo vos otroi einsi. » 



1348 C lai « 1353 A qui moût a grant fierté — i355 A le irai 
ore — 1356 celé] A .i. — 1359-60 C intervertit les seconds mem- 
hres des vers 

XXXVIII. 1367 ^ ^- — 13^ ^ ce U08 afy — 1371 A le le 
ueill bien ainsi 



Ll NERBONOIS 5l 

Il an apele son senechal Davy : 

« Va, si amoine ma fille a moi iici! » 

c Volantiers, sire, » li valez respondi. 
1275 L'uis de la chambre tôt malmènent ovri, 

A la pucele dist qant i la choissy : [d] 

a Ma demoisele, levez vos an de cy : 

Venez leanz an ce paies voti ; 

Car il i a un chevalier hardi, 
1 280 Buevon a non, filz au conte Aymeri ; 

Onques oncor plus bel ome ne vi. 

Tant a li rois de vos parlé a luy, 

Que a segnor Tavroiz et a mari, 

Et tôt son règne li oltroia ausy. » 
1285 Moût par fu liée celé qant ce oi. 

« E Dex, aie ! » la dame respondy. 

« S'avoir pooie un des filz Aymeri, 

Le gentil conte au corage hardi, 

Et Dex donoit par la soe merci 
1 290 Que aucun oir poisse avoir de ly, 
I trairoit au linage ! » 



XXXIX 

La demoisele en a pris ses conroiz ; 
El a vestu un bliâut a or frois. 
Et afubla un mantel de seglois. 
1295 En sa compangne sont .iii. filles de rois. 
De la chambre ist par mervellex donoi. 



1272 II] C Dont — 1273 A mamoine — 1274 C li sergenz — 
1275 C T. m. luis — 1276 A] -<4 El — 1278 A voii mq, — 1284 C 
li ostoie einsi — i285 ce] ^4 il — 1286 E] ^IC 7 

XXXIX. 1294 C siglois — 1295 En] ^ £ — 1296 C sa; C 
donois 



52 Ll NERBONOIS 

Bueves la voit, si la tret joste soi ; 
A lui parole bêlement en requoy : 
« Bêle », dist il, <c amendez ça vers moi ! 

1 3oo Je ai non Bueves, si sui de Nerbonois, 
Filz Aymeri, le plus vaillant, ce croi. 
Qui onques fust en cenbel n'en tornoi.. 
Tant avom dit entre moi et le roi, 
Vostre chier père qui moût vos aime en foi, 

1 3o5 Que asambler veult antre vos et moy 
Et marier a la saintime loy 
Q'establi Dex, qui tôt a desoz soy. 
Or veill que vos me dites vos segrois 
Ici es les bêlement an requoi, 

1 3 1 o Que je n'en soie de riens nule en effroi 
Ne q'an n'en die ne gabois ne desroi 
Par de derierres ne de vos ne de moy. » 
« Sire, » fet ele, « par la foi c'a Deu doi, 
Je vos aim moût par bone amor, et croi, 

1 3 1 5 Se asamblé somes par droite loi 

Vos amerai par amors et par foi [yj a] 

Come mon segnor lige. » 



XL 



Li rois Yons se leva en estant* 
O voit sa fille, si li dist en oiant : 
1 320 « Ma belle fille, or oëz mon sanblant ! 
Veez ci Bueves le hardi conbatant, 
Filz Aymeri le preu conte vaillant. 

1299 Ç*] -^ en — i3o4 A C nos — i3o5 C Qui — i3o8 Or] A 
Si; C dioiz; AC segroi — i3o9 C Or endroit ci b. — i3io ^ a nul 
effroi — i3ii A que len, C qan en — i3i3 A que uos doi — i3i6 
A amera 

XL. i3i8 C dreca — i3i9 A dist maintenent — i3ai C Vcz ici 
Bueucs, A Veez ci B' 



LI NERBONOIS 53 

Je VOS i doig sM vos vient a talant, 

Et tôt mon resgne et tôt mon chasement. » 

1 325 « Sire, » fet ele, « por Dieu le reaiment, 
Lui me donez; nul autre ne dément. 
Se ge ne l'ai, por voir le vos créant, 
N'avrai segnor en tretot mon vivant, 
Àinz serai none al mostier saint Amant. » 

1 33o « He Dex, aie ! » dist li rois malmènent. 

« Cist mariages vient moût bien a créant! » 
Bueves la jure sanz point d'arestement 
Et ele lui volant tote la gent. 
Par le paies en firent joie grant. 

1 33 5 Et la pucele n'i vet plus atendant, 

Vet en sa chambre, si aporta un branc 
(Ce dist la geste qu'il ot non Ploresanc), 
Vient a Buevon, si li dist an riant : 
<c Geste vos doing par itel covenent 

1 340 Que Diex vos croisse barnaje or en avant 
Et doint vytoire contre gent mescreant. » 
Bueves la prist, le cuer en ot joiant, 
La pucele en mercie. 



XLI 

Moût fu la cort joiexse et esbaudie 
1 345 Por amor Bueve a la chiere hardie, 
Qui la dame a et jurée et plevie. 
Et la pucele fu moût bien ensegnie, 
Lez li se siet, moût gentement li prie : 
a Bueves, biau sire, par Dieu le fil Marie, 
1 35o Vos an iroiz an France la garnie 

i325 Croiaument— iSaô nul] i4 car— i33i ^ICil— i332Cplu8 
— i333 C Et il lafie V. — i335 n'i] C ne — 1340 C or mq. 
XLI. 1346 A Que B. a — 1348 C sasict 



54 Ll NERBONOIS 

Avec mon père ainz quinzainne aconplie. 

Por Dieu vos pri, démenez baronnie, 

Et ancrez et portez segnorie 

Les chevaliers et la bachelerie! [b] 

i355 Chargerai vos .vii. muiez de Sulie 

D'or et d'argent et d'autre menentie. » 

« Bele, » dist Bueves^. « ne vos esmaiez mie ! 

Ja, se Dieu plest qui tôt a en baillie, 

De moi n'ert ja maie novele oie. » 
1 36o Con Tantendi la pucele eschevie, 

.lii. foiz le besse par fine cortoissie; 

Puis s'an antra an sa chanbre voltie 
La pucele cortoisse. 



XLII 

La demoisele fu cortoisse et senee. 
1 365 Antree en est an sa chanbre pavée, 

Son chanberlain apele a recelée : 

« Amis, » fet ele, a or oiez ma pansée ! 

Tu t'an iras an France la loëe 

Avec Buevon a la chiere manbree. 
1 370 Charchiez avoir tant com il vos agrée, 

Que porteroiz o vos en la contrée. 

Gardez par vos soit largece menée 

Et vostre corz a toz abandonee, 

Que de vos soit bone la renomee, 
1 375 Et an cest resgne nos soit dite et contée 

La grant largece que vos avroiz menée. » 

« Dame, » dist il, « si soit con vos agrée! 

Par celé foi que je vos ai portée, 

i355 .vii.] A bons, C .vi.; C Susie — iSSç A noleuele — i36o C 
Qant 
XLII. i366 C en — 1377 C fet il 



LI NERBONOIS 55 

Se Dex nos moinne en France la loëe, 
1 38o Ja nostre cort n'iert a home veee, 
N'a haut n'a bas desfandue Tantree, 
Ainz ert a toz vitaille abandonee. 
Au povres et al riches. » 



XLIII 

Li senechaus n'i a plus demoré, 
1 385 Moût tost a fait, ne Ta pas oblié, 

Ce que sa dame a dit et comendé. 

.Vii. muiez a d'or et d'argent trosé, 

Maint henap riche ont avesque porté 

Et mainte coupe et maint paile roe. 
1 390 Li rois Yon n'i a plus sejorné : 

D'aler an France a son oirre apresté ; 

A grant barnage sont de Bordiax torné, 

S'an mainne Bueve au corage aduré. [c] 

Au départir l'a s'amie acolé 
1 395 Et docement a Jesu comendé. 

Au port an sont dedanz les nés antre, 

Gironde pasent ançois midi pasé. 

De l'autre part sont au port arivé, 

Des nés s'an issent, es chevax sont monté, 
1400 Droit envers France se sont acheminé. 

Mes d*aus ici ne vos ert plus conté, 

Ainz vos dirom de Bernart le menbré 

Et de Guillame et d'Ernaut Taduré 

Et d'Aymer, de Garin le séné. 
1405 Gui de Valcaire, don je vos ai conté, 

1379 -^ Frace — i38o home] A nul; AC uee 

XLIII. i385 A Tantost; A ni a plus; AC demore -— 1387 ^ 
sommiers — 1393 A B\ C Boues—- 1400 A Tôt droit an Fr, — 
— 1402 A ladure — 1405 C parle 



56 LI NERBONOIS 

Lor ot avoir et chargié et livré, 

Et herbergié volentiers et de gre. 

Garin le preu a congié demendé, 

Ses .iiii. frères en a aressoné : 
141 o « Segnor, » fet il, « ja ne vos ert celé : 

Aler m'estuet, se il vos vient a gre, 

Droit a Pavie, celé riche cité ; 

Car Aymeris Ta dit et comendé. » 

Diënt si frère : « Vos dites vérité. » 
1415 Charchié un mul li ont d'avoir trossé, 

Que Gui lor ot au départir doné. 

Garin s'an tome, n'i a plus demoré, 

.Xx. demoisiax en a o lui mené. 

Des frerres sont parti et dessevré, 
1420 Si a Tun l'autre a Jesu comendé. 

Et cil trespasent la terre et le régné, 

A grant jornees ont tant fet et erré 

Qu'il ont les monz de Monju trespassé. 

Jusq'a Pavie ne se sont aresté. 
1425 Chiés un borjois sont la nuit ostelé. 

Son senechal a Garin apelé. 

a Amis J effroi, or oiez mon pensé. 

Gardez q'oiom viande a grant planté 

(Vandredis est, si avom jeûné) 
1430 De gros poisson, s'a vandre sont trové. 

No lessiez ja por nule grant chierté. » 

« Sire, » fet il, « a vostre volenté ! 

Vos en avroiz, se Dex me doint santé, [d] 

S'il en a nul en tote la cité 
1435 Q*an puisse avoir por denier moneé. » 

Prodom fu Postes, au estaux l'a mené ; 
Un chier poisson a vandre i ont trové, 



1409 A aresson — t^i5 A dor et dargent; C done — 1416 Gui] 
C Guiir — 1418 c mq. — 1425 A lont — 1431 C Ne» — 1433 A 
doit — 1434 C en la bone c, 



LI NERBONOIS 5^ 

O pals Pont esturjon apelé, 

De .iii. jornees Ti ot an aporté. 
1440 Li senechaus au roi de la cité 

Par .iiii. foiz i avoit )a esté ; 

Lonbart estoit et plain d'escharseté, 

Si ne Possoit prandre por la chierté. 

Andementiers i est venuz Guirré, 
1445 Que ot Jeffroi avecques lui mené, 

Le senechal dan Garin le menbré. 

Le poisonier a Jeffroi regardé, 

Si quenut bien qu'i n'estoit mie ne 

De Lonbardie ne de tôt ce régné; 
1450 De la moitié Pi avoit sormonté. 

Et dist Jeffroi : « Qu*i avra il doné? » 

tt .Xxx. sous, sire, se il vos vient a gre. 

Qu'il est toz fres, ce sachiez de verte : 

Hier matin fu de la mer aporté. » 
1455 Et dist Jefroi : « A benelçon De ! 

Moût le vaut bien. Car an fust il porté! » 

Dedanz sa borse a tost son poig bote, 

.XL. sous o plus l'en a doné. 

« Amis, » fet il, « or soient cist conté, 
1460 Andementiers q'a Tostel m'en iré. 

Ne puis atandre tant qu'i soient nonbré. 

S'i vos en faut, volentiers vos randré, 

Tant que paie serez a vostre gre ; 

S'il i a plus, tôt vos soit pardoné ; 
1465 N'en quier ravoir un denier moneé. » 

« Amis, » dist il, a tu me dis grant bonté. 
Foi que doi Dieu, prodom t'ot angendré. 

1441 C Par .iii. foiees — 1443 Si] C Qui ; A par laschete. A 
répète le vers {la seconde /ois lâcheté) — 1444 A Guirrez — 1445 
C Qui ; C auec lui amené — 1446 C (dan mq.) le franc m. — 
1447 A Le poisson prist I. a regarde — 1449 ce] ^ le — 1467 C 
lot — 1458 o] C et — 1459 A cil c. — 1461 C conte — 1464 C Se 
plus i a — 1465 A mq. — 1466 C fet il; A bote — 1467 C ta 



58 LI NERBONOIS 

Tex marcheans n'ai ge guieres trové. 

Buer soit de i'ore q'antras en cest régné ! » 
1470 Sor un mulet ont i'esturjon levé, 

A tôt s'an sont a Tostel retorné. 

Endementiers que il Ten ont porté, 

Au senechal Ta un valet conté. [j8 a] 

« Sire, » fet il, a mal nos est ancontré. 
1475 En ceste vile a un vasal entré 

Qui par force a le poisson achasté ; 

Plus en dona qu'il n'en ot demendé. 

Or en seront anqui mal conreé 

Rois Boniface et son riche barné ; 
1480 Car n'en a plus en tote la cité, d 

Con cil Tentent, le cuer en ot iré. 

c< Amis, » fet il, « n'i ot plus demoré ! 

Moine moi tost la o il sont aie : 

N'i remendra, par sainte Charité ! » 
1485 Chiés le borjois Ta cil tôt droit mené 

Nerbonois estoient ostelé. 
Sor une table ont l'esturjon levé, 
Et l'orent ja overt et achardé, 
Et teste et coe a une part torné. 

1490 Et cil an sont dedanz l'ostel antre, 
Le senechal et cil qui Tôt guié. 

1 li a dit maintenent par fierté : 

« Pranz ce poisson, n'i oit plus demoré ! 
Porte an la sale au roi de la cité, 
1495 Si an seront si home conreé. 

Mal dahaz oit qui ci l'a aporté! » 
Et dist Jefroi : « Ja l'ai ge acheté. 
Ne fûtes la, par la foi que doi De, 



1468 A Tel — 1469 A Bone soit, C Bien soit de; A regnié — 1473 
A senelchal — 1480 ^4 ot — 1481 C Qant; C si not le c. i. — 1482 
C ait — 1485 C tantost m. — 1487 C Sus — 1488 C escherde — 
1493 A Praz, C Pran — 1496 C qui la ci te a. 



U NERBONOIS 69 

O li dénier furent or aînz nonbré. 
1 5oo So me tolez, ce sera grant vilté 

Et pechié granz ; ce vos di de verte. » 

Et cil le prant qui i Pot comendé, 

Desor son col Ta charchié et levé. 

Voit le Jefroi, forment l'en a pesé, 
1 5o5 Endeus ses poinz li a o chief mellé, 

A un piler Fa si forment hurté, 

Que tuit li eill li sont estancelé. 

Li senechaus fu moût de grant fierté, 

Por ce qu'i fu au roi de la cité ; 
1 5 10 Hauce le poing qu'il ot gros et carré, 

Fiert en Jefifroi un cop desmesuré 

A mont o chief, que tôt Ta estoné. 

Voit le Garin, près n'a le san desvé. [b] 

c( Dex, » dist li bers, « or ai trop enduré 
1 5 1 5 Con devant moi voi mon home adesé ! 

Po conquerrai en estrange resné 

Se devant mo l'avoit on afolé. » 

Il vint au feu, q'an ot grant alumé, 

Prist un tisson, contre mont l'a levé, 
i52o Ausenechal en a grant cop doné. 

Par mi le chief, o bien Ta asené. 

Que contre terre Tabasti enversé. 

Un autre cop a moût tost relevé, 

Que par un pou ne Ta escervelé. 
1 525 Qant asez l'ot et bastu et frapé, 

Par les .ii. tamples l'en a fors traîné 

Et an la boe tooillié et bote. 

Puis li a dit : « Trop fus desmesuré, 

Qant mon sergent as féru n'adesé. 

1499 ^ done — i5oo C ce s. cruauté — i3oi de] C por — i5o3 
Ta] C et; A Hure — i5o4 C mrt ot le cuer ire — i5o5 AC En .ii.; 
A les; A chies — i5i4 ^ li dus — i5i5 C Qant — i5i6 C mq, — 
i5i8 A qui est — ibig C Prent un i. si la a mont 1. — ib2i A 
col o i la — i523 C recoure 



6o LI NERBONOIS 

1 53o Cesti poisson as tu ja comparé, 
Et si n'en as ne mangié ne gosté! 
Qui q'an menjuce, tu Tas chier achaté! 
Par celé foi que j'ai a Dieu porté, 
Ja mes Lonbart n'an sera conreé 

1 535 Se ne l'en doig volentiers et de gre ! » 

« Sire, » dist Tostes, « merci por amor De ! 
Cist rois est fiers et d'orgellex pansé. 
Moût tost m'avroit do tôt deserité 
Et vos melsmes en sa prison gisté. » 

1 540 Et dist Garin : « Ja mar i ait doté ! 

Puis que j'avrai sampres au roi parlé, 
Ja n'i perdroiz un denier moneé. 
Ne vos esmaiez mie ! » 



XLIV 

Li sénéchaux, que Garin ot bastu, 
1 545 A molt grant poinne lieve de la palu, 
Sus o paies en est errant venu. 
Li rois le voit, si Ta bien conneti. 
Il li demende : « As tu besoig eU ? » 
« Oil voir, sire, moût m'est mal avenu. 
1 55o Un grant vasal félon et parcreU 

Trovai la fors, mes ne sai dom il fu. 
Qui m*a par force vostre poisson tolu 
Et moi meimes lesdangié et bastu. [c] 

Se n'en ai droit, mort sui et confondu. 
i555 Ja mes por vos ne porterai escu. » 



i53o ja] C chier — i533 ^ que ie doi Diev porte — i535 C H — 
i538 do tôt] C en fin — iSSq A Et auecques eus a pr. g. 

XLIV. 1 546 C Tout meintenant est cl p. v. — 1 547 A mq. — 
1548 II] AEi — i55o félon] A mole — i55i dom] C que — i555 
A par 



Lt NERBONOiS 6t 

Li rois l'entent, moût en fu irascu. 

Tôt antor lui sont li Lonbart venu ; 

Jupes ont lees, et furent haut tondu; 

Chascuns ot hache o bon branc esmolu 
1 56o O bon mulet o palefroi crenu. 

Jusq'a l'ostel ne sont aresteU. 

Et Garin fu moût richement vestu 

D'un bliâut d'andre moût bêlement cosu. 

Mes Boniface ne l'a pas queneti ; 
1 565 Qu'il ne Tavoit mes a lonc tans veU, 

Si fu moût puis enbarni et creU. 

Garins le voit, si li a dit salu. 

« Sire, » fet il, « bien soiez vos venu ! » 

Et dist li rois : « De rien ne vos salu. 
1 570 Mon senechal demainne avez bastu 

Et mon poisson par force retenu. 

Ne puet autre estre, vos an seroiz pendu. 

Ja vostre gage n'an sera receU. » 

« Non, » dist Garins ; a qu'i ne vos ert tandu. 
1 575 Que feroit donc mon bon branc esmolu 

Et mi .XX. home, qui sont fort et menbru, 

Qui de ma terre sont avec moi venu ? 

Guidiez nos ore avoir si confondu 

Por voz Lonbarz qui sont gros et pençu ? 
1 58o Se il sont ore entor moi apleù, 

Nés pris je toz vaillesant un festu ; 

Tant sont coart, n'ont force ne vertu. 

Foi que je doi au verai roi Jesu, 

N'i a si cointe, ne jone ne chanu, 
1 585 Se il m'avoit par mal le braz tendu 

i556 A lentet — i558 C et si sont — iSSg A 7 b. b. 7 molv — 
i56i ^ sont â sot tâtost uenv — i563 AC richement; A uestv — 
i564 ^ lot — i565 C mes de ses euz v. — i566 C mq, — 1571 A 
recrev — 1575 A brac 7 molv — 1576 mi] A bien; AC .xxXé — 
1578 C Me c. ore si a. c. — 1579 A Lonbart — 1584 A le dernier 
ne mq. 



64 tl NERBONOIS 

Au seneschal Tacordent demenois. 
Puis sont remés chiés le riche borjois. 
L'eue demandent ii chevalier cortois, 
Assis se sont au tables et au dois. 

1645 Li premiers mes si fu li poisson frois, 
Li esturjon por qoi mut li bofois. 
Grant joie moinnent Lonbart et Nerbonois. 
Qant mengié orent, si se leva li rois ; 
Puis en alerent o paies hiajonois. 

1 65o Moût fu Garin et sajes et cortois; 
Moût le tient chier et anore li rois; 
Tote sa terre, ainz que pasast li mois, 
Li ot il mis a bandon et a chois. 
Hui mes dirom de Bernart le cortois, 

i655 Que de ses frerres n'ot mes o lui que .iii. : 
Ce fu Guillames, qui tant ot puis d'anois, 
Hernaut li rox, qui fu de grant bofois. 
Et Aymer, qui toz les suens conrois 
Ot atome sor les paienes lois; 

1660 Moût les menace al bon branc vianois. 
Congié ont pris de dant Gui le cortois, 
Qui lor charcha .iiii. muls espanois 
D'or et d'argent et de pailes grezois, 
De bêles robes et de riche harnois ; 

i665 Puis les convoie .ii. Hues, voire .iii. ; 
Au départir les a bessiez .ii. foiz. 
Et li baron s'an tornent demenois, 
Si les comende a Dieu, qui fist les lois. 
Et dan Gui s'ant retorne. 



1643 A au chV coortois — 1644 A Puis sont asis /— 1646 A par 
que — 1648 A mq, *- 1649 C maiorois — i655 C Qui — 1659 A 
paiene — 1661 A danz — 1662 A mui, C murs ~ i663 A paille 



LI NERBONOIS 63 

Li miens lynages ne tu ainz gorpillier. 
Mes en bataille sont tuit confanonier, 

i6i5 Sor cex d'Espangne sont félon et guerrier. » 
Dist Boniface : a Moût te sez bien proissier. 
Moût sambles bien oltrajex esquiër, 
Qui veux ilci mellee comencier. 
Contre un des tuens somes nos un millier. » 

1620 Et dist Garin : « N'i donroie un denier; 
Car j'ai veti so vantes foiz chacier 
.Xxx. perdriz a un seul espervier. » 
(( Qui es tu, va, » dist li rois al vis fier, 
ce Qui si te ses fièrement desregnier ? 

1625 Bien te puet on por musart engagier. 
Des ore mes me devroies noncier 
Dom tu ies nez et o veus chevalchier. » 
(( Voir, » dist Garin, a ja celer no vos quier : 
Je sui des filz Aymeri le guerrier, 

i63o Si me porta Hermanjart sa moUier, [jp a] 

De Lonbardie, fille au roi Desiër. 
Mes oncles estes, bien le puis afichier. 
.C. dahaz oit qui or s'en a plus chier ! » 
(( Diex, » dist li rois, « toi puisse gracier ! 

i635 Biau sire niés, ne vos devez irier. 

Donez moi triues! Je vos irai bessier. » 
« Voir, » dist Garin, « bien fet a oltroier. » 
Lors s'antracolent embedui li guerrier, 
Et Lonbart orent joie. 



XLVl 



1640 Quant de Garin fu acordez li rois. 



i6ï5 A grier — 1625 Après ce vers A répète 16 18, C répète 
16 18-21 — 1636 me] A nos — 1628 C a c. — i638 A santracolet 
XLVL 1640 A acorder 



04 tl NERBONOIS 

Au seneschal Tacordent demenois. 
Puis sont remés chiés le riche borjois. 
L'eue demandent li chevalier cortois, 
Assis se sont au tables et au dois. 

1 645 Li premiers mes si fu li poisson frois« 
Li esturjon por qoi mut li bofois. 
Grant joie moinnent Lonbart et Nerbonois. 
Qant mengié orent, si se leva li rois ; 
Puis en alerent o paies tnajonois. 

i65o Moût fu Garin et sajes et cortois; 
Moût le tient chier et anore li rois; 
Tote sa terre, ainz que pasast li mois, 
Li ot il mis a bandon et a chois. 
Hui mes dirom de Bernart le cortois, 

i655 Que de ses frerres n'ot mes o lui que .iii. : 
Ce fu Guillames, qui tant ot puis d'anois, 
Hernaut li rox, qui fu de grant bofois, 
Et Aymer, qui toz les suens conrois 
Ot atorné sor les paienes lois ; 

1660 Moût les menace al bon branc vianois. 
Congié ont pris de dant Gui le cortois. 
Qui lor charcha .iiii. muls espanois 
D'or et d'argent et de pailes grezois, 
De bêles robes et de riche harnois ; 

i665 Puis les convoie .ii. liues, voire .iii. ; 
Au départir les a bessiez .ii. foiz. 
Et li baron s'an tornent demenois. 
Si les comende a Dieu, qui fist les lois. 
Et dan Gui s'ant retorne. 



1643 A au chV coortois — 1644 A Puis sont asis /- 1646 A par 
que — 1648^4 mq, — 1649 ^ maiorois — i655 C Qui ^— 1659 A 
paiene— 1661 ^4 danz — 1662 A mul, C murs — i663 A paille 



Lî NERBONOIS 65 



XLVII 

1670 Gui de Vauqaire des anfanz départi, [b] 

A son chastel maintenent reverti, 

Kt lors chevalchent li demoisel hardi. 

Hernaut regarde contre val un larri : 

En lor chemin un esvesque choissi, 
1675 .Xxx. chanoine menoit avecques lui. 

Hernaut li roux tôt droit vers aux ganchi, 

Par mi le fraing a Tevesque sessî, 

Si li demande : a O iroiz vos ainsi ? 

Qui estes vos ? Gardez n'i ait menti ! » 
1680 « Amis, biaux frcrre, » Tevesque respondy. 

a Si m'aist Dex, qui le mont estably. 

Je suy evesque, si ai non Amauri, 

Et tien l'iglise, ce sachiez bien de fy, 

De saint Viël le Damedeu ami. 
i685 Charles tient cort, ainz plus riche ne vy. 

Et ge i vois et cist chanoine cy. 

Mes tôt avant, se Dex Va consanty, 

Droit en Auvergne irai et en Berry, 

Et puis d'ilec ainz cart jor acomply 
1690 Irom en France au roi don je vos di. » 

a Voir, » dist Hernaut, « onques mes tel n'oy. 

Nos somes ci .xx. bacheler hardi. 

Qui a la cort volom aler ausi ; 

Mes do chemin somes nos esbahi ; 

XLVII. 1670 C Gui de Uaucaire de Nerbonois parti — 1675 
C amenoit auec lui. On peut ajouter : Et quatre moines et un 
abë aussi (1820) — 1676 aux] C li — 1677 A choisi — 1678 C 
issi — 1679 C Dites le moi G. — i683 C tient; A Et dist leucs- 
que; bien] C vos — 1684 ^ Lesueschie tien ge de s. Uiel uos 
dy — 1686 A Et ie et uos et cil; C ausin — 1688 A Auu*ge ira ^ 
1689 A Buc. — 1693 A ainsi, C ausin — 1694 A des chemins; 
nos] A ci 

Tome I. 3 



66 LI NERBONOIS 

1695 Que mes ne fumes an cest païs ilcy. 
Conduissiez nos, jel vos cornent et di, 
A la cort Charle le fort roi segnori. » 

« Demoisiax frere, » Tevesque respondi, 

« Foi que doi vos, lealment vos afi 
1 7(iu Que tant me het li abes de Cligny 

Que n'oseroie paser par devant luy, 

Ne o pals de coi il est saissy 

N'iroie ge por Tanor de Ponti. 

Mes une chose por vérité te di : 
1 7o5 Que por musart te tieg je et por bri 

Con par le frein m'as aresté ilci. 

Le poing a perdre avroies deservy î » 

Hernaut Tentent, près n'a le san marri, 

Dieu en jura qui onques ne menti : [c] 

1 710 « Comparroiz le, ainz que soit avespri ! » 

Le baston hauce, qui fu gros et forny. 

Par un petit l'evesque n'en fery, 

Con par le braz Guillamcs l'a sessy, 

Si li a dit : « Qu'est ce, Deu anemi ? 
1 7 1 5 Je quit que as Damcdeu relenqui, 

Qui bastre vex l'evesque benel ! » 

« Voir, » dist Hernauz ; « qu'i l'a bien deservy, 

Con ne veut fere le coment que je dy. 

Done vos menbre de mon père Aymeri 
1720 Quil comenda qant de li départi 

Q'an France fusse senechax de par li ? 

Or m'a ici cil vasaus escharni, 

Qui mon coment a refusé ilci. » 

1696 yl et pri — 1701 A Que nos nossom; C aler — 1702 A dom 
il est si s. — 1703 A lauoir, C lennor — 1705 A te tieg ce sai de 
fy — 1 706 C Qant ; A poing (mu v est écrit au-dessus de Vo) — 
1707 a perdre] A mq, — 1710 C quil — 171 1 C quil ot — 1712 
i4 ne — 1713 C Qant par les; Ta] C le — 1714 A Que est ce 
anemi — 171 5 Damedeu] A Dieu — 1718 C Qant ne uost — 1722 
C Or men a ci 



Ll NERBONOIS 67 

Ot le Tevesque ; en riant respondi : 
1725 « Amis, biax frerre, por De qui ne menti, 

Puis q^Aymeris le comanda issi 

Et que filz estes au preu conte hardi 

Et Hermanjart au gent cors segnory, 

Rien que diëz, por voir le vos afy, 
1730 Ne desdiraiy ce sachiez vos de fi. 

Car Hermanjart, par vérité le di, 

Est ma cosine; bien devom estre amy. 

Par cest segnor qui le mont estably, 

Puis que filz estes au preu conte Aymeri, 
1735 En France irom tuit ensamble de ci. 

N'avrai sor vos vaillant un parissi 

Que ne vos soit livré et départi. 

De grant avoir somes bien repleni, 

Dom vos seroiz asazé et garni 
1 740 Et conreé et chaucié et vesti. 

Et dist Hernaut : « Sire, vostre merci 1 

Par tel manière porroiz estre garri. » 

Or sont ansamblc acordé et amy; 
Puis chevalchent vers France. 



XLVIII 

1 745 Qant acordé furent li Nerbonois 

Au bon evesque, qui fu preus et cortois, [d] 

Lors chevalcherent en France demenois. 
Devant aux font mener le grant harnois, 

1724 A le mq. — ij25 A fre — 1727 Et] A Des; A conte Ay\ 
Après l'jSï A répète i^sg-Si : Rien que diez tenez le uos a fi 
Ne desdirai par uerte le uos di Car Hm* au gent cors segnori — 
1733 C qui onques ne menti — iy3b A iront — 1737 C done — 
1739 C aessie — 1740 A uestv 

XLVllI. 1745 CNerbois — 1746 A près — 1747 C Et il cheuau- 
chent; A ansamble d. — 1748 le] C lor 



68 LI NERBONOIS 

Et il chevalchent serreement destrois. 

ijSo De Ricordene pasent les granz destrois. 
Tant ont hasté les bons mus espanois 
Q'a vespre vienent a Clermont, voire ençois. 
Ostel ont pris chiés un riche borjois. 
Moût grant despans i firent Nerbonois, 

1755 Riches viandes ont li danzel cortois; 

Au souper orent la nuit mes plus de trois, 
Bons vins et clers et pain blanc come nois 
Et venoisson et bon poisson et frois. 
Si grant despans font la nuit com uçs rois 

1 760 Et ausi grant barnage. 



XLIX 

A Clermont jurent li nobile vasal, 

Desi au jor i ont pris lor estai. 

Al matin sont anselé li cheval, 

Puis sont monté li baron natural, 
1765 Si s'an tornerent, n'i font plus arestal, 

Et chevalcherent le pandant d'un costal. 

Guillames garde delez le fonz d'un val 

Et voit venir maint rotier desleal. 

.Lx. furent li traîtor mortal. 
1770 « Segnor, » fet il, « por Dieu Tesperital, 

Ci voi tel gent qui ont anpansé mal. 

Se por icelx guerpissons nostre estai, 

Poi conquerrom an France la real. » 

Con cil Tentendent, descendent en Tigal, 

1749 A cheualche seurement — 1750 A grant — 1751 Ccoitie; 
C murs — 1752 C ucspres— 1756 i4 A — 1757 A Bon; A et plus 
blans que nest nois — 1759 A fot 

XLIX. 1 762 /l Disi ; C ostal — 1 763 ^ le — 1 765 Si] AE\\A pas 
— 1767 A font cp, lySj — 1772 A par; C lor c. — 1773 A C 
Puis — 1774 C Qant; ^ si d. a ual 



LI NERBONOIS 69 

1775 Si sont armé li nobile vasal 

De bons haubers et d'iaumes a emal, 

Pranent espiez d'acier poîtevinal. 

Et cil lor viennent le pandant d'un costal ; 

Bien sont armé li félon desleal, 
1780 En lor poinz portent mainte lance poignal. 

Lors s'antreviennent, que il ne diënt al, 

Si esperone chascun le bon cheval . 

A Tasambler i ot chaple mortal, 

Bien s'antrefierent et li bon et li mal. [So à] 

1 785 La velssiez fier estor comunal ! 

Froissent ces seles, et rompent cil poitral, 

Cil cheval fuient par mi le fonz d'un val 
Et traînent lor règnes. 



Delez un val se sont entrancontré 
1790 Li mal larron et li danzel menbré. 

La veîssiez fier estor aduré ! 

Li .iiii. frère se sont bien esprové 

Et li danzel qu'il orent amené. 

Sor les rotiers ont féru et chaplé; 
1795 Gui il consiuent tost a son tans fine. 

Que vos diroie ? Tant a l'estor duré, 

Que tuit sont mort, ocis et afolé 

Fors seul lor mestre, Gonbaut le desfaé. 

Gelui ont pris li vasal aduré ; 
1800 Moût fermement l'ont lie et serré. 

1776 A Maint hauberc uestent et maint hiame — 1779 C gloton 

— 1780 A poig; A ensaingne p, — A répète 1780-84. (1780 poinz; 
lance) — 1786 A C. s. fr.; i4 ci — 1788 A Et 1. r. tr. 

L. 1790 C Li mal routier et li baron m. — 1793 A Que; A tôt 

— 1797 C li gloton deflf'ae — 1798 C Fors un tout seul Gonbaut 
fu apele — 1800 A fièrement 



70 LI NERBONOIS 

A une loge que i lor a mostré 

L'ont tôt lie li baron amené. 

De grant avoir i ont asez trové, 

Çandaux et pailes et chevax a plenté. 
1 8o5 Ernaut li ros a le leu esgardé, 

Le traltor Gonbaut a apelé : 

« Dites, vasaux, o avez vos robe 

Si grant avoir con ci voi amassé ? » 

Et dist Gonbaut : « Ja ne vos ert celé. 
1810 Bien a un an aconpli et passé 

Que Charle Maigne de France ai desfié, 

Et trestoz çaux que j'ai puis encontre 

Avom puis tant et tolu et amblé 

Que mes ne fusse povses a mon aé, 
181 5 Ne fussiez vos qui m'avez atrapé. 

1er matinet, com il fu ajorné, 

Pasoit par ci, ce vos di de verte, [b] 

Uns des legaz de la crestianté 

Et avec lui .xxx. clerc queroné 
1820 Et .iiii. moine et avec un abé. 

De grant avoir aloient bien trossé 

Al parlement a Paris la cité. 

Tôt lor tolimes par vive poësté, 

Que n'an portèrent un denier moneé 
1825 S'en autre leu ne l'ont puis enprunté. 
Ci aviom tôt l'avoir asanblé. » 

« Voir, » dist Guillames, u asez avez aie. 

Onques n'amastes sainte crestianté, 

Maint home avez ocis et découpé. 
i83o Hui est le jor que chier en conparé. » 
Mes li evesques les a araissonné : 

i8o3 il ot — i8o5 C a lauoir regarde — 1806 A esgarde — 1808 
A uoi ci — i8i3 C robe — 1814 C en — 1817 de] C par — A 
répète le vers 1821 — 1824 C Quil; A perdites — 1825 A em- 
porte — 1829 home] C en — i83o est] C ert; il le conparrez — 
i83i il Morins leuesque; C len ; il araissonnez 



LI NBRBONOIS 7I 

« Segnor anfant, por Dieu de maieté, 
Ce grant avoir qu'avez ci conquesté 
Me donez tôt, se il vos vient a gre, 

i835 So partirai au povres Damedé. » 

Et dîst Hernaut : « Volentiers et de gre. » 
Pranent l'avoir, meintenant l'ont trossé, 
Et puis se metent o grant chemin ferré. 
Le traïtor Gonbaut en ont mené 

1 840 Por fere la jostisse . 



LI 



Or chevauchèrent a joie li baron, 

Gonbaut en moinnent, le traïtor félon, 

Jusq'a petit am prandront vanchoisson. 

Sor la chauciee avoit une messon, 
1845 O coverser soloit uns leaux hom ; 

Mes désertée l'avoient li larron, 

N'i ot remés ne late ne chevron 

Fors les estaches et le grant feste en son. 

D'une hart torse ont fet un chaangnon, 
i85o Gonbaut il pendent sanz point d'arestoisson ; 

Ja mes par lui n'ert anconbré prodom. 

Quant vanchié sont de l'ancrieme félon, 

En lor chemin s'an vindrent li baron. 

Par mi Berri a force et a bandon [à] 

1855 Vont chevauchant a coite d'esperon; 

A Orliens vindrent, si paserent le pont ; 
Lors entrèrent an France. 



i833 C que (ci mq.) — i835 A Danemc — iSSy C Pristrent; A 
et puis si — i838 C sen entrent — 1839 A trait© 

LI. 1841 A chevauchent — 1842 ^4 li — 1847 C feste — 1848 C 
éstages — i85o Cplus — i853 C A; C uienent — i856 C uienent 
si trepasent 



72 LI NERBONOIS 



LU 



A Orliens vindrent, la mirable cité ; 

La nuit il jurent li demoisel menbré 
1860 Jusqu'al matin que i fu ajorné. 

Es chevax montent, quant i sont anselé. 

A sainte Croiz ont li baron oré 

Et de bon cuer le servise escouté. 

Puis s'an tornerent, com en i ot chanté. 
i865 Par mi la Biause se sont acheminé, 

Jusq^a Estanpes ne se sont aresté. 

Ilecques sont une nuit ostelé, 

Et puis an sont al matinet torné. 

Par Estrichi sont li baron pasé ; 
1 870 Ce jor ont tant chevalchié et erré 

Que Paris voient, la mirable cité, 

Et mainte iglisse et maint clochier levé, 

Les abales de grant nobilité. 

Et voient Saine, don parfont sont H gué, 
1875 Et les molins, dom il i ot planté, 

Voient les nés qui amoinent le ble, 

Le vin, le sel et la grant richeté. 

Li bcrs Guillames a Hernaut regardé, 

Cortoissement Ten avoit apelé. 
1880 « Hernaut, biau frère, or oiez mon pansé. 

Sénéchaux estes de Paris la cité ; 

Car Aymeris Ta dit et comendé. 

Enqui verrom ainz soleill esconssé 

Vostre baillie et vostre poosté. 



LU. i858 C uicnent— 1862 A Croit — 1864 ^ quant — 1866 
A ostele — 1867 A ccle nuit areste — 1868 C scn — 1869 A A 
Ostrichi — 1871 Que] i4 De — 1874 A sont mq, — i883 A escosse 
— 1884 A noblete 



LI NERBONOIS jS 

i885 Gardez, Hernaut, se il vos vient a gre, 

Que bon ostel nos oiez tost trové, 

Et des mengiers querez a grant planté ! 

Q'oî l'ai dire, et si est vérité, 

Que ja prodome ne sera anoré 
1 890 Se al mengier ne moinne largeté. » 

Et dist Hernaut : « Par la foi que doi De, 

Vos en avroiz, sachiez de vérité, 

Se Tan an trueve por denier moneé [d] 

Ne por argent ne pof paille roe. » 
1895 A ces paroles ancontrent un abé; 

De Cligni fu, moût ot grant ricbeté ; 

A .XV. moines issoit de la cité. 

Hernaut li rox Ta par le fraig conbré. 

Moût fièrement Tavoit aressoné : 
1 900 « Dites, danz moines, o avez vos esté ? 

Gui avez vos dedans Paris trové ? 

Veîstes Charle, le fort roi queroné ? » 

« Amis, » dist Tabe, « oïl par vérité. 

Gort tient li rois a moût riche barné ; 
1905 Tant i a gent venu et asamblé, 

Je n'en avroie la moitié aconté. 

Si est amplie de Paris la cité 

Do grant barnage que li rois a mendé, 

N'i a grant sale ne grant paies listé, 
1910 Meson ne volte ne solier a degré, 

Ne soient tuit ampli et anconbré 

De duc, de conte o de prince chasé, 

O d'arcevesque o d'evesque o d'abé 

O de provoire ou de clerc ordené. 
1 9 1 5 Por ce m'an sui arierres retorné, 

1886 ^ tos; C aiez mrt tost — 1887 C Et dcl mengier — 1888 
CCar ge loi d. — 1892 A ce s. de uerte — 1897 C isent — 1898 
C coure — 1908 i4 ot — 1910 C borde; A le second ne mq, — 
1913 C De dus de contes o de princes chasez — 1913 i4 O de 
prouoire o de moine o dabe — 1914 A O darceuesque 



74 LI NERBONOIS 

Que a nul sans nU puis estre ostelé. 

A une ciaule anuit mes en iré 

Jusq'al demein qu'i sera ajorné. 

Lors revandrai a Paris de bon gre 
1920 Dedanz les chanbres Charlon nostre avoé. 

Par mo seront li bon conseill doné; 

Car dit le m'a li rois et comendé. » 

Et dit Hernaut : <c A maleiçon De ! 

Seneschaux sui de trestot cest régné 
1925 Desoz Charlon, le fort roi queroné. 

D'ostel avoir mar seroiz anconbré ; 

Que, foi que doi au roi de maie té, 

Vos en avroiz a vostre volenté, 

.Xv. o .xiiii., se il vos vient a gre, 
1930 Mes que por moi soiez la retorné. » 

L'abe l'antent, se'n a un ris gisté. 

o Amis, » dist il, « petit vos voi séné. 

De vos melmes seroiz tôt esgaré [8 1 a] 

La dedanz en la vile. » 



LUI 

1935 L'abe regarde Hernaut en mi le vis, 
Cortoisement Ten a a resson mis, 
Si li a dit : « Foi que vos doi, amis, 
Moût par est plaine la cité de Paris. 
Tant i a rois et esvesques gentis 

1 940 Et arcevesques et dus poëteis 

Et chevaliers et princes et marchis, 

1916 C en — 1917 C uile ; A enn, C men — 1918 A lusal; C que 
il«rt — 1919 C P. la cite — 1926 A mal — 1927 C a Dcu — i9l'<o 
C Mes câpres moi; C ia — 1932 A Aimis — 1933 A seroit 

LUI. 1937 A que doi mes a. — 1939 A et dus poeteis — 1940 
A Et arceuesque et esuesque gentis 



Ll NÉRBONOIS yS 

C'ostel n'î puis trover par nul deviis. 

Des rues ont toz les auvenz porpris. 

Par mi les voies en gist .v^. et .x. 
1945 Se me créez, foi que doi saint Denis, 

Ariers vandroiz .iiii. liueso .vi.; 

Duc'a .vii. Hues est ci Monleheris, 

C'est uns chastiax qui moût est bien asis, 

De pain, de vin et de char est garnis. 
1950 La serom bien tôt a nostre devis, 

Puis revandron le matin a Paris. » 

« Voir, » dist Hernaut, « musarz estes et bris. 

De grant folie vos estes antremis. 

Voirement sont coart moines tozdis. 
1955 Biau sire moine, ne soiez ja pensis î 

Seneschaux sui Charlon de saint Denis. 

S'ostel volez, par le cors saint Felis, 

Ostel avroiz tôt a vostre devis, 

Mes que de moi ne vos tenez eschis. 
i960 S'an volez .il., se'n avroiz .v. o .vi. » 

Et dist Guillames : « Que dis tu, malfez vis ? 

Cornent avras ostel dedanz Paris, 

Qant ne 14 trueve cist abes segnoris, 

Qui de Cligni tient Tordre et le païs? 
1965 Plus puet despandre chascun jor estellins 

Que nos ne fomes tornois o parisis. » 

Hernaut Tantant, a pou n'enrage vis. 

Le baston hauce, qui fu gros et marsis ; 

Ja l'en ferist, tant fu maltalentis, 
1970 Mes i le sant a home de grant pris. 

Moût fièrement l'en a a resson mis : 

1943 A Ostel ne; C por — 1943 A Des aluanz ont toz les ostiex 
porquis — 1944 C rues — 1946 .vi.] A vis — 1947 C luque a; 
est ci] C si est — 1950 Cseroiz — 195 1 C Et le matin reuendroiz 
— 1953 C uos uoi ôr entrepris — 1957 C Denis — 1958 Ostel] C 
Vos en — 1965 C mais dargent ch^s<^uri dis -*' 1^66 C ne p. — 
1968 A grant 



76 LI NERBONOIS 

« Frère Guillamcs, trop avez or mespris, [b] 

Con ma baillie avez de sor moi pris, 

Que me dona mes pères Aymeris. 
1975 Or m'en avez dessessi, ce m'est vis. » 

« Non ai, voir, frère, » dist Guillame al fier vis. 

« A mon pooîr, foi que do saint Denis, 

Vos aiderai ; de ce soiez toz fis. » 

A ces paroles antrerent an Paris. 
1980 Des ostiex prandre n'i ot nul conseil pris, 

Mes tôt a force les ont le jor sesis. 

Se Dex n'an panse, qui an la croiz fu mis, 

Tex en morra qui oncore est toz vis, 
Au panre les herberges. 



LIV 

1985 O voille o non, font Tabé retorner; 

Que il ne Tosse desdire ne veer. 

En la Grant Rue antrent li bacheler. 

Un paies truevent, qui moût fist a loër; 

Moût richement Tôt en fet compaser 
1990 Et a querniax et a pilers ovrer. 

Tôt a cheval i vet Hernaut antrer. 

Voit ces haubers et froier et roler, 

Et ces espees forbir et ranheuder. 

Et ces chevax torchier et abuvrer, 
1 995 En la quissine la vitaille porter. 

En la place orent fet un tapi giter, 

Environ siéent .xl. bacheler. 

Esches et tables orent fet aporter, 

1972 C ore auez trop— 1973 C Qant — 1980 nul] C un — 1981 
A Scsi — 1984 C Por 1. h. p. 

LIV. 1988 A Un grant p. (truevent mq.) — 1990 A piler — 
1993 A haub<^^-r«J996 «4 porter — 1998-9 A Eschas a t. ioent 
por déporter. •' ; 



* ■ 



Lî NERBONOIS 77 

Ensamble joënt por lor cors déporter. 
2000 Hernaut li rox les prist a regarder, 

Moût fièrement les prist a escriër. 

« Qex genz a l'en fet ceanz osteler ? » 

Li sénéchaux s'en est pris a lever, 

Si li respont moût tost sanz demorer : 
2oo5 a Vasal, » fet il, « ja no vos quier celer : 

Ce est li dus de Borgongne le ber. 

Que Charles a fet a sa cort mender; 

Dedanz ses chambres doit les consax doner. » 

Et dist Hernaut : « No veill pas creanter ; 
20 lo Conques ses pères ne pot le mien amer, 

Ne ja les filz ne ferons acorder. 

Sénéchaux sui, si doî Paris garder; [c] 

Car Aymeri le me fist comender. 

Fox fu li dus, qui ci vint osteler, 
20 1 5 Con ne m'en vint le congié demender. 

Isiez tost fors ! N'i pQëz demorer. 

En autre leu vos en convient aler 

Vostre ostel querre et cestui délivrer. » 

Et cil respont : « Or oi bricon parler. 
2O20 Veritez est ce que oï conter, 

Que debonere ne puet on rox trover. 

Tuit sont félon ; bien le puis esprover ! » ' 

Hernaut Tantent; le san quide desver. 

Le baston hauce sanz point de demorer, 
2025 Au seneschal en vet grant cop doner. 

Tôt estordi le fet jus cravanter. 

Qant ç'ont veû li autre bacheler 

Qui an Tostel sont asis a joër, 

Sore li corent sanz point de demorer, 

1999 A mq. — 2001 C lor — 2002 C Quel gcnt — 2011 A ni 
porront — 2012 A si ai France a g. — 2014 A Rox; C est; 
C quant ci — 201 5 C Qant; A uit — 2017 en convient] A conuiet 
a — 2018 C Autre — 2020 C ioi — 2024 C plus — 2026 C estandu 
— 2028 a] A por — 2029 C plus 



78 LI NERBONOIS 

2o3o As painz le vont de totes parz combrer. 

Ja fust ocis, n'en peUst eschaper, 

Con Nerbonois vont en Tostel entrer ; 

Voient Hernaut desachier et tirer. 

Si frère il corent irié corne sengler, 
2o35 Bernart Tainé et Guillame le ber 

Et avec aux le hardi Aymer ; 

Pranent au poinz ce qu^il pueent trover, 

De fulz, d'asteles lor vont granz cox doner, 

Par blanches coifes font vermeill sanc voler. 
2040 Et cil s'an issent qui n'i puent durer; 

Veillent o non, les en convient aler 

Autre ostel querre et cestui délivrer. 

L^oste s^en fuit, qui n'i osse arester. 

Sor un degré en est alez monter, 
2045 II et sa famé por les coux esgarder. 

Hernaut le voit, si li vet escriër : 

a Or vos ont fet vif deable encroër ! 

Par saint Denis, nos convient ci paser ! » 

a Merci, » dit Toste, « por Dieu, ne m'adeser I 
2o5o Je sui li ostes qui Postel doi garder; 

De par Charlon Tai ge a governer. [d] 

Riches hom suy, ja nel vos quier celer. 

Grant planté ai d'or fin et d'argent cler, 

Çandaux et pailes, que je fis amener, 
2o55 Mulz et destriers, que je faz sejorner, 

Vingnes et terres, que je faz laborer. 

Se il vos plaist ceanz a demorer. 

Moût vos ferai richement osteler 



2o3o A De totes part le corurcnt; C courcr — 2o3i A Ocis feust 
sanz point de demorer — 2o32 C Qant — 2034 C hï; A sanz 
point de demorer— 2o38 A \i; A grant — 2041 A convint— 2042 
C celui — 2046 C uint — 2048 A no uient; C ca nos couient tor- 
ner — 2049 por Dieu] C sire — 2o5o li] il 1; C doit — ao53 C 
dargent et dor f. cl. — 2064 A paile ; C qui mPt font a loer — 
2o55 C somiers— 2057 A sciomer — 2o58 A hautement 



LI NERBONOIS 79 

Se vos me fêtes vers ces autres tanser. » 
2060 Et dist Hernaut : « Or vos fist Dex parler. 

Nule autre chose ne vos veill demender; 

Mes cest abé fêtes bien osteler 

Et un esvesque c'avom fet amener. » 

Et cil en jure le voir cors saint Orner 
206 5 Et saint Denis, que l'an doit aorer, 

Ja ne savront celé rien demender, 

Dire de boche ne de cuer porpenser, 

Que ne lor face venir et aprester 

Se l'en en puet por nul denier trover. 
2070 Et dist Hernaut : « Ce fet a mercier. » 

Puis dist al moines : « Or jus sanz demorer! » 

Et cil descendent, qui ne l'ossent veer. 

Et puis l'evesque fist ilec osteler. 

Or pueent bien par loissir sejorner, 
2075 Dire matines et lor vêpres chanter. 

Les bons tapiz font a terre gister, 

Desus se sont asis por reposer ; 

Riches vyandes font asez aprester. 

Hernaut li rox n'i vost plus arester, 
2080 I les salue, si entre en son errer 
Por autres ostex querre. 



LV 



Hernaut li roux de l'ostel s'en lorna 
Et si .iii. frère que li bers moût ama. 
Par mi ces rues moût grant presse trova. 



2061 C deuiser — 2064 ^ le cors de — 2066 A ce loier — 2067 
C do — 2068 -4 len ; ^ V. a grant plante — 2071 -4 Et d. ~ 2073 
A Et mq,;A que il f. o. — 2074 p. 1.] C a esse — 2077 A déporter 
— 2080 C si aqeut s. e. 
LV. 2o83 A li dus — 2084 -^ trova mq. 



8o LI NERBONOI$ 

2o85 Hernaut li rox primeriens chevalcha, 
Le baston tint qu'Aymeri li bailla. 
Grant aventure Damedex li dona : 
En mi les rues Boniface encontra, 
Le roi son oncle, qui Garin amena. [82 a] 

2090 II voit ses frerres, au bon roi les montra, 
Ce dist Garin : « Oncles, entandez ça ! 
Vez les anfans q*Aymeris angendra, 
Et Hermanjart vostre suer les porta. » 
Ot le li rois, moût très grant joie en a, 

2095 Vait as enfanz, forment les acola. 
Puis un et un toz .iiii. les bessa, 
De lor bon père Aymeri demenda. 
Hernaut respont que tôt sain le lessa 
Devant Nerbone con de lui dessevra. 

2100 a Moût grant baillie mes pères me dona : 
Sénéchaux suy, li quens le comenda. 
De tote France et de qanqu'il i a. » 
Li rois Tantant, un petit s'anbroncha, 
D'ostel se plaint dont il oncor point n'a. 

2io5 Hernaut respont que asez Tan querra : 
« Or i parra qui après me siurra ! » 
Par mi les rues maintenent s'an torna. 
Le grant baston en sa main palmoia, 
Que Aymeris ses pères li charcha. 

2 1 1 o Par la cité moût tost s'achemina, 
A Petit Pont un grant paies trova : 
Fors le Charlon a Paris mellor n'a, 
Estables longues et grant celier i a ; 
Sages fu cil qui tel le conpasa ; 

2086 A quAymer — 2089 A que — 2093-5 A mq. — 2098 A toz 
sains les — 2099 A Dedanz ; C qant ; A daus se — 2102 C et de 
ce quil — 2104 C de coi il point na — 2io5 C casez len trou'ra 
— 2107 C premereins — 2108 A mai — 2110 ^4 Vers --2111 A 
Un gr. p. a P. P. tr. — 2112 i4 nés un mellor nen a — 2ii3 A 
Et t.; A bon 



Ll NERBONOlS 8l 

2 1 1 5 Chambres a voltes il fist et estora, 

Desor colonbes le grant paies fonda, 

A or musicle le point tôt et ovra 

Et a cristal qui grant clarté gista. 

Uns braiz de Sainne entor Tavirona. 
2120 En ce paies, o Hernaut s'en ala, 

.li. arcevesques par dedanz il trova, 

Et un légat de Rome avec aux a. 

Grant luminaire par leanz esgarda ; 

Les cierges orent alumé des pieç'a, 
2125 De haute none; bien pert o avoir a. 

Luz ne saumon a estai remés n'a, 

Que tôt n'an portent la megniee au légat. 

Tôt a cheval dedanz Hernaut antra. 

Com i les voit, hautement lor cria : 
2i3o a Qui estes vos? No me celez vos ja! 

Mal dahez oit qui ci vos herberja. 

Quant il a moi congié n'en demenda ! » [b] 

Un arcevesque s'estut, si Tesgarda. 

« Mal dahez oit, » fet il, « qui si parla ! 
2 1 35 Cil fu très soz qui le vin te dona ; 

I fu trop forzy car o chief te monta. 

Preudom seroit qui bien te batroit ja ! 

Car Charles Maignes ilci nos envola ; 

Ses cors melsmes céans nos herberja. i 
2140 .C. dahaz oit qui por vos s'en ira! » 

Et Hernaut jure son chief que si fera, 

O maintenent do baston le ferra, 
Si samblera folie. 

211S ^ conpassa -- 31 16 C forma — 2117 C musique le paint 

— 2121 C en ce pales tr. — 3ia6 ^ Ni remest luz ne salmont a 
estai — 3137 ^ a legar — 3138 C Hernaut leanz — 3139 C Qant 

— 31 33 C et si parla — 3i34 C (fet il mq,) qui einsi lesgarda — 
3i35 C trop fox — 3139 ^ cor — 3143 C Ou, A Et 



Tome 1. 



82 LI NERBONOIS 



LVI 



Hernaut le rox fu orguellex et fier. 
2145 O voit les clers par leanz aessier, 

Oncor les veut une folz aresgnier, 

Ainz que les veille ne ferir ne tochier. 

a Segnor, » fet il, « alez vos porchacier ! 

Car cest ostel vos convient a lessier. 
2 1 5o Ci vient un roi qui moût fet a proissier. 

C'est Boniface, filz au roi Desiër; 

Par grant richece s'i vosdra herbergier. » 

Li sénéchaux s'an prist a corecier. 

O voit Hernaut, si li prist a huchier : 
21 55 « Vasal, » dist il, « trop estes bobancier. 

Alez la fors an ces rues tancier; 

Car cist riche home n'ont de noisse mestier. 

O, par la foi que je doi saint Richier, 

Tost vos feroie do cheval trebuchier 
2160 Et par les tanples an ce fane tooUier. » 

Hernaut l'antent; le sans cuide changier. 

De son baston li vet un cop paier 

Par mi le chief, n'en volt mie espargnier, 

Desi a terre an fist le sanc raier, 
21 65 Tôt estordi l'abat lez un foier. 

Con cil le voient, n'ot en ex qu'alrier; 

Sore li corent sergent et esquiër 

Et sénéchaux et qeu et despansier. 

Par les .ii. tamples l'abatent do destrier. 
2170 Ja fust ocis et morz sanz recovrier [c] 

LVI. 2145 O] AC Et; A essaier — 2147 C qui les aut — 2149 
A c. icestui o. -- 2 1 52 ^ sis — 21 53 Li] C Vn — 2i55 C fet il 

— 21 57 -4 cist mq, — 21 58 C Ligier — 2160 Et] ^ O — 2 161 A 
not en li quairier ~ 2i63 ^ ne, C nel; ^ plus — 2i65 lez] Cen 

— 2166 C Qant; C ni ot que airier — 2169 C Par mi les t. 



LI NERBONOIS 83 

Se ne fust Dex, qui tôt puet jostissier, 
Et dan Guillame le marchis al vis fier. 
A haute voiz comença a huchier. 
Dist a ses frères : « Trop poëz delaier. 
2175 Nez senechal a d'aide mestier! » 

Con cil l'entendent, n'i ot que corecier, 
Dedanz Tostel antrent sanz delaier. 
L'un prant un fust et li autre un levier,. 
Fièrent en tasche et devant et derier. 

2180 Desor les clers en torna l'anconbrier ; 
Mal conreé furent lor esquiër, 

Plus de .xiiii. an ont fet mehagnier, 

A tel i ot font la teste brissier 

Et tel le braz o le col peçoier. 
21 85 Qant li légat les vit si domagier, 

S'il ot peor ne fet a merveillier. 

A haute voiz comença a huchier. 

« Segnor franc home, por Dieu, ne nos tochier! 

Ne somes pas de guerre costumier^ 
2190 Establi somes por Damedieu proier; 

Ne devez pas Tordre Dieu vergongnier. 

Se vos le fêtes, ja celer no vos quier : 

Qant Dieu fera tôt le pueple jugier, 

Sel vos fera ledement reprochier 
2195 Voiant trestot le monde. » 

LVII 
Dist li legaz : ce Franc chevalier menbré, 

2174 A sanz point de d. — 2176 C Qant — 2177 A En 1. a. sanz 
poit de d. — 2178 A lautre — 2179 A tache — 2180 C Desus — 

2 181 C Mal atorne — 2182 ^ an i omt (fet mq.) — 2i83 A] A Et 
— 2184 A et; C Et tel i ot lun des braz p. — 2i85 C uoit — 2186 
A ne nos en merveilliez — 2187 -<4 lor comence — 2189 ^ No — 
2194 ^ fièrement, C lededement 

LVII. 2196 ^ liegarz 



84 I-I NERBONOIS 

Ce sont esvesque et chanoine riuUé, 

Clerc et provoire, qui tienent Tordre De. 

Nostre mengier avom ci apresté : 
2 200 S'an nos an chace, ce sera cnialté ; 

Devant Jesu vos sera reprové. 

Mes se voUez de nostre charité, 

Vos an avroiz voientiers et de gre. 

Alex vos an, si feroiz que séné ! » 
22o5 Hemaut Tentent, près n'a le san devé. 

Par maltalent an a son chief juré : 

« Por seul itant que an avez parlé, 

Ne m'estordroiz, se Tavroiz comparé. » 

Le baston hauce par moût ruiste fierté : 
22 10 Ja Ten eûst par mi le chief frapé, [d] 

Con celé pan est Guillames aie. 

Qui le baston li a do poing osté. 

De sa parole Tavoit forment blasmé. 

« Frerre, » dist il, « as tu le sans devé, 
22 1 5 Qui ceux veub bastre qui tiennent Tordre De ? » 

Con li liegat voit Hemaut si troblé. 

En fuie torne, n*i a plus demoré, 

Et li evesque et li clerc ordené 

Tôt le paies ont moût tost délivré. 
2220 Dist Tun a Tautre : c Mal somes arivé ! 

Ce sont ild vif deable et malfé; 

Car il n*espargnent estrange ne privé. » 

A la cort Charle en sont moût tost aie, 

Et lor sergenz ont avec aus mené, 
2225 Qui tuit estoient moût durement navré. 

Des Nerbonois se sont au roi clamé, 
c Sire, merci ! » fet li légat, c por De! 



2197 C rigk — 320Ô A chief; C s. c. en a — 2211.2216 CQant 

— 3322 A ne prennent — 2224 A sergent; C oneqnes (ras ai^.) 

— 2226 ^ De — 2227 A Dist li légat (t atfiài de r) sire merd 
por De 



LI NERBONOIS 85 

Li prelaz somes de la crestianté. 
A vostre cort nos aviez mendé ; 

2230 Mes n'i venimes por nule povreté. 
Vez cotne sont bastu et entesté 
Nostre sergent qu'aviom amené. 
En ceste vile si sont vasal antre ; 
Ne sai quel gent, mes i sont forsené. 

2235 De la o nos estiom ostelé 

Nos ont mis fors et chacié et bote. 

Nos sergenz ont et bastu et navré : 

Ja mes nul jor ne seront en santé. 

S'or n'en avom vanchance a nostre gre, 
2240 N'avrom mes joie en tretot nostre aé. d 

Charles Tantent, tôt a le sans mué ; 

Par matalant a saint Denis juré, 

Que moût sera chierement comparé. 

a Or tost, » fet il, « n'i oit plus demoré ! 
2245 Fermez les portes de tote la cité, 

Que il n'en isse nus hom de mère ne. 

Je ne vosdroie por un mui d'or comblé 

Que a nul sans me fusent eschapé, 

Tant que j'en aie vanchance a volenté. 
225o Alez vos an, segnor franc ordené : [S3 a] 

Prenez hui mes ostel en la cité, 

Et le matin, com il ert ajorné, 

Venez a cort! Ja mar i oit doté : 

Car je vos di très bien por vérité, 
2255 Li cors de ceux vos seront délivré 

Qui si vos ont bastu et mal mené. » 

Dist li legaz : « .v^. merciz de Del » 

223 1 C cornent; C conree — 2233 si sont] A sont .i. — 2234 C quil 
sont; i] C tuit — 2238 il s. essauce — 2242 il a tôt le sans mue 
— 2246 C estrange ne priue cp, 2222 ^ 2248 A feust; C Que il 
me fusent en n. s. e. — 225 1 A Pr. o. h. m. — 2252 A Et lande- 
main; C qant sera a. — 2264 A Et; por] C de — 22 55 il Le, C 
Les — 2257 A legarz 



86 LI NERBONOIS 

A ces paroles s'en sont d'ilec torné, 

Mes ne sont pas a cel ostel aie 
2260 De coi il furent si chacié et bote. 

Defors Paris s'en issent en un pre; 

Desor la rive tendirent un grant tre, 

Ilec se sont celé nuit ostelé. 

Et Nerbonois ont Tostel délivré 
2265 Dom il avoient ceus gité et bote ; 

Tôt le harnois ont fors mis et osté 

Que li prélat 1 orent aporté : 

Au clers l'ont tôt et randu et doné, 

Que n'en retindrent un denier moneé 
2270 Fors le mengier qu'il orent atorné. 

Roi Boniface a Hernaut apelé. 

« Oncles, » fet il, « ci seroiz ostelé. 

Or descendez, se il vos vient a gre. 

Vez ci mengier richement conreé ; 
2275 Bien an seroiz pett et abuvré. 

I fu au clers : tôt soit de charité; 

Car autresin lor a l'en tôt doné 

Qanque il ont, por Dieu de maieté. » 

Diënt Lonbart : a A beneiçon De! » 
2280 Li uns a l'autre en a ris et joe. 

Et diënt tuit coiement a celé : 

« Par saint Fremin, moût a Hernaut bonté; 

Aymeri samble de cuer et de fierté. » 

Li rois descent, et o lui son barné, 
2285 Et puis s'asist sor un paile roe. 

Hernaut s'en ist, si le comende a De, 
Puis revêt hostel querre. 

ai6o De coi] A Dom; si] ^ et — 3263 AC tref — asôS se sont] 
A seront -* 2aô5 A Dom il furent et chacie et b. C ajoute ici le 
vers 2261 — 2266 A les, C lor; Cbote — 2271 ^CRois — 2273 
vient] C est — 2274 ci] C ce; C apreste — 2278 A Ce que — 
2282 Fremin] A Père — 2283 cuer] A dit — 2284 C et son riche b. 
— 2285 A H* se sist 



LI NERBONOIS 87 



LVIII 

Hernaut li rox issi de la messon 

Et si .iîi. frère, qui sont de grant renon, 
2290 Et avec aux li damoisel baron, [b] 

Qui tuit estoient ne de lor région. 

Par mi les rues s'an vont a esperon; 

En mi lor voie ont ancontré Buevon. 

Hernaut le voit, si Ta mis a resson. 
2295 « Par Dieu, biau frère, n ce a dit li frans hom, 

« Trovastes vos le riche roi Yon ? » 

« OU voir, sire, merci Dieu et son non ! 

Retenu m'a o lui en sa meson. 

Tant li ont dit et loe si baron, 
23oo C'avrai sa fille a trestot son roion. » 

Et dist Hernaut : « A Dieu benelsçon I 

Frerre, biau frère, avez ostel o non ? » 

« OU, » dist Bueve, « ce sachiez, moût très bon. 

Mes jusqu'à vespre ne nos departirom 
23o5 Et jusqu'à tant que nos parlé avrom 

Trestuit ansamble au riche roi Charlon. » 

A ces paroles s'en vont a esperon ; 

Jusqu'à Grant Pont n'i font arestoisson. 
Si ont passée Saine. 



LIX 



23 10 Or sont li frère sor les chevax anblans, 

LVIII. 3288 A H. li berz — 3390 A li ch'r b. — 2399 il li b. — 
33oo a] C et — 33o3 C et mPt riche et mrt b. — 3304 C Mes iuque 
au V. mes ne uos guerpiron — 33o5 A mq,; C iuque; C auron 
— 33o6 A Tuit en irom — 3307-8 A intervertit les seconds membres 
des vers — 33o8 A )• Droit a ; C ne 

LIX. 33 10 A mulêz 



88 LI NERBONOIS 

Tuit li .vi. filz Aymeri le puissant; 

Li esquiër se sont mis au devant, 

En destre mainnent.les destriers auferranz. 

Moût les regardent chevalier et sergent. 

23 1 5 Dist Tun a Tautre : « Moût sont cist avenent. 
Ainz mes ne furent si home d'un senblent, 
Con sont cil .vi. qui ci vont chevalchant. 
Moût samble bien a lor contenemem 

QuM soient fil de conte o d'amirant. » 
2320 Ainsi disoient cil qes vont regardant. 

Et ciKs*an vont a esperon brochant ; 

Par mi les rues ont le jor erré tant, 

Que il ancontrent un esvesque vaillant : 

Do Mans estoit, si ot a non Morant. 
232 5 Li bers Guillames li vet haut escriant : 

« Biau sire esvesque, por amor Dieu le grant, 

Vostre segnacle nos fêtes hautement ! » 

Et il si fist volentiers maintenent. 

Par mi les rues chevalchent li anfant, 
23 3o Tant qu'i fu vespre et soleiU esconsant. [c] 

D'ostel qu'i n'ont se vont moût esmaiant. 

« Voir, » dist Hernaut, « vos Tavroiz maintenent. » 

A voiz escrie : c O est l'ostel Rollant, 

Le neveu Charle, qui des bones fist tant ? » 
2335 Uns vielz chanoine li mostra a son gant : 

« Chevalier sire, il est oncor avent, 

Au querrefor, au pomel reluissant, 

A la messon Anquetin le Norment ; 

La descendoit li quens a son vivant ; 
2340 Et li borjois, qui a richece grant. 

Si li fesoit créance a son talant ; 

Et li frans quens, qui tant ot hardement, 

23ii le] i4 et le — 23ï3 A auferrant; C les bons d. enblant — 

23 16 A danze! si auenant — aStj A sont ch. — 33 18 C a son — 
3330 A uost — 3334 C Del — 3335 C mPt — 3339 X ces — 333o 

A cscosant — 3332-33 A Voir dist H* o est Instcl Roi' 



LI NERBONOIS 89 

Si Tan randoit guerredon bonement; 
Qu'i li donoit roge or et blanc argent 

2345 Et a sa famé robes a son talant, 

Les mentiax vers par terre traînent. 
Morz est li quens, ce est domage grant. 
Vez son ostel, biaux amis, la devant. 
Mes leanz sont herbergié Alement. i» 

235o « Voir, » dist Hemaut,« i s*en iront avant; 
Car de cestui n*avront il nul garant, 
Puis que il fu au preu conte Rollant. » 
Dedanz l'ostel vint a cheval errant, 
Les Alemenz trueve al mengier séant. 

2355 I les salue bel et cortoisement. 

ce Cil Damediex qui fu en Biauliant 
Nez de la virge par son comendement 
Vos saut et gart, franc chevalier vaillant ! 
Bêle gent estes, si fêtes bel samblant. 

236o Mangiez a joie de par Deu le puisant, 
Et si buvez do vin par avenant 
(Qui trop s'an charche, i n'est mie sachant !), 
Puis alez querre un autre ostel avant, 
Car cist est miens : a droit fié le dément, 

2365 Puis que i fu au bon conte Rollant. » 
Uns desTyois se leva en estant, 
Tint un coutel, don l'alumele ert grant, 
Et jure Dieu le verai roi puissant : 
«c Se no lesoie por Dieu tant solement, 

2370 Ja vos ferroie de cestui maintenent. d 

Li frerre Toënt; moût en furent dolent. [d] 

Aymer broche le palefroi enblant, 

3343 C richement — 2345 A les r. a t. — 3346 par terre] A qui 
erent — 3347 ^ 8^^ *" ^348 A Vez b. a. s. o. ci d. — 335o A dist 
li quens — 3353 A sen antra maintenent — 3354 A Alement -^ 
3356 fil] A maint — 336o Deu le] i4 le roi — 236 1 A par aisé- 
ment — 3364 a] C en ; il drot corr, en droit — 3365 C preu — 3366 
C dreca — 3367 C est — 3370 C dcl coutel — 3372 A errant 



90 LI NERBONOIS 

Jusq'al gloton en vet esperonant, 

Si le saissi par le guernon devant, 
2375 Plus de .c. peux Ten arache en tirant, 

Si que li sans an vait a val colant. 

Puis met la main a l'espee tranchant 

Et jure Dieu le père reaiment : 

a Se ne levez de ci inelement» 
238o Ja vos ferrai de cestui maintenent. » 

« Voire, » dist Bueve, « fol sont li Alement, 
Qui ne tienent lor voie. » 



LX 



Es Alemenz n*en ot qu'espoëhter, 

Quant celui voient par la barbe tirer; 
2385 I saillent sus, qui se quident armer ; 

Aymer vont de tote part cpnbrer. 

Tôt li descirent son fres hermine cler. 

Com î le voit, n'ot an ly qu'aîrer. 

Qui dont Velst Buevon a pié aler, 
2390 Bernart l'ainzné et Guiïlame le ber, 

Hernaut le rox et le preu A^mer 

Et dan Garin, qui moût fist a loër ! 

Par mi les coifes lor font le sanc voler. 

Li Alement nés porent endurer; 
2395 Veillent o non, les an convint aler 

Autre ostel querre et celui délivrer. 



3373 gloton] A ostel — 2374 C tessist parles grenons — 2375 A 
aroment — 2376 A uint — 2377 Puis] AEt; C mist — 2378 père] 
A père a — 238o A maitenent — 2382 C Qant 

LX. 2385 C quant — 2386 C courer — 2387 A deserrent — 
2388 C Qant; C ni ot que airer — 2389 C donc — 2391 C qui tant 
fist a douter — 2394 A Alemenz no — 2395 A convient — 2396 
C demender 



LI NERBONOIS 9I 

Oî Tai dire sovant an reprover : 

« La force pest le pre », ce oî conter. 

Et li baron sanz point de demorer 
2400 Firent l'ostel richement atorner ; 

Les bons poissons font querre et demender, 

Qanq'an en trueve, d'eue doce et de mer; 

Char et oissiaux font asez acheter 

Et venoisson de cerf et de sangler ; 
2405 Frais jonc et mente i ont fet aporter 

Et tôt l'ostel moût bien empimenter. 

Hernaut emprist son oste a apeler. 

« Sire Anquetin, ainsi vos oi nomer, 

Biaux dolz amis, que ferom ? D'un jugler 
2410 Mestier eûst por nolz cors déporter [84 à\ 

Jusq'a cel'ore que'prest fust li soper. » 

« Sire, » dist l'ostes, « gentis estes et ber. 

Vos an avroiz, se Dex me puist salver, 

Se an Paris an puet an nul trover. » 
241 5 Par mi la vile fet ses sergenz aler, 

Menesteraux fet querre et demender. 

Qui lors veist chanteors asambler 

Et jugleors ! Vienent sanz demorer 

Por le barnage dom il oient parler. 
2420 Car il n'ont cure de malvès ne d'aver ; 

Ja vers tex genz ne les verroiz torner ; 

Mes la o voient richece démener, 

La vont tuit cil qui sevent déporter. 

En cel ostel les velssiez antrer 
2425 O li filz sont dant Aymeri le ber ! 

Giguent et harpent, viëles font soner, 

L'ostel en font bondir et retinter. 

3399 C plus — 3401 A Ces — 3403 A Qanquil an tnieuent — 
3405 C ions et herbe — 3408 A loi — 3410 C M. nos e. — 341 1 
C iert — 3415 i4 Par mi Paris; A son sergent — 3416 ^ font — 
3417 A asamlber — 3419 A uoilent — 3431 C tel gent ne le — 
3433 A la r. doner — 3434 i4 A tel — 3436 C harpes — 3437 A fist 



92 LI NERBONOIS 

En tant con cil se painnent de chanter 

Et d'anvoisier et de joie mener, 
2430 Et d'autre part font li qeu atorner 

Riches vyandes et le feu alumer. 

Bues escorchier et porciax eschauder, 

Et d'autre part ces gras oisiax plumer. 

Se .iiii. roi i deûssent soper, 
2435 S'an ont il fet a planté conreer. 

Con Toste voit le plet si atorner, 

Des ore mes ossera bien parler. 

Il vient a Tuis, si comence a crier. 

a Jent d'Alemaingne, Dex vos puist vergonder l 
2440 Des ore mes vos en poëz aler ; 

Car n'ai mes cure de tel gent osteler. 

Ceanz venistes un mois a sejorner : 

Ne m^est remés n*aiez fet embraser, 

Ne bans ne sele que poissiez trover. 
2445 Tant estiez escroier et aver 

N'andureez nels bûche acheter. 

Onques a vos ne poi rien conquester. 

Ne place a Dieu, qui tôt a a salver. 

Que vos puissiez ja mes ci retorner ! » [b] 

2450 c Ostes, » dist Bueves, « ne vos chaut dementer ; 

Vos n*i poëz ore rien conquester. 

Tex compagnons avez fet. osteler 

Don vostre perte porroiz bien recovrer. 

Or vestiroiz mon fres hermine cler 
2455 Et mon mentel que je vos veiU doner ; 

Por moie amor le devez afubler. 

Et si vos veill par amors presanter 

Un palefroi qui moût fet a loër ; 



1439 A aporter — 3436 C Qant — 2443 se trùupe après 2444 
dans A — 3445 C escroer — 2446 C nés b. a a. — 3447 A Onques 
ni poi a nos r. c. — 3450 C dairer — 3451 A recourer — 3464 
Or] A Vos 



Li NERBONOIS 9!^ 

Bons vos sera por voz blez regarder. » 
2460 « Sire, » dist l'oste, « ce fet a mercier. 

He, Dex puissanz ! vos puis je aorer! 

Icist eschange me dut trop demorer. 

Or m'a Dex fet hui RoUant recovrer. » 

Des Nerbonois lerom ici ester ; 
2465 Des Alemenz vos redevom conter, 

Qui a Charlon se sont aie clamer. 

Trestuit navré vont el paies monter. 

Li uns por toz ancomence a parler. 

« Sire amperere, fêtes nos escouter ! 
2470 A vostre cort nos feites mender. 

Avoir quidames sauf venir, sauf aler, 

Mes malement nos ont fet atorner 

.Vi. fier vasal, qui tuit sont bacheler. 

De nostre ostel nos ont fet fors giter 
2475 Et si bastu com poëz esgarder. » 

Li rois Tantent ; n'ot en li qu'airer ; 

Par matalant le prist a demender. 

< Quenoisiez les ? Les savriëz nomer ? » 

c Nanil voir, sire; ce sont .vi. bacheler 
2480 Fier et estolz et gaignart de parler. 

Moût s'antresamblent de venir et dealer ; 

D'un père sont, bien le puet on prover; 

Ne se porroient home si resambler 

S'estret n'estoient d'un home sanz doter. 
2485 De nos mangiers nos en firent lever, 

Que ne Posâmes desdire ne veer ; 

Tôt mal gre nostre nos en convint aler. 

Si le nos firent chierement comparer. [c] 

Ne nos savom aillors a qui clamer 

2460 ^ fe — 2461 C puise a. — 2463 Or] ^ Ci — 2464 ici] C un 
pou — 2467 A li uont merci crier — 2472 A nos i ont atoroe — 
2474 f. f.] A toz fet — 2477 le] C li — 2478 A Quenostrez le le; 
Les sauriez] C Sauez les uos — 2483 A se mq,; A ame — 2484 
C Se il n. ; ^ de preude bacheler — 2489 A auos de qui 



94 LI NERBONOIS 

2490 Fors a vos, sire, qui nos devez tanser. 
Fêtes nos droit, droiz amperere ber 1 » 
Charles an jure le voir cors saint Orner 
Et saint Denis, que il doit aorer : 
Ne se savront de si haut reclamer, 

2495 Que ne lor face hautement amender 
Et de lor cors chierement conparer. 
Or puet li rois son serement jurer 
Et sa parole souhaucier et monter ; 
Mes quant ora des .vi. frerres parler 

25oo Et lor linage amentoivre et nommer, 
Tôt son pansé li convandra muer 
Et changier son corage. 



LXI 



Li Alemant se claiment a Charlon, 
Mostrent lor plaies, dom il i ot foisson, 

25o5 L'un d'une astele et l'autre d'un tisson. 
Un an i ot qui bien sambla bricon : 
Arachié ot le senestre guernon. 
Si que li sans vint après de randon ; 
Car Aymer li tira do menton. 

25 10 Cil vint au roi, si fist sa clamoisson. 
Voit le li rois, si taint come charbon. 
« Voir Dex, » dist il, « par ton saintime non. 
Qui pueent estre cil paltonier félon 
Qui an Paris m'ont fet tel mesprisson ? 

25 1 5 Por recréant tenir me porra l'on 

3491 droiz] A danz — 3493 A urai — 3493 C cui — 3496 A lors 
— 3499 A les — 35oo A monter — 35oi C Toz ses pansers — 35o3 
A Et auec s. c. 

LXI. 35o3 A plaingnent — 3604 A Montent; i ot] C ont a — 
35o6 bien] A li — 3507 C crenon — 3509 C osta — 35 13 A V. d. 
il D. qui Longis fist pardon — 35 14 C a P. ont — 35i5 C on 



LI NERBONOIS gS 

Se je n'en praig droiture et vanjoison. » 
« Droiz amperere, » dîst Tibert d'Orion, 
a Se de cez pranz avoir ne reançon, 
Toz tes linages en avra retraçon. » 

25 20 « Tes, gloz lechierres, » dit Lanbert de Loon. 
(c Ainz tes iinaje ne fu sanz tralsson. 
I parut bien aus uevres Ganeion, 
Qui porchaça au roi Marsilion 
Dom furent mort li .xii. compangnon 

2525 Et tuit amsambie li .xx. mile baron. 

Qui m'en creroit, par le cors saint Simon^ 
Toz an seroient mis a destruicion. [d] 

Droiz amperere, amendez ma resson ! 
Ceux qui vos ont fet celé mesprisson 

253o Fêtes venir ci en vostre messon ; 

Et lor parole, s'il vos plest, orra l'on, 
Si savra Tan qui a tort ne qui non, 
Et d'un et d'autre savra l'an l'achoisson. 
Selonc lor dit jugement en ferom. » 

2535 a Lambert, » dist Charles, « cuer avez de baron. 
De vostre part ne me vient se bien non. 
Par ceste barbe qui me pant al giron, 
Vostre consaus ert creiiz jusq'an son ; 
Ja n'an avré mes blasme. » 



LXII 

2540 Moût fu pansis Charte Maine li rois. 
De ses barons a apelé les .iii. 

25x9 -^ Inages; A reancon — 353o A dit mq, — 353 1 C One — 
3535 A .m. compangnon — 3526 A me — 3527 C (en mq,) este- 
roient— 3539 C ceste — 2 53i C Se il nos plest I. p. o. 1. — 3533 
A duns — 3534 A an fessom vanioisson — 3536 A mq, — iSSy 
C au menton — 3539 ^ auroiz 
LXII. 3540 A Moût p. fil 



96 LI NERBONOIS 

Li uns si fu d'Anjo li quens Jefrois, 
Gautier d'Estanpes et Gui de Jauberois. 
a Segnor, » dist il, « aiez chiez ce borjois, 

2545 Si m'amenez ces vasaux demenois 

Qui an ma vile ont fet si grant bofois. » 
Et cil responent : a Biau sire, ce est droiz. » 
Il an montèrent sor les muls espanois ; 
De grant manière estoit bel lor harnois; 

25 5o Vestuz estoient de chier paile grezois, 
Forré d'ermine ausi blanc come nois. 
Endemen tiers qu*i chevauchent tuit .iii., 
Devant son huis fu li riches borjois 
Qui herbergié avoitles Nerbonois; 

2555 Garde an la rue, s'a ve(i un Tyois 
De ses viez ostes q'avoit e(i ançois, 
Prant une hache de la terre au Danois, 
A lui s'eslesse, si le fiert demenois, 
Le chief li tranche, et cil chai tôt cois. 

256o « Otes, » dist Bueves, a cist n'avra suef des moisi 
De cest oltraje, par saint Omer de Blois, 
Nos porra bien achoissoner li rois. » 
« Sire, » dist Toste, « por Dieu qui fist les lois, 
Ne soiez ja por avoir en effrois. 

2565 Oncor ai ge un setier de mensois. 

Don vos prandroiz trestot a vostre chois. 
Tant en dorom en la cort au François [85 a] 
Que nos avrom bone pes au Tyois. 
Se je Tai mort, il me forfist ançois ; 

2570 Par plusors foiz me clama cox revois. 
Et un braon m'ocist par son bofois. 

3543 A lefroi, C leufrois — 3543 A lauberoi, C GuerberoU — 

3544 C fait il — 3545 A devant moi — 3546 A bofoi — 3547 C 
uoire — 355o A de bons paille antenois — 35 5 1 A dermire — 
3556 C quil ot ueuz — 3557 A Tyois — 3559 A ilec; C chai toz 
frois — 356o C soif — 3565 C .ii. setiers — 3567 ***] ^ *• — 
3569 C ï\ef. -^ 3571 A un mq. 



LI NERBONOIS 97 

Je nel vosisse por .c. sous d'Orlenois. 
Ceanz m'a fet correcier mainte foiz. » 
« Oste, » dist Bueves, « bien en est pris li droiz. 
2575 Cil mar mut de sa terre ! » 



LXIII 

Li mesagier Charlon de Saint Denis, 
Qui chevalchoient einsis con ge vos dis 
Por aler querre les demoisiax gentis, 
En mi lor voie troverent Tome ocis. 

258o Dist l'un a l'autre : « Or vet de mal en pis! b 
« Segnor baron, » dist Jefroi li marchis, 
<c Se Dex m'alst qui en la croiz fu mis, 
Moût foie chose ont cil vasal anpris. 
S'or n'en fet Charles le los de ses amis 

2585 Et le leal jugement de Paris, 

Ja des vasaux n'en estordra uns vis. » 
A tant en viennent a l'ostel al marchis , 
Au esches joënt o il erent asis ; 
N'i olsiez fors jeu et joie et ris. 

2590 Ainz quU les oient de rien a resson mis, 
Antre après aux Tabe de Saint Denis, 
Que i anvoie Char le Maigne al fier vis 
Por amener les demoisiax de pris. 
Entor le jeu les a trovez asis. 

2595 Premiers lor dist li bons abes gentis : 
<c Dom estes vos, baron, de quel pals. 
Qui tel orgueill démenez a Paris ? 
Si fez joiax n'avom nos pas apris ! 

aSyS C corrocie — aSyS mut] C uît 

LXIII. 2587 al] C as — 3588 C A uns esches les trouèrent asis 
— 3589 A Ni trovesiez; C ioie et geu ~ 359a A auoie; C Qui 
enuaoit; C Klm't — iSgb lor] il li — 3598 joiax] A corroz 

Tome I 7 



98 LI NERBONOIS 

Mout en est Charles coreciez et pansis. 
2600 a Venez a cort ! Trop vos tenez eschis. » 

Lors rist Guillames et Hernauz al fier vis. 

c( Par Dieu, danz moines, » dist Bueves li marchis, 

« D'aler a cort est 11 consauz toz pris. 

Et si verrom Charlon de Saint Denis, 
2605 Si li dirom por que l'avom requis, 

Et que li mende nostre père Aymeris [b] 

Et Hermanjart la contesse gentis. » 

L'abe l'entent, de joie s'en est ris. 

Son chaperon oste devant son vis. 
2610 « Segnor anfant, » dist l'abe segnoris, 

« Or me bessiez, car ge sui vostre amis, 

Cosins jermains, de ce soiez toz fis, 

Dame Hermanjan, la contesse gentis. 

De Lonbardie nez sui de Moncenis. 
261 5 Vostre linage amerai ge tozdis, 

Car mes encestres tint de li son pals. 

Par celé foi que je doi saint Denis, 

Tôt mes trésors vos soit a bandon mis, 
Con de celé gent estes. » 



LXIV 

2620 L'abes antant qu'il sont fil d'Esmenjart, 
La gentil dame qui issi do Lonbart, 
Et Aymeri qui ainz n'ama coart. 
Le gentil conte qui a le poil liart. 
Cil de Nerbone au corage gaillart, 

2605 C por coi — 2609 Costa — 2610 C S. baron — 261 1 C que 
— 2613 C la dame segnoris — 2616 C Que; AC tient — 2618 A 
ert — 2619 C Qant uos de tel 

LXIV. 2620 C lantant; A que il (fil mq.) sont desmeniart; C 
Hermeniart — 2623 C ot — 2624 A gangnart 



LI NERBONOIS 99 

2625 Qui sor païens les rultes cox départ. 

Moût an fu liez Tabe de bone part. 

Premièrement ala bessier Bernart, 

Et puis Guillame, qui puis tint Porpaillart, 

Et puis Buevon, et Aymer le qart. 
263o « Anfant », fet il, a quenoistre vos dui tart. 

Par cele foi que )e doi saint Maart, 

Liez et joianz sui moût, con vos regart ; 

Ne traez mie a la geste au Lonbart: 

Celui samblez qui a le poil liart, 
2635 C'est Aymeri qui a cuer de liep^rt. 

Foi que je doi le cors saint Liënart, 

En mon tressor poëz clamer grant part 
Se vos volés preu estre. » 



LXV 

L'abe regarde toz sis les demoisiax, 
2640 Moût les vit genz et avenenz et biax ; 
Bien sont vestuz de garnemenz noviax, 
D'ermine fres ont cotes et mentiax. 
« Et ! Dex, » dist l'abes, ce pères celestiâux. 
Tant a ici avenenz jovanciax ! [c] 

2645 Bien soit de Tante qui giete tex rainsiax ! 
Icil presanz sera Charlon moût biax. 
Qant il avra ses chiens et ses oisiax, 
Ira déduire por mener ses aviax, 
Et cist seront sor les destriers iniax, 
265o Si conquerront et cistez et chastiax. 

2625 A gentis cox — 2632 C qant — 2633 A a lancestre ; C as L. 

— 2635 A qui les grant cox départ — 2636 cors] A ber; A 
Lianart — 2637 C auoir 

LXV. 2640 A gent — 2641 A nouias — 2642 C dermines; A 
(ont mq,) de cote et de m. — 2644 '^ auenent — 3646 C gita — 

— 2648 A mq, — 2649 -^ cil — 265o A conquq^rpm 



j j 



100 LI NERBONOIS 

Sor Sarrazins tornera li flaiax. 
Auques Tan doit relever li cervîax. 
Qant ces avra fet chevaliers noviax, 
Lors avra il auques de ses aviax ; 
2655 Car cist iront sor paiens desleâux 
O i feront batailles et cenbiax 
Et conquerront et cistez et chastiax 
En la terre d'Espangne. » 



LXVI 

Molt fu li abes liez de celé acointence. 

2660 Com il regarde la fiere contenence 

Des demoisiaxy qui sont de grant vaillence, 
Il panse et croit et set bien sanz dotence 
Que i seront de moût fiere puisance. 
Il a juré son ordre et sa créance : 

2665 « En ces danziax ai ge bone atendence, 
Que par aux ert raluminee France, 
Qui por RoUant a esté en pesance. 
En cex puet bien Charlon avoir fiance, 
Com il avront les armes et la lance^ 

2670 Que il panront de RoUant la vangence, 
Qui morut en Espangne. » 



LXVII 

a Enfant, » dist Tabe, « or n'i oit jeu ne rage! 
Ne fêtes mes folie ne oltraje ! 



LXVI. 2660 C Qant il esgarde; A lor — 2661 A Des d. de fiere 
contenence — 2662 A croiz — 2665 i4 a il — 2666 C enluminée 
— 2668 C ce — - 2(»69 Ç Qaat ; A lor ; ^ lor 



LI NERBONOIS lOI 

Por ce se vos estes de haut linage, 
2675 N'an devez ja plus tost fere folage. 

Charles est fiers et d'orguellex coraje, 

S'a avec lui de moût riche barnaje ; 

De .XXX. contes a il le treûage, 

Qui tuit le servent et li randent ommaje. 
2680 Nus hom ne puet contre lui par paraje. 

Et nos ilci envoie il en mesaje, 

Que vos vegniez a lui sanz arestaje. 

Por Dieu vos pri, qui nos fist a s'imaje, [d] 

Con vos vandroiz la sus o mestre estaje, 
2685 Gardez vos bien de dire nul oltrage ; 

Laissiez parler l'ainzné et le plus sage. 

G'irai avant por parler au barnaje. 

S'avez mestier de plege ne d'ostaje, 

Liverrai vos .c. homes de linaje 
2690 A la cort Charle Maigne. » 



LXVIII 

Moût par fu liez l'abe de Saint Denise 
De celé joie que Dex li a promise. 
Il vient au roi, la o tenoit s'asisse; 
A lui parole bêlement sanz faintise. 
2695 ce Droiz amperere, par nostre chape bise, 
Liez poëz estre, foi que doi saint Morisse, 
Qant ci a vos viennent fere servise 
Li mellor prince que l'an sache a devise 
Des les porz d'Apre desi qu'a Valtubise. 

LXVII. 2675 C Ne ; A por ce f. f. — 2677 riche] A très haut — 
2678 AC conte; C treusage — 2679 ^ *^ ^i' "~ ^681 enuoie il] C 
nos enuoie -^ 2689 A ci piesges de 1. 

LXVIII. 2695 C grise — 2696 C par le cors s. Morise — 2697 
A ci mq,; A nostre s. — 2699 A dacre; C deci ca Uentubise 



102 LI NERBONOIS 

2700 C'est Aymeris, qui tant vos aime et pris^ 

Qui vos envoie ses filz par sa franchise ; 

Ce sont li filz Hermanjart la marchise, 

Qui ameront pes et foi et jostisse 

Et s'annoront Tordre de sainte igiisse. 
2705 Par euxsera de cex vanchance prisse 

Que Ganelons tral par sa faintisse, 

Dom il sofri martire et grant jolsse. » 

a E ! Dex, » dist Charles, « cornent ne en quel guisse 

Sera par aux si grant proëce emprise? 
2710 Cest premier jor m'ont il fet let servisse ; 

Mes se ne m'iert por la moie franchise, 

Ja en feroie dolerexse jostisse. » 

a Sire, » dist l'abe, a par le cors saint Morisse, 

Droit vos feront tôt a vostre devise. 
2715 Pardonez lor, por Dieu qui tôt jostisse! 

Et j'en ferai la première amendisse. 

Prenez mil mars o tressor saint Denise 
A fere vos ofrandes ! » 



LXIX 

Des que li rois oî l'avoir osfrir, 
2720 De maltalant comença a rogir. 

Lors regarda l'abé par tel air, 

Tote la char li a fête frémir. [86 a] 

Puis li respont con ja porroiz oïr. 

« Coment, danz moines ? volez vos ce sofrir ? 
2725 Loëz me vos tel plet a maintenir, 

S'uns orguellex vient a ma cort servir, 



3702 Ce] A Cil — 2704 C lennor de — 2707 C sofrirent — 271 1 
C nem, A nen cp. 3046 — 2712 C le — 2717 C .c. mars dcl 
LXIX. 2719 C Puis — 2720 C Par 



LI NERBONOIS Io3 

Que il me doie ma cité estormir, 
\ies genz ocirre et mes omes lesdir? 
Rois qui ce suefre ne doit terre tenir, 

2730 Et toz li monz le devroit bien honir. 
Quidiez les vos por vostre avoir garir? 
Foi que doi Dieu qui tôt a a baillir, 
Je n*en prandroie, ce vos di sanz mentir, 
Trestot l'avoir q'an m'en porroit ofrir, 

2735 Que je nés face en ma prisson jesir 

O de lor cors, se devient, mal baillir. » 
« Sire, » dist l'abe, « tôt a vostre plessir ! 
Se il vos plest, lessiez m*en repentir. 
Qant ilce voi que nés puis garantir 

2740 Ne anvers vos ne tenser ne guérir, 
Vostre talant me convient a sofrir. 
Mes une chose plairoit vos a olr? 
Moût deUssiez conte Aymeri chérir 

Et Hermanjart, ce sachiez sanz mentir; 
2745 Qant vos anvoient lor filz por vos servir. 

Ne lor detist por ce nul mal venir. 

Com il aloient l'ostel Rollant sessir, 

Li Alement no vodrent consantir; 

Com i le virent, ses alerent ferir ; 
2750 Ne lor en doit por ce mal avenir. 

S'uns en est morz, jo ferai enfoîr 

Et conreer et bien ansevelir; 

C'est mes mestiers, si le doi maintenir. 

Ne lessiez çaux d'antor vos départir ! 
2755 De lor servise vos puet grant biens venir. » 

« Voire, » dist Charles, « i les m'estoit sofrir 
Por Aymeri lor père. » 

2734 C me — 2736 se d.] C ledement — 2740 C t. ne tenir — 

2741 A santir — 2743 Moût] A Donc — 2744 C ce nos di — 
2745 A anvoiet ilor — 2746 C deuroit de ce — 2747.49 C Qant 
— 2750 por ce] C pas grant — 2762 C et ml't bien seuelir — 
2754 C ce — 2756 C î le mestuct 



104 LI NERBONOIS 



LXX 

Qanque li abes vet la pes porchacent 

Et les paroles au roi profetisant, 
2760 A lor ostel estoient li enfant. 

Buevon apele Anquetin le Norment. [b] 

« Oste, » dist il, « venez un pou avant, 

Si vestiroiz cest hermine avenant 

Et afublez mon mantel traînent 
2765 Et si avroiz mon palefroi anblant 

(Tresqu'a Colongne n'a plus soëf portantj, 

Si vos seront ja doné .c. besant. » 

Lors en apele Buevon un suen sergent. 

« Fêtes mon oste ce que je vos dément. » 
2770 « Sire, » fet il, « tôt a vostrc coment. » 

Lor dras osterent li demoisel vaillant, 

Et de plus chiers se vestent maintenent ; 

Mellors n'en ot ne roi ne amirant. 

Chascun en monte o palefroi anblant, 
2775 Par mi les rues vont tuit .vi. chevalchant, 

Jusq'a la cort ne se vont arestant, 

A pié descendent tost et inelement, 

Toz les degrez montent al pavement. 

Al mestre dois truevent le roi séant, 
2780 Tôt antor lui avoit barnaje grant. 

De son reaime i sont li plus puissant. 

Et li danzel s'en sont aie avant, 

L'un après l'autre tôt afetieement, 



LXX. 2760 A ostiez — 2762 C feit — 2763 A Si vestiroit cest 
hermin trainant — 2764 A auenant — 2766 C luque a; A anblant 

— 2769 C cornant — 2771 A Les — 2772 A (Et mq,) Des plus 
chiers dras — 2773 A Mellor — 2774 A monde — 2776 A .vii. 

— 2776 A uot — 2778 il a, C el — 2779 C mcttrct d. troue — 
2780 A b. tant — 2783 L'un] C Lor 



LI NERBONOIS Io5 

Chascun desfuble le mantel avenant, 
2785 Cheoir les lessent detriés aux maintenent; 

Qui vost, ses prist ; ne lor en chaut néant. 

Bernart parla, Tainé, le plus sachant ; 

Le roi salue bel et cortoissement. 

a Cil Damedex qui fu en Biauliant 
2790 Nez de la virge par son comendement, 

I saut et gart Charlon le roi puissant, 

Le mellor prince de cest siècle vivant ! » 

Charles se tut une pièce moût grant. 

Que il ne dist ne tyois ne romant, 
2795 Ainz regarda les danziax longuement 

Et lor fierté et lor apert sanblant. 

Con seporpanse, si parla en oiant; 

Bernart apele, que il vit en estant. 

« Sire vasaux, » fet il, « venez avant, 
2800 Si me diroiz qui traiez a garant 

De fere tel oltrage. » [c] 



LXXI 

« Droiz amperere, merci, por Dieu amor! 
De fere oltrage ne de dire folor 
N'avom talant, par Dieu le criator. 
2805 Car ci n'avom garant ne conduitor 
Fors Jesucrist le verai salveor 
Et vos, frans rois, que tenom a segnor. 
Nos somes filz al mellor pongneor 
Qui onques fust an tote vostre anor : 



3785 A devant — 3786 A sel — 3787 C et le plus grant — 3789 A 
(maint exponctué) fu — 3793 AC sestut — 3794 A romenz — 
3796 Et-et] A A-a — 3797 C Qant ; C en auant — 3800 C tenez 
LXXI. 38o3 A répète le vers après 2804; C dire o. ; A ne de 
dire damor — 3806 C criator — 3807 frans] C dant 



I06 LI NERBONOIS 

2810 Cest Aymeri le nobile contor, 

Qui vos donastes de Nerbone la tor^ 

Que vos tolistes a la gent paienor. 

Bien Ta tenue par force et par vigor, 

Q'ainz n'an perdi demi pié ne plain dor 
281 5 Par Sarrazins ne par gent paenor ; 

Ainz a conquis. Dieu merci, de la lor. 

Saluz voz mende com a son droit segnor, 

Et si vos mande et prie par amor 

Que nos randoiz et le fié et l'anor 
2820 Et la baillie en la terre Francor 

Que nostre ancestre tint de vostre ancessor. » 

Lors respont Charles simplement sanz demor : 

« Damedex gart Aymeri le contor 

Et Hermanjart a la fresche color ! 
2825 Mes vos ici, par Dieu le criator, 

Ne salu pas ne ne doi nule amor ; 

Car félon estes et plain de grant folor, 

Et vos folies comparroiz sanz demor. 

Et neporquant devisez moi Tanor 
283o Que vos clamez de par vostre ancessor. 

Nomez les marches de la terre Francor 

Que vos promet Aymeri le contor. » 

Ce dist Hernaut : ce Ja Torroiz sanz demor. 

Guillames claime Tansaingne et Toriflor, 
2835 Si doit garder le pals tôt amor; 

Et de Bernart feras ton jugeor, 

Dedanz tes chanbres privé conselleor ; 

Je servirai a ton dois chascun jor : 

Senechaus sui de France la maor. [d] 



381 3 C lai; C a-a — 3814 Q'ainz] C Que — 38x7 C droit] A bon 
~ 3819 A vos — 3821 C écoisÔ — 3833 C bêlement; A san; 
C iror — 3836 pas] A ge; A nul — 3837 A iestes — 3839 C 
nonporqant — 383o C encoisor — 383 1 de] C en — 3839 C en; 
C maior 



LI NERBONOIS IO7 



2840 Ce dist mes pères a la fiere vigor 
Au partir de Nerbone. » 



LXXII 

« Sire ampereres, » dist Hernaut a Charlon, 
« Ne somes pas losangier ne félon. 
Ces .iii. mestiers que nos ci devissom 

2845 Dist Aymeris q'an France tandriom; 
Se il vos plest, autrement no dissom. 
Si comenda mes pères a Buevon, 
Que an Gascongne alast au roi Yon, 
S^avroit sa fille a la clere façon 

28 5o Et son pals et le règne environ ; 
Li rois l'en a* ja oltroié le don. 
Et tote Espangne et Cordres le roion 
Redoit conquerre Aymer le baron 
Se Jesu plest par sa beneiçon. 

2855 Et d'autre part, se Dex plest et son non, 
Tandra Garin Pavie et Monbaldon, 
Tote la terre Desiër le baron ; 
En celé terre n'a nul oir se nos non. » 
« Par saint Denis, » dist Charles, « ce n'a mon. 

2860 Ja n'en perdroiz qui vaille un esperon. » 
Lors apela Guillame li frans hom : 
« Je vos claim quite mon real confanon, 
Et a vos frères claim tôt quite a bandon 
Ce dom vos père lor avoît fet le don. » 

2865 « Grant merciz, sire, » ce diënt li baron. 
Lors s'ajenoillent sanz nule arestoisson 
Trestuit li frerre devant les piez Charlon 

LXXII. 2845 A que nos ci t. — a853 A li frans hom — a856 
A Gandra; C Monbardon— 3860 q. v.] C uaillant — 2861 A mq, 
— 2862 A rant q. — 2864 lor a.] A uos a. — 2867 ^ Tuit H .vi. fr. 



I08 LI NERBONOIS 

Fors Aymer qui s'estut contre mont ; 

Nés un anclin ne l'en fist do menton. 
2870 Voit le li rois, si Ta mis a resson : 

« Vasal, » fet il, « moût resamblez félon. 

Serviroiz moi, o vos dites que non ? » 

Dist Aymer : « Très bien le vos dirom. 

Si m'alst Dex qui Longis fist pardon, 
2875 Tôt vostre règne et vostre resgion 

Vos claim ge qui te antor et environ. 

Ja n'en tandrai ne chastel ne donjoo ; 

Mes en Espangne, se Dex plest et son non, 

Conquerrai terre a force et a bandon 
2880 Sor Sarrazins a coite d'esperon. [87 à\ 

Tant con vivrai, ne lor faudra tençon. » 

Con Charles l'ot, si dist sinple resson : 

« Amis, biau frère, tu me sambles prodom. 

Dex t'en alst par son saintime non 
2885 De fere son servisse! » 



LXXIII 

« Frère Aymer, » dist Bueves li conois, 
« Ne partez mie de Charlon sor son pois, 
Ainz le servez un ano .ii. o .iii., 
Si vos donra grant terre demenois. » 
2890 « Si m'alst Dex, a ce dist Charles li rois, 
« C'ert grant folie se il s'an part ançois. 
Mes or li faz un covenent cortois : 
Si m'alst Dex qui establi les lois. 
Se il me sert un an et .iiii. mois, 



2875 C rcînc — 2876 ge] A tôt — 2883 A frc ; C Aimer frcre — 
2884 par] C et 

LXXIII. 2889-94 sont répétés dans C ^ 2894 C la première 
fois À. an ou .iiii. ou trois 



LI NERBONOIS I09 

2895 Je II donrai MeleUn et Samois 
Et Bestissi et Crespî en Valois, 
Tôt le paîs qui est an Tardenois, 
Chastiauporcien li redonrai ançois, 
Si marchira par devers les Tyois. » 

2900 Dist Aymer : « Grant merciz, sire rois ! 
Si m'aist Dex et saint Orner de Blois, 
Se doniëz Chartain et Orlenois, 
Demi le Perche et trestot le Danois 
Et Parissi et trestot Estanpois, 

2905 Et comblesiez celé tor de mensois, 
Ne remendroie mie.» 



LXXIV 

Quant li rois ot le danzel escouté, 

Dedanz son cuer en a moût grant pité ; 

Car i set bien que moût a de bonté. 
2910 Et Aymer Pen a aressonné. 

« Droiz amperere, or oiez mon pensé 

Et ma resson, se il vos vient a gre. 

Je faz un veu ilci et devant De, 

Le gloriëx, le roi de maieté, 
2915 Et devant vos et devant ce barné : 

Puis que g'istrai do crestiën régné 

Et j'enterrai en la paieneté, 

Chevron ne laste n'ert sor moi por oré, [b] 

Ne ne jerrai desoz fête levé, 
2920 Se Sarrazin ne m'ont enprisoné ; 



2897 il ert; C en tor dunois — 2898 AC Chastiau prochain •» 
2902 C Chartres — 2903 A Dumois 

LXXIV. 291 1-2 C Dr. a. se il uos uient a gre — 2914 A maie 
— 2916 C reine — 29178 A jenterra — 291 i4 aporte 



110 LI NERBONOIS 

Mes an montaignes o en bois o en pre 
Lez les rivières ferai tandre mon tre. 

Mi mangonel seront al murs levé 

Et mes perieres et mi pic acéré, 
2925 Dont tuit seront par terre cravantei 

Lor hautes tors et lor mur crénelé. 

Aver paiens anterrom tuit armé; 

Il en seront boni et vergondé, 

Et vos menant et ricbe et asazé. » 
2930 Après ce mot a li bers escrië : 

« Et o sont ore li bacheler menbré 

Qui veilent estre de proôce esprové ? 

S'avec moi vienent en l'estrange régné, 

Je lor créant ilci par vérité : 
2935 Tôt li guaaing qu'i avrom conquesté 

Si lor seront parti et délivré. 

Ja plus c'uns d'aux a moi n'en retendre, 

Mes qu'i me tiegnent a segnor avoé. 9 

Et cil respondent : « Moût avez bien parlé. 
2940 Se vos ce fêtes que avez dévissé, 

Nos avroiz vos et des autres planté. » 

Dist Aymer : « Ja mar i oit doté ; 

Que j'an ferai do tôt a vostre gre, 

Mes que vers moi n'i oit de rien fausé, 
2945 Ainz me tegniez por segnor avoë. » 

Et cil responent : « A vostre volenté. » 

A icest mot li ont bien créante 

Et serement par bone foi juré. 

Ainz qu'il fust tierce ne li midis pasé, 
2950 Furent il mil et .v. c. apresté, 



2931 A tref — 2922 A montaingnes; A tref — 2926 A Lor haute 
tor et li mur cravante — 2932 A anore — 2933 A el salvasge; 
C reine — 2935 il C le — 2936 A deuisse — 2937 C a mon oes 
nen tendre — 2938 C men — 2940 C ci conte — 2941 C Vos nos 
a. — 2943 do] C très — 2946 A réclame — 3947 A mot; C lont 
bien acreante— 2949 A none; AC pasez — 3950 A il mq. 



LI NERBONOIS I I I 

Qui s'an îssirent fors de la vile el pre. 

Et Aymer les a araissoné : 

« Segnor, » dist il, « or oiez mon pensé ! 

Geste quinçaine seroiz ci sejorné, 
2955 Tant que aiez porquis et apresté 

Chevaux et armes don seroiz adobé. 

Or et argent vos donrai a planté. » 

Et cil responent : « A vostre volenté. » [c] 

Baut et joiant antrent en la cité. 
2960 Et Charles fu en son paies listé, 

Ensamble o lui maint chevalier menbré. 

A soi meimes s'est li rois démente: 

a E ! Dex, » fet il, <k qui le mont as formé. 

Tant par ai ore a perdre acostumé ! 
2965 N'a oncor pas .xxv. ans passé 

Que je refui an estrange régné. 

Plus il perdi que je n'i conqesté ; 

Car g'i perdi le mielz de mon barné. 

Le mien neveu, don j'ai le cuer iré, 
2970 Et Olivier au corage aduré 

Et les barons o tant avoit fierté. 

Or en voi si d'aler entalenté 

Ce bacheler qui tant a jone aé, 

O lui manra grant gent de mon régné. 
2975 Biau sire Dex, voirs rois de maieté, 

Je crieng q'a poine en voie un retorné 
De la terre d'Espangne. » 



2951 A de uile en un pre — 2953 C fait— 2966 A adonez — > 
2967 A donrai ge a — 2969 C erent — 2962 A a\i r. comende — 
2963 A a— 2965 C .xxvi. — 2966 C el sauuage reine — 2972 en] 
A uos — 2974 C en ce reinne — 2975 voirs] A biax 



112 LI NERBONOIS 



LXXV 

Charles li rois fu en grant soupeçon 
Por Aymer l'anfant de grant renon, 

2980 Qui aler veult o salvage roion 
Entre la gent qui ait maleiçon. 
Et Aymer en monta o donjon 
Et vînt tôt droit devant le roi Charlon. 
Voit le li rois, si Ta mis a resson : 

2985 « Vasalx, » dist Charles, <c ce sanble foloisson, 
Qant aler veulx an ce resgne félon. 
N'a oncor pas pasee grant sesson 
Que je il fui et de ma gent foisson ; 
Mes n'i conquis se moût petitet non : 

2990 Ocis i furent mi home et mi baron. 

Por ce ai de toi grant dote et grant friçon. » 
ce Droiz ampereres, par le cors saint Simon. 
Vos i alastes con rois de grant renon. 
Tote eussiez la terre et le roion 

2995 Se ne fust fête la mortel traisson. 
Mes je sui ci ancor uns jones hom, 
Qui n'ai de terre qui vaille un esperon ; [d] 

Mes, se Dex plest par son saintime non, 
Jo conquerrai a force et a bandon. 

3ooo Mes une chose, frans rois, vos requerrom 
Por amor Dieu qui Longis fist pardon : 
Se je conquier o cité o donjon, 
Cordres la riche, o sont li Esclavon, 
Droiz amperere, oltroie moi le don 

3oo5 Que je la tiengne de par le roi Charlon. 

LXXV. 2980 A roioio — 2984 A restoisson — 2987 A Ncst — 
alee -^ 2992 A ampères — 2996 ci] C sire — 2997 C Que; C(qui 
mq.) uailiant — 2998 par] C et — 3ooo A le 



u sembosoês 1 13 

Le treûage tos en eoToieroni. > 

Ot le li rois, menreilles li fii bon. 

Il an jura le cors saint S3rmcon : 

c MoQt ber il fa dite ceste resson. 
3oio Par cel segnor qui Longis fist pardon ! 

Ja ne seroiz an si lointieg roion^ 

Se Sarrazin tos i ont am prisson, 

Ne vos secore a coite d*esperon 

Et avec moi mi cheralier baron. » 
3oi 5 c Grant merciz, sire, » dist Tanfes a Charlon. 
« Por tant serai rostre bome. » 



LXXVI 

Aymer fii o paies en estant 

Devant Charlon, Tamperere puissant. 

Homaje fet au roi tôt maintenent 

3o2o Por le socors que U Tet prometent. 

Meut an ot Tanfes le cuer lié et jbiant. 
Et mit 11 fil Aymeri le Taillant 
En andinerent vers Charlon tôt errant. 
Est TOS Tenu le légat a itant, 

3o25 O lui l'evesque que je tos dis aTant 
Que de Tostel chacierent 11 anfant. 
I sont monté sus o paies plus grant, 
A Charle Maigne en sont Tenu derant. 
Dist li légat : c Anperere puisant, 

3o3o Vez le vasal devant tos en estant 

Qui nos chaça de nostre ostel Tilment 
Et noz sergenz basti si ledement. 



3oo6 C treusage — Sooy li] C lor — 3009 C boer — 3oio C ce 

LXXVI. 3oi8 Clenperaor — 3o3i A galant— > 3on A anclûiaiit 
— 3o34 A maintenent — 3o38 A aie — 3o33 A Et %t nos a bastu 

Tome I $ 



I 1 6 LI NERBONOIS 



LXXIX 



Or ot Gascongne Bueves en eritage 

Après la mort Yon al fier corage ; 
3o85 Charlon an fist feeuté et omage. 

Es Boniface, o lui tôt son barnage, 

Garin amoinne, qui moût ot vaselaje. 

Devant Charlon vint droit en son estaje, 

Si l'an apele en guisse d'orne saje. 
3090 c Droiz amperere, entendez mon lengaje. 

Vez ci Garin, qui est de mon linaje, 

Fîlz Aymeri le hardi conte et saje. 

N'ai filz ne fille qui ait mon eritaje. 

Se il vos plest et il vient en corage 
3095 Que je li doigne ma terre et mon menaje ? 

Qu'il est mes niés, del mieuz de mon linaje. n 

« Par Dieu, » dist Charles, « qui nos fist a s'imaje, 

Ne fui plus liez de rien a mon aage. » 

Devant Charlon l'en a doné le gage ; 
3 1 00 Si l'en a fet feâuté et omage. 

Or ont moût bien devant tôt le barnaje 

Tuit li .vi. filz dant Aymeri le saje 
Lor besoingne aconplie. 



LXXX 

Charles li rois si fist moût a loër. 
3io5 Con les .vi. frères ot fet toz asener, 

LXXIX. 3084 C Vont — 3o86 A Et Bo' et tôt ot — SogS A Nait 
— BogS A trc — 3096 A es m. n. et nez — 3098 C en — 3 100 A 
en — 3ioi C uoiant — 3io2 A danz 

LXXX. 3104 il qui molt fist — 3io5 C Qant 



LI NERBONOIS 1 1 5 

Et dist Hernaut : « Biau sire, je l'oltri. » 
3o6o I tret son gant, el pong li anbasti. 
Con li légat Charle Maigne entendi, 
' O voille o non, le droit en recoilli ; 
Qu'il n'en osa plus fere. 



LXXVIII 

L'acorde ont fête d*Ernaut le franc baron 
3o65 Et do légat, o il vosist o non. 

A ces paroles est vos le roi Y on ; 

Bueve tenoit par Termin peliçon. 

O voit le roi, si Ta mis a resson. 

a Droiz amperere, por Dieu et por son non, 
3070 Ains de ma famé a la clere façon 

N'oi nul enfant se une fille non. 

Par vostre lox veill que la mariom. 

Vez un des filz Aymeri le baron, 

Bueves a non, moût par est vaillanz hom ; [^1 
3075 A mon vivant l'en oltro je le don 

Et mon roiaume et le règne environ. )» 

<c C'est bien a fere, » ce dist li rois Charlon. 

« En croisement li doig Chastiaulendon. » 

<K Moût grant merciz I » ce dit l'anfes Buevon. 
3o8o Ore ont tant fait et tant dit li baron 

C'après la mort au riche roi Yon 
Avra Bueves la terre. 



3o6o A cl pong m^. — 3o6i C Qam — 3q63 A osw 

LXXVIII. 3071 A enfa — 3o75 C otroi ci — 3076 i4 m^. — 3078 
A ChastiaxlendoD, C Chastellandon — 3079-80 A mq. 



I 1 6 LI NERBONOIS 



LXXIX 



Or ot Gascongne Bueves en eritage 

Après la mort Yon al fier corage ; 
3o85 Charlon an fist feeuté et omage. 

Es Boniface, o lui tôt son barnage, 

Garin amoinne, qui moût ot vaselaje. 

Devant Charlon vint droit en son estaje, 

Si l'an apele en guisse d'ome saje. 
3090 c Droiz amperere, entendez mon lengaje. 

Vez ci Garin, qui est de mon linaje, 

Filz Aymeri le hardi conte et saje. 

N'ai filz ne fille qui ait mon eritaje. 

Se il vos plest et il vient en corage 
3095 Que je li doigne ma terre et mon menaje ? 

Qu'il est mes niés, del mieuz de mon linaje. n 

« Par Dieu, » dist Charles, « qui nos fist a s'imaje, 

Ne fui plus liez de rien a mon aage. » 

Devant Charlon l'en a doné le gage ; 
3 100 Si l'en a fet feâuté et omage. 

Or ont moût bien devant tôt le barnaje 

Tuit li .vi. filz dant Aymeri le saje 
Lor besoingne aconplie. 



LXXX 

Charles li rois si fist moût a loër. 
3io5 Con les .vi. frères ot fet toz asener, 

LXXIX. 3084 C Vont — 3o86 A Et Bo' et tôt ot — SogS A Naît 
— SoqS a tre — 3096 A es m. n. et nez — 3098 C en — 3ioo A 
en — 3ioi C uoiant — 3io2 A danz 

LXXX. 3104 il qui molt fist — 3io5 C Qant 



LI NERBONOIS I I 7 

De grant barnage se prist a porpenser : 
Qu'i les vodra chevaliers adober, 
Ançois qu'i laist sa grant cort desanbler. 
Moût bêlement les prist a apeler : 

3 1 10 « Segnor anfant, je vos doi moût amer. 
Tôt por Tamor dant Aymeri le ber 
Vos veill demain a toz armes doner, 
Aînz que j'en lesse mes barons dessevrer. 
Alez vos an anuit mes reposer 

3 1 1 5 Jusq'al demain que verroiz ajorner, [c] 

Que vos ferai sans plus de demorer 
Chevax et armes et garnemenz doner. » 
« Sire, » font il, « ce fet a mercier. » 
Lors s'an départent li baron et 11 per ; 

3 1 20 Et li anfant, qui moût font a loër, 
A lor ostiex vont grant joie mener. 
Par la cité velssiez gent aler ; 
Li un a l'autre comença a conter 
Que Tamperere devoît ferc adober 

3 1 25 Toz les .vi. filz dant Aymeri le ber. 
Qui dont veist jugleors asambler ! 
N'i a remés harpeor ne jugler 
N'ome qui sache déduire ne chanter 
Qui la nuit n'aut les barons déporter. 

3 1 3o Hernaut li roux no mist en obÛër : 
Son oste a fet et dire et comender 
Que ja a home qui leanz veille antrer 
Ne face porte desfandre ne veer. 
Mes le mengier ne vos quier deviser; 

3i35 Si grant despans font la nuit sanz falser 
Que n'en savroie la moitié aconter. 
A Nostre Dame vont li baron orer ; 

SiiSCge— 3ii5C uerrons — Siiy A garnement — Bug C se ; 
A uolentiers et de gre — 3 122 A citez » 3i23 C le comence — 
3124 Csi doit— 3i32 il a mq.—- 3i34 Cueil — 3i36 C sauoie » 
3 137 il dancel 



I 1 8 LI NERBONOIS 

La nuit i veillent desi a l'ajorner. 

Charles se lieve sanz point de demorer^ 
3 140 A sa chapele a fet messe chanter. 

Tuit li .vî. filz dant Aymeri le ber 

I vont de cuer le servisse escoter ; 

Grant fu l'ofrande qu'il i vont presanter. 

Après la messe vont o paies monter. 
3145 La veissiez grant barnage asambler. 

Si riches dras lor fist li rois doner, 

Come l'en pot ne fere ne ovrer. 

Chevaux et armes lor a fet aporter 

Si bons et riches come l'en pot trover. 
3i5o Charles li rois no mist en obliër : 

A chascun vet un esperon fermer , 

Si con l'en fet, ç'avez ci conter^ 

Qant l'en doit fere chevalier adober. 

Prist une espee, qui moût fist a loër, 
3i 55 Bernart Tainzné la ceint sanz demorer. . [d] 

« Amis, » dist Charles, c cest branc te veill doner 

Par tel covant con m'orras deviser : 

Que Dex te doint lui servir et amer, 

Et lealté a ton segnôr porter, 
3 1 60 Çt Sarrazins si confondre et mater 

Q'anor en terre an puisses conquester 

Et an la fin Tamor Dieu acheter. 

O moi seras, ce te veill comender, 

Dedanz mes chanbres au bons consaus doner. 
3 165 Et Dex t'i doint essaucier et lever 
Et grant anor conquerre. » 



3 1 38 C de ci a leniorner — SiSg C plus — 3 148 il font — 3x48 
A ont — 3i5i il A chascun daus uet lesperon f. — 3i53 il Come 
len doit c. a. — 3i57 il con uos moroiz conter — SiSg C uers; 
A son «^ 3i63 il monter 



LI NERBONOIS I I9 



LXXXI 

Le segont filz dant Aymeri le saje 
Adobe après Charlon al fier visaje ; 
Ce fu Guillames a Taduré coraje, 

3 1 70 Cil au cort nés, qui tant ot vaselaje. 
Ceint li Joiexse voiant tôt le barnaje : 
Ce fu Tespee dont tant fist puis domajc 
Desor paiens, la pute gent salvaje, 
Si an conquist tant riche herberjage, 

3175 Tante cité, tant chastel, tant menaje. 
a Amis, » ce dist Charlon al fier visaje, 
a A Fanor Dieu, qui nos fist a s'imaje, 
Cest riche branc te doig par bon coraje. 
Onques mellor n'ot hom en son aage 

3 1 80 Fors que Rollant, qui tant ot vaselaje. 
Soies prodom et oies fier corage, 
A ton segnor porte foi et omaje, 
Soies hardiz sor celé gent salvaje. 
Si retreras a Aymeri le saje, 

3i85 Le segnor de Nerbone. » 



LXXXII 

Après Guillame ra Charlon adobé 
Le tierz des filz Aymeri le menbré : 
Ce fu Garin, qui tant ot de fierté, 
Qui Bonifacè ot son pals doné. 
3190 Charles li ceint le branc d'acier lestré 

LXXXI. 3i68 A conde — 3176 C coraie — 3177 A] C En «^ 3i8t 
C et de cextain c. -^ 3i83 il cniex uers ~ 3184 il Si retraisoit 
LXXXII. 3 188 il ml't 



120 LI NERBONOIS 

Dom puis ocist tant paien desfaé. 

« Amis, » dist Charles, « Dex te croisse bonté ! 

Soies prodom, s'aimmes crestiënté, 

Anore Dieu le roi de maieté, [8g à\ 

3195 Ton segnor porte et foi et lealté, 

Si retrairas au riche parante, 

A Aymeri le franc conte aduré, 

Qui tant proëces a fet a son aé. 

Se tu retrez au preu conte menbré, 
3 200 Ja de toi n'ert après ta mort chanté 

Chançon vilaine o lait o lascheté. 

Et Damedex, qui maint en trinité, 

Te doint an terre anor par sa bonté, 
Et vie pardurable ! » 



LXXXIII 

32o5 Le quart des filz Aymeri le vaillant 
Adobe Charles Temperere puisant : 
Ce fu Hernaut a l'aduré talant ; 
Sor toz les autres ot il dolor plus grant. 
Charles li ceint Tespee maintenent, 

32 10 Dont puis ocist maint paien soduiant; 
Maintes proëces en fist en son vivant. 
« Amis, n dist Charles, « par itel covenent 
Te doig ici ceste espee tranchant 
Que prodom soies des ici en avant, 

321 5 Et aime Dieu le père onipotent, 
Et ton segnor porte Foi lealment. 
Si retrairas au linage vaillant, 



3193 C aussi saimes « 3195 et foi] A anor — 3197 il anore 
3198 A proece a fête — 3199 C franc — 33oi C on il lait 1. 
LXXXIII. 33 10 A Donc — 32 16 Et] C A 



LI NERBONOIS 121 



A Aymeri le preu conte puissant. 
Et Damedex par son comendement 
3 2 20 Te doint corage et force! » 



LXXXIV 



Après Hernaut a adobé Buevon, 

Le quint des filz Aymeri le baron : 

Ceint li Tespee au senestre giron, 

Grèbe la bêle au pont doré en son, 
3225 Dom Aymeris li avoit fet le don. 

Ne vost que autre li donast roi Char Ion. 

« Bueves, » fet il, « des or soies prodom, 

Fier et hardi et d'ausi bon renon 

Come Aymeris o le flori grenon, 
323o Qui a maté tant Sarrazin félon. 

De moi tandras Gascongne le roion, 

Tote la terre qui fu au roi Yon ; 

Sa fille avras a la clere façon. [b] 

Et Damedex, qui Longis fist pardon, 
3235 Vers ceux qui n'aimment Jesucrist ne son non 
Te doint force et vitoire ! » 



LXXXV 



Après Buevon Aymcr adoba, 
Le siste fil q' Aymeri angendra. 



3220 C doing 

LXXXIV. 3232 il Li q. — 3224 C Griebe; A au senestre giron 
— 3226 A Ne ueult qautre li doint li rois Cld5 — 3239 A 9, 
C 9me — 3232 A mq. — 3233 A las — 3235 C et 



122 LI NERBONOIS 

Charles 11 rois, qui moût grant joie en a, 
3240 Un branc li ceint qui luist et fanbloia. 

Diçx ! si très bien o baron l'auploia ! 

Car tant païens en ocist et mata, 

Et tante terre li bers an conqesta. 

<K Amis, » dist Charles, « entant envers moi ça. 
3245 A l'anor Dieu qui le mont estora 

Te doing ce branc — ne vi mellor pieç'a — 

Par tel covant con deviseré ja : 

Que aimes Dieu, qui nos fist et forma; 

Se tu le sers, au besoig t^aidera 
325o Et hardement et force te donra; 

Victoire an terre et anor te croistra, 

Et en la fin t^ame en gloire metra 
Se tu fes son servisse. » 



LXXXVI 

Or ot toz .vi. les anfanz adoubez 
3255 Charles li rois, etgarnemenz donez. 

Ainz tex barons ne vit hom qui soit nez. 

Par aux fu Charles essauciez et levez 

Et an toz leux cremuz et redotez. 

Et après lui, qant i fu desviëz, 
3260 Refu ses filz Lools queronez; 

Se il ne fussent, toz fust deseritez, 

Mes par aux fu maintenuz et gardez, 

Et toz li règnes vers Sarrazins tansez 

Et esauciee sainte crestiantez. 
3265 Grant joie moine li rois et ses barnez 

LXXXV. 3240 A Li c. un br.; C flanboia — 3244 C K', A il — 
3245 C En — 3247 il ce; C con vos conterai ia 

LXXXVI. 3256 hom] C nus — 3257 C montez ^ 3263 A Sara* 
etc, — 3264 AC crestiante 



LI NERBONOIS 123 

Le jor qu'il ot les anfanz adobez. 
Por Tamor d'aux, qu'il a moût anorez, 
En a a .c. les garnemenz donez, 
Armes et robes et destriers sejornez. 

3270 Ce jor fu bien Paris encortinez 

Et toz jonchiez environ et en lez. [c] 

A ces fenestres ont ces tapiz gistez, 
Ces dras de soie et ces pailles roëz 
Et mantiax vers et hermins agolez. 

2275 Cort tint moût riche Charles li avoëz 
Por les anfanz que il a moût amez. 
Li mangiers fu a toz abandonez, 
A haut n'a bas ne fu onques veez. 
Tant orent mes et bons vins et clarez, 

3280 Do deviser seroit on anconbrez. 

Qant mangié ot li rois et ses barnez, 
Une quintaine ont fet drecier es prez 
Por esprover ces noviaz adobez. 
Mainz fors espiez i ot le jor froëz 

3285 Et mainz tronçons de lance tronçonnez. 
Mes des .vi. frerres, dom vos ol avez, 
N'i vost ferir nés uns, c'est veritez : 
Qu'a vis lor fu que ce fust granz viltez 
Se lor cox fustsor quintainne esprovez. 

3290 Qant envoissié et joé ont asez, 
A lor otiex est les vos retornez. 
Mainz esturmenz ! ot le jor sonez^ 
Et cil baron ont riches dons donez, 



3273 il roeez — 3274 C engolez •— 3276 C K' ii rois menbrez -^ 
3276 A ame •— 3278 A Â bas na haut — 3280 C Que del conter — 
3281 il li b. — 3282 etc, A qUaine, C quintaine ; C el pre — 3284 
A Maint f. e. i ont ce ior frotez -^ 3285 ilC Et maint trocon ; A tro- 
connez -^ 3386 C de -- 3287 ^ Ni va— 3288 A lor ftist; C que 
ce fil ; ilC grant uilte — 3289 A cop ; ilC fussent; C en q.; AC 
esprove — 3291 A Cil esturment i ont asez ; AC sont •« 3a93 A 
riche don done 



124 II NERBONOIS 

Chevax et robes et deniers moneez 
3295 A cex ques ont deduiz et déportez. 
Al départir s'en est chascun loëz. 
A si grant joie sejorne 11 barnez 
Toz les .iii. jorz acomplis et pasez. 
Et al qart se départent. 



LXXXVII 

33oo Trois jorz antiers ont grant joie menée 

Charles 11 rois et sa gent anoree. 

Hernaut a bien sa baillie mostree, 

Il et Guillames a la chiere manbree. 

Maint bon henap et mainte cope ovree, 
33o5 Qui al mengier ot esté aponee, 

Ont 11 baron départie et donee. 

Cil jugleor orent bone sodée : 

Plus de .c. mars lor valut la jornee. 

Puis s'an revont sanz point de demoree 
33 10 Tuit li baron ariers an lor contrée. [d] 

Droit an Gascongne a fet la retornee 

Li rois Yon, se'n a sa gent menée ; 

O lui vet Bueves a la chiere menbree, 

Si a la fille roi Yon espossee. 
33 1 5 Et a Pavie, la fort cité loëe, 

Vet Boniface et sa gent onoree, 

O lui Garin, qui sa terre a donee ; 

Endroit 11 fu bien tenue et gardée. 

Et an Espangne antre gent desfaee 
3320 Vait Aymer, a qui proëce agrée ; 

3395 A qui ont déduit et déporte — 3396 C Al d. fil bien — 3397 
C seiorna — 3399 C sen; A (Et mq,) départirent 

LXXXVII. 3304 Aclee— 33o7 C en ont — 33o9 C icn plus 
•*- 33ii il sanz nule demoree— 33 1 5 il cest ueritez prouee 



Lî NERBONOiS 125 

Riche compangne de danziax a menée : 

.lii. mile furent, chascun la teste armée, 

Qui o lui ont mainte poine aduree 

Et fain et suef et mainte consiuree. 
3325 Par le paîs en vet la renomee, 

Que or a Charles sa pêne restoree, 

Que fet li orent la pute gent desvee, 

Des .xii. pers de France la loëe. 

Con la cort fu partie et desevree, 
333o Tuit li .vi. frère ne firent obliëe : 

Un mes envoient sanz plus de demoree 

Droit a Nerbone, la fort cité fondée, 

Qui la novele a Aymeri contée 

Et Hermanjart la contese senee, 
3335 Que Charles Maignes a la barbe mellee 

A retenuz ses filz an sa contrée 

Et adobez par bone destinée, 

Si a chascun moût grant anor donee. 

Com i Tentandent, grant joie en ont menée 
3340 Li sires et la dame. 



LXXXVIII 



Qant Aymeri des anfanz entend! 
Que Charles Maignes les ama et chéri. 
Savoir poëz que moût s'en esjoî. 
Mes or oëz, por Dieu qui ne menti, 
3345 Coment après l'ont paien envaî. 
Oî avez do preu conte Aymeri 
Confetement ses anfanz départi, 

3334 C soif; C consuree — 3339 A Et con, C Qant; A seuree — 
333o A frerer ; C ni ; il demoree — 333i A sanz nés point dobliee 
— 3338 C Sa a — 3339 C Qant 



126 LI NERBONOIS 

Et dona terres, si com avez ol, [go à] 

Dom il n'estoient ne tenent ne sessy. 
335o A icel jor, seignor, que je vos di 

Que li anfant s'en partirent ainsi, 

Ot a Nerbone un paien malej^, 

Qu'i envoierent paien et Arabi 

Por espiër le preu conte hardi. 
3355 Tôt escouta l'espie et entendi 

Con li anfant partirent d'Aymeri. 

Par monz, par vaux tôt adès les suvi 

Jusqu'à Charlon le fort roi segnori. 

Bien vit cornent li rois les recoiUi, 
336o Et chevaliers, ce sot, les fist de li; 

Bien sot cornant les trois en départi 

Et les .iii. autres an retint entor li. 

Mahomet jure, an qui se fie si, 

Qu'i rira dire ainz un mois acompli 
3365 Al Sarrazins d*Espangne. 



LXXXIX 



Li Sarrazins, qui Dez oltroit grant mal, 
Cerchié ot France et a mont et a val; 
Desi a Ays n'i ot fet arestal. 
Au retorner a fet maint grant jornal, 
3370 Vint a Nerbone, qui sist en un igal. 
Dedanz la vile fu .vîîi» îorz a estai 
Por esgarder lor estre comunal. 
Ilecques vit li qui vert desleal 

LXXXVIII. 335o A baron ~ 3352 C en — 3353 C li cuiucrt 
Arrabi — 3354 ^ franc— 3357 ^ mont— 3359 ^ '"^' — 336o-6i 
A mq, — 3363 C Mahon en — 3365 A Sarrazin 

LXXXIX. 3367 C Ot cerchie — 3369 C De ce ca Es — 3370 A 
en mi un val — 3371 C .vii. — 3373 A uît 



LI NERBONOIS I27 

Les nés, les barjes en la mer contre val 
3375 Qui lor atnoinent jusq'a près do portai 

Maint riclie paille et maint riche cendal, 

Poivre et comin et argent et métal, 

Haubers safrez et hiames a esmal, 

Brans et espiez d'acier poitevinal. 
3 3 80 Qant ot veO et a mont et a val, 

Si s'an pani — que vos en diroie al ? — 

Et erra tant le grant chemin réal, 

Que a Biterne vint a un avepral. 

Puis s'an parti un main a Tajomal, 
3385 Trcsqu'a Tudelc n'î volt fere arestal. 

Ilec trova la fille a l'amiral, 

Qui sire estoit de la gent criminal. 

.lii. filz en ot, qui Damedez doint mal, 

Qui chalangent Nerbone. [b] 



XC 



3390 Rois Amplandoines et ses frères Forrez, 
Et Anfelis avoit non li ainznez, 
Tuit .iii. an sont en un vergier antrez. 
Cornuafar, qui niés fu l'amirez, 
Lor dist noveles teles con vos orez, 

3395 Qu'il ot veû environ et an lez 

En doce France dont il ert retornez; 
Ne s'an vost pas venir par Balesguez, 



3374 A baues — 3375 A amoine ; C iuque (a mq,]; A p's — 3377 
A le premier et mq, — 3378 A hauberc — 338i ^1 en mq, — 3384 
C leniornal — 3385 A Roele; Claque au: dclc {corrigé de 
tredele); A ni uolt il onques estai — 3386 C a mq, — 3389 C Cil 
XC. 3390 C Esplendoines; C Forre — 3391 A mainznes — 
3392 AC antre — 3393 A Comifafer (fa exponctué, ca en sur- 
charge)] C fti nies; A lamire — 3395 X an le — 3396 dont] A o 



t28 Li NERBONOIS 

Mes par Nerbone, qui est riche citez. 

Dist Anfelis : « Donques nos dévissez 
3400 Quele est Nerbone ; gardez no me celez. » 

Dist li paiens : a Aparmain le savrez. 

Defors la vile sont les bois et les prez, 

Les bones vignes, les terres et les blez. 

La mer li bat devers l'un des costez, 
3405 Qui les nés moinne et les dromons ferrez 

Et les galies plaines de richetez. 

Tant come dure et yver et estez, 

Descharchent pailes et hermins agolez, 

Destriers d'Espangne et muiez sejornez. 
3410 S'a en la vile un paies principel, 

Qui jadis fu de paiens estorez ; 

Ilec fesoient totes lor volantez. 

Par si grant sens fu fez et conpasez, 

Et par dedanz de colors painturez, 
3415 De totes betes et d'oisiaz enpannez, 

Et ciel et terre et la mer par delez 

Et les poissons tôt ausi dévissez 

Con se toz vis les etist on formez, 

S'i est escrit et yver et estez, 
3420 Li .xii. mois si bien fet et ovrez 

Que no diroit nus hom de mère nez, 

S'i sont portret li fort estor chanpel, 

Olz et batailles et chevaliers asez, 

S'i vi Mahom qu'i estoit painturez, 
3425 Mes crestian l'ont tôt desfigurez ; 

Qant je le vi, moût an fui airez. » 

Dist Anfelis : « Bien as tes dis contez. 

Par Mahomet, qui est mes avoëz, [c] 

3398 A en— 3400 A Qui; C ne le c. — 3403 A D. N* bo* — 
3404 A dune part d. c. — 3408 AC paile et hennin ; C engolez — 
3410 C seignorez — 341 1 paiens] C par nos — 3414 A desus 
» 341b A apanez — 3430.34. 33, dans AC^ finissent en e — 
3436 C bien 



Ll NERBONOIS I29 

Se il m'atendent jusq'a .ii. mois pasez, 
3430 Tuit il perdront les têtes. » 



XCI 

Quant l'amirant oï le mes parler, 
Cornuafar en prist a apeler. 
« Emmis, » fet il, « ja no te quier celer : 
En Babiloine t'en covendra aler 

3435 Dire mon oncle, qui moût fet a doter, 
Que il me viengne aidier sanz demorer. 
Je veill par force Nerbone conqester, 
Dont Charles Maignes nos fist deseriter. 
Si en ferai Aymeri fors gister. » 

3440 « Sire, » dist il, « bien Ii savrai conter. 
Mes une nef me fêtes aprester. » 
Dist l'amirant : « Tu l'avras sanz doter. » 
A tant s'an tornent sanz point de demorer, 
Droit vers la rive s'an pranent a aler, 

3445 Une nef font richement aprester. 

Con fu garnie, si s'anpaingnent en mer. 
Les voiles drecent, si pranent a sigler. 
Li vif deable les a fet si errer, 
Que an ,viii. jorz lor fist la mer paser. 

3450 Soz Babiloine vont tôt droit ariver 
Por conter le mesage. 



XCI. 3433 C Amis — 3434 i4 te — 3438 Dont] A Danz — 3440 
C fait — 3443 A tome; C plus — 3444 A comence — 3446 C Qant ; 
A a mer — 3448 A ont; C mener — 3449 A li font — 345o A 
Desoz B'b*stre 



Tome I 



l3o LI NERBONOIS 



XCII 

Cornuafer le filz Aufarion, 

D'une cité sor Teue de Martron, 

Repériez fu de France le roiôn ; 
3455 Les palmes ot oncor et le bordon. 

Do paies monte les degrez a bandon. 

•C. Sarrazin li vienent anviron, 

Qui tuit estoient riche et de grant renon. 

Et l'amiranz l'en a mis a resson. 
3460 « Cornuafar, dom viens tu, por Mahom? » 

a Sire, » dist il, a ja no vos celerom. 

Je vieng de France le reaime Charlon ; 

Bien ai cerchié la terre et le roion. 

A Paris fui o plus mestre donjon, 
3465 O je vi Charle o le âori guernon; 

Cort tint molt riche, s'i ot maint haut baron, [d] 

Tôt lor covine soi moût bien jusq'an son. 

S'il m'i setissent, n'eùse reançon, 

Ainz me pandisent an guisse de larron 
3470 Au gibet soz Monmartre. » 



XCIII 

« Cornuafar, Mahom te doint anor ! 
Diz moi de Charle le riche ampereor. » 
« Volantiers, sire ! par Mahom mon segnor, 
Vielz est li rois, mes moût a grant vigor. 
3475 Blanche ot la barbe ausi com une flor, 
Leregart fier, si a fresche color; 

XCll. 345a le] X 1 — 3458 C et mq. — 3469 len] C sil — 3461 C 
fet — 3462 le] C del — 3463 C a — 3467 A sai 



LI NERBONOIS l3l 

Sa chiere fiere me fist moût grant freor. 

Bois et rivière vet veoir chascun jor. 

Espangne esgarde moût sovant par iror, 
3480 RoUant regrete le gentill pongneor 

Et ces barons qui sont mort a dolor. 

Franc li afiënt com a lor droit segnor 

Qu'i li randront ceste terre maior, 

Et Tamperere fet fere son ator. 
3485 Poz et chaudières fet fere chascun jor, 

Et les angins font li angigneor, 

Q'an cest paîs amenront sanz demor 

Et les charrues, qui feront le labor, 

Et les puceles, qui il donra segnor; 
3490 Ja n'i avra baron qui n*oit s'oisor, 

Charles la soe et li autre les lor. 

En cest païs vaudra sanz nul demor 
L'amperere de France. » 



XCIV 

Qant Tamirant celé novele entant, 
3495 Moût fu iriez et plain de maltalant. 
(( Amis, » fet il, « ses tu a esciant 
Que Charle Maigne Tamperere puissant 
Vaudra sor nos a son esforcement ? » 
« Oïl, biax sire; n'en soiez ja dotent. 
33oo A pantecoste après iver pasant 

Mandera Charles ses omes et sa gent. 

O luy vaudront li François combatant, 

Et Borguegnon et Anglois et Norment [gi a] 

Droit a Orliens li seront au devant, 

XCIII. 3478 C riuieres — 3481 C les — 3485 A chauderes 
XCIV. 3494 C parole — 3496 ses tu] A sachiez — 3497 -^ ^^ 
— 3498 C a son enpire grant 



l32 LI NERBONOIS 

35o5 S'avra les princes de tôt son chasement. 
Cil de Nerbone i ert au poil ferrant, 
C'est Aymeris qui tient terre moût grant, 
Si a .vii. filz, qui tant ont hardement 
Qu'il ne redotent ne roi ne amirant 

35 10 Ne home ne de cest siècle vivant ; 

Très bien se ventent par lor fier maltalent 
Qu'i vangeront Olivier et Rollant. 
Cil Aymeris don ge vos vois disant 
Si conduira Tensaingne par devant. 

35 1 5 Trop est de fiere geste. » 



XCV 

Li amirant ot parler d'Aymeri ; 

Li cuers li tramble et li sans li fremy. 

A voiz escrie que paien l'ont oy : 

« A vos me claim, paien et Arabi, 
3520 De ce vellart qui mon père murtri. 

Cornuafcr, moût as le cuer hardi, 

Qui as cerchié tant bon pals garny ! 

Quex est Nerbone — por Mahom, car le dy ! — 

Dom Charles Maignes a ce veillart sessi ? 
3525 O prant l'avoir — ne m'en soit pas menti — 

Que il départ au barons d'antor luy? 

Se j'ai mon ost et mendé et bani, 

Et nos soiom de bone gent garny, 

Et Mahomet face porter an my, 
353o Porront il estre ne tensé ne guéri? » 



35 10 de] C en — 35i5 X fier coragc 
XCV. 35i6 C amirauz etc. ; C dAlmeri — 35 17 A cors — cors 

— 3522 ilC a — 3523 C Quele — 3525 A por Mah' car le di — 
3527 A le ai — 3529 A Mahom face p. ; A auecques my, C o mi 

— 353o A garni 



Ll NERBONOIS l33 

« Nannil, biau sire, » li paiens respondi; 

« Ançois seront tuit pris et mal bailli ; 

Ja ne duront vers vos, jo vos afi. 

G'i ai esté plus d'un mois et demi ; 
3535 Je vi moût bien ce veillart Aymeri, 

Qant ses anfanz sevra toz et parti. 

An France sont, lealment le vos di, 

A Charle Maigne le fort roi segnori ; 

Ne firent chosse dom n'oie Tescrit ci. 
3540 J'en sai tôt le covine. » 



XCVI 

Dist l'amiranz a la fiere pansée : 

« Qex est Nerbone, que l'en m'a tant loëe ? [b] 

Par de quel part est plus foible l'entrée ? 

Porroit ele estre assisse n'afamee? » 
3545 Dist li paiens : « N'i ait chose celée. 

Je sai moût bien le pais et l'estree. 

Defors Nerbone a tel forest plantée, 

Gros sont li fust plus d'une grant tesee. 

Don voz angins feroiz en la contrée. 
355o Maint cerf i a, mainte biche ramee, 

Dom Aymeris a la chiere menbree 

Puet venoisson tele com li agrée, 

S'i veult, au suer o a la matinée. 

Qant vos seroiz logiez en mi la pree, 
3555 Totc vostre ost en sera rasazee 
De celé sauvagine. 

3533 uos] il li — 3535 C le — 3536 A Que; C s. t. ses a. — 
3537 A I sont an France — 3540 C le; il bien lor c. 

XCVI. 3544 C mq. — 3545 C mestier c. — 3549 -^ contre — 
355o A cert i ot — 3553 C soir — 3555 A rasazice — 3556 il 
sarrazine 



l34 LI NERBONOIS 



XCVII 

« Sire amirant, par Mahom mon segnor, 

Moût est Nerbone cité de riche ator ; 

Onques ne vi, que je sache, mellor. 
356o Moût est li sires plains de moût grant vigor. 

Avec lui a mil homes chascun jor; 

Tuit sont baron o prince o vavasor ; 

Chascun a armes et destrier misodor. 

.lii. mil sergent sont avec a se jor ; 
3565 Nerbone gardent environ et antor. 

Haut sont et fort li mur Sarrazinor; 

De pierre i a fête mainte fort tor. 

Dedanz i a et baron et contor, 

Qui Aymeri tienent tuit a segnor 
3570 Et de lui tienent lor fié et lor anor. 

En la cité sont tuit prest chascun jor 
De fere son servisse. 



XCVIII 

<c Sire amiranz, envers moi entendez, 
•liii. oliviers i a dedans plantez ; 
3575 Devant chascun est li marchiez criez ; 
Con l'un départ, li autre est asemblez ; 
Chascun rant tant, qu'a poine ert acontez. 
Ja ne sera un seul jor ajornez 



XCVII. 3558 A grant a. — 356o C fiers et de g. v. — 356i a] A 
ont — 3562 il et — et — 3563 A destriers — 3568 C barons 

XCVIII. 3574 C Trois; A la d. trouerez — 3576 C Qant; A li 
autres est, C si est lautre — 3577 C ca paines est conte 



LI NERBONOIS l35 

Que il ne vaille de deniers moneez [c] 

358o A Aymeri .ii. boissiax mesurez. 

Ilecques est li poivres achetez, 

Tires et pailles et hermins agolez. 

Leanz ont fet molins et conpasez, 

Qui torjorz moilent le froment et les blez, 
3585 Dont leanz sont sostenuz et tensez. 

La prant Tavoir Aymeris li menbrez 

Que il départ, ce est la veritez, 

Au soudoiers qui le servent a grez 
La dedanz en Nerbone. 



XCIX 

3590 « Droiz amirant, ja celer no vos quier, 

Dedanz Nerbone sont tel .xv. mostier; 

De plun an sont tuit covert li clochier, 

Que crestian ont fet adefiër. 

La vet ses dex aorer et proier 
3595 Quens Aymeris et son barnaje fier. 

Lor crucefi ont fet en haut drecier 

Autresi grant corn un vilain bovier ; 

Tuit sont covert et d'argent et d'or mier. 

Qui tant porroit fere ne esploitier, 
3 600 Qu'i les feîst contre val trebuchier, 

L'or et l'argent en porroit' tôt sachier; 

Vos soudoiers en porriëz paier. 

Et qui porroit Aymeri detranchier, 

A grant repos, par Mahom que j'ai chier, 
36o5 Seroit la gent d'Espangne. » 

3579 C uaillant— 3582 AC Tirez; C cngolcr — 3584 C muelcnt; 
A les molins et les blez — 3583 A Dont sont leanz; A censez 
— 3587 C cen; i4C ueritc — 3588 AC grc 
XCIX. 3590 ja] Ca;CneI,ilne— 36ooCle;il poist— 36o4CEn 



l36 LI NERBONOIS 



Quant Tamirant ot le paien parler, 

Tantost a fet ses corlius apeler 

Et mesagiers qanqu'il an pot trovcr. 

« Alez, » dist il, « sanz point de demorer ! 
36 10 Toz mes paiens me fêtes asembler ! 

Nus n'i remaingne qui armes puist porter. 

Dites lor bien que je lor faz mander 

Que a moi viengnent sor les menbres couper. 

Je veill aler Nerbone conqester. » 
36 1 5 Et cil s'an tornent, qui n'osent arester. [d] 

Les dromadaires font moût tost aprester ; 

C'est une beste, qui la savroit guiër, 

Ainz que velst les .iiii. mois paser, 

Trestote terre porroit avironer. 
3620 Et l'amiranz fet ses briés seeler. 

Cil s'apareillent, s'atornent lor errer. 

De Durelande d'ici a Montescler 

N'i a remés Sarrazin ne Escler, 

Qui tuit n'i viengnent o par terre o par mer. 
3625 Par desoz Mesque font lor ost asambler. 

La vont paien Mahomet aorer ; 

De Charle Maigne se vont a lui clamer 

Et d'Aymeri qui tant les fet grever 

Et de lor terres ausi deseriter. 
363o Tant gent i ot, que l'en nés sot esmer. 

Grant fu l'osfrande que Mahom vont doner. 

Puis s'apareillent tôt maintenent d'errer. 

Lor harnois font et charchier et troser. 



C. 36o7 A son conliu — Sôoq A Aiez — 36i5 C quil — 36i8 C 
qan — 362 1 C Et cil sen tornent sacotllent 1. e. — 36a2 A De 
dolte ellande — 36a4 il ne — 3626 A Mah6 — 3628 les] A lont 
— 3629 C issi — 363o AC ne — 363 1 C ca — 36?2 A de m. e. 



Ll NERBONOIS iSy 

La olssiez cors d'olifenz soner, 
3635 Cors et buissines moût hautement corner, 

Ces olifanz et glatir et uler. 

Tant gent i ot que l'en nés pot nonbrer, 

Et tex est rois que ne sai deviser. 

[Et neporquant si en sai ge nomer : 
3640 Car il i fu lî fors rois Desramez 

Et Bafumez, qui moût fist a doter; 

Ce furent cil dom oïstes parler, 

Qui de Nerbone un soir a Tavesprer 

S'an eschaperent por lor vies salver, 
3645 Qant Aymeri dut sa famé esposer; 

Si fu avec li fors rois Cordroëz, 

Moan d'Esgipte, Mauprin et Giboëz, 

Et Tamiranz et li vielz Auciber 

Et Aquilanz de Luiserne sor mer, 
365o Cornuafar qui les devoit guiër. 

Et tant des autres que je ne sai nomer; 

A .XV. rois les pot an bien esmer.] 

Par ces montaîngnes les oîssiez crier, 

Chevax henir et muiez rechaner. 
3655 Dedanz les barges s'en alerent entrer, [g2 a] 

Botent de rive, si s'anpoingnent en mer. 

Li vif deable lor a fet si errer 

Q'an .XV. jorz lor fist la mer paser. 

Virent Nerbone, qui tant fist a loër. 
366o A Terascone sont aie ariver. 

Tôt le païs pranent a regarder ; 

De la pitié en covint mil plorcr, 

Et le pais pranent a regrater, 

• 

3634 -4 ces ol. s. — 3637 C T. i ot g. que nus — 3638 est] AC 
.vii. — 3639 C nonporqant; ge] A .i. — 3641 A locr — 3646 A r. 
queronez — 3647 ^ Madom dEgiptc Mauprî et G . ; ^ le fort roi 
Giboe — 3652 C les poist en e. — 3653 C les oist en c. — 3654 ^ 
rehaner — 3657 A ont — 3658 -4 En — 366o A Cenisgone — 3662 
C lermcr 



l38 LI NERBONOIS 

Dom Charles Maignes les fist deserlter. 

3665 Des nés s'an partent sanz plus de demorer, 
Les armes pranent, nés veilent obliër, 
Et puis en vont sor les chevax monter. 
Tote la terre comencent a gaster, 
Crestians pranent, ses font enchaenner, 

3670 Par devant eux les font bâtant mener, 
Que de la char en font le sanc voler. 
Ce fu en guing, que vos m'oëz conter, 
Q'an doit la feste saint Jehan célébrer, 
Que Sarrazin, qui Dex puist mal doner, 

3675 Vindrent devant Nerbone. 



3665 C Des nés issirent; A de mq, — 3666 A pranet nen — 3667 
il £t p. a mont ~ 3668 A pranent a degarder — 3669 A sest — 
3673 C Qant; A anorer 





CI 



E fu en guig, que la rosse est florie, 
L'oriël chante, et li rosignox crie. 
Sarrazin furent issu de lor navie, 
Et Tamiranz a sa gent establie ; 

368o Puis en apele Mauprin de Femenie : 
« Alez avent o la gent paienie, 
A .XX. miliers en vostre compangnie ! 
Devant Nerbone la fort cité entie 
Tandez ma tante en mi la praerie 

3685 Et mes acubes et mon tref que famblie, 
Que Je conquis o règne d'Almarie, 
Con je oi mort Corsuble de Turquie. 
Les cordes valent la cité de Pavie 
Et li argenz qui dedanz resclarcie. 

3690 Par Mahomet qui nos maintient en vie, 
En cest esté ert la cité sessie ! 
L'or et l'argent sera en ma baillie, 
Borgongne et France et tote Normendie, 



CI. 3676 C iung, DE may — 3677 ^ ^^ ^^ ^^^^ ®st florie — 
368o DE apela ; D Malprin, E Malprim ; C Femelle, D Feminie 
— 368 1 X o sa, C a la, Z) a ma, E o ma — 3683 A .xxx. mil*, C 
.XXX. m. soient, DE A .xx. m. — 3683 DE garnie — 3684 DE 
Vous en alez — 3685-9 DE mq. — 3685 C aucubes ; C flanbie — 
3687 C Qant — 3690 Z) me; £ a cui ic me souplie — 3691 D 
ville — 3693 E lauoir ne iert 



140 LI NERBONOIS 

Dont Charles Maigoes a or la segnorie ; 
3695 Mes, par Mahom, ne li remandra mie. 
N'a Aymeri a la barbe florie 
Ne remandra Nerbone la garnie ; 
Je la claim d'eritaje ! » 



Cil 



Dist Tamirant : « Barons, entendez ça! [b] 

3700 Ceste cité prandrom, n'en dotez ja ! 

Li rois Gandins la tint, qui la fonda, 

Cil de Palerne qui mon père engendra, 

C'un traîtor en sa chanbre tua. 

Gile Cesaire le prist, si Tan vancha. 
3705 Onques an France bataille ne trova 

Jusq'a la Puille, a Tantree de ça, 

O Breton erent asamblé grant pieç'a. 

A ces josterent : li estors tant dura, 

Le diëmenche tant que il avespra, 
3710 Et le lundi ausi recomença. 

Tant que Fenices ilecques dévia ; 

Niés fu Popee, cil qui sa gent guia. 

Rois Salemon sa gent reconforta. 

Breton se hastent; con Fenice fîna, 
37 1 5 Sor les Romains chascun s'esvertua ; 

Forment il fièrent, tant con li jors dura. 

Li Romain virent que rien ne lor vaudra, 

Les dos tornerent ; li anchaux comença. 



3694 A Dot ; £r a la chief seigneurie — 3696 DE A — 3697 D Na 
Ermeg*, E Na Ermeniart 

Cil. 3699-3757 DE mq. — 3701 A forma — 3706 C Eniuque 
en P. ; ^ Pille — 3707 A Brecon — 3708 C cens — 371 1 C F. le 
ior i d. — 3713 ,4 Talamons — 3714 C quant Fenices — 3717 A 
vauda 



U NEkBONOlS 141 

Mout longuement Salemons les chaça. 
3720 Mout en ocist et mout pris en mena; 
En sa prisson toz les mist et gista, 
Com il vint en sa terre. » 



cm 



Li amirant a sa resson contée ; 

Puis a sa gent partie et devisee. 
3725 Enbuchier font lor megniee a celée 

Defors Nerbone a demie loëe 

En la foresty qui mout est grant et lee. 

A Mauprin a s'angarde comendee. 

(c Alez avant sanz point de demoree 
3730 A tôt .XX. mile de nostre gent armée; 

Jusq'a Nerbone ne fêtes arestee! 

Prenez la proie par tote la contrée ! [c] 

S'Aymeris ist de la cité loëe 

Ancontre vos a bataille mellee, 
3735 Ferez i tant au tranchant de Tespee, 

Que ne m'en viene malvesse renomee, 

Que coarz hom oit m'angarde menée ; 
Nos i avriom honte. » 



CIV 

Mauprin monta, qui forment se desroie. 
3740 II an apele Gaudelin de Moncloie. 

3719 c Salemon — 3720 ocist] A prist; pris en] ^ en en — 
3723 C Qant 

cm. 3725 A a privée — 3727 C fu — 3728 A sa garde, C sen- 
scngne — 3729 C plus — 3733 A nomee — 3736 C Quil — 3737 
A ma garde, C mensengne; C portée 

CIV. 3739 A manda — 3740 A aple; C Maudelin 



14^ LI NERBONOIS 

ce Nostre bataille conduirom ceste voie. 

Menez voz genz, et je menré la moie, 

Ses conduirom par delez celé abroie. 

Devant Nerbone irom prandre la proie, 
3745 Si q'Aymeri et sa famé le voie. » 

Et cil respont : « Mal oit qui ne Totroie ! 

Par Mahomet que l'en aore et proie, 

Mielz voill avoir percié et cuer et foie, 

Que Tamiranz maie novele en oie I » 
SjSo Lors pasent Aude, qui moût forment ondoie ; 

Li vanz les fiert de triers, qui les avoie. 

Con furent oitre, chascun d'aus se desroie. 

Voient Nerbone ; moût en orent grant joie, 

Truevent la proie devant ax en lor voie, 
3755 Pranent les betes, si aceillent lor proie. 

Dedanz Nerbone quens Aymeris s'onbroie, 
Si est montez aus estres. 



CV 



Ce fu en jug, que fet chaut et sery. 

Devant Nerbone, ainsi con je vos di, 
3760 Furent venu paien et Araby ; 

La proie acoillent li quivert maley. 

Malprin monta sor un mul araby, 

Devant la porte en vint tôt ahasty, 

Si s'escria hautement a haut cri : 
3765 a O iés alez, malvès quens Aymeri, 

Qui cest règne as par tralson sessy ? 



3743 A cel ; C arbroie — 3746 sa f.] A Hm* — 3750 A sovant — 
3751 A dedanz — 3753 C Qant outre sont; dans] C mPt — 
3753 A m\\ C si — 3755 C la 

CV. 3758 DE mai; CE quil — 3762 mul] C fort — 3763 DE D. 
Nerbonne — 3764 DE escria — 3765 DE mq. 



LI NERBONOIS Ï43 

Li amiranz te mende, et jo te di : 
Lesse Nerbone, qui fu a TAupatri, 
Et si t'an fui a loi d'omme failli ! 
3770 Par Mahomet que je aor et pri, 

Se vos il truis demain après midi, [d] 

Vos i perdroiz la teste. » 



CVI 

Devant la porte de Nerbone en la pree 
Furent venu la pute gent devee. 

3775 Li Sarrazins, qui ait corte durée, 
S'est escriëz a moût grant alenee : 
« Vellart traîtres, issiez de la contrée I 
Fuiez vos an ! Vostre mort est jurée. 
Lessiez Nerbone ! car ele m'est donee. 

3780 Se vos i estes demain a Tavespree, 
Panduz seroiz a une hart ramee 
Et Hermanjart en Espangne menée, 
O el sera au esquiërs livrée. » 
Dist Aymeris : « C'est mançonge provee. 

3785 II est escrît en chartre seelee 

Qu'au crestians est la cité loëe ;' 
En fié lor fu, môut grant pîeç'a, donee. 
Ja, se Dex plest qui fist ciel et rosée, 
N'an perdrom mes vaillant une danree. 

3790 Gir ja i a mainte esglise estoree, 



3767 et jo] A or, D et ie, E iel ; di] £ de — $768 DE lampatri 
— 3769 A mq. — 3770 DE mq, — 3771 DE Se ie te {E ti); A 
trueve; DE dedenz m. — 3773 DE Tu en pardras 

CVI. 3774 venu] DE paiens — - 3776 AE haute — 3777 ^ ^c 
mq. — 3778 A Issiez — 3779 DE Moie est N. — 3780 DE mq.; C 
a, i4 ea — 3781 DE arbre; C noee — 3782 A Et chm'; — §784 
A maconge — 3785-93 DE mq. — 3790 A esglise mq. 



144 LI NERBONOIS 

En Tanor Dieu beneoite et sacrée, 
O Tan sert Dieu et sa mère anoree. 
Ja sinagogue n'i sera mes levée. 
Râlez vos an, pute gent desfaee ! 

3795 Car si an France en vet la renomee 
Que vos aiez de ça la mer pasee, 
Moût tost vandront sanz point de demoree 
Mi filz, qui sont an France la loëe, 
Si amanront en iceste contrée 

3800 Le barnage de France, w 



CVII 

Dist Anfelis : « Vellart, a moi antant ! 

Ci sont venu une si fiere gent : 

Granz ont les cors et noirs com arrement, 

Longues eschines et corbes par devant. 
38o5 Les eulz ont roges come charbon ardant, 

Les groinz aguz et les danz bien tranchanz 

(Pire est lor mordres que i n'est d'un sarpant), 

Têtes menues et les oreilles granz ; 

La nuit s'an cuevrent, com oré les sorprant, [^3 a] 
38 10 Et en bataille s'an quevrent ansement. 

Ne criement hache ne espee tranchant ; 

Ja plus ne quierent arme ne garnement. 

Cex q'ex ataingnent manjuënt aroment. 

Cuiverz vellarz, ja n'i avras garant. 
38 1 5 Se a combastre te convient a tel gent, 



3792 A anore — 3794 AD Alez; E forssene — 3796 E auez — 
3797 A Tantost; D sanz nule d., E sanz longue d. 

CVII. 3801-23 DE m^. — 38o3 A arremenz — 3804 A corbe — 
38o6 C tranchant — 3807 A ni est, C il ncst — 38o8 C Testes — 
3809 C mq. — 38ii A quierent; A arme — 38i3 C quil — 3814 
C nauras de mort g. 



LI NERBONOIS 145 

Toi mengeront corne pain de forment. » 
Dist Aymeris : « Honie soit lor gent ! 
Jesu m'an gart par son comendement! » 
Dist Hermanjart au gent cors avenant : 
3820 « Aymeris sire, livrez iés a torment. 

Tant mar i furent départi nostre anfant, 
Gentis quens de Nerbone. » 



CVIII 

Devant Nerbone en mi un planistrel, 

La demenoient paien moût grant revel. 
3825 Antre Espiendoine et Malprin et Borrel 

Un tref tandirent moût bien fet et moût bel. 

Ce lor fist fere la famé Fanoël, 

Qui d'Aufalerne tint le mestre chastel. 

El premier pan ot escrit Yrael 
383o Le testament, le viez et le novel ; 

Escrit i sont et bestes et oisel 

Et chevaliers, dames et damoisel, 

Tornoiement et estor et cenbel. 

Quant tôt antor sont levé li cordel, 
3835 Et par desus reluissent li pomel, 

Tel clarté gietent come cierge en caveL 

Li Sarrazin il tienent lor cembel 

Et la demoinnent lor fête et lor revel, 

38 16 C M. toi — 3817 C Honnîz soient lor dent 

CVIII. 3823 en mi] A deuant; C panitrel, D planicel; E droit en 
mi un vaucel — 3824 DE démenèrent — 3825 A Cladroine, C 
Claudoine, E Plendoine — 3826 DE m. auenant et bel; A fcl — 
3827 A li, C lui ; i4 Faroel, C Fatoel, DE Famîel — 3828 A de 
falerne — 3829-36 DE mq. — 3829 C est; C Irasel — 383o C uiel 
— 3835 C sont leue — 3836 A charte; C rendent; C cauel {au- 
dessus de Va. est écrit cl); A chastel — 3837 ^ uienent a lor; DE 
i font mrt grant; AC conseill, D reuel — 3838 DE mq. 

Tome I. 10 



146 LI NERBONOIS 

Si q'Aymeri les voit de son chastel 
3840 Et tuit cil de Nerbone. 



CIX 



Or ont paien asisse la cité, 
Maint paveillon ont tandu et maint tre. 
Li ciax n'est pas plus espés estelé 
Que i se sont logié et ostelé; 
3845 Jusqu'à un jor, que vos sera conté, 
Que Aymeris fu do mengier levé ; 
Al granz bretesches s'est al mur afermé, [b] 

Si a veii tant paveillon levé, 
.lii. m. paien sont venu et aie; 
385o Esquiër sont, ne sont pas adoubé. 
I les maudit de Dieu de maieté. 
' ce He! pute gent, vos oiez mal dahé! 
Dex, c'or no set Charlon au puel mellé, 
Qui me lessa an fié ceste cité ! 
3855 S'il setist ci ce pueple desfaé, 

Secorust moi o son riche barné. i> 
Que que li quens s'est ainsi démente, 
Par l'ost a val oï un cri levé. 
Sarrazin viennent de fuerre, o ont esté. 
386o Fret ont Isglisses et mostiers degasté, 

• 

3839 Aïe; DE ot 

CIX. 3842 AC tref — 3843-45 DE mq. — 3843 A ecspcs — 3844 
C l. par le fosse — 3845 C qui — 3846 DE Et A. — 3847 AC grant; 
A sV; DE du mur sest acoute — 3848 E maint; levé] C tant 
tref — 3849 Z) li s. V. au le — 385o E nièrent; DE mie. DE aj, 
Li auquant {E pluseur) ont eacremi et ioue — 385 1 E del D. — 
3853 c'or] DE que; A cklo', C K\ D K\\ E Challes; E le roy 
sene; CDE poil — 3855 A Que seut auoir — 3856 C a — 3857 A 
Qanque; DE li dux; C issi — 3858 ^ Par mi a ual, £: Â ual 
en lost ^ 386o DE mq. 



LI NERBONOIS 147 

Maint chetif ont pris et enchaenné, 

Bastu les ont et féru et fusté ; 

Et cil se sont hautement escrié : 

« Aymeris sire, frans quens de grant bonté! 
3865 Car nos secor, por Dieu de maieté 1 

Honte i avras se morom a vilté. » 

Aymeri Tôt, do cuer a sopiré ; 

Ses chevaliers en a toz apelé. 

« Et ou sont or li vasal aduré 
3870 Qui de novel ont esté adobé 

Et de forfaire se sont ceanz venté 

Et tantes foiz m'ont congié demendé 

Que les lessasse issir de la cité ? 

Enqui sera lor hardement prové! 
3875 Se ces chetif qui la fors sont mené 

Avoient or rescox par poësté, 

Icil barnage me vandroit moût a gre. d 

Qant i l'entandent, moût Ten ont mercié, 
Et forment l'en enclinent. 



ex 



388o Qant François oënt le coment Aymeri, 
Il ne sont pas coart ne alenti ; 
Moût tost se sont armé et fervesti. 
Par mi la porte que li portiers ovri 
S'an issent tuit apresté et garny. 



386 1 A acheanne — 3865 E en charité — 3866 DE se sonmes 
uergonde — 3867 A sa do cuer — 3868 DE a tantost; C apelez — 
3869 C ores; E Ou sont fait il; DE alose — 3871 -<4 mq, DE Qui 
autrefois — 3872 DE Et mainte foiz ont — 3873 C ges; A Qui les 
lessassent — 3874 D nostre, E moustre — 3875 DE hors; C sont 
la f. — 3877 A Et cil, C Icist, E Le leur — 3878 DE cil; A sen 
ont Dieu m., DE tuit len ont encline — 3879 DE mercient 
ex. 3883 DE furent — 3883-84 Emq.— 3884 ^ arme et feruesti 



148 LI NERBONOIS 

3885 A la fenestre ert oncor Aymeri ; 
Par Tost paiene oî crier le cri 

De cex q'an mainnent li cuivert Araby, [c] 

Que il ont pris et lié et sessy. 

Pris ont un conte qui ot a non Guerri, 
3890 Ensamble o lui fu Romanz Torfelin; 

La mère ert morte, et li anfes vesqui 

Et por ice fu apelez isi. 

Devant la porte l'ont tôt nu desvestî ; 

La le bastoient li quivert malel, 
3895 Que li clers sans contre- val en sailly. 

Li dui baron qui sont si mal bailly 

Reclaiment Dieu qui onques ne menty 

Qu'il ait des âmes et pitié et merci, 

Et puis s'escriënt hautement a un cri : 
3900 « Secorez nos, por Dieu, sire Aymeri ! 

Moût ert grant honte se nos morom ici. 

Honte en avroiz, ce sachiez bien de fi ! » 

Dame Hermanjart très bien les antandy; 

Alee an est au franc conte hardi, 
3905 Au pié li chiet, si li crie merci. 

« Jantis quens, sire, por Dieu qui ne menti, 

Secorez cex que tienent Arabi ! » 

c A non Dieu, damel » dist li quens Aymeri. 

« Je nel leroie por estre en feu broï 
3910 Que ne lor face aïe. » 

3886 A paien; DE auoit oy -> 3887 D qua; A pai' et Â.; C 
Ârrabi, DE xnalei — 3888 C De ceus quil ont pris 1. — 3889 
A qui ot non Galery; D auoit n.; DE Guerin; DE aj. Qui de 
Pauie qui est le droit chemin Venoit ueoir son bon {E chier) 
père Aymeri — 3890 A loceran, C locerant, D fu Romans, E fu 
Roumans — 3891 È Sa ; et] il i — 3892-93 DE mq,; A font apeler 

— 3895-96 DE mq, — 3896 C si s. — 3897 E Reclama; D II réclama 
D. q. ainz — 3898-3907 DE omettent ces vers, les remplaçant par 
Ay* lot tout le sanc li frémi — 3901 A est — 3903 C estandi 

— 3908 CE En; E de Dieu (dame mq.); E q. benei — 3909 
CE ne 



LI NHKBONOIS 149 



CXI 



Plus de .iii. mile paien et Estranguors 

Es destriers montent, bruns et baucens et sors. 

Par mi la porte s'en ist Aymeris fors, 

Et li François brochèrent a esfors ; 
3915 .C. Sarrazins lor i ont gisté mors. 

Li chaitif sont des chaennes estors, 

En fuie tornent por garantir lor cors 

Vers la cité, qui moût fu riche et fors. 

Mes Sarrazin les siuent a esfors, 
3920 Qui sont de guerre et apris et amors; 

Entre la porte et celx se mistrent hors. 

Or les gart Dex et mesire sainz Mors ! 

Se i les pranent, chefiz est lor depors ; 

Ne les garroit ne avoir ne trésors, 
3925 Qu'i ne perdent lor vies. [d] 

CXI. 391 1 C estrangors, D estaingors, E estangors — 3912 D 
bais; AC baucent — 3913 DE mq. — 3914-4 brochetent, CDE 
brochierent — 3915 DE leur — 3916 A de grant péril — 3918 C 
forz; DE qui moût par (E qui forment) estoit f. — 3919 DE qui 
viennent a esfors — 3930 D sont mq.; C bien apris — 3921 DE 
Entre en la p. et cil sen ; C lors — 3922 A mestre — 3923 E 
mq,; D perdu sont 1. d. — 3924 DE mq.; C le — 3926 DE Quil 
en pardront; CD les. DE aj. ici une laisse: 

CXI 6 

Quens Ây* deliura son enfant 

Que pris avoient la gent a lamirant 

Et les cheitis quil menoient bâtant 

Romans i fu qui ot le cuer uaillant 
5 Filz de la fille Ay* le sachant 

Dedenz Nerbonne sen entrèrent a tant 

Quar desarme estoient 11 auquant 

Et Ay' et sa gent combatant 

Sont demoure contre gent mescreant 
10 Pouresgarder leur estre et leur semblant 

CXI b2 E\t% genz — 4 K qui le cuer ot — 3 E puissant — 9 £ genz 



l5o LI NERBONOIS 



CXII 

• 

Aymeris fu soz Nerbone en la pree 
A tôt sa gent qu'il ot o lui menée; 
Tel .c. estoient, chascun la teste armée, 
Qui tuît tenoient de li fié et contrée. 

3930 Diënt antr'aux : « Deservons la sodée 
Que Aymeris nos a sovant donee ! 
Ci doit bien estre nostre force esprovee 
Et la vertu do hardi demostree. » 
A icest mot est lor vertuz doblee. 

3935 A paiens coupent maint piz, mainte coree, 
Mes moût i perdent a icele asamblee 
Cil de Nerbone, la fort cité loëe. 
La gent de danz est sor les murs montée, 
Alument feu et lanterne enbrasee. 

3940 Ainz q'Aymeri felst la retornee, 
Sarrazin l'ont anclos par destinée. 



Delez les mars de Nerbonne la graDt 
La sont eDssemble escuier et sériant 
Bien sen alassent la dedenz a garant 
Lez Ermengart qui ot le cuer dolant 
i3 Pour Âymeri qui trop ua demourant 

De quoi il fet folie 

14. E qui le cuer ot 

CXIL 3936 A sor — 3927 DE O; A que il ot amenée; C ont — 
3929 et] C sl;A lor fiez et lor contrées — 3930 A les sodées — 3931 
A donecs — 3932 DE Hui ; DE no uertu — 3933-34 DE Lun prist 
la lance et lautre trait lespee (E et li autre lespee] — 3935 CDE 
As. DE aj. après 3937 Quar iusquau uespre dura celé meslee — 
3938-41 E mq. — - 3938 D sus — 3939 A en laterre — 3940-41 
sont remplacés dans Dpar ces vers : 

Pour ce lont fait nen doiuent estre blasmee 
Que Ay' a fait la retornee 
Mais nel set pas tiex est la destinée 
Car enclos lont cele gent desfaee 



LI NERBONOIS l5l 

I se desfant par moût grant airee; 
Tant en ocist al tranchant de Fespee, 

II et sa gent, qui soit beneUree, 

3945 Que des morz est la clianpangne anconbree. 
Mes pou lor vaut; ja n'i avront durée, 
Se Dex n'an panse qui fist ciel et rosée ; 
Car trop i ot de celé gent dervee. 
Damedex les maldie ! 



CXI II 

SqSo Bien se desfandent li François natural. 

Tant ont ocis de la gent desleal 

Que de lor sanc cort li ruz contre val. 

Desi q'a nuit fu li chaples mortal. 

François repèrent vers la cité real ; 
3955 Mes celé nuit n'i orent point d'ostal 

Car a Tantree par devant le portai 

Troverent tant de la gent desleal 

Q'antrer n'i porent li nobile vasal. 

Devant Nerbone par mi le fonz d'un val 
3960 Si coroit Aude; parfont sont li chanal; 

Grant fu et roide et fet grant batestal, 

La se débat al murs et au terrai. 

François i entrent, li baron natural ; 

Chacun i fu d'isi que au poistral [g4 à] 

3965 Por refroidier et lui et son cheval. 

La nuit il furent desi a l'ajornal. 

3944 D sont, E iert — 3945 D Mais; E iert; C ionchee, A con- 
bree — 3948 DE a — 8949 E Le cors Dieu 

CXIII. 3951 E de celc gent chenal — 3953 DE lusqua la nuit 
— • 3954 A Franc reperierent — 3955 DE Delez le mur sont tenus 
a estai — 3956-64 DE mq. — 3958 A puecnt — 3960 A par mi le 
fonz dun val — 3962 C mur — 3965 DE a chescun s. ch. — 3966 
DE Mis en lestable; E iusques a; C leniomal 



l52 LI NERBONOIS 

Icil sejors fist au païens moût mal; 
Car Aymeris et si gentil vasal 
Virent al main la tente Tamiral ; 

3970 Bien la quenurent au pomel de crital. 
François il poingnent, li baron natural. 
Dex, tant il pristrent copes d*or a esmal, 
Pailes de Tir et maint riche çandal 
A bons espiez d'acier poitevinal. 

3975 .liii. somiers an chargent li vasal, 
Que il an voient en la cité real. 
La covoitisse lor dut fere moût mal, 
Ainz qu'il s'an retornasent. 



CXIV 

En celé tante o entrèrent François, 
3980 Ce ert la tente a Tamirant turqois, 
Le grant avoir il pranent tôt a chois, 
Or et argent et bons pailes grezois. 
Et un danzel qui moût estoit cortois : 
Forrez ot non, moût fu sajes des lois, 
3985 Chanberlans fu a V amirant persois, 
E neporqant si fu ses pères rois. 
Grant poor ot, com il vit les François. 



3967 CE Ice — 3968 DE noble — 3973-74 mq, dans DE qui les 
remplacent par Richesce ont prise ainz {E onc) nus hons ne vit tal 
— 3972 A prist cope — 3973 C Paile — - 3975 E Bien xx. s. ; an] 
C i — 3976 DE mq,; C Quil enuoicrent — 3977 La] DE Mes 

CXIV. 3979 DE entrent li — 3980 DE La est; C fti; C turcois, 
D cortois, E perssois — 3981 DE pristrent; C a lor chois, DE 
tout ancois — 3982 E chiers; D norrois, E greiois — 3984 E 
iert — 3985 DE Mires estoit; E pouruoirs — 3986 E Et si 
sachiez; D sestoit il, E quil estoit; DE filz de rois — 3987 CDE 
qant; D le Franc"; E q, vit les Nerboinnois 



LI NERBONOIS l53 

I lor escrie : « Franc chevalier cortois, 
Se m'ociëz, grant domaje feroiz. 

3990 Je sui bons mires; ja mellor ne verrois. 

N'est sociel home, tant soit de mort destrois, 
Se g'i vieg ainz que i soit morz tôt frois 
Que je no rande sain et sauf demenois. » 
Dist Aymeris : a Avec moi en vandroiz 

3995 Dedanz mes chanbres o paies majonois. 
N'i avroiz garde de moi ne des François. » 
Le cofre lievent sor un mul espanois, 
Vers la cité vont li baron cortois, 
Et neporqant sel conparront ainçois 

4000 Que il i entrent mie. 



cxv 

La nuit n'ont pas li baron sejorné, 
Que il ont prise la tante l'amiré [b] 

Et Aymeris le bon mire ot trové, 
Qu'i ne randist por Tor d'une cité. 
4005 Girart apele et Gaudin Talossé : 

« Baron, » fait il, « je vos cornent Forré. 
Droit a Nerbone gardez que soit mené! 
A Hermanjart o grant paies listé 
Le me randez sor vostre lealté! 



3988 DU; A adrois, E auois — 3989 A i aarois — 3990 A bons 
mq,; E poi de meillors v. — 3991 DE Na; A homes; E mal — 
3993 DE mq. — 3995 A ma chanbre, DE Nerbonne; CDE maio- 
rois — 3996 C ne de ; /) de nul de nos Fr., E ia de nul des Fr. 
— 3997 DE Le paien montent — 3999 CE nonp. ; D comperent — 
4000 D Quil i entrassent mie, E Que dedenz e. m. 

CXV. 4001 A nont mq. — 4002 C ill — 40o3 A ot; DE mire 
Forre {E Fourre etc.) — 4004 D nel — 4005 DE Gontier apele 
loseiin (E losselyn) ; C le senc — - 4006 C il mq. ; A dist il — 4007 
que] DE en ; C Gardez quil soit a N. m. — 4009 D rendres 



l54 U NERBONOIS 

4010 Gart le si chier com el a m*amisté. » 

« Sire, » font il, « a vostre volenté. » 

A tant s'an antrent en la bone cité. 

Et Aymeris est en Testor antre, 

Maint cop i a receti et doné. 
401 5 La velssiez fier estor aduré^ 

Tante hante frète et tant escu troé, 

Tant pié; tant poing, tant chief do bu sevré, 

Tant Sarrazin trebuschié et versé ! 

Aymeris a l'amirant ravisé : 
4020 Celé part a forment esporoné. 

Ja le ferist do branc d'acier lestré. 

Mes cil le voit, si Ta forment doté, 

Ne l'atendist por un mui d'or comblé. 

En fuie tornent li qui vert desfaé, 
4025 Droit a lor tentes en sont esperoné, 

Moût sont cil lié qui an sont eschapé. 

L'amirant voient, si l'ont aressoné. 

4010 CDE Gart le, A Garde — 4014 il reçut et maint d., D et fera 
et d. — 401 5 DE fort — 4016 il Tant, DE mainte ; E maint c. 
estroe— 401 7 DE mq. ; C T. pong t. pie ; il de bv — 4018 DE gésir 
mort enuersse — 401g E auise; DE aj. Le roy Tiebaut et le roy 
Buaufume {E Baupfume) — 4021 DE En sa main tint le — 4023 
DE Quant cils le uoient si lont -— 4023 DE Ne latendissent — 
4024 A tome; C gloton; DE Tout maintenant sont en fuie tourne 
Et après euls paiens tuit aroute — 4025 E uers; A tente; C (en 
mq.) ont tuit, D ont fort; E fuient espouente — 4026 DE Ceuls 
furent liez; an] C sam — dans DE 4027 est remplacé par ces vers : 

Et dist Tiebaut Mal sonmes auise 

Qui en tel point auona aeur euU aie 

Quar bien deussent li cor estre sonne 

Se fassent ci les paiens assemble 
5 .XL. mile qui se sont ostele 

Plus d'une lieue loingz de ceste cite 

Or enssons pris ce yiellart barbe 

Qui tant nous a traueilliez et pêne ' 

Dist lamir' uous dites uerite 
10 Paiens se sont entour lui aune 

Cils qui nauoient a ce hustin este 

7 E Pris c. ce V. rassote 



LI NERBONOIS l55 

« Amîrant, sire, avez rescox Forré ? » 
« Nanîl, » fet il, « ainz Tavom comparé, 
4o3o Et si no ravom mie. » 



CXVI 

Quant Tamirant ses homes regarda, 

Qui si s'an fuient, a po n'en forsena. 

Paien li diënt : « Ne vos esmaiez ja ! 

Par Mahomet, ja rien ne lor vaudra. 
4035 Ralom après, Mahon nos aidera. » 

Corent aux armes, que nul n'i aresta, 

Après le conte vont, que nus ne tarda. 

Ilec androit Testor recomença. 

Mort fust li quens, qu'i n'en eschapast ja, 
4040 Quant une eschiele de Nerbone avala. [c] 

Vii .c. estoient, ce dist cil ques esma. 

De France furent amené, grant pièce a. 

Dedanz Nerbone Charles les envoia, 

Garin les guie et Girart les garda. 
4045 Chascun i fiert, que pas ne s'espargna, 

Sor celé gent aversse. 



4028 A S. a., DE Li dient sire; A ocis — 4029 ainz] DE cbier; C 
conqueste, DE acheté ; DE aj. Quar il {E ia) i sont. m. paiens 
demoure -— 4o3o C ne ; DE Dont cest duel et damage 

CXVI. 4o32 DE Qui sen fuioient a po quil nenraga (fnesraia); 
C ne — 4035 DE R, contreus — 4o36-8 sont remplacés dans DE 
par Plus de .x. m. es cheuax {E a ce mot) en monta — 4037 C 
taria. A répète le vers — 4039 qu'i] DE il — 4040 C aua. DE aj. 
De tele gent quAymeri ml't ama — 4041 E .c. mq,; DE nombra 
— 404a A ame; grant] D des — 4044 C Girart, DE Guerin; C et 
Garin, DE et Gontier ; D li ada, E li aida — 4045 pas] C nus — 
4045-46 DE Âins ne finerent {E One narresterent) desi quil vin- 
drent la. Or commence meslee 



l56 LI NERBONOIS 



CXVII 

Or sont François et paien comunal, 
A la bataille fièrent a droit estai. 
A tant est vos un paien^ Cristamal; 

4o5o Mielz fu armez que nul home charnal. 
Mahomet jure, son chier dieu creminal : 
Le premier Franc qu'i trovera champal, 
De son espié li donra un cop tal 
Que tôt Tacier et le vermeill cendal 

4055 Li bangnera très an mi le coral. 
Dex le maldie, le père esperital ! 
Sa grant vertuz nos dut fere moût mal 
D'un des barons de France. 



CXVIII 

Bien fu armez li quivert Sarrazin 
4060 D'aubert safré et de hiaume a or fin. 
Dex le maldie qui de Feue fist vin ! 



CXVII. 4047 DE as paiens — 4048 CDE En; C droit, A dor; 
DE liurerent grant e. — 4049 DE p. desloial — 4o5o DE Bien fu 
a. et sist sus son {E bon) cheual. Quant il le broche tout en 
tentist le val — 405 1 A craminal; DE son d. espedal •— 4062 DE 
Que se il trueue François en un champal — 4o53 DE i donra maint 
— 4054 DE Dont i morront (E De quoi mourra) tout li plus prin- 
cipal — 4o55 A ami, C par mi; DE Qui sont (E soit) estrait du 
lignage royal — 4o56 A espereital; DE Diex le confonde quar 
as nos fist (E qua Guerin fist) grant mal — 4057 DE mq. — 4o58 
DE Si com pourrez entendre 

CXVIII. 4059 DE Le Sarrazin ne sembla pas upin Bien fu arme 
a loy de Barbarin — 4060 A Da. et diame et descu — 4061 DE 
Cis le m. qui confondi Cain {E Cayn) 



LI NERBONOIS iSy 

Que François orent an lui malvès voisin. 
Le destrier broche le quivert de put lin, 
Sor son escu ala ferir Garin 
4065 Desor la bocle qui fu fête a or fin, 
Empaint le bien, si l'abat o chemin. 
Moût correciez fu Romenz l'orfelin, 
Con vit cheoir son père. 



CXIX 

Li dus Garins ot moût le cuer irié. 
4070 Inelement est resailliz en pié 

L'espee trete, s'a l'escu enbracié, 

Maint Sarrazin a mort et detranchié. 

E vos Romenz soz l'escu enbronchié ; 

Un destrier fort a l'anfes chevalchié, 
4075 En ses poinz porte un roit tranchant espié. 

S'or ne s'i gardent li quivert renoié, 

Garin son père avra sanpres vanchié! 



Dans DE 4064-65 sont remplacés par ces vers : 

Fiert sus lauberc qui estoit dacier fin 
Guerin le conte qui estoit de franc lin 
{E qui nestoit pas quoquin) 

Icis (E Cestui) fii père Viuien le meschin 

Par cui paiens vindrent a maie fin 

Mes Diex garda le bon conte Guerin 

Et le hauberc quot uestu doublentin {E doublatin) 

4062 DE Que {E Quar) Frans auoient -^ 4065 C (Desor mq.) La 
b. fause — 4066 DE Le Turc lempaint — 4068 C Qant; DE Quar 
il estoit {E Quar Guerin iert) ses oncles 

CXIX. 4069 E quens; DE ot le cuer m. i. — 4070 D en est 
saillis; £ est en piez redrecie — 4071 A tort, E a trete; DE 
lescu a — 407a DE aj. Et lun sus lautre uersse et trebuchie — 

4073 A embuchie; D lescu a embracie, E es estriers afichie — 

4074 A un bon d. (fort mq,) — 4075 DE mq, — 4076 E se; AE 
garde; D glouton, E paien 



l58 LI NERBONOIS 

Celé part vînt o vît son père irié. 
Le primerain que Romanz consiuié 
4080 Fiert sor Pescu, ne l'a pas espargnié, [d] 

Que plainne palme l'a fandu et tranchié. 
Par mi le cors li a le fer bangnié, 
Empaint le bien, si l'a mort trebuchié 
Devant Garin son père. 



cxx 

4085 L'anfes Romanz ot le cuer irascu, 

Con vit son père a la terre cheti; 

S'il ne le vanche, ne se prisse un festu. 

Le destrier broche, qui randone menu, 

Fiert un paien devant en son escu, 
4090 Desoz la bocle li a fret et fandu. 

Par mi le cors li mist l'espié agu. 

Mort le trébuche en mi le pre herbu. 

Par le froig prist le bon destrier quernu, 

Inelement l'a son père randu. 
4095 Li dus il monte, qui li besoinz en fu; 

Grant joie en a menée. 

4077 DE onde; D aucra tost, E sera de lui — 4078 D uient; A 
o uTt ; D ou ueu la a pic, E quant la a ueu a pie ^ 4079 DE mq, ; 
A Romain, C Romaut ; A consiue — 4080 A Fiert le premier, 
DE Fiert le paien. E aj. Par mi la teste la du branc si paie — 
4081 A la cope et tr.^ DE li a du test tr. {E froissie) ; Z)£ aj. Et 
son haubcrc desrout et desmail lie — 4082 DE Dedenz ; E lacier 
— 4083 E crabade — 4084 DE oncle 

CXX. 4085 A Romain ; C Romaut lanfant ; C o ; il fu forment, 
E le cuer ot — 4086 CDE Qant; D voit; DE oncle ; -E ius a t. — 
4088 DE aj. En sa main tint un roit espie moulu — 4090 A De- 
vant. DE aj. Et le haubcrc dcsmaillie et rompu — 4092 ^ a la 
terre estandu — 4093 D le fort ; E cueru — - 4094 D la son oncle, 
E son oncle la — 4095 DE a qui b. {E mcstier) en fu 



LI NBRBONOIS l5g 



CXXI 

Garins monta, et Romenz li aie, 

Prant un escu, une lance a sessie, 

Si fiert un Turc sor la targe florie, 
4100 Desoz la bocle li a frète et croissie, 

Do blanc hauberc la maille desartie. 

Par mi le cors le roit espié li guie, 

Enpaint le bien, s'a la sele guerpie, 

Mort le trébuche en mi la praerie. 
4io5 Otre s'an pase, tret l'espee forbie, 

A sa voiz clere « Nerbone ! » haut escrie. 

« Ferez, François, la bone gent hardie, 

Desor paiens, celé gent malele! » 

Et Aymeri a la presse partie, 
41 10 Celé part vient, ne s'asetire mie, 

Fiert s'an la presse par moût fiere aatie, 

Et après lui sa riche baronnie. 

Que il consiut, tost a perdu la vie. 

Et Guibelin avoit la noise oie, 
41 1 5 Qui se dormoit en une chambre entie 
O paies de Nerbone 

CXXII 

Biaux fu li jorz, et lî solax leva. 

En une chanbre, qui grant clarté gita, 

CXXI. 4097 C Romaut — 4098 DE Prist —^ogg DE Et; C Fiert 
un paien; A en la, Esns la — 4101-3 DE mq, — 4102 A le bon 
— 4io3 A grpic, D vuidie; E (s'a mq.) la sele en vuidie — 4104 
DE mq,; A emi — 4io5 jE sa lespee sachie — 4106 A haute — 
4107 la] E très— 410S DE mq, — 4109 C a m^. — 4111 DE mq.; 
A enhastie — 41 13 CDE Cul ; C consiuent; A tôt — 41 14 il a la 
nouele oie 



l6o LI NERBONOIS 

Dort Guibelin, qui nul mal ne pansa. 
4120 . La noisse oï, forment s'en esfrea. 

I sailli sus, que plus n'i demora, 

En la fenestre un pertuis avissa. 

Maleoit soit icil qui le perça ! 

Par cel pertuis Tanfes hors esgarda, 
4125 La noisse ol et les cous escouta, [gS a] 

Que cil de fors l'un a l'autre dona; 

Choissi les lances, les escuz avisa, 

Et vit des armes l'or qui refanbloia. 

Dedanz son cor forment s'en merveilla, 
41 3o De verai cuer Damedieu reclama, 

Inelement se vesti et chauça, 
Puis s'en antre an la sale. 



CXXIII 

Quant Guibelin les Sarrazins choissi, 

Dieu reclama, qui onques ne menti. 
4135 « Père de gloire, par la toe merci 

Garis mon père, qu'il n'i soit mal bailli ! 

Se je le pert, n'ai si charnel amy. » 

Son mestre apele qui ot non Amauri . 

« Mestre », fet il, « par le cors saint Jeri, 
4140 Mes garnemenz m'aportez tost ilci, 

S'istrai la fors en l'estor esbaudi, 

CXXII. D mq. 41 19 A Guielin; E lut Guibelin que Ermeniart 
porta Et li bon quens Aymeri Icngendra — 4120 DE esmaia — 
41 22 -41 24 DE mq, — 4123 XC la — 4125 A oi mq.\ DE Par la 
fenestre la grant noise e. — 4126 D Oy les cops, jB L. c. oy — 
4128 DE mq,; A refanbloioia — 4129 DE se dementa — 4i3o 
DE De ce que plus matin ne sesueilla — 4182 Puis] D Si 

CXXIII. 41 36 DE Gardez; C de mort et de péril, DE sire gc 
nous em pri — 4137 si] A nul — 4139 E dist; C dune chose nos 
pri; DE Rémi — 4140 C Que m*aportoiz m. g. — 4141 DE Sirai 
la hors 



LI NERBONOIS l6l 

j'ai ol si grant noisse et tel cri. 

Li vif malfé m'avoient endormi, 

Qant je ne sui en Pestor des ju!. 
4145 Ortost, biax mestre, por Dieu qui ne menti! » 

Li mestres l'ot; tôt li sans li frémi. 

a Guibelin, frère, por amorDieu, merci! 

Je n'oseroie por le conte Aymeri. 

Mort tost m'avroit o pandu o boni, 
41 5o Noie en eue o an un feu broy. » 

Guibert Tantent, moût ot le cuer marri, 

Hauce le poig, anz es dans le fery, 

Tote la chiere de son sanc li covri, 

Encontre terre Tabat tôt estordi. 
4155 Et cil saut sus, que plus n'i atendi. 

« Merci, Guibert, » dist son mestre Amauri. 

a Ber pranz tes armes, por Dieu qui ne menti. » 

Et dist Guibert : « Tost les m'aportez ci! » 

« Volantiers, sire », li mestres respondy. 
4160 I li aporte un blanc hauberc sarti; [b] 

Guibert le vest a loi d*ome hardi, 

En son chief lace un vert hiame burni. 

Vint a Testable, le bon destrier sessy 

414a C si grant, A et tel, D grant, E ûerc; DE grant cri — 4143 
A mauiont, C mont hui si, DE mauoient — 4144 A Que; E très 
ia hui — 4145 E iai fet trop lonc detri — 4146 A mq,; DE Oit 
le li {E son) m. E aj. Tout maintenant a lenfes dist ainssi — 4147 
DE sire pour Dieu qui ne menti — 4148 E pour uo père Â. — 
4149-50 DE remplacent ces vers par les suivants : 

Mes atendez tant quil soit reuerti 

Mal seroit fak se vous partez de ci (E Ce s. mal se partiez did) 

Saoz compaignons et pour itant uoas di 

Ne fêtes chose dont nous soions honni 

4i5o C broie — 4i5i D tout; A le sans; E durement fu m. — 
41 53 DE Tout — 41 56 D pour Dieu qui ne menti; J? M. fet il p. D. 
qui mort soufri -^ 4157 DE Bien; D dist le mestre Amorri, E ce li 
dist Aumaurri — 41 58 £ Donc; A maprestez; D m* mq,; E ap. 
les t. ci — 4160 un] DE le — 4161 Guibert] il Et i — 41 62-41 68 
DE mq. — 4163 un] Cle — 4i63 il un d. a s. 

Tome I II 



l62 LI NERBONOIS 

Que tant ainoît le preu conte Aymerî 
4165 Qu'î no donast, por verte le vos di, 

A home ne n'a parant n'a amy ; 

Met li la sele et le fraig autres! ; 

Guibert î monte a loi d'orne hardy. 

Prist un escu qui fu a or poli ; 
4170 N'ot point de lance, mes un espié sessy. 

Par mi la porte, que le portier ovry, 

S'an ist moût tost armé sor TArabî, 
Si se fiert en la presse. 



CXXIV 

Quant Guibelin fu de Nerbone issu, 
4175 Fiert s'an la presse sor le destrier quernu. 
Ainz i ot il .xiiii. cox féru, 
.X. paiens morz et .ii. rois abatu, 
Que de ses homes il fust aparceti. 
Et Aymeris est de la presse issu ; 
4180 Tote jor l'orent Sarrazin porseU, 
A un destroit li sont devant venu. 
De .iiii. espiez li fandent son escu, 
L'auberc li ont desmaillié et rompu 
Et lui el cors parfondement féru, 
4185 De son destrier l'ont a terre abastu. 
Moût tost l'eussent ocis et retenu 



4167 etc. C autresin — 4168 C qui ot le cuer h.; A aj. ici une 
seconde fois le v. 4162 —4169 A Prant — 4171 A potier — 417a 
D va; DE sus etc. — 4173 D Et; E se met 

CXXIV. 4174 DE de sa [E la) porte— 41 76 E cueru — 4176-41 78 
se terminent en uz dans C — 4176 £ Il y ot ainz — 4177 .X.] E .ii. 
— 4178 C de mq.; A if— 4180 A lont —4182 DE trois; A espie li 
fausent — 4183 A Le berc ; DE i fu — 4184 lui] DE cnz — 4186 
E cheual ; Tont a] i4 a la — 4186 ocis] C et pris 



U NERBONOIS l63 

Et après lui son Uunage Taincu, 
Con Guibelin est de la presse issu; 
Point le destrier qui randone menu, 

4190 Et vet ferir un paien mescreû 

De son espié el conble de Fescu ; 
Desoz la bode li a fret et fandu 
Et le hauberc desmaillié et rompu. 
Dedanz le cors li mist Fespié molu, 

4195 Empaint le bien, si Ta mort abastu, 
Prant le destrier, son père Ta randu. 
Aymeris monte, qui besongnex en fu, 
Et puis s*an torne, n'i a plus atendu, [c] 

Dedanz Nerbone en est pongnant venu, 

4200 Et après lui si ami et si dru, 

Huevrent la porte, leanz sont receû. 
Mes Guibelin est moût mal avenu : 
Antre paiens fu toz seus remainsu. 
Forment Tasaillent li gloton mescreù. 

4205 Et li bers s'est longuement desfendu; 
11 tret Tespee, con Tespié a perdu, 
Fiert un paien desor son hiame agu. 
Tôt le porfant com un raim de seû. 
Et li brans cole entrée! que o bu. 

4210 Puis fiert un autre, que tôt Ta porfandu, 
Et puis le tierz, que il a abastu . 



4187 DE Apres lui est s. b. uenu — 4188 CDE Qant; £ fu — 
4189 £ Le d. p. — 4192 DE croissu — 4193-4194 E Arme qui! 
ait ne li a riens ualu -—4195 DE si labat par uertu ~ 4196 £ Le 
d. pr.; A tendu — 4197 D qui le besoing en fu, J? quar grtnt 
mestier len fu — 4300 DE parens — 4201 DE mq,; A lont — 
4202 D Guibert, E a Guibert ; A fu — 4203 DE est ; C remasu, 
D remazu, E remanssu — 4204 C félon •— 4206 E lenfes — 4206 
II] A Et; CDE qant; DE ot — 4208 A Âusi le fant, C Si le p. ; 
DE des ci iusques el bu — 4209 DE mq ; A Tôt le porfant; que] 
A qanz — 4210 CDE que mort la abatu (E estendu) — 421 1^219 
C mq. — 42 1 1 D que tôt la porfendu, E ne sest pas recreu; E ^. 
Ades detrenche le lignage Kahu 



164 LI NERBONOIS 

Paien le voient, grant duel en ont e(i; 
I li escriënt : « Mahomet et Cati ! 
Ferez, paien, tuit estes recreù. 

4215 Par Mahomet, trop a cil gloz vescu. » 
A ces paroles li sont sore coru, 
Lances li lancent et maint espié molu, 
Soz lui ont mort son bon destrier crenu, 
Puis Font a force et pris et retenu. 

4220 L'anfes reclaime le verai roi Jesu. 

« Aymeris, sire », dist Tanfes, « o iés tu ? 
Hermanjart, dame, or m'avez vos perdu ! » 
Mes ne li vaut la monte d'un festu ; 
Forment le lient li paien mescreU, 

4225 A Tamirant Pont maintenent randu. 
Damedex les maudie ! 



cxxv 

Guibert en meinnent celé paiene gent, 
A l'amirant le randirent dolent. 
Dedanz Nerbone o païès que replant 
4230 Vint Aymeris, qui fu navrez forment; 
Devant la sale li gentis quens descent. 
Un sicamor ot au perron moût gent, 
La désarmèrent le conte inelement, 
Do chief li ostent le vert hiame luisant 

421 3 DE II {E aj. s) escrierent; E touz enssemble a un hu — 

4214 D trop; E trop auons atendu ^4215 D trop par a cist, E 
cis glous a trop — 4216 li] Z> se — 4217 E Lancie li ont maint 
roit e. m. — 4218 DE Tous {E Tost) li occistrent; D\c; A cremu 
— 4220 DE mq. ^ 4222 D D. H. — 4223 E Mes son crier ne li 
vaut un f. — 4224 £ malostru — 4226 £ Le cors Dieu 

CXXV. 4227 en] il e — 4228 etc, DE lamiraut — 4230 E grief- 
ment -^ 4233 DE La descendirent li c. {E li quens) — 4234 E le 
hiaume vistemen^ 



LI NERBONOIS l65 

4235 Et si li traient le hauberc jazerant. 

Desoz avoit le cors taint et senglant ; [d] 

Car navré i'orent li cuîvert soduiant 

De .iiii. espiez o cors parfonctefient. 

Li vermeil! sanc a la terre descent. 
4240 Li quens se pasme por la dolor qu'i sant. 

Grant duell demainnent si baron et sa gent. 

Do mostier vint la contesse al cors gent, 

Le conte trueve pasmé el pavement, 

El le regrete bel et cortoisement. 
4245 « Aymeris, sire, plain de grant hardement. 

Tant estiez plain de grant esciant! 

Tant vet barnaje hui cest jor déclinent! 

Qui donra mes nul riche garnement ! 

Chevax et armes et or fin et argent ? 
4250 En grant repox seront d^or en avant 

Li Sarrazin, qui li cors Dieu cravantl 

Ja n'avront mes guerre an tôt lor vivant 
Qant de vos sont délivre. » 



CXXVI 

Dedanz Nerbone fu moût grant la criëe. 
4255 Dame Hermanjart la contesse anoree 

4335 jE Et puis; CD ostent; A iaceran; A répète ici le v. 4234*^ 

4336 A suant -^ 4337 A félon, D gloton^ E paien -• 4338 D Àï\,, 
E .ii. -^ 4339 E Le s. v.; DE en d. — 4340 A por, E de; C qU& 
la grant dolor s., D qui la d. en s. — 4341 C cnm.; A enairouli 
s. g., E tout entour lui s. g. — 4343 A ist ; DE erranmmt — 
4343 AC trueuent; A paluement — 4344 il £ le, C Et le; DE 
regarde; E des yex apertement; E aj. Quant la ueu si a dit hau- 
tement — 4345 plain] A quens; E hons plain de h. ^ 4346 E Qui 
e.; E de bon — 4347 D Ore ra vo b., E Vo grant b.; £ ua kui 
trop d. — 4349 C et robes; D ne-ne-ne — 4361 AE que — 4353 
C a ; DE Nauront mes g. en trestout 1. v. — 4353 Z> Q. de r* 
seront desseure, E Quant il nous ont perdu 



l66 LI NERBONOIS 

Vint do mostier, la messe ot escotee, 

Trova le conte, soz Polive ramee, 

Cuide mort soit sanz nule recovree. 

Tant con fu haute, chiet a terre pasmee 
4260 Desor le conte a la chiere manbree, 

Sor une plaie est sa boche asenee, 

Do sanc q'an ist fu tote ensanglantée. 

Con se redrece, si s'est moût dementee. 

« Sainte Marie, reine queronee, 
4265 Con de fort eure je fui de mère née! 

Ahi ! Nerbone, riche cité fondée, 

De qel segnor remenez esgaree ! 

Miexdre de lui ne ceint onques d'espee, 

Nels RoUant de France la loëe 
4270 Ne Olivier a la chiere manbree. 

Biax filz Guibert, con dure destinée! 

De vos est hui fête la dessevree 

Et d'Aymeri a la chiere manbree, 

Vostre chier père qui la vie a finee. 

CXXVI. 4356 DE Del m,y,\A sot la m. e. — 4267 DE Tnieue 

— 4358 D demoree, E respassee — 4359 E De son estant; DE 
chiet la dame p. ; ^ a terre chiet a terre p. — 4360 etc, CDE Desus 

— 4361 C Desus sa pi. — 4363 A qui; A auelopee — 4368 C 
Qant; A est; Z) si dist raison membree, E si sestoit escriee — 
4366 E loee — 4367 A demorez — 4368 E mq.; A espee — 4369 
E qui tant ot renommée — 4370 D mq.; E Not onc ualeur a uous 
acomparee — 4371 DE (Biax mq.) Filz Guibelin; C con pesant 
•^ 4373 C a la barbe mellee, E dont trop sui abosmee — 4374 
C uiee; E est. DE aj. ici les vers suivants {comp. 630-635) : 

Ahi Nerbonne mar fussiez nous fondée 
Maa feu griiois (E greiois) uous eust alumee 
Pierre sus autre ni fust ore {E ia mes) trouuec 
Miez nousisse estre férue dune espee 
Ou a cheuaus par les pies {E prez) trainee 
Que du bon conte ftisse {E fussiez) ainssi detsenree {E senree) 
Le meilleur honme qui ains traisist despee {E qui onc ceinsist 

[espee) 
Or ont paiens bien, leur guerre afinee 
Or metront toute {E Des or metront) a duel ceste contrée 



LI NERBONOIS 167 

4275 Sainte Marie, reïne queronee, [p6 a] 

Car me randez le conte ! » 



CXXVII 

Aymeris jut desoz Tabre ramé. 

Dame Hermanjartl'a plaint et regreté, 

Et li baron sont ahtor aUné, 
4280 Qui tuit ansanblâ ont tel duel démené, 

Que ausi grant ne fu por home ne. 

Lor poinz detortent, lor chevex ont tiré, 

Et li auquant sont antor li pasmé. 

Et dist Romanz au corage aduré : 
4285 « Jantilz contesse, qu'avez fet de Forré? » 

« Baron, » dit ele, « an ce paies listé. 

An une chambre Fai mis et enserré. » 

Romenz Tentent; si monta le degré. 

Dedanz la chambre a le paien trové, 
4290 Devant le conte Ta Roment amené. 

a Amis, a dist il, » or oiez mon pansé! 

Vez ci le conte Aymeri le menbré, 

Ni a mes nul {E bons) par cui leur soit uaee 

Quant or sera en France recontee {E racontée) 

Geste auenture que Dieu nous a donnée {E qui nous encontree) 

A mes enfans qui sont en la contrée 

Qui sèment Kl* {E Challes) en la {E sa) sale pauee 

Que leur bon père a sa vie finetf (E a vie trespassee) 

Grant duel aront ceste nerite prouuee 

Gloricus Dieu qui mainte ame as sauuee 

42^5 E douce uirge aouree 

CXXVII. 4278 C la forment r. — 4379 DE enssemble &,; AC 
Et li baron sont ansamble aune (C entor asenble) A aj. Mes li baron 
sont antor aune — 4380 C reclame; DE Qui trestuit ont mPt 
grant d. d. — 4381 E Onques ne fu greignor — 4382 D Les; 
DE détordent; D les — 4386 A (et; D cel — 4388 D el; ^ san 
m. les degrez — 4389 C En une ch. — 4290 A la aroment mené, 
E la errant a. — 4391 D fait — 4393 E sene 



l68 LI NERBONOIS 

Que Sarrazin ont plaie et navré. 
Se le nos ranz en vie et an santé, 

4295 Tant te dorom avoir et richeté, 

Ne seras povres en trestot ton aé. » 
Le paien jure Mahomet le suen De, 
N'i tochera por home qui soit ne 
S'il ne le randent tôt quite et délivré 

4300 La defors au herberges. 



CXXVIII 

Aymeri jut sor le mabre senglant, 
Grant duel en font si ami et sa gent 
Par mi Nerbone, chevalier et sergent. 
Li Sarrazins les esgarde et entent, 

43o5 Selonc sa loi moût grant pitié Ten prant 
Por la contesse qui se pasme sovant. 
Il vint au conte tost et inelement, 
Huevre une boite et tret un ongnement, 
A Aymeri est venuz au devant, 

4310 Si le torna et envers et adant, 

Ses plaies levé de vin moût docement. 
Le sanc an tret qui li grieve forment, 



4393 A Que pa' ont et — 4394 nos] £ me — 4395 te] A de; E 
donrai — 4396 A povres m^ . ; A nul ior de t. ae; K Ne s. mes 
ppure en tout t. ae — 4397 A tuen — 4398 E pour estre 
desmembre — 4399 A t. sain. 

CXXVIII. 43oi E desouz Tarbre; C peron; A luisant — 43o3 
C et boriois et s. — 4306 E quil uoit pasmer — 4307 E que il 
plus ni atent ~ 4308 C si prist ; DE Prist une b. si la ua desfre- 
mant [JE si lueure uistement) — 4309 au] A de ; D estoit venu 
deuant, E vint sanz detriement — 43io i4 adanz ; Z) Ou il estoit 
couchie tretot adent, E \a ou il ert couchie el pauement — 43 1 1 
E Les pi., D La plaie; moût] E blanc — 43 13 D qui lengoise 
E qui langoissoit 



LI NERBONOIS 169 

Puis i avoit mis d'un bon ongnement. [b] 

Les plaies cloënt et sanent bonement. 

431 5 A un coltel li desserre les danz, 

Si li destranpe une espice aroment, 
Qui plus valoit que or fin ne argent. 
En paradis fu prise voirement, 
La o Dez fist Adan primierement, 

4320 Sor la fontainne qui sort en oriant. 
Dez ne fist home en cest siècle vivant, 
Tant soit navré o cors parfondement, 
Se il en pase le col tant seulement, 
Corne poisson est sain inelement. 

4325 Puis fist tuer un paon maintenent, 
Si an menja et dreça en séant, 
Puis s*andormi une pièce moût grant. 
Com i s'esveille, mal ne dolor ne sant. 
O voit Forré, antre ses braz le prant ; 

4330 Ja le besast s'eùst bastissement. 
Dit Aymeris le hardi conbatant : 
« Amis Forré, por Dieu omnipotent. 
Amer vos doi plus que home vivant ; 
Car de la mort ai ge par vos garant. » 

4335 Dist Aymeris : « Franc chevalier vaillant, 



43x3 il de; DE Et puis y mist; 2> de ce b. o., E dun mPt riche o. 
~ 4314 J? clôt; et] C si; D sainent docement, E sane durement 
— 43x5 2> deferma, E desserra; C la dant, E li dent — 43 16 £ Si 
destrempa — 43x7 £ que .v. c. mars da. — 43 18 AC fo il pris; 
DE uraiement — 4320 DE queurt — 4321 E présent — 4323 
DE el c. n. — 4323 A tôt s.; E aj, Con peseroient .ii ii. grains de 
froment — 4324 2) de maintenant; C Que sein ne soit com un 
poison noant, E Quil est si sain com poisson maintenant — 4325 
D erraument, E tout esrant — 4326 î) Il en m. et le va essaiant, 
E Si en m. Aymeri son talent; E aj. Quant li keus lot cuis a son 
aferant — 4327 DE Puis se dormi — 4328 C Qant il seueille, 
D Quant il se lieue, E Apres se lieue — 4329 E Quant — 433 1 
Alinéa dans DE. A Voit \kf — 4332 E le royamant — 4335 
C au corage vaillant 



170 LI NERBONOIS 

Hui ^atinet en la bataille grant 

Fui abastu de mon destrier corant. 

La fusse mort ou pris de maintenent 

Se ne fust Dex le père reaiment 
4340 Et un danzel qui vint esperonent ; 

Puis que fui nez, ne vi un ausi gent, 

Ne plus adroit portast son garnement. 

Mon filz Guibert sanbloit veraiement. 

Un roi ocist iloc mes eulz voiant, 
4345 Si me randi le destrier maintenent. 

Et g'i montai, que besoig en oi grant. 

Dedanz Nerbone m'en vig ça en fuiant. 

Nos an venimes ; il fu pris maintenent, 

A l'amirant le randirent Persant. 
4350 Se jo Savoie, par Dieu omnipotent, 

Jo peseroie ses .zv. foiz d'argent. 

Jantills contesse, par le cors saint Amant, 

Mon filz Guibert m'amenez ci devant ! » [c] 

a Volantiers, sire », dist la dame al cors gent, 
4355 Vint a la chambre o le lessa dorment, 

N'i a trové fors son mestre plorant. 

El li demande : « Que as tu, nonsachant? » 

« Dame, » dist il, « n'en celeré néant ; 

N'an mentiroie por la teste perdant. 



4336 E la hui matin — 4337 DE cheual — 4338 ou] A et; DE 
pris et mort — 4339 D omnipotent, E tout puissant — 4341 D 
ne vi autresi grant, E ge nen ui nul plus gent — 4342 A ses 
garnemenz, E si garnement — 4343 DE resembloit; D vraie- 
^ ment, E proprement — 4344 C ileques moi v. — 4345 C en 
presant — 4346 E quar; DE mestier; E men iert — 4347 A me; 
ça en] AC ca a, DE ceenz — 4348 E no [espace blanc de 2 cm) 
âmes; D voirement; E pris fîi a escient — 433o CSauoir le puis; 
E quil fust cnquor viuant — 435 1 C pèserai; C pois; DE (ses 
mq.) a a. — 4332 DE pour; A Uicent — 4356 DE El ni trouua 
— 4357 M Et; C Cas tu ua; 2) Et que as tu s., E de quoi ua duel 
menant — 4358 C fait il; D ne; £ ne lirai pas celant — 4359 
DE mq,; A por les menbres tranchaz 



LI NERBO^rOIS 171 

4360 Hui matinet endroit prime sonant 
En la bataille, el grant estor pesant, 
01 Guibert en Post un cri moût grant, 
Demenda moi ses armes maintenent. 
Qant ne li voil doner inelement, 

4365 Tel me dona do poig es danz devant, 
Tôt le viaire en oi taint et sanglant. 
Vint a restable, au bon destrier movant 
Que tant amoit Aymeri le vaillant 
Qu'i nel donast a nul home vivant, 

4370 Mist li la sele et le fraig ansement, 
L'auberc vesti, laça l'iame luisant 
Et puis monta o destrier auferrant. 
A son col mist un fort escu pesant 
Et en ses poinz un roit espié tranchant, 

4375 Par mi la porte s'en issi fors brochant. 
N'an oî puis novele tant ne qant. 
« Lasse, » fet ele, « perdu ai mon anfant. 
Tant mar vos vi, Nerbone! » 



CXXIX 

Quant Hermanjart la novele entendi, 
4380 Li vis li taint et li sans li frémi, 
Pasmee a terre la contesse chay. 

4360 E Hui a matin — 4361 A grant orible et p., DE et en les-^ 
tour p. — 4362 en l*ost un cri] A un cri qui fil — • 4364 E ne 
mq.; A uos, D voeil; E baillier hastiuement — 4365 me] A li; 
es] E tnz; AC en mi les danz — 4366 A Tôt le uisage li ti; A 
répète le vers: Tôt le uiairc en ot t. et s.; Tôt] E Que; D visage; 
E mala de sanc couurant — 4367 E Vinc ; DE en; DE courant 

— 4368 E sachant — 4869 E por tout lor Agoulant — 4370 A i 

— 4374 E Prist en sa main — 4375 C fors, DE hors, A puis — 
4376 C noucles — 4377 DE dist 

CXXIX. 4381 A pucele 



172 LI NERBONOIS 

Qant se redrece, si a gité un cri, 

Tantost revint au preu conte Aymeri, 

Tôt le trova respasé et gari. 
4385 « Sire, » fait ele, « perdu ai mon ami, 

Mon filz Guibert, que j'avoie norri ! 

A lor herberges l'ont Sarrazin sessy ; 

I l'ocirront, je le sai bien de fi. » 

« N'an puis mes, dame, » li quens li respondi. 
4390 « Nostre linage Ta en e(ir ainsi, 

Q'an cemetire n'en a nul enfol. [d] 

Mes en bataille et en estor forni. 

Qui la morra, par Dieu qui ne menti, 

Vilain reproche ne sera dit de lui 
4395 Au grant jor do joisse. » 



cxxx 

Dedanz Nerbone ont grant duel démené 

Por Guibelin le vasal aduré. 

Mes Forré tindrent leanz an grant chierté. 

Qui ot le conte gari et respasé. 
4400 Une chambre ot o grant paies listé, 

Que jadiss fu l'amirant Giboé. 

Escrit i fu et iver et esté 

Et grant bataille et fort estor chanpé. 

Paintes i sont par grant nobileté 
4405 Rotes, viëles et harpes a planté ; 

4383 D en vient, E sen vint — 4384 DE mq. — 4385 A dist ; A 
as ton; E ai mq. — 4887 A herberge ; A li paien; E raui — 4388 
bien] A tôt — 4390 £ en a leur; C issi — 4391 D ne; J? en a poi 
— 4^94 dit] DE ia — 4395 E de 

CXXX. 4396 DE ot — 4397 A Guibf; E li daniiaot adiré — 
4399 A\Q}ii\;'CE Qui le c. ot; Z) Guerin tost r. — 4401 jS fu j. — 
4403 CE granz bauilles; A et grant; C forz estora; A chanpel, 
C chanpe8,Z)£ champe — 4405 DJ? Toutes v. et gingne {E gringes) 



Ll NERBONOIS lyS 

Et les estoires de grant autorité, 

Puis que Dex ot primes home formé, 

I sont escrites par moût grant richeté. 
- Plus soëf eult q'ancens enpimenté ; 
4410 Qui ieans antre, a vis est par verte 

Qu'il ait le cors trestot enbasemé. 

De ce fist moût Aymeris grant bonté 

Q'an celé chambre, qui tantavoit biauté, 

Fet porter cex qui estoient navré. 
441 5 En couches sont Tun lez Tautre posé. 

D'aux s'antremist li bons mires Forré ; 

Moût docement les a médecine. 

Ançois que fussent li .iiii. jor pasé, 

Furent il tuit gari et respasé. 
4420 Se or eussent Guibert en la cité, 

N'orent tel joie en trestot lor aé; 

Mes n'en ont mie : paien l'en ont mené, 

A l'amirant l'ont randu et doné. 

Ilecques l'ont maintenant desarmé, 
4425 Do col li ostent le fort escu bendé 

Et de son chief le vert hiame jesmé 

Et an après le blanc hauberc safré, 

Si remest sangles o blifiut gironné ; 

Camoissiez fu de l'auberc c'ot porté. 
4430 La char ot blanche come flor en esté [py a] 

Et les eulz vers come faucon mué; 

4406 E estours; D vieill ; DE antiquité — 4407 AE premier; D 
Adam, E Âdan •» 4408 E noblete — 4409 D ert, E flaire ; C Plus 
eut s. ; il ne p., C nen p. — 4410 D ert; E de ^ 441 1 E cuer -— 
441 3 D Que; A o auoit grant b. — 4414 DE Fist — 4415 A Es; 
D couche, E couche i; lez] D et; A acoste ; E moult doucement 
porte — 4416 A santremet — 4418 DE mois — 4430 A Sor — 
4422 DE ne lont — 4423 A r. en son tref, DE r. et liure — 4424 
DE li paien d. — 4426 C iume — 4428 A l; DE Ni remest pièce ; 
E aj. Qui tout ne fust rompus et despane — 4429 DE du 
hauberc ; E est seure — 4430 C lis ; DE plus que nest flor de 
pre — 443 1 AC uerz, DE uairs; A com un 



174 LI NERBONOIS 

Blont ot le poil, menu recercelé. 

Antr'ex disoient li paien desfaé : 

« Sor tote gent ont Crestian biauté. 
4435 Tant mar i furent; que il croient en De. 

Moût sàmble cist estre de grant fierté. 

Je quit qu'il est de riche parenté. 

Très bien resanble Aymer le desvé, 

Que nos navremes es puis de Valsegré. » 
4440 Ainsi ont il l'enfant atalné. 

Guibert l'entent, près n'a le san desvé. 

<( Taisiez », fet il, « paien desmesuré. 

Ja sui ge frère Aymer le menbré, 

L'omme do mont que je ai plus amé. » 
4445 « Et jo navrai », dit le roi Cordroé, 

« Par mi le cors de mon espié carré. » 

Guibert Tantant, tôt a le san mue ; 

Hauce le poig, qu'il ot gros et carré, 

Par maltalant vet ferir Cordroë, 
4450 Que le mestre os li a fraint et qassé; 

Encontre terre Ta mort acravanté. 

Sore li corent li paien desfaé ; 

Moût tost l'eussent ocis et desmenbré, 

Con l'amiranz s'est en haut escrié. 
4455 « Par Mahomet, mar i ert adesé, 

Tant que savrai de qel terre il est ne, 

4432 AC Bien ot — 4434 DE Seur toutes genz — 4435 D mal ; 
A corn, E quant — 4436 C senblent — 4437 CD del — 4438 DE 
Trop; C senble bien; CDE Âymeri ; D membre, E doute — 4439 
C el puis, DE el puy ; DE Monsegre — 4440 E Douant len£uit ont 
ainssi sermonne — 4441 E G. les ot a poi nest forssene — 4443- 
4447 A mq. — 4443 DE filz Aimeri — 4444 C del ; DE Cest lonme 
el m. — 4445 C ieu — 4447 E Lenfes; D près na ; £ a poi quil 
nest ; DE desue — 4448 £ Le p. hauca; D et gros et le — 4449 
E aj. Par mi la gueule la si bien assené — 4460 E len — 445 1 
E lus asses piez; D labat mort enuersse, E chai tout enuersse — 
'4433 A Sarr* d., £ li p. mal sene — 4464 etc. CDE Qant; D 
sestoit h. — 4455 A m. sera a. — 4466 C ge sache; DE, gent * 



LI NERBONOIS IjS 

De qel linage et de quel parenté. » 

L'anfes respont, qui ne s'i est gardé : 

« Sire amiranz, ja ne vos ert celé : 
4460 Si m'aîst Dex, le roi de maieté, 

En batestire m'a Ten Guibert nomé. 

Uns sui des filz Aymeri le manbré, 

Le gentil conte qui tient celé cité, 

Qui vos a mort vo riche parenté. » 
4465 L'amiranz l'ot, près n'a le san desvé. 

A haute voiz li a fort escrié : 

« Par Mahomet, vos me randroiz Forré 

Et le chamoil qui porte la santé, 
O corte èrt vostre vie. » 



CXXXI 

4470 Après parla le roi de Loquifier. 

« Amiranz, sire, bien vos sai conseillier. 

En ces François n'i a quç traveillier. 

Tote nuit furent en l'eue en ce gravier, 

Jusqu'à hui main, çon vint a Tesclairier, 
4475 A la bataille les covint reperier. [b] 

La feri ge lor segnor tôt premier 

Par mi le cors d'un grant quarrel d'acier, 

Et desoz lui ocis ge son destrier. 

Ocis m'eiist do branc sanz recovrier, 

4457 C mq, — 4458 AC sot garder — 4461 D Que en [E En droit) 
baptesme — 4462 DE Un d. f. s.; E doute — 4463 AE mq, ~ 
4464 vo] A uos — - 4465 E quar bien la escoute — 4466 li a] 
C sest en ; CD haut ; E Âdont li a ml't hautement crie — 4467 
DE tu me rendras — 4468 DE mq. — 4469 E Ou moult c. ; DE ta 
CXXXI. 4471 D te — 4472 AE ce, DE cest ; AD nen, £ la n -<- 
4473 DE et el gr. — 4474 hui main] E ia hui; C que ; DE que 
il {E iour) dut e. — 4475 D estent — 4477 E roit ; CE espie — 
4478 DE lui li ocis s. -— 4479 D au; DE brant ; C forbi dacler 



176 Lt KERBONOIS 

4480 Ne fust Mahom le verai jostissier. 
Fêtes armer voz genz sanz delaier, 
Si asaudrom al murs et au terrier. » 
Dist Tamiranz : « Bien fet a oltroier. » 
Par mi Tost fct et crier et huchîer, 

4485 Que trestuit s'arment, sergent et chevalier, 
Et i si firent sanz point de Patargier. 
Chascun monta sor Tauferrant destrier, 
Au couz pandirent lor escuz de cartier 
Et en lor poinz les roiz espiez d'acier. 

4490 Les angins font et lever et drecier, 
Forment asaillent li félon losangier. 
Franc s'estormisent, li nobile guerrier, 
Si s'en montèrent al murs et al terrier. 
Pierres et fulz lor lessent trebuchier, 

4495 A maint paien font les^ têtes brisier. 

Paien le voient, le sanc quident changier. 
Li amiranz comença a huchier : 
« O iés alez, Aymeri le guerrier ? 
Por que me fes pener et travaillier ? 

4500 Ja sez tu bien, secors ne t'a mestier. 

Se vez combatre ancontre un chevalier, 
J'an ferai un armer et haubergier. 



44B0 DE qui tout puet iusticier. E aj. Qui me tenssa du cop a 
lauressier — 4482 D assaudront; A au terriers, D as terriers — 
4483 E La. dist — 4484 A Très p. ; fet et] A font ; DE Par lost a 
fet; il C huchier et crier — 4485 A Q* me soient — 4486 D furent; 
CD plus; D demorer, E detriier — 4487 D en; CE corsier — 
4488 C Â lor cox pandent; DE les — 4489 E En 1. p. pristrent; 
DE les fors; A tranchaz espiez (d*acier mq.) — 4490 E Leur a. 
firent tout maintenant dr. — 4491 DE cuuert — - 4492 £ a cui Diex 
veulle aidier — 4493 il Si an; il et al terriers, C et as terrier^ 
D et as terriers, E li bon guerrier — 4494 C iesse — 4495 C meinz 
paiens — 4496 DE les ; 2> le sens ; A quide ; E bien q. esragier 

— 4497 DE Et lamiraut ; E criier -^ 4498 E princier — 4499 
CDE Porcoi ; C nos ; il ne tr. — 4600 E uois ; C Car bien ses tu 

— 45o3 D h. et a. 



LI NERBONOIS I77 

Se tu le puez mater et jostissier, 

Guibert avroiz, que vos avez tant chîer; 
460 5 Et s'i te puet conquerre au branc d'acier, 

Tu me leras ce grant paies plenier. » 

Aymeris l'ot, n'i ot qu'esleescier, 

Voit l'amirant, si li prant a huchier. 

« Amiranz, sire, bien fet a oltroier. 
4510 Ce que vos dites ferai sanz respitier. » 

Au fers des lances le vont afiancier, 
Qu'i feront la bataille. 



CXXXII 

Aymeri monte o paies principer, 

Devant li fet toz ses barons mender, 
45 1 5 Et cil il vindrent, qui ne l'osent veer. [c] 

« Baron, » fet il, « fêtes moi escouter! 

Pris ai bataille vers un Turc d'otre mer 

Par tel covent com vos m'oroiz conter. 

Se il me puet ne vaintre ne mater, 
4520 Tote Nerbone me covandra quiter 

Et le pals que j'ai a governer. 

Et se jo puis par force conqester, 

Guibert mon fil me fera délivrer 

Et randre quite et sain et sauf clamer. » 

4504 D auras, E rauras; DE que tant puez auoir ch. — 45o5 D 
mater et iusticier, E fere a lui obligier ; DE aj. Tu me rendras 
Forre {E Fourre) sanz delaier {E termiier) — 4606 Tu] D Si, E 
Et — 4507 C que leescier, A que corecier — 45o8 D le prist; 
E Â la. respondi sanz tencier — 4509 E mq. — 461 1 A fer; E 
lors fiancier 

CXXXII. 45i3 i4 principel — 4b 14 A tôt; D les— 45i5 Ci 
uienent ; £ ne le veulent v. — 4616 E dist il veuilliez — 4517 C 
B. ai prise; DE a un — 4519 2> Que sil; E et-et — 4522 jo] 
-E le — 4523 A uos ferai — 4524 A Et revandra, C Et le randra; 
A sain tôt q. cl., C sain et sauf et enter 

Tome I 12 



lyS LI NERBONOIS 

4525 Hermanjart l'ot, le san quide desver; 
A haute voiz comença a crier, 
a Aymeri, sire, gentill nobile ber, 
Por amor Dieu qui tôt a a salver, 
N'i alez mie, iessiez ce plet ester. 

4530 N'a oncor guieres prest fûtes de finer 
Et que je vi vos plaies escrever. 
Mar vi le terme et le jor ajorner, 
Que mes anfanz feltes dessevrer 
Et qes feites an France au roi aler. 

4535 Se jes eusse, ce sai bien sanz doter. 
Le matin fust Guillames a l'armer 
Et de paiens vos alast délivrer. 
Or vos avient ce que vos fis orer 
Au partir de Nerbone. » 



CXXXIII 

4540 Dist Hermanjart al gent cors anoré : 

« Aymeri sire, merci por amor De ! 

Con ti anfant furent an France aie 

Et il guerpirent ceste bone cité, 

De bons amis eûtes povreté. 
4545 Ses eussiez, ce est la vérité, 

Tost vos eussent de paiens délivré. » 

4525 E muer — 4526 E Ml't hautement; C H comence; E 
parler — 4627 C nobles et b., E estes et b. — 4628 E lamour — 
4529 A lot ce 1. ester — 453o DE que [E qui) deustes finer — 
453 1 A decreuer — 4532 E le ui mal leure; D le ior et le t. afiner 
— 4533 £ nos — 4534 C que ; D Quant son alerent en Fr. au r. 
parler, E Quant les ot fet Challemaine mander — 4535 AD Se 
io (D ici) seusse, C Se ges seuse, E Sil le seussent ; A ce sachiez 
sanz fauser; ce] DE ge — 4536 E la Guiir au chapler — 4537 de 
p.] E des p., C le matin — 4539 A pardir 

CXXXIII. 4540^1 a; E bien moulle — 4541 E lamour -^ 4542 A 
Frace — 4545 D Se; £ cest fine v. — 4546 D Tous; E des 



LI NERBONOIS I79 

Aymeris Tôt, s'a do cuer sopîré, 

Car il set bien qu'ele dîst vérité. 

Tôt antor lui a li quens regardé, 
4550 Voit son barnage envers terre encline; 

Mal soit de cel qui ait un mot soné ! 

Romanz li anfes en est an piez levé ; 

Grant fu et fiers et de moût jone aé. 

O voit son oncle, si l'en a apelé. 
4555 « Sire, » fet il, « bien vos ai escouté. [d] 

Geste bataille vers le Turc desfaé 

M'otroiez ci, se il vos vient a gre. 

Ghevalier sui de novel adobé ; 

Mon hardement vodroie avoir prové, 
4560 Si vos requier par la vostre bonté 

Q'aie la joste envers cel amiré. » 

Aymeris Tôt, si Tan a regardé : 

Or li resambleGuillame Taduré, 

Le suen chier fil ; por ce l'a moût amé, 
4565 Gar il tret au linage. 



GXXXIV 

Romanz li anfes fu dreciez en estant. 
Le vis ot fier et le cors avenant. 
O voit son oncle, si li dist en oiant : 
« Sire, » fait il, « la joste vos dément 

4547 8*a do c] D du cuer a — 4548 il ot; C car il dit v. — 4349 
E Enuiron lui; C deliure, E esgarde ~ 433o se trouve après 45 5 1 
dans DE. C entor li acline, D contre t. e., £ taisant et e. — 
455 1 qui] 2> ni ; £ Il ni uoit un qui un m. ait s. — 4552 D pic — 
4553 E et si ot — 4554 il mq. — 4557 DE Motroierez (ci mq.) — 
4559 A uodraie; DE uoudrai que soit — 4560 D par vostre 
volente, E par très grant amiste — 456 1 E contre — 4562 C 
mercie — 4563 D Ore resemble, E Bien resembloit — 4564 por 
ce Ta] A que il a 
CXXXIV. 4569 A dist il 



l8o LI NERBONOIS 

4570 Et la bataille envers cel amirant. » 

Aymerîs Pot, le cuer en ot joiant ; 

Il Tan dona le baston et le gant. 

Cil Ten mercie, si s'an torna a tant. 

Droit a Saint Pol est aie maintenent. 
4575 De chevaliers i vet avec lui .c, 

Qui o lui veillent por Tamor de Tenfant 

Jusq'au demain a Taube aparissant. 

La messe chante un esvesque, Morant. 

Romanz ofri un paile d'oriant 
4580 Et un grant cierge, avec un marc d'argent; 

Après ofrirent lî chevalier vaillant. 

Biaus fu li jorz androit prime sonant. 

Hui mes devom chanter de l'amirant, 

Qui a mandé Sarrazin et Persant. 
4585 Tuit li plus riche li sont venu devant. 

.Xv. roi sont et. xiiii. amustant. 

De la bataille se vont tuit porofrant, 

Mes l'amiranz se tint mu et tesant, 

Con Gadifer se dreça en estant. 
4590 Grant fu et fier, et lonc come un joiant ; 

Hideux et noir, moût fu de let sanblant ; 

Les eux ot roges come charbon ardant. 

Voit Tamirant, si li dist en oiant : 

« Sire amiranz, la joste vos dément [p8 a] 

4595 Et la bataille vers Aymeri le franc. 

4671 A Hm*, C Hermeniart; il a — 4572 C El; ^ El an dana le 
b. en voiant — 4673 si] E puis — 4674 DE au moustier — ^byb 
i] il en; vct] DE ot — 4576 E Qui la veillierent — 4577 C matin; 
E que le iour fîi parant — 4578 AC un esuesque, DE leuesque ; 
peut-être evesques orant, AC Morant, D maintenant, E bonemant 
— 4579 DE poilc bouguerant — 4580 A Apres un c. ~ 458 1 DE 
damoisiax — 4583 CE conter — 4585 DE i — 4586 CE furent ; 
A mustantf DE amirant — 4587 D sen; E parofFrant — 4589 A 
sest drecicz — 4590 se trouve après 45 g i dans AC — 4590 E 
fort come; CDE iaiant — 4591 D et de mPt lait semblant, E et 
de félon s. — 4593 E fiercmant — 4595 AD grant 



LI NERBONOIS l8l 

Se no vos rant vaincu et recréant, 

Quite vos claim les anors d'Abilant 

Et ma grant terre devers Tille Galant; 

Ja en ma vie n'en tendrai mes plain gant. » 
4600 L'amiranz Tôt, moût ot le cuer joiant ; 

Moût tost Tan done le baston maintenent. 

Cil l'en ancline et puis s'en torne a tent. 

Par Mahomet s'en est alez errant. 

« Mahomet sire, a ton cors me coment. 
4605 Garis mon cors par itel covenent 

Que je te di lealment et créant : 

Q'anqui seras en Nerbone la grant 

Anz o mostier a or replandisant, 

Dom Crestian vos menèrent bastant. 
4610 Vos eschapastes; que vos fustes puissant. 

Si com c'est voirs que je vois devisant, 
Soiez hui de moi garde ! » 



cxxxv 

Li Sarrazin ont grant joie menée, 
Que Gadifer a prisse la mellec 



4597 A mes ; E honmes — 4698 D mq,; E Toute la terre et arrière 
et auant — 4699 mes plain] C plain un — 4600 C si nôt; DE le 
cuer en ot {E a) — 4601 Z) li; D et le gant; E Si li otroie quan 
que ua requérant — 4602 A ien ; DE mercie ; A se t., C se part; 
E (et mq,) tourna errant — 4603 A uenuz ; E sen ala le tyrant. 
DE aj. Il sagenoulle et si li ua disant — 4604 CD He Mahom s.; 
A a uoz; CE a toi {E nous) mon c. c. — 4606 E G. moi hui; 
A icel — 4606 et] C te — 4607 QT DE mq, — 4608 C a or fin 
reluisant; DE aj. Il doit uostre {D seul estre) bien le seuent au- 
quant — 4609 C alerent; DE Mes Cr. qui aient mal ahan {E qui 
tant sont conquérant) Voudrent de uous oster lor fin arrabiant [E 
lor reluisant) — 4610 il car; E comme bon Dieu puissant 

CXXXV. 4614 DE Pour G. ; D qua prise la, E qui prise a la 



l82 LI NERBONOIS 

461 5 Contre Aymeri a la chiere menbree. 

S'armeûre a li paiens demendee, 

Ele li fu maintenent aportee, 

Espérons d'or, chance menu ovree; 

O dos li ont une broigne endosee, 
4620 Blanche est la maille corne noif sor jelee. 

Puis lace Tiame sor la coife jemee, 

Uns rois li a la vantaille fermée. 

Puis çaint un branc a la range dorée, 

Monte o cheval a la croupe tiulee, 
4625 A son col pant une targe bandée, 

Prist un espié dont Talumele est lee, 

A .V. clos d'or une ansaingne fermée. 

Puis a brochîé tôt contre val la pree, 

Fist un eslès de molt grant randonee ; 
4630 A voiz escrie a moût haute alenee : 

« Aymeri, sire, trop faiz grant demoree ! 

Moût longuement est ta porte fermée! [b] 

Ta covenance as ja, ce quit, falsee. 

Car is ça fors a bataille nomee 
4635 Combatre a moi al tranchant de Pespee, 

O tu ranz quite Nerbone la loëe ! 

Hui vancherai la gent de ma contrée 

Que as ocise par ta fiere posnee. 

Par Mahomet, a qui m'ame est voëe, 
4640 Ne tandras plus Nerbone. » 



4615 E qui tant a renonmee — 4617 C Et el; A furent — 4618 
C Clauces de fer mcnuement o. — 4619 DE mq, — 4620 A barbe 

— 4623 DE le br., C lespee ; D règne — 4624 C tillee, D mollee, 
E tuîlee — 4625 2> mrt lee — 4626 CE Prent; DE Un e. pr.; 
A donc; D fait fu en Galilée, £ a la hante planée — 4627 Â. v.] 
il Av — 4628 C doit brochier — 4680 D grant — 463 1 E Quens 
Aymeri; A fctcs d. — 4632 E Trop 1. tienz t. p. serrée — 4633 E 
Tant c. ge croi as ia {.; A est — 4634 D vien; DE hors a mesnie 
priuee — 4636 tu] E nous ; E lassezee — 4638 A ods ; C grande 

— 4639 Aàiv. 



LI NERBONOIS l83 



CXXXVI 

Aymeris a la parole entendue ; 

De maltalant toz li cors 11 tresue. 

Et Romanz ot beneïçon etie 

Do bon esvesque que Pan apeloit Hue. 
4645 Do mostier ist sanz plus longue atendue. 

Gietent un paille soz l'olive ramue, 

Et s'armeiire li fu devant venue. 

Chaucent 11 chances d'une maille menue ; 

O dos li ont une broigne vestue, 
4650 Ainz ne pot estre fausee ne ronpue. 

Ceinte a Tespee Corsout de Valperdue, 

Que Aymeris conquist soz Roche Ague, 

Qant il ocist le roi de Bassemue. 

Puis lace l'iame, qui fu de grant value, 
4655 O nasel ot une pierre fondue, 

Qui resplandist con soleill par mi nue. 

A son col a une targe pandue, 

La guiche en fu de porpre a or bastue. 

Monte o destrier, qui plus tost se remue 
4660 Que cers par bois quant li besoins Targue ; 

Prist an ses poinz une fort lance ague, 

Dom mainte broigne a esté derompue ; 

Par devant ot une ansaingne pandue, 

Qui ot esté an mains leux queneUe. 

CXXXVI. 4644 C Dun; D on apele — 4646 A Itant; E Un poile 
g.; A sor — 4648 AC Chauce li chance (C chaucent); DE dont la 
maille est m. — 4649 A li uestent la br. qcrt menue —4630 CE 
One; D fausse — 4651 D ot; D Corsolt, E Corssaut — 4653 C 
Balsamue — 4664 E laça; A un hiame; E iert; AC ueve — 4655 
E El n. ot pierres de grant veue — 4656 E resplendissent — 4657 
DE ot — 4658 AC en mq» ; Z) est; porpre] C guige — 4659 ADE 
moût t. — 4661 E En son poing pr. — 4662 C mq, — 4664 E 
Qui ot este en m. 1.; DE maint lieu 



184 ^^ NERBONOIS 

4665 Huevrent la porte, qu'i n'i font atendue ; 
Romant s'an ist antre gent mescretie. 
Vers le paien a sa voie tenue, 
Qui Tatandoit en mi la pree herbue 
Por fere la bataille. 



CXXXVII 

4670 En la grant tor est monté Aymeris. 

Par la fenestre avoit gité son vis, [c] 

S*a veU Tost des quiverz Arabis ; 

Garde sor destre o pandant d'un larris 

Delez un bois, qui ert clers et foillis : 
4675 Voit mil paiens armez et fervestis 

De bons hauberz et de hiames burnis; 

I sont monté sor les destriers de pris, 

Si ont espiez et bons escuz voutiz. 

Voit TAymeris, a pou n'enraje vis ; 
4680 II en apele ses chevaliers de pris. 

« Avez veO, franc chevalier gentis ? 

Vez de paiens les quiverz malels ! 
Un aguet ont dejoste ce bois mis; 
Par traisson nos quident avoir pris ; 
4685 Ocirre vuelent Romanz, ce m'est a vis. 
« Segnor baron, » dist li quens Aymeris, 
a Fêtes armer nos chevaliers de pris ! 

4665 AC Hueure; C que; iiC fist — 4666 D contre; DE dissolue 

CXXXVII. 4671 DE mq, — 467a DE paiens; C maleiz. A répète 
ce vers après le v. 46 7^ — 4678 A larry — • 4674 D qui fù cler, 
E uerdoiant — 4676 C mq, ; E blans ; DE (et mq) de uers h. br. 

— 4677 AlyC bien, DE Et; D leur; DE cheuaus — 4678 C mq,\ 
A escu et b. espiez bumiz — 4679 E V. les li quens; E nesraia 

— 4680 E les ; ii. ch. eslis, DE bons uasssaus de pris — 468a 
DE des — 4683 D decoste, E dencoste ; Z> cel — 4685 A ueillent 

— 4686 E le conte seultis — 4687 D vos; E ch. eslis 



LI NERBONOIS l85 

Je ne vodroie por tôt l'or de Paris 

Que Romans fust par traisson sorpris. » 
4690 Et cil responent : « Tôt a vostre devis. » 

A ces paroles ont les garnemenz pris, 

Vestent hauberz, lacent hiames burniz, 

A lor flans ceingnent les brans d'acier forbiz 

Et a lor cox les forz escuz voutiz, 
4695 Et puis montèrent es destriers arabis. 

Lors s'an tomerent poingnant tôt ademis 

Delez la porte, lez le pont torneîz. 

Et Romanz fu devers les Arabis. 

Rois Gadifer l'en a a resson mis : 
4700 « O vas ? Dom viens ? Dom iés ? De quel paîs? 

Es tu néant au fier conte Aymeris ? » 

Et dist Romenz : « Moût l'avez bien enquis. 

Je sui ses niés et ses charniex amis. 

Por toi ocirre ai mes garnemenz pris. » 
4705 Gadrifer l'ot, s'en a gité un ris. 

<c Par Mahomet, moût iés fier et hardis ! 

Se t^ocioie n*en monteroie en pris. 

Mes or t'an va, n'i ait plus terme quis, 

A l'amirant, qui sire est des Persis : 
4710 De toi fera jostice a son devis ; 

Lors si sera plus dolant Aymeris : [d\ 

Devant Nerbone seras escorchiez vis 

Et Guibelin son filz, que tenom pris. 

Dame Hermanjart angitera hauz criz. 



4S89 C ocis, DE soupris — 4690 Tôt] C Sirc — 4691 E leur — 
4693 AC hiame — 4693 A lor brans — 4694 A mq. ; E (Et mq,) 
A leur cols pendent les escuz a uernis — 4696 C Puis; A tomeret 
— 4697 A Devant; /> un p. ~ 4698 A devant ; E ses anemU ~ 
4699 C les — 4700 A Do uiens; DE El ou as tu dont es — 4701 
A Estes n.; A le fort, C au fier, DE au preuz — 4703 D Son 
neueu sui — 4707 C Sor ; DE ia nen auroie pris — 4708 A an ; 
A soit; E et ni (plus mq.) — 4711 ^ Si en s. — 4712 A Deuers; 
DE serez — 4714 i4 haut 



l86 LI NERBONOIS 

471 5 Car vos seroiz escorchiez et ocis, 
S'abessera la geste. » 



CXXXVIII 

Rois Gadifer a Romanz esgardé : 

Moût le vit bel et de moût jone aé. 

« Enfes, » fet il, « par Mahomet mon De, 

4720 Moût a en toi hardement et bonté, 
Qant contre moi isis de la cité ! 
Garde toi bien ! Ja t'avrai afolé. » 
Et dist Romanz : « Trop avez sarmoné. 
Je te desfi de Deu de maieté, 

4725 Le gloriëx qui le mont a formé. » 

Dist li paiens : « Et je toi de mon De. » 
Lors s'antresloingnent un arpent mesuré. 
Devant lor piz ont lor escuz torné, 
Bessent les lances, dom li fer sont carré, 

4730 Plus tost s*an vont que carrel empané. 
Sor les escuz se sont granz cox doné. 
Li Sarazin a primerain josté : 
Tel cop li done desor Pescu listé 
Que i li a et percié et troe ; 

4735 Fort fu Tauberc, maille n'en a faussé ; 



j^yib E Quant; C detrenchiez — 4716 £^ Lors descroistra 

CXXXVIII. 4717 C ot; DE resgarde — 4718 £ fier si îert de; 
C et gent et acesme — 4719 C Vassax; CE dist -— 4730 E hardie 
uolente — 4722 C le t. ia tue — 4723 D Trop par as, E Tu as 
trop — 4724 C uos — 4725 E Le roy puissant — 4726 E Or oy 
grant nicete — 4727 D seslongnierent ; C .ii. arpenz mesurez ; 
E aj. Puis sentreuienent com vassal adure — 4728 D escu; CE 
les e. tornez (E troue) — 4729 A lor; dom] DE ou — 4731 AC 
grant ; E MPt roidement se sont entrencontre — 4732 A passe 
— 4733 A col; DE le fiert; A sor son e. — 4734 C (et mq.) p. 
et estroe, E lespie par mi outre 



LI NERBONOIS 187 

La lance brisse, lî tronçon sont volé. 

Romanz fiert lui, que bien Ta asené. 

Un moût grant cop sor son escu doré, 

Que i li a et fandu et casé 
4740 Et le hauberc derot et desafré ; 

Al nu costé a li glaives hurté. 

Jus a la terre en est le sanc colé, 

Empaint le bien, si Ta jus enversé. 

Oltre s'an pase a loi d'ome menbré. 
4745 Rois Gadifer ot moût le cuer iré. 

I saut en piez, n'i a plus sejorné, 

L'espee tint, s'a Tescu acolé. 

O voit Romanz, celé part est aie. 

Grant cop li done sor son hiame jemé, [gg a] 
4750 Que flors et pierres en a jus craventé. 

Li cox descent devant Tarçon doré, 

La teste tranche do destrier abrivé, 

Li chevax chiet, et Romanz est versé. 

Puis resaut sus, n'i a plus demoré, 
4755 L'espee trete, Tescu devant torné. 

Voit Gadrifer, celé part est aie. 

Grant cop li done sor son hiame jemé. 

Que flors et pierres en a jus cravanté. 

Tranche la coife do blanc hauberc safré, 
4760 La destre oreille li a do chief copé ; 



4736 D Les lances brisent ; E li trons en — 4739 D Quil li a 
frait; E Si quil; E estroe et c. — 4740 CE depane — 4741 C A 
une; DE As nues coûtes {E costes); C cole — 4742 ADÉ lusqa; 
A sl; C uole — 4743 C mq. ; D si mq. — 4744 E sene — 4745 E 
ot le cuer m. i. — 4746 E en mq, ; D demore ; E plain de grant 
cruauté — 4747 D trait, E traite ; E lescu a ; C Lescu au col et 
tint le brant letre — 4748 E sest uire — 4749 sor] A s6; E sor 
lescu painture — 4750 A dévale; E Si quil li a trenchie et decope 
— 475 1 E bende — 4752 DE au d. seioume — 47^4 E com uassal 
esprouue — 4755 D trait, E el poing; D d. lescu — 4756 E ucrs 
sest retourne — 4758 E a mq, ; C deuale — 4759 E Trencha — 
4760 E rase 



l88 LI NERBONOIS 

Sor le hauberc est le cop dévalé, 
.V. .c. des mailles en a au branc osté 
Et de Tespaule a un braon sevré, 
.iiiî. faucon en fusent bien disné. 

4765 Li paiens chiet tôt envers anz o pre. 
Voit TAymeri, s'en a Dieu aoré 
Et en son cuer docement reclamé. 
« Gloriëx père qui me feltes ne, 
Garissiez hui mon neveu Taduré, 

4770 Que il n'i soit ne mort ne anconbré 
Ne par païen recreti ne maté. 
Se il vit auques longuement par aé, 
De Lonbardie sera rois queroné ; 
Car c'est ses eritajes. » 



CXXXIX 

4775 Quant Guadlfer se santi si féru, 
De maltalant a tôt le san meU. 
S'or ne se vanche, ne se prise un festu. 
L'espee tret, si anbrace Tescu, 
Vers Romanz vet, n'i a plus atendu, 

4780 Grant cop li done desor son elme agu, 
Que fleurs et pierres en a jus abastu ; 
Mes tant i ot pierres de grant vcrtU; 



4761 C li branz — 4762 A lus cravante, D le branc cope, E ius 
auale — 4763 E oX\ A coupe ; E aj. Si grant pièce a du chamaill 
encise — 4764 E Que .iii. — 4765 D tôt enuersse el pre, E en 
souuinant el pre — 4766 DE si — 4767 en) i4 a — 4768 C G. Dcx 
— 4769 DE mon nouuel adoube — 4770 DE ne soit ne pris; Eut 
afole; C ocis ne desmenbre — 4771 DE paiens; C ne ueincu ne 
m., DE ne conquis ne m. — 477a E Quar se il vit l. p. ae — 
4774 C Que 

CXXXIX. 4776 C sens perdu — 4777 CDE Se; ii san — 4778 
£ et — 4779 E plus ne siert arrestu — 4780 A si ambrace Icscu 



LI KËRBONOIS i8g 

Que contre mont resort le branc molu ; 

Ne Tanpira, que ne plot a Jesu. 
4785 Par tel aïr est le cop descendu, 

Romenz chancelé, a pou qu'i n'est chaU ; 

Li oill li troblent, forment fu esperdu, 

Par mi la boche li est li sans issu, [b] 

Diex reclama, qui toztans ert et fu. 
4790 « Garis moi, sire, par la toe vertu, 

Que ne m'ocie ce paien mescreii ! » 

I tint Tespee, dom li brans fu molu, 

Escrit i sont li non au roi Jesu ; 

Com i les ot regardé et veU, 
4795 Lors li dobla sa force et sa vertu. 

L'espee empoigne, devant li son escu, 

Voit Gadrifer, sore li est coru. 

D'un antredeus Ta li anfes féru, 

Si que le braz li a sevré do bu ; 
4800 En mi le champ chai a tôt Tescu. 

Rois Gadifer fu forment israscu, 

Qant vit son sanc a la terre espendu 

Et vit son braz jesir o pre herbu ; 

N'est pas merveille se il fu esperdu. 
4805 O voit Romanz, celé part est venu, 

Grant cop li done de son branc esmolu; 

Fors fu li hiame qui si Ta desfendu, 

4783 D Quen — 4784 E quar; A vail lésant un festu ^ 4785 A 
ucrtv — 4786 E que — 4787 A et perdu, E consseu — 4788 D 
boucle ; A li sans li est — 4789 DE touziours — 4790 D Guéris- 
siez hui mon cors par la uostre v., E Guérissiez moi hui par 
uostre V. — 4792 DE deuant lui (E et hauca) son escu — 4793 E 
y ierent les hauz nons de Ihesu — 4794 E leu — 4795 DE reuint 
— 4796 AC Lescu enbrace; A a force et a uertv, C que plus 
na atendu, E a loy donme senssu — 4799 A li brans — 4803 D 
cheu — 4804 D Nai, E Niert; C sil en fu ; £ sil ot le sens meu — 
4805 D et coru; E A.R, uint mPt li iert mescheu — 4806 DE espie 
moulu; A qers molv — 4807 A liame, C li heaumes, D£ lauberc; 
Va] C sest ; D qui est aes fendu, E que lenfes ot uestu 



190 LI NERBONOIS 

Ne l'anpira vaillesant un festu. 

Par de derierre est li brans descendu, 
4810 Desi an terre descent par tel vertu 

L'esperon a de fin or conseti, 

Tôt li trancha res a res do pié nu. 

Romanz le voit, n'ot pas cuer esperdu; 

A lui repère par mi le pre herbu, 
481 5 Do branc d'acier Ta si forment féru, 

Que i li a le chief sevré do bu . 

Li paiens chiet contre terre estandu. 

Paien le voient, qui sont o bois ramu ; 

Dist Tun a Tautre : « Mal nos est avenu ! 
4820 Rois Gadrifer est ocis et vaincu. » 

Chascuns d'aus broche le bon destrier crenu, 

A esperon en sont do bois issu, 

Droit vers Romanz en sont corant venu. 

L'anfes les voit, tôt a le sanc meO, 
4825 Dieu reclama, le verai roi Jesu. 

« Garis mon cors par la teue vertu. 

Que ne Tociënt cil paien mescretl. 

Dex, que fet mes linages ? » [c] 



4808 D le monte dun — 4809 A li cox, E lacier — 4810 i) grant 
V. ; E est roidement cheu — 481 1 ^4 de fin or, C li branz, D derrie 
a-, E par derrier — 4812 C le; D detrenche, E copa; Z) de — 
4813 DE R. not pas; Z> le cuer trop e., E du cop grant mal sentu 
— 4814 E Vers li retourne le braz haut estendu — 4816 CE 
grant coup — 4816 Z> bu mq. — 4817 £ ne sest plus soustenu — 
4818 £ Les Turs; E fuel lu — 4819 £ Trop auons atendu — 4821 
DE brocha; A cremv, E cueru — 4823 D du bois sen sont; E 
 grant elles sont tost d. b. — 4823 D sen ; DE poignant; A 
ont lor chemin tenv — 4824 DE tôt {E mPt) en fù irascu — 
4825 C et la soe uertu ~ 4826 C Qil le deffende quil ni soit 
retenu, E Quil le guérisse par sa sainte v. — 4827 C mq, ; A 
locie, D moccient ; E \ip, E aj. Â soi meismes dist Roumans li 
membru 



LI NERBONOIS IQI 



CXL 



Mout fu dolanz Romanz et entrepris, 
4830 Dieu réclama qui an la croiz fu mis. 

« Gloriëx père qui onques ne mentis, 

Garis mon cors, que il n'i soit ocis 

Ne de paiens afoié ne malmis. 

Que vers moi voi venir si ademis. » 
4835 Garde sor destre el pandant d'un iarriz, 

Et a veû le bon destrier de pris 

Que Gadifer avoit lonc tans noris ; 

Il estoit noirs, mes les crins ot floris. 

Par les .ii. règnes Pavoit li anfes pris, 
4840 De plaine terre est es arçons saillis. 

A tant est vos le fort roi Alatriz. 

A voiz escrie : « N'en eschaperoiz vis ! 

Ça nos leroiz le destrier arabis. » 

Romanz Tantant, ne fu mie esbahis. 
4845 I tret Tespee, don li branc fu forbîs, 

Fiert le paien come maltalantis 

A mont en Tiame, o li ors fu asis ; 

Tôt le detranche antreci que o vis, 

Estort son cop, et li gloz est chais. 
4850 Si fusent tuit li autre ! 

CXL. 483 1 C Gl. Dex; C qui en la croiz fus mis, E qui es et 
fus touzdis — 4832 DE ne — 4833 E Par ces; A paien — 4834 
DE touz a. — 4835 A sor destre, C mq.^ DE auant lui ; D par 
deuant un 1., E dencoste le 1. — 4836 DE Si ; Z> un — 4838 II] 
C Toz; E nestoit; D frain auoit de grant pris, E si que dit 
lescris — 4841 A le roi Amalatris; D Alentis, j& Aleutis — 4843 
DE li crie ; A Neschaperez ainsis — 4843 D Car vous, E Vous 
nous ; A les destriers ; C arabi, D ademis — 4844 C pas ; E si nen 
ot geu ne ris — 4847 D ou lor estoit a., E qui fii a or polis — 
4848 E pourfent; C enfreci ; DE des ci iusques {E en mi) le pis 
— 4849 E le paien est occis ; D assis ; C lus chei - 4860 DE Si 
sen fuient li autre 



192 LI NEkBONOlS 



CXLI 



Quant Romanz ot le gloton si bailli, 

Ainz qu'il eùst son branc retret a lui, 

Vindrent pongnant paien et Arabi, 

Lancent li lances et meint espié forbi. 
4855 I se desfant a loi d'orne hardi, 

Un an consiut sor son hiame burni; 

Jusq'es espaules li coupa et fandi. - 

Et con le voit le preu conte Aymeri, 

Mist cor a boche, si Ta .ii. foiz bondi, 
4860 Que la cité environ retenti, 

Et li portier la porte lor ovry. 

Adonc s'an isent li chevalier hardi, 

Jusq'a Testor n'i ot règne ganchi. 

Lors velssiez fier estor esbaudi, 
4865 Tante hante frète et tant escu croisy. 

Et tant hauberc derot et desarti. [d] 

L'un mort sor l'autre trébucha et chay. 

Es vos poingnant le preu conte Aymeri. 

Bien fu armé desor l'Amoravy, 
4870 Sa lance a frète o cors d'un Arasbi, 

En son poig tint le branc d'acier forbi. 

En mi sa voie la presse deronpy ; 



CXLI. 483 1 E paien ; C basti — 4863 A branz — 4853 C V. a 
li; A Persant et A. — 4854 C Lances li lancent; A et bon espiez 
forbis — 4855 E com cheualier hardi — 4856 son] £ le — 
4857 C le; J? le chief li pourfendi — 4858 £ bon — 4859 C Met ; 
C r; A tenti — 4860 Que] DE Et; i4 en bondi — 4861 DE 
tantost la p. o.; C li o. — 4863 C ont resnes; E sachi — 4864 
^ La — 4865 ADE Tant h. ; A fraindre — 4866 DE (Et mq,) Tant 
bon; A derompre; D départi — 4867 A contre terre chay, DE 
trebuchier et chair (E flati) — 4868 ^4 Et; C franc, D bon ~~ 4870 
A a mq,, DE ot — 4871 C Es poinz tint tret; A un 



LI NERBONOIS IQS 

.X. en a morz ; onques n'an resorty. 

Car c'est li miexdres, ce set on bien de fi, 
4875 Qui onques fust o linage hardi. 

Ne mes Guiiiame, que il anjenoy, 

Et Olivier, le conte segnori, 

Compainz Rollant, que Ganelon trai : 

Entre Olivier et le conte Aymeri 
4880 Si furent de .ii. frerres. 



CXLII 

Grant fu Testor, mervellex et pesant. 

Es vos poingnant le fort roi Aristant, 

O lui .X. mile de la gent mescreant ; 

Ainz ne fina jusq'a Romanz Tanfant. 
4885 Maint dart li lancent et maint espié tranchant. 

Cil se desfant a loi d'orne vaillant ; 

Qui il ataint, il n'a de mort garant. 

Mes trop i a de la gent mescreant. 

De son escu ne li est remés tant 
4890 Dom il covrist ne le poig ne le gant. 

De totes parz i fiert li anfes tant, 

Tôt ot le cors et le hauberc sanglant. 

Ja i fust pris, par le mien esciant, 

Qant Aymeris i est venuz poignant 
4895 Et vet ferir le fort roi Aristant 



4873 A que un ; C ne, Z) ni — 4874 E cicrt; E soit ~ 4876 D Ne 
mes que Guibelin, E Fors que Guiir 

CXLII. 4882 C Et; E fier — 4884 CE One; DE finerent; A 
Ramanz — 4886 D desfendent; C con cheualier v. — 4887 E 
conssuît — 4888 C tant ; E Teruagant — 4890 DE Qui li ; C poist; 
poig] E braz — 4891 DE a tant feru lenfant (E Roumant) — 

4892 C braz ; E Quen pluseurs liex auoit le cors sanglant — 

4893 A la feust — 4894 E y uint esperonnant 

Tome I li 



194 ^'I NERBONOIS 

A mont sor Piame un grant cop et pesant. 

Ne li valut la montance d^un gant. 

Tôt le detranche desi en Tauferrant ; 

Desi an terre vet l'espee coiant." 
4900 Paien le voient, moût en sont esmaiant, 

En fuie tornent li félon soduiant. 

Et Nerbonois les vont bien enchaucent; 

A Tanchaucier i ot chaplels grant, 

Ferant les mainent jusqu'au tref l'amirant, 
4905 Puis s'an tornerent baut et lié et joiant. [100 à] 

Ilec troverent un eschec avenant, 

Tant bon hauberc, tant bon hiame luisant 

Et tant destrier isnel et remuant, 

Qui la n*avoit ne segnor ne garant ; 
4910 Par le chanp vont lor règnes traînant, 

François les pranent trestot a lor talant. 

Et paien fuient, li quivert mescreant. 

Li amiranz les vet aressonant : 

a Bien vegniez vos, franc chevalier vaillant ! 
4915 De voz noveles sui forment desirrant 

De Gadifer, le fort roi combatant. 

Inelementle m'amenez devant! » 

o Par Mahom, sire, morz est et recréant. 

Devant Nerbone Ta ocis un anfant. 



4896 C un g. c. dur et p., D un cop fier et p., J? un cop si très 
p. — 4898 Z> li ; C fendi ; DE li (E il) et son auferrant — 4899 
DE mq, — 4900 D se {E sen) uont; E esfreant — 4901 AE quivert 

— 4902 bien] ^ si — 4904 D Ferir ; DE les uont — 4905 Puis] 
DE 11 ; AE retornent [E intercale ici ne chacierent auant Mrt sen 
repèrent), C (s*an mq.) rctornerent; E aj. Droit en la place ou 
en iut maint sanglant — 4906 C conquistrent — 4907 E Maint ; 
C blanc; DE et tant (E maint) h.; C uert h. — 4908 E maint; 
isnel] A et uiell — 4909 E nauoient — 4911 Fr.] A Ferant; C 
trestoz — 4912 D félon; E nen uont nul rescouant — 4918 Z> Et 1 

— 4914 C franc Sarr* v. — 4915 J? oir sui d. ; A recréant — 4916 
A De Gadrifer sui forment désirant — 4917 DE aj* Adont 8« 
uont touz enssemble escriant 



LI NERBONOIS igS 

4920 Puis s'en issi quens Aymeris a tant, 

Et Nerbonois, qui forment sont puissant; 
Ocis nos ont de nostre gent aidant 
Plus de .ii. mile par le mien escient. » 
L'amiranz Tôt; moût s'en vet esmaiant, 

4925 Mahom en jure par si fier matalant, 
Que i fera conte Aymeri dolant. 
Lors en apele Mauprin et Murgalant : 
« Amenez moi Guibelin son anfant, 
Si le métrai au bersaut maintenent, 

4930 Si i trairont mi baron et ma gent, 

So perceront et desrîere et devant. » 
Paien l'antandent, moût en furent joiant. 
Dex les maudie le père onipotent! 
Onques jor ne Pâmèrent. 



CXLIII 

Ag'iS Quant Tamiranz ot sa resson randue, 

Bien s'i acordent celé gent mescreûe. 

Après parla Pinel de Roche Ague 

Et Escorfaut qui fu de Valperdue. 

« Amiranz sire, par ma barbe chanue, 
4940 Se ma parole ert oie et creUe, 

4930 E bruiant — 4921 D qui sont forment p., E qui sont fort 
et p. — 4922 DE vous; D vostre; C assez de nostre gent; DE 
uaillant — 4923 E nés verrez mes viuant — 4924 C moût ot le 
cuer dolent, E le cuer en ot doulant; E aj, La teste croulle les 
denz ua estreignant D répète ici le v. 4g 14 — 4925-4926 C mq. 

— 4925 E Mahomet j.; k pa si, Z) par son, E par ml't — 4927 
Lors] DE II ; D Malprin, E Marprin — 4929 au] ^4 a ; DE berssaili 

— 4930 AC i mq; D et mi honme, E mes homes — 4933 CE 
roiamant — 4934 DE Conques 

CXLIII. 4937 E Âdont -^ 4938 A Ualfondye — 4939 C par 
Maho de chanue -« 4940 A est 



196 LI NERBONOIS 

Ja n'en feroiz itel descovenue; 
Mais fai le pandre sanz plus longue atendue ! 
Car puis que Charles de France l'asolue [b] 

Ot Panpelune et Espangne tolue, 
4945 Des icele ore est Nerbone perdue. 
Mes, par Mahom, or est Tore venue 
Que par cestui vos resera randue, 
O n^en avroiz mes mie. » 



CXLIV 

Après parla Corsout de Montacler. 

49 5 o « Amiranz sire, fêtes moi escouter ! 
Droit a Nerbone fêtes un mes aler, 
A Aymeri fêtes dire et mander 
Que il nos face Nerbone délivrer 
Et randre quite sanz point de demorer. 

4955 Se il no fet, si fêtes ancroër 

Guibert son filz, que il puet tant amer, 
En une croiz cloufichier et lever, 
Si qu' Aymeri le puisse veoir cler 
Et Hermanjart, qui moût porra grever, 

4960 Qant le verra cloufichier et pener. 

Lors ert merveille se le puet endurer 
Que tôt ne face qan que vodroiz rover. » 
Dist Tamiranz : « Bien fet a creanter. 



4941 D si fort, E tele — 4942 DE Fêtes le prendre, A Mais fais le 
prendre — 4943 ^4 a la barbe chanue — 4945 E Très — 4947 A 
el uos sera, C uos essera — 4948 E Ou mes ne laurez mie 

CXLIV. 4949 D Corsolt, E Corsoult ; CDE Montesder — 4960 
A lessiez — 4932 DE conter — 4953 DE aj. Et puis Forre que 
tant dcuez amer — 4954 DE plus — 4955 CDE sel ; D enroer — 
4956 DE doit ml't — 4960 A mq. ; C leuer — 4961 CE sel — 
4962 A qan mq,\ A comendcr 



LI NERBONOIS 197 



Qui ce refusse, l'an le devroit tuer 
4965 Et démener a honte. » 



CXLV 

Biaux fu H jors, et Sarrazin s'armèrent. 

Plus de V. c. sor les chevax montèrent, 

Devant les murs de Nerbone en alerent. 

Li latimier a cex de danz parlèrent, 
4970 Au Crestians la novele contèrent 

Que Tamiranz et ses genz lor mandèrent. 

Tel chose distrent o rien ne conqesterent ; 

Qu'a rien qu'i diënt onques ne s'acorderent. 

Car cex de danz asez petit dotèrent 
4975 Lor dit ne lor menace. 



CXLVI 

Biaux fu 11 jors, clere la matinée. 
Li amiranz a sa gent aprestee. 
Li latimier ont la resson contée 
Devant la porte de la cité loëe, 
4980 Ainsi con Tôt Tamiranz comendee. 
Aymeris Tôt, moût petit li agrée. 
I lor escrie a moût grant alenee : [c] 

4964 DE aj. Ce dîst Tiebaut Or penssez du haster 

CXLV. 4967 D vi. c, E vii. m. ; D leur — 4970 A Au latim's, C 
A cels de denz; E la bcsoigne — 4971 E sa; ADE gent; A 
comenderent, Z> li m. — 4972 A dient; C gaaign'ent — 4973 E 
mq, D Qua ce que dirent — 4975 DE Leur dis ne leur menaces. 
CXLVL Ordre des vers dans DE : 4979, 4780, 4978 — 4978 la] 
DE leur — 4980 DE Si comme lot ~ 4981 E gueres ne li a. — 
4983 AE haute 



igS LI NERBONOIS 

« Râlez vos an, foie gent esgaree, 

Inelement outre la mer salee. 
4985 Car se plus estes en iceste contrée, 

De la richece qu'i avez aportee 

Ne remandroiz demie ne danree. 
' Tôt mal gre vostre, pute gent desfaee, 

Une partie en avons conqestee. 
4990 Sainte Marie reine queronee, 

La vostre part n'en iert mie obliëe ; 

Saint Pol, saint Père en avront lor sodée 
En la cité de Rome. » 



CXLVII 

Li Sarrazin furent .xv. millier, 
4995 Que i'amiranz avoit fait chevalchier. 
A tant est vos Clargis o chief premier, 
Un Sarrazin, que Tamiranz ot chier. 
Ses niés estoit, ce ol temoingnier. 
Desor sa lance ot fet un gant fichier : 
5ooo Par ce desfant le trere et le lancier. 
A haute voiz comença a huchier : 
a Aymeris sire, filz a franc chevalier, 
Car lai Nerbone por Guibert ostagier! 
Car Tamiranz n'en veut altre loier. » 
5oo5 Dist Aymeris : « Fui de ci, paltonîer! 

4983 DE pute g. ; E forssenee — 4985 D est — 4986 D que — 
4987 A Nan; C ramarroiz — 4988 E uous — 4989 A auez — 
4991 A ni 

CXLVII. 4996 etc. C cz ; DE front — 4997 C Que Tamir' î ot fet 
enuoier — 4998 E cai oy; C por ce si lauoit chier — 4999 ADE 
Desus ; Z> la ; DE a -— 5ooo E Cest a desfentfre ; D desfendent le 
tertre et le sentier — 5oo2 D filz de franc, E nobile — 5oo3 DE 
aj Et rent Fourre qui tant {E moût) fet a prisier — 6004 C Que ; 
DE ne — 5oo5 D Dist lamiraut 



LI NERBONOIS IQQ 

Oncor ai ge .vi. filz de ma mollier, 

Estre celui que volez jostissier, 

Qui plus desirrent bataille et estor fier 

Que il ne font a boivre n'a mengier, 
5oio Et moût mielz aiment ferir de branc d'acier 

Que il ne font an chanbres donoier. 

Se il vos truevent soz Nerbone o gravier, 

A setir estes tuit des testes tranchier. » 

L'amiranz Tôt, le sans quide changier. 
Soi 5 Un fust a fet en mi le pre fichier 

Et en travers un autre chevillier. 

Guibelin font sus en la croiz drecier. 

Les piez, les poinz li ont fet cloufichier. 

Dui Sarrazin, qui Dex doint anconbrier, 
5o20 I sont monté por Tanfant travaillier : 

L'un fu Clargis et l'autre Matefier ; 

Asez le bâtent li félon paltonier, [d] 

De granz corgiees li font le sanc raier. 

Por la pitié plorent maint chevalier, 
5o25 Qu'i ne le pueent secore ne aidier. 
Si n'en sevent que fere. 



CXLVIII 

Avec Guibert estoient cil montez 
Qui de corgiees li bâtent les costez ; 

Sooy DE Tout sanz c. ; DE deuez -— 5oo8 C aimment — Soog A 
ra b. — 5009 se trouve après 5oio dans C — 5oio C plus; AE 
do — 5oii C Ne quil; DE nés un autre mestier — 5oi3 E Bien 
pourrez estre fis — Soi 5 DE très par mi cheuillier — 5oi6 DE 
fet un autre drecier — 6017 DE fet ; DE sus, C enz ; A encontre 
mont dr. ; C fichier, D monter, E puiier — 5oi8 -E Les mains les 
piez — 5o20 DE mq. •- 5o2 1 et lautre] C li autres — 5o22 E For- 
ment; DE cuuert — 5o23 D Des; A grant — 5o25 C naidier -— 
5026 DE ne 
CXLVIII. 5027 AC monte etc. — 5o28 DE des 



200 U NERBONOIS 

De la char blanche en est li sans volez. 
5o3o L'anfes s'escrie si corne hom forsenez : 

a Aymeris, père, o estes vos alez? 

Moût est grant honte com a mort sui livrez. 

A voz linages sera il reprovez, 

Qant mon torment a voz eulx esgardez. 
5o35 Damedieu, père », dist Guiberz li menbrez, 

« Qui por nos fûtes an sainte croiz penez 

Par itel gent dom n'estiez amez, 

Por vostre pueple, qui toz estoit dampnez, 

Venis an terre, c'est fine veritez. 
5040 Dedanz la virge fu tes cors aonbrez ; 

Marie ot non, ce dist l'autoritez; 

.Ix. mois toz plains te porta en ses lez, 

Et après fus de lui sanz pechié nez ; 

De Symeon fus o temple portez ; 
5045 De ta naisance fu Herodes irez : 

Por toe amor furent tuit decolez 

Li anfancel q'erent en ses régnez; 

Des .iii. rois fusrequis et aorez; 

Par terre alas .xxx. anz, c'est veritez, 
5o5o O tes apoutres, de qui tu fus amez, 

Jusq'a celé hore que Judas li desvez 

Vandi ton cors a Juîfz desfaez : 

.Xxx. deniers en ot li forsenez ; 

Devant Pilate fus de Juïs menez, 
5o55 La fus bastuz et vilment démenez; 

5029 E sa; AC li font le sanc voler, E est le cler s. coulez — 

5030 A (si mq.) com home forsene, DE aussi com f. — 5o3i A 
Ay' sire, C Sire Ay' — 5o32 D mq. ; sui] E lui — 5o33 A A uoz 
linage, CE A uo linage; AD sera il, C estera, E iert enquor — 
5o34 C Que; DE regardez — 5o35 A Guibert le menbre — 5o3(>- 
5071 DE mq. — 5o37 A do — 5o38 A tôt e. dapne — 5040 A ton 
— 5042 A tôt ; te] C uos — 5044 C De s. Simon ; il fti — 6047 C 
cnfancon ; A qui erent o règne ; C son rcigne — 6048 A De — 
5049 C Trente anz alas par t. — 5o5o A Et ; C es a. — 5o5 1 C 
Desqa ; A ior — 5o54 A luif — 5o55 A et moût v. menez 



LI NERBONOIS 201 

Al vandredi fus en la croiz posez : 

Longis i vint, qui fu benetirez ; 

Lonc tans avoit que i fu avuglez : 

Il vos feri o senestre costé, 
5o6o Jusq'an ses poinz en fu li sans colez, 

Tert an ses eulz, si fu raluminez, [loi à] 

Merci cria par bone volenté, 

Et li mefet li furent pardonez ; 

De la croiz fu vostre cors desposez 
5o65 Et el sepucre et cochiez et levez 

Jusq'au tierz Jor que fus resucitez ; 

Droit en anfer alas, c'est veritez, 

Si an [citâtes Adan et ses privez : 

Si com c'est voirs, biax rois de maietez, 
5070 Garis mon cors que ne soie afolez. 

Diex, moie corpe, » dist Guibert li senez, 

« De mes péchiez don ge sui anconbrez! 

N'en ai prevoire a qui soient contez : 

Entandez les, Jesu de maietez! » 
5075 A icest mot s'est li anfes pasmez. 

Dame Hermanjart en a .ii. cris gistez. 

« Lasse, » fet ele, « dolente, que ferez ? 

Mort est mon fil; ja n'ert mes recovrez. 

Mien esciant li cuers li est crevez. » 
5o8o Ot l'Aymeris ; a po q'il n'est desvez. 

Lez sa moUier est sor le mur montez. 

Voient Guibert, qui fu an croiz levez, 



5o5-j A L. auint — 5o58 C quil estoit — SoSg II] C La — 5o6o 
etc. C Desqen; C uolez — 5o6i C en, A a — 5o63 A uos f. — 
5o66 A tiert — 5067 C Dr. en alastes en a. cest uertez — 6069 A 
maiete — 5070 C Gari, A Gardez — 5071 C menbrez — 5o73 A 
Nen oi, C Ni uoi, DE Nai nul — 5074 D bons {E urai) rois; AC 
maiete — 5075 ^ Apres ce mot; C sestoit lenfes — 5076 AC A, cri 
gistc — 5077 AC fere — 5078 C ia mes ne le uerrc ; DE restorez 
— 5o8o E A. lot — 5o8i D lez le mur est m., E en est au mur 
m. — 5082 /) ou fu, JS qui iert 



202 LI NERBONOIS 

Païen li bâtent les flans et les costez, 

Si qu'il en est trestot ansanglantez. 
5o85 II voit son père, si s'est haut escriëz : 

« Aymeris père, ci sui a mort livrez. 

A Dieu de gloire soëz vos comendez. 

Por amor Dieu, de par moi saluez 

Toz mes .vi. frères con vos les reverrez. 
5090 Vos me donastes Nerbone, ce savez, 

Et ce païs environ et an lez : 

Endroit de moi vos soit quite clamez; 

N'an avrai mes .ii. deniers moneez. 

Dex pant de l'ame! que li cors est alez. » 
5095 A icest mot se rest Tanfes pâmez. 

Dame Hermanjart a les moz escotez; 

Ja fust cheiie aval anz es fossez, 

Con la retint li quens et ses bamez, 
Et antr'ax la confortent. 



CXLIX 

5 100 Dedanz Nerbone firent un duel moût grant 

Quens Aymeris et si home et sa gent [b] 

Por Guibelin que tienent li Persant. 
Dame Hermanjart se vet sovent pasment. 
« Biau sire Dex, » dist la dame vaillant, 

5084 E fvL -^ 5o85 E Son père auise; A si H a haut crie; D est; 
E en haut sest e. — 5o86 C ci, A ie, DE hui ; E en crois tuez — 
5087 DE A Damedieu — 5o88 E le uous requier; A salue — Sogi 
DE de touz lez — 6094 D D. garde lame ; A qui, E quar; DE finez 
— 5095 A lanfe; C sest li enfes p., D se rest li quens p., £ sest 
Aymeri p. — 5096 A le mot escote ; DE ces — 5097 A o fose — 
5098 C retient; A son bame, DE ses priuez; E aj. Qui lues 
estoit de pasmoison leuez 

CXLIX. 5 100 D f. un cri, E menèrent cri — 5io3 C ten; A 
forment pasmt — 5104 J? auenant 



LI NERBONOIS 2o3 

5 io5 « Si voîrement con li Juïf tirant 

An croiz vos mistrent en autretel sanblant 
Con je vo la Guibelin mon anfant, 
Gardez le moi, sire, par vo coment. 
Que ne Tociënt li quivert mescreant ! » 

5 1 lo A tant s'asist la dame en son séant. 
A son bliâut vet ses eulz essuiant, 
Et li baron la vont reconfortant 
Do grant duel qu'ele maine. 



CL 



Desor les murs fu li quens Aymeris, 

5 1 1 5 Dejoste lui Amenjart au cler vis; 

Moût la conforte li frans quens segnoris. 
Romanz li anfes a escriër s'est pris : 
« Aymeris, sire, franc quens pooteîs, 
Por amor Dieu qui pardon fist Longis, 

5 1 20 Car secorez Guibert, frans quens jentîs. 
Que la defors ont païen en croiz mis. 
Et car en fêtes, s'i vos plest, mon avis ! » 
« Qex sera il, biax niés ? » dist Aymeris. 
« A non Dieu, sire, ja'n oroiz mon devis. 

5 1 25 Fêtes armer vos chevaliers de pris, 

S'istrom la fors ; n'i oit plus terme quis. 

5io5 -E luis — 5 107 DE Comme; DE Guibert — 5io8 i4 uoz, D 
vos — 5 109-5 1 1 3 sont remplacés dans DE par Quil ni perde la vie 
— 5109 C félon — 5ii3 C quel demeinne 

CL. 5 1 14 -<4 Desus ; DE Dedenz — 5 1 15 D Decoste ; E Delez lui 
fu; C la gentis, DE au fier vis — 5i 16 CD quens Ay' — 5i 17 D 
mis; E sescria a hauz cris — 5 118 E pour Dieu de paradis — 
5119 £■ mq,; fist] D f u — - 5 120 CE secoron; A le franc gentis; E 
Guibelin uo chier fils — 5i 22 Et] £ Quens — 5i23 DE seroit; 
D biax mq.; D ce dit; E dist li quens biaus amis — 6124 CDE 
En; 'n] C mq,; DE ia en orrez mes dis — 5 126 DE Sirons 



204 Ï-I NERBONOIS 

Tant i ferrom des brans d'acier forbis, 
' Que joncherom la terre des ocis. 
Se Dex donoit, qui an la croiz fu mis, 

5 1 3o Que oncor fust Guibelin rescox vis, 
Moût avriom los et anor conquis. » 
Aymeris Tôt, de joie s'en est ris. 
<c Ainsi ert il, biax niés, par saint Denis, 
Con vos l'avez devisé et reqis. 

5 1 35 Alez prandre vos armes ! » 



CLI 



Aymeri monte en son paies listé, 
Et Hermanjart au gent cors anoré, 
« Sire, » fet ele, « moût avez fol pensé, 
Con por Guibert n'avez randu Forré. 

5 140 A. c. deables soit son cors comendé ! [c] 

Se praig un fust, je l'avrai ja tue. » 
« Dame, » dist il, «r or avez mal parlé. 
Maint bon conseill m'avez vos ja doné. 
Mes or sont tuit a folie torné. 

5145 Jentil contesse, ne m'en sachiez mal gre. 
Que, par la foi que j'ai a Dieu porté, 
Ne a toz ceus que je ai plus amé. 
Se or tenoient li paien desfaé 
Avec Guibert mon fil Bernart l'ainné 



5 1 29 £ le père posteis — 5 1 3o DE Quencore f. ; D G. resiois, E 
li ber G. vis — 5i3i C honor et los c, D los et valor et pris, E 
gaaignie los et pris — 5i32 DE fist un ris; E aj. Et puis a dit a 
Roumans ii hardis — 5i34 ADE mq. 

CLI. 5i36 DE ens cl — 5i37 A Et Ay' — 5141 A aura— 6142 
C il mq. — 5143-4 mauroiz — 5144 E en f.; C Mes a folie sont 
ore tuit t. — 5146 /> ie ai D. — 5147 -£ Et a t. c. ; DE dont ie sui. 
A permute les seconds membres des vers S 148 et 5t4g^bi^ D 
ce uoient; DE cil — 5149 DE Bernart mon filz 



LI NERBONOIS 2o5 

5 1 5o Et dant Guillame le marchis anoré, 

Et d'or m'anplisent ce grant paies listé, 
Si ne randroie le bon mire Forré, 
Qui randu m'a la vie ! » 



CLII 

Aymeris fu o paies segnori 
5 1 55 Lez Hermanjart qu'il ama et chéri. 

« Sire, » fet ele, « por Dieu qui ne menti, 
L'an vos soloit tenir a moût hardi; 
Plus vos dotoient paien et Arabi, 
Que l'aloëte le faucon montenin. » 
5 1 6o a A non Dieu, dame, » dist le conte Aymeri. 
« Tant con fui jone, ce sachiez vos de fi. 
Tant me dotèrent tresiuit mi anemy. 
Mes or sui vielz et auques afeibly, 
Si ne me dotent vaillissant un espi. 
5 1 65 Une arbaleste me fêtes venir ci. 
Je an sai plus, por voir le vos afi, 
Que clerc ne fet do grant sautier Davy. » 
« Volantiers, sire, » la dame respondy. 
Ele mclsmes une bone en sesy ; 

5 1 70 Dame Hermanjart au conte la tendi, 
Un carrel mist sor le telier poli. 

« Sire, » fet ele, « por Deu qui ne menti, 

5i5o i4 dans; AC le m. au cort nés — 5i3i DE mq,; C Et ii 
menploit dor ce p. 1. — 5i52 AC Si mq.; C Ne rendroie ie — 
5i53 £ Quar; D Cil ma r. la vie 

CLII. 5i56 jBdi8t;i4 mti — SiSyD^ a si; A hai — bi5g DE 
faucon ni esmeri; C montarin — 5 160 CE En; E uoirs est quii 
iert ainssi — 5i62 D paien et Ârrabi; E Me douta ml't le lignage 
hai — 5164 A vaillant un parisi — 5i65 DE maportez tost ici (E 
sanz detri) — 5 266 DE Que gcn ; C par uoir, D par foi ; E de cer- 
tain le uous di — 5167 DE set — 5170 E La franche dame — 

5 171 C Mist un c. sor lestelier pr, E le celier; DE bouli — 5172 
A por amor Dieu merci, E p. D. qui mort soufri 



206 LI NERBONOIS 

Gardez Guibert, frans quens, je vos en pri ! » 

<c A non Dieu, dame », dist li quens Aymeri. 
5175 « N'i avra mal, por voir le vos afi. » 

A icest mot avisse un Arabi : 

Estraint la clef, et le carrel sailly, 

Dedanz la croiz le Sarrazin cosy ; 

La flèche brise et li paien cfaei. [d] 

5 180 Dist Tamiranz : « Onques mes ce ne vi! » 

<c La mort sobite nos a cestui jali. » 

Diënt paien : « Un carrel l'a murtri. 

Par Crestians est tôt le mont boni ! » 

De la tornele s'avala Aymeri. 
5 185 Si home furent armé et fervesti, 

De la porte isscnt coiement et seri, 

Jusqes au très n'i ot noise ne cri. 

N'en sorent mot paien et Arabi, 

Tant que François les orent asailli. 
5190 Desor aus fièrent li chevalier hardi. 

La velssiez fler estor esbaudi, 

Tante hante frète et tant escu croisi. 

Tant chevalier contre terre flati, 

Tant pié, tant poig jesir o pre flori ! 

5 1 73 CD par amors (Z> sire ie) vos en pri, E ge me dout trop de 
lui — 3174 CD En; E Par ma foy dame li quens li respondi — 
5175 mal] A garde; C par foi; A les; D ce sachiez vous de fi, E 
nen soiez enssousi — SiySE Apres ce mot; E aj. les vers suivants: 

Qui ml't lauoit et batu et laidi 
Edz en la crois le glouton mal ci 
Le genti conte que Diex ot benei 

5 177 DE nef — 5178 DE Et en la; D choisi ; E le paien feri si — 
5179 E glouton ; D choisi — 5i8o DE tel ne ui — 5i8i D bani; 
il C a ce Sar' pris — 5 182 DE le feri — 5184 C sen ala, DE 
sen deuale — SiSb E ierent — StS6 E De laiens; C et sa gent; 
et] Z> a; il répète ici lev. 5i85 — 6187 A lusqu'au tref uont — 
5 188 A Ainz mont nan sorent; CDE li quiuert (Z> glouton) malei 
— 5189 DE Quant li François — 5190 DE Seur paiens f. — 
5191-5194 Z>£m^. — 5 191 fier] Cun ~ 5192 il Tant— 3193 il m^. 



LI NERBONOIS 20'J 

5 195 En fuie tornent li quivert Arabi. 

Dame Hermanjart a gisté un haut cri. 

« Franc chevalier, por Dieu qui ne menti, 

De Guibelin pansez, je vos en pri! » 

Aymeris i'ot, le cuerli esbaudi. 
5200 Envers la croiz a le destrier ganchî, 

La croiz abesse, que plus n'i atendi, 

Antre ses braz a son anfant sesi, 

Les clous li oste dom il estoit clofi, 

En son escu le met quens Aymeri, 
52o5 Et prant Clargis, si Ten moinne avec li, 

Qui estoit niés Pamirant de Leuti. 

Dedanz Nerbone sont arierre ganchi. 

En Tost ot duel, onques gregnor ne vy 
Et en la cité joie . 



CLIII 

52 10 Or sont François en Nerbone venu ; 

A moût grant joie ont Guibert receti. 

Et Tamiranz remest moût irascu. 

« Mahom, » dist il, « or sui ge confondu. 

Or ai Clargis et Guibelin perdu. » 
521 5 .xiiii. roi i sont pongnantvenu. 

5 195 i4 Nan sorent mont paien et A.; E tourne le lignage Antecri — 

5196 C en geta, E a crie; un] E sl — Stgj E uous cri merci — 
5198 ie] E touz -— 5199 D li esbahi, E len resbaudi — 52oo E 
Droit uers — 52oi DEmq. — 52o3 C ostent; A d. len lauoit cl., 
D ce sachies vous de fi, E dont il icrt dofichi; E aj. Par mi les 
mains et par les piez aussi — 6204 En] DE Seur; D mist; E la 
li bons quens couchi — 52o6 A Lanti, DE Basti — 5207 AC 
Dedan; E arrier reuerti — 52o8 D ot ioie; D si grant, E plus 
grant; E noy ; C et en la cite ris — 5209 C Et demeinnent grant j. 

CLIII. 5210 C en la cite — - b2ii A fii — 5212 D tout i. — 
521 3 C com or sui deceu — 5214 DE mq, -^ 52i5 A Et .iiii. roi; 
C corant 



2o8 LI NERBONOIS 

<!c Amiranz, sire, que te démentes tu? 
Mes pranz .ii. Turs, un jone et un chanu, 
Si les anvoie an France a Monleiin, [102 a] 

Savoir de Charle a la fiere vertu, 
5220 Se Aymeris iert par lui secoru. 
Com il avront le covine veû, 
Tornent arierre, n'i oit plus atendu 1 
Puis seront mort François et confondu 
Se de Charlon n'ont ainz secors eU. » 

5225 DistTamiranz : a Bien vos ai entendu. 
Moût bon conseill m'avez amenteii. » 
A ces paroles apela Danebru 

Et MateHer, un vieil home chanu. 

« Vos an irez an France, li mien dru, 
523o Savoir de Charle com i s'est contenu, 

Se Aymeris iert par lui secoru. 

Con vos avroiz lor estre queneQ, 

Tornez arierres tôt le chemin bastu. » 

Et cil responent : « N'en soiez esperdu 1 
5235 Par tans avrom tôt lor estre veti 

Se nos desfant Mahomet et Cahu 

Que ne soiom ne pris ne retenu. » 

Tolent lor dras, si ont pires vestu ; 

5216 A démente; D et que demandez tu, E pour quoi doulouses 
tu— 5217 E Pren de ces T.— 52i8 D Meleun, E Mcleu; C Vos 
lor dites quil aillent de uertu Au roi de France a Rains ou a 
Leun — Saig E se Kl*; C com il sest contenu — 522o A est — 
5221-5224 C mq.— 6221 DE leur— 5222 Z>£ plus niait — 5223- 
5224 DE mq. — 5225 D Dist Aymeri ; DE Bon conseill ai eu — 

5226 DE mq.; A Maint ; A uos ai a. — 5227 DE apele; A Dane- 
brun, CD Danebu, E Danebru — 5228 A Marefer, C Marrefer; 
home] C et un; £ qui iert v. et ch. — 5229 A Fracc — 523o DE 
conment sest — 523i D mq.; E Et sAymcri; A est— 5232 C tôt 
lor estre ueu, DE leur couuine vcu (J^ scu) — 5233 D herbu; 
C nen soiez esperdu — 5234 C Voientiers sire cil li ont respondu 
— 5235 D leur couine veu, E leur afere aperçu — 5237 E et pr. 
et r. — 5238 /) Ostent; D poiurcs; A uev; E L. dr. osterent si 
mauucs uestu 



LI NERBONOIS 209 

Guites et haires et chaperons veluz 
5240 Ont afublé li quîvert mescreil, 

Chapiax de martre forré de sisemu, 

S'a pris chascun un grant bordon agu. 

Les chiés besant en sont de Fost issu ; 

Peneancier resamblent et pié nu. 
5245 Cil les confonde qui o ciel fet vertu ! 
Car il s'an vont an France. 



CLIV 

Moût i quiderent paien avoir conquis, 

Qui lor espies ont an France tramis. 

Et l'amiranz tint le siège tozdis. 
525o Mes cil de danz n'ont garde d'estre pris, 

Ainz se desfandent con chevaliers de pris. 

« Aymeris, sire, » dist sa moillier gentis, 

Filz a baron, car envoie a Paris, 

A Charle Maigne, le roi de Saint Denis, 
5255 S'i aut tex hom qui soit fiers et hardis 

Et de parler ansegnié et apris; 

Si li bailliez briés en seeax escriz, [b] 

Qu'i baillera a Charlon al fier vis. 

Secorra nos en estrange pais ; 
5260 Q'asis nos ont paien et Arabis. 

523q D maperons ; i4£ uelv — 6240 D mq.; A li paien — 5241 DE 
mq.; Ccisamu — 5242 D mq.\ C Sa ch. pr. un bon — 5243-5244 
DE m^. — 5243 C bessiez; A an lostuenv — 5245 D conmande; A 
font; Duertus 

CLIV. 5247 A i mq, — 5248 DE Quant; A espie; A Frace; DE 
enuoient a Paris — 5249 D les sièges; A totdis — 525 1 D mq. ; C 
con mq. — 5253 E F. de— 5255 DE Tiex bons y aille; DE fort 

— 5257 A Et si b. ; ADE nos bries et seelins {DE uos escHs) ; C 
seax — 5258 C bailleront klm* — 5259 D vous; E ici en cest pais 

— 5260 D vous ; E Quant il aura com il uous est apris 

Tome I 14 



210 LI NERBONOIS 

Et s'i nel fet, de ce soiez toz fis, 
N'a droit en la querone. » 



CLV 

Moût ont grant duel en l'ost, c'est vérité ; 
Qu'il ont perdu le neveu l'amiré, 

5265 Et en Nerbone ont grant joie mené, 
Por ce qu'il ont Guibelln le menbré. 
Sor un escu l'ont leans aporté, 
Et mains et piez li furent tuit anflé, 
Li sans vermeulz li descent do costé. 

5270 En mi la sale l'ont en un lit posé. 

Dame Hermanjart, quant el Ta regardé, 
Por voir vos di, grant duel en a mené. 
A tant est vos Aymeri le menbré : 
Demander fet le bon mire Forré. 

5275 Et il i vint, com i l'ot comendé. 

Vint a Guibert, si l'a moût bien tasté, 
Tant qu'i santi que bien a alené. 
O voit le conte, si Fan a apelé : 
« Aymeris sire, or antent mon pensé ! 



5261 Csoit il; E par le cors Ihesucris — 5262 E Droit na 

CLV. 5263 DE M. o. paiens en lost gr. d. mené — 5264 DE 
Qui — 5266 A orent; A Guielin ; D recouure, E deliure — 
5267 C En — 5268 A pieiz ; C Et p. et m. ; £ ierent mPt — 5270 
E en un lit lont — 5271 AD el a; C esgarde; E Et quant m 
mère la de près esgarde — 5272 E a demene — 3273 E mq, ; 
D le barbe — 6274 E Mander a fet — 5275 E si tost quil fu 
mande ; E aj. les vers suivants : 

Et H bons quens qai bien iert auise 
Li dist qae tost ait son filz aisite 
Et le bon mire quant il lot commande 

5277 C T. que; DE quil a bien — 5279 E Sire dist il 



LI NERBONOIS 211 

5280 Se m'en lessiez aler a salveté, 

Moi et Clargis qu'avez anprisoné, 

Je vos randrai Guibelin an santé. 

Se ce ne faites, ja n'en par moi séné. » 

Aymeris Tôt, n'i a plus demoré : 
5285 II demenda son branc d'acier iestré, 

Puis demanda le neveu l'amiré, 

Et Tan li a maintenant amené 

De bones cordes estroitement noé. 

Quens Aymeris en apela Forré. 
5290 « Sez ore, mire, que je ai anpansé? 

Par celé croiz o Jesu fu pené, 

Se ne me ranz Guibelin an santé, 

Ja sera mort le neveu l'amiré. 

Et tu melmes avras le chief copé. » 
5295 Le branc antoisc, si Ta a mont levé. 

Clergis le voit, si s'est haut escrié. [c] 

« Par Mahomet, sire mire Forré, 

Gar ne soiom boni ne vergondé 1 » 

Forré l'antant, si en ot grant pité. 
53oo « Frans quens, » fet il, « gar ne soit adesé ! 

Guibert randrai en vie et an santé 

A moût brief terme, de ce n'i oit doté. » 

Aymeris l'ot, si l'en a mercié. 

Et li bons mire a de Guibert pansé ; 
53o5 Dedans un mois l'a i si respassé 
Que bien pot porter armes. 

5280 D Se me laissoics — 528i DE mq. — 5282 D randroic — 
5283 A fes, D fait ; ^ ia p. m. niert — 5285 C son bon brant acere 

— 5286 E Et puis manda — 5287 E esranment — 5289 D apele 

— 5290 D Ses tu or, E Or entent; E dist il quai a. — 5291 C Par 
celui Deu qui en croiz fu pêne — 5293 D le nies a — 5295 C A 
ce mot a le brant a m. \.; E en haut — 5296 CDE Clargis — 
5298 DE Penssez de nous (E que plus) ne soions v. — 5299 C 
a ; D sen a eu, E si ot de lui — 53oo D dist — 53o2 C En poi 
de tens, E Dedenz court t.; DE ne soit d. — 53o4 E a G. 
mecine — 53o5 AE \ot;E si bien trespasse— 53o6 A Que il p.; 
C port p. ; DE B. puet p. ces {E ses) armes 



212 LI NERBONOIS 



CLVI 

Quant li bons mires ot respasé Tenfant, 
Dedanz Nerbone en firent joie grant. 
Et cil de fors estoient moût dolant, 

53 10 Qant au siège ont esté si longuement 
Et si n'i ont guaangnié tant ne qant. 
Dame Hermanjart la contesse avenant 
Sovantes foiz vet Aymeri proiant. 
« Sire, » fet ele, « por Dieu omnipotent, 

53 1 5 Car envolez an France malmènent 

A Charle Maigne, le fort roi conquérant, 
Qu'i nos secore contre gent mescreant. » 
Dex, por quel dit la contesse vaillant? 
Ja estoit mort Temperere puissant, 

5320 Charles li rois, dom fu domaje grant, 
Onques en France ne fu ausi pesant. 
Mes bien savez que nule rien vivant 
Ne puet o siècle avoir de mort garant. 



CLVI. 53o7 DEmq, — 53o8 DE en lurent mrt ioiant; C Dedanz 
son cuer en ot le cuer ioiant — 53o9 cii] D au — 53io DE Q. 
assiegie furent si 1. — SSiiE sachant — 53 14 E le royamtnt — 
53i5 i4 enuoiom; DE la uaillant — 53 16 DE lempereor puissant 
— 53 18-535 1 DE remplacent ce passage par les vers suivants : 

Il le fera quil lot en couaenant 
Et dautre part il i sont {E la sont li) noiitre enfant 
Qui plus nous aiment que nule rien {E que riens qui loit) viuant 
De nous aidier siront appareillant 
Ainz que uoions ce {E cest) demi an passant 
Nous amenrront un barnage si grant 
Que destruit ierent Sarr' et Pcrsant (E Ferssant) 
Dist li quens Dame bien mi {E le) uois otroiant 
Mes ge ne sai par Dieu le tôt p*8sant {E se Dicx me soit aidant) 
De qui face message. 

53i8 C auenant 



U NERBONOIS 21 3 

Morir covint le fort roi conbatant ; 
5325 Con Deu ne plot, ne pot vivre en avant. 

Grant duel en firent si baron et sa gent. 

A Es l'an portent anterrer hautement : 

En la chaere Tont asis an séant, 

O oncore est ; bien le sevent alquant 
533o Cont esté en la terre. 



CLVII 

Quant mort fu Charle le fort roi poëstis, 

En la chaere Tont an séant asis. 

O règne en ot grant noisse et granz estris ; [d] 

Q'après lui vodrent queroner Ernals, 
5335 Por ce q'ert riches et anforciés d*amis. 

Deseritez en fust roi Lools, 

Ne fust Guillame au cort nés le marchis. 

Qui desor toz en a hardement pris. 

Par sa fierté ocist cel Ernaïs, 
5340 Et si randi la terre et le païs 

A Lools mal gre ses anemis. 

Einsi rendi Guillames li marchis 

A Lools le bon roi seignoris 
La querone de France. 



5324 C franc — 5325 C Qant ; A Con Ieh*u pot — 5327 ^ main- 
tenant — 5328 A le mistrent -— 5329 C O est oncore — 533o C 
Qui uont cele t. 

CLVII. 533i C Q. fu m. Kl' li rois de S. Denis — 5333 AC 
grant estrif — 5335 A aforcies — 5336 A fa — 5337 ^ ï* hardiz 
— 5339 A ce Loois — 5340 A r. N'bo — 5342-3 A mq. — 5343 
C seignori — 5344 C Le pais et la terre 



214 Lï NERBONOIS 



CLVIII 

5345 Molt fist Guillame le marchis a proissier. 
Qui Lools son segnor droiturier 
Randi son règne, dom l'an le vost boisier. 
Mes n'en sot mot Aymeri le guerrier, 
Que mort fust Charles Tamperere al vis fier. 

535o Dedanz Nerbone Forent fet asegier 

Li Sarrazin, qui Dex doint anconbrier. 
Et li quens fu en son paies plenier 
Et avec lui si baron chevalier. 
Forré le mire tindrent leanz moût chier, 

5355 Qui Guibelin ot fet rasoagier, 

Tant que bien pot errer et chevalchier. 
« Aymeris, sire, > dist sa franche mollier, 
« Car envolez an France un mesagier 
A Charle Maigne, que il nos viengne aidier ; 

536o Q'an ceste terre an avez bien mestier. 
Et s'i no fet, ce est grant anconbrier. » 
« Dame, » fet il, « par le cors saint Richier, 
Tant a la fors de la gent Paversier, 
Que hom vivant sanz mortel anconbrier 

5365 N'i paseroit por plain un val d'or mier. » 
Après parla Clargis de Valplenier, 
Le Sarrazin que François pristrent ier. 

CLVIII. 5348 C One — 5352 DE Aymeri fu — 5354 C orcnt, 
DE ticncnt — 5355 DE Quant; DE asouagicr — 5356 D T. com 
— 5357 DE aj. Pour Damedieu {E P. Dieu de gloire) te veull 
encor proier — 5358 i) Vous, E Que ; A enuoiom — 5359 C qui 
nos V. a. — 536o CDE En et.; C en eusson m., DE en auez 
grant m. ~ 536i C ci a; DE Ne losera refuser ne lessier Quil en 
auroit et honte et reprouuier — 5362 DE dist — 5363 C de pa' 
auersiers — 5364 hom] D nuls ; C por plein un ual dor mier — 
5365 C sanz mortel enconbrier, E ce os bien tesmoignier — 5367 
E quil orent prisonnier 



LI NERBONOIS 2l5 

Desor toz homes Tavoit l'amiram chier; 
Ses niés estoit, si fist moût a proissier. 

5370 Aymeri voit, so pram a aregnier. 

« Biau sire quens, )a celer no vos quier : 

Se ne me fes les miens dex renoier [io3 a] 

Ne Mahomet ne nostre loi changier, 

Je conduirai par mi cel ost plenier 

5375 Ceux que vodras o mesaje envoler. 
Ja n'i perdras la monte d'un denier. » 
Dist Aymeris : « Sarrazins, moût iés fier. 
Ne t'oseroie mon filz Guibert chargier 
Ne mon neveu que je ai forment chier ; 

538o S'en ai moût grant dotence. » 



eux 

Ce dist Clairgis a la chiere hardie : 
« Aymeris, sire, ne lerai no vos die : 
Jes condurai sanz mal et sanz boidie. 
Par celuy Dieu qui me sotient en vie 
5385 Ne par le ciel o li solaus fianbie, 



5369 E et mrt fist — 5370 ^ Quens A. cm prist — 5371 ja] C a; 
DE Sire dist {E fet) il ge ne (E nel) uous quier noier — 5373 DE 
Se ge ne puisse; E le mien Dieu — 5373 DE Et M. et guerpir et 
lessier — 3374 CD cest — 5375 D uoudrai, E uoudrez — 5376 
DE pardres ; A uaillesant un d. — 5377 moût] D tu ; DE aj. 

Mes en tes dis ne me veall pas fiier 

5378 DE G. m. f. — 538o C Gcn ; DE remplacent ce vers par tes 
vers suivants : 

Et dist Forre sil le veut fiancier 
Nen fausseroit pour les membres trenchier 
Que loyauté nen face 

CLIX. 5382 A no-no, C ne-ne — 5384 A la uic — 5385 C 
balie; C répète ici le v, 53H4 



2l6 LI NERBONOIS 

Se Mahomet me fet iltant d'aie 

Que je revoie ma moUîer eschevîe 

Et mon chier filz et ma bêle megnie 

Et mon chier oncle et sa grant compangnie, 

5390 N'en fauseroie por tote Esclavonie ! » 
Son doi en lieve et après li afie. 
Dist Avmeris a la chiere hardie : 
« Amis ClargiSy or ne te mescroi mie ; 
Ja n'en feras angin ne tricherie. » 

5395 « Non voir, biau sire, por a perdre la vie! 
Par mi les tantes a la gent paienie 
Les conduirai en France. » 



CLX 

Ce dist Clargis : « N'avom que demorer! 

De ces aniax me fêtes délivrer, 
5400 Puis voz alez a ce mur acoter, 

A ces batailles par delez ce piler . 

La m'orroiz bien au latimier parler. 

Ferai acroire que an Tost veill antrer 

Et que cist dui si m'ont fet eschaper. » 
5405 Dist Aymeris : « Sarrazins, moût iés ber. 

Se tu voloies Mahomet adoser 

Et croire an Dieu qui tôt a a salver, 



5386 DE ne me fet tant — 5388 DE ma chicrc — 5389 C mq, — 
5390 D Ne — 5391 A W \. — 5392 E qui mrt ot courtoisie — 
5393 DE Amis biau frère; DE ten — 5394 C ne — 5395 a] il i ; 
E Non dist il sire ainz perdroie la uic — 5396 a] DE de — 5397 
E uers 

CLX. 5398^ Ni a; DE ont après 53g8 le vers 541 r qu'Us 
répètent plus tard — 5399 E desfcrrer — 5400 DE ces murs — 
5401 D ccl p. — 5402 C la ; DE as latimiers — 54o3 AC que an, 
D enz en, E euls quen; C doi aler — 5404 A ce dui, D li Dieu, 
E noz Diex — 5407 DE an mq, ; a a] iT a 



LI NERBONOIS 217 

Bors et chastiax te feroie doner, 

Citez et viles et forez por berser. 
5410 Ce dist Clargis : « Tôt ce iessiez ester! [b] 

Ja de voz dex ne quier olr parler, 

Se n'est ainsi con vos m'orroiz conter : 

Que, se poom le secors amener 

Et Tamirant desconfire et mater 
541 5 Et vos le siège poëz desbareter, 

Asez bien tost me verriez torner 
A la vostre créance. » 



CLXI 

Quens Aymeris ne s'aseiira mie. 

Anseler fist un destrier de Sulie ; 
5420 D'aler an France Guibelin son fil prie, 

Lui et Romanz a la chiere hardie ; 

Par cex ert bien la besoigne fornie. 

Au partir plore tote la baronie. 

Guibert monta, que il plus ne detrie; 
5425 Detriers li monte cil Clargis qui les guie, 

Et Romanz monte el destrier de Hongrie. 

Par mi la porte s'en vont, n'atargent mie. 

Or les conduie li filz sainte Marie! 



— - 5408 E mq. — 5409 C Qatre .cccc. uiles — 5410 Ce] £ Et -^ 
5412 C par si; com] E ia — 641 3 C poez — 641 5 DE mq,; A 
poeitz; C Et le grant siège de cez pa' oster — 5416 DE Et 
{E Lors) assez tost me pourroie atorner (E acorder) 

CLXI. 5419 A fet; C son destrier, A deus destriers; E Suric — 
5420 E son f. G. — 5422 D la bataille — 5424 C qilec ; D ni — 
5425 A Destriers, DE Derrier; C D. monta Cl. cil; D Largis — 
5426-5428 A mq. — 5427 DE Par la p.; D sen vont, E issent; Z) ne 
satargierent mie, E sont leur uoic acueillie — 5428 D Cil ; Z) 
conmande au f., E ramaint le f. 



2l8 U NERBONOIS 

Et cil s'en antrent dedanz Tost de Persie, 

5430 Et Sarrazin, qui li cors Deu maldie, 
En tant de leus ont mis lor estabiie 
Q'an moût pou d'ore perdissent cil la vie, 
Qant cil Clergis a haute voiz s^escrie : 
« Franc Sarrazin, gardez, n'en tochiez mie ! 

5435 Je sui Clargis, le roi de Salorie. » 

Grant joie en font la pute gent haie. 
Clargis les moinne en sa herbergerie ; 
Contre lui saillent si homme et sa megnie 
De lui servir preste et amenevie. 

5440 Ce dist Clargis : « Ma bone compagnie, 
Servez ces .ii., par qui je sui en vie ! » 
Et i si firent, qui ne s'atargent mie. 
Les chevax moinnent en la mareschaucie, 
Asez lor douent, ne sai que plus en die, 

5445 De bone avainne, de faing de praerie ; 
Puis retornent au contes. 



CLXII 

Au contes vienent arierre li sergent, 
Et li mengiers fu prez de maintenant, 
L'eue lor douent an granz bacins d'argent, 
5450 Puis les asieent trestot a lor talant. [c] 

5439 C Tantost, E Quar il ; il de dedanz lost partie — 543o A qui 
Damedex m. ; E que — 5^3 1 C tanz ; D estoit lors e. — 5432 A 
perdirent — 5433 A s" mq. — 5434 A no; {CE gardez mq.) C 
ne les t. vos mie, E a cens ne t. mie — 5435 DE Salatie — 5438 
C Grant ioie en font trestote sa m. — 5440 C bcle; E baronnie 
— 5442 CE Et cil; C si font; D quil ne; A sen tardent, D se 
largent '^E tout a leur conmandie — 5443 E Leur; DE a — 5445 
E et fain 

CLXII. 5447 A conte; C enfant — 5449 C (lor mq.) donnèrent; 
AC a ; A grant ; E uessiaus — 545o C Et puis sasieent, E Puis 
si sassistrent 



LI NERBONOIS 219 

Peons et cînes lor aportent devant, 

Vin et claré orent a remenant. 

Clargis les sert, qui moût en est joiant. 

Qant ont mangié li chevalier vaillant, 
5455 Li lit sont fet moût riche et avenant, 

Si se couchèrent anbedui li enfant; 

Traveillié sont, si dorment maintenant. 

Venuz i est d'Aufrique Tamirant, 

En sa compengne .iiii. roi aufriqant, 
5460 Desi au tref en vindrent malmènent 
Por demender noveles. 



CLXIII 

Li amiranz il vint o .iiii. rois. 

Il voit Guibert et Romenz le cortois. 

Diex, tant lor sistrent li bon branc vienois, 
5465 Esperon d'or et robes a or frois! 

« Qui sont cil dui? » dist Tamiranz persois. 

« Voir, j> dist Clargis, « sire, ce sont François 

Qui m'ont gisté des mains au Nerbonois. 

Vont s'an an France ; ja mes nés reverrois. 
5470 Je lor ai bien afié sor nos lois 

Que vos melmes vos cors les conduirois. » 

Dist l'amiranz : ce Biax niés, ce est bien drois. » 



545 1 A aporten ; D ont tout a leur conment, E orent a leur talent 
— 5452 D a lor conmant — 5453 est] DE fu; A aj, après ce vers 
Clargis les sert tretot a lor talant — 5455 moût riche] D moût 
bel, E riches ; A si cochent maintenent — 5456 A mq, — 5457 E 
furent — 5459 DE ot .iii. rois — 5460 E Dusques ; DE as très 
sen V. — 5461 C Si demandent 

CLXIII. 5463 D fil auec .iiii. rois, ^ fu la o les .iii. trois — 
5464 tant] DE com — 5465 A 7 peron — 5467 Voir] DE Et — 
5469 C An France uont; DE ne les uerrois — 5470 D afieu, E 
fîancie 



220 LI NERBONOIS 

Li amiranz vint au lit demenois, 

Vint a Guibert, si le prist par l'or frois. 

5475 « Franc, car t'esveiies! si feras que cortois! 
Si me diras que font li Nerbonois. » 
Dist Clargis : « Sire, s'i vos plest, non ferois ! » 
Il ont esté .ii. nuiz en granz esfrois 
Por moi gister de la o fui destrois. » 

5480 « Donc les lerai, biax niés, » ce dist li rois. 
« Or dorment a fiance ! » 



CLXIV 

Tornez s'en est li amiranz persis 

Et avec lui .iiii. rois arabis; 

Une grant pièce les convoia Clargis. 
5485 Plus tost que pot au reperier s'est mis, 

Vint au barons, si les a esperis, 

Puis les a bien conreez et garnis. 

Moût fu Clargis et leax et gentis ; 

Par lui ne fu pas traïz Aymeris ; [d] 

5490 Loiaument tint ce qu'i li ot promis 

Vers les barons qu'avec lui ot tramis. 

I lor dona .ii. bons destriers de pris, 

Si lor dona de Tor de son pals 

Et dras de soie et asez ver et gris, 



5473 E Âdont se trait vers li lis d. — 5474 C prent — 5477 E 
oncle ie uous pri nés xnouuois — 3478 C .ii. nuiz este; AC grant 
— 5479 E aj. Si ont mestier que len les lessc quois — 5480 Donc] 
A le 

CLXIV. 5482 E A tant scn tourne; D-E lamir' des P. — 5483 
ACE les .iii. — 6484 i) C*rgis — 6485 CDE quil; DE retour- 
ner — 5487 C Et p. (bien mq.) — 5488 A Chargis — 5489 DE 
niert pas tray quens Â. — 5490 A Moût bien li tint; D que — 
5492 C mq,; M.] E très — 5493 C mq. — 3494 C asez et 



LI NERBONOIS 221 

5495 Quel part qu'il aillent, qu'i ne soient mendis. 

Un latimier lor a baillié Clargis, 

Qui bien estoit de maint langaje apris. 

Puis les convoie et de ses homes .x. ; 

Par mi les tantes lor fu chadiax et guis ; 
55oo Puis s'en retorne, si a d'ax congié pris. 

Et cil chevalchent, al chemin se sont mis ; 
Or s'en vont droit en France. 



CLXV 

En France en vont li chevalier baron. 
Par le chemin chevalchent a bendon, 

55o5 Voient de Nimes la tor et le donjon, 
Et Ricordane et la terre environ, 
Et de Viane le grant rochier en son 
Lez la rivière do grant Rosne félon. 
A la fontainne qui sort de grant randon, 

55 10 Pins et loriers ot entor a foisson, 
Ilec estoient li Sarrazin félon, 
Qui reperoient de France le roion, 
O Tamiranz les envoia par non 
Por espiër la terre. 



5495 E uoisent — 5496 DE donne — 5498 et] C o — 6499 ^^ 
de la gent de Lutis — 55oo A tornerent — 55oi DE en leur 
ch. sont mis — 55o2 DE Si s. v. dr. vers Fr. 

CLXV. 55o5 E De N. v. — 55o6 A enior et e. — SSoy DE la 
gr. roche den son — 55o8 do] A so — 55o9 AC Et la f. q. cort; 
DE qui sourdoit de r. — 55 10 DE mq.; C a e. grant f. — 55 1 1 DE 
trouucrent les Sarr' {E li Sarrazins) f. — 55 1 3 -<4 enuoic 



222 LI NERBONOIS 



CLXVI 

55 1 5 A la fontaine qui sort desoz le pin, 

Ilec estoient li félon Sarrazin, 

Qui reperoient a guisse de tapin 

De France o orent esté con pèlerin 

Por espiër Charlon le filz Pépin ; 
5520 Mes bien savront li quivert Barbarin 

Que mort est Charles et aie a sa fin. 

Ce dist Romanz : a Veez, sire cosin : 

Cil ne sont mie paltonier ne frarin. 

Piax ont de martre et peliçon hermin, 
5525 Si ont acherpes et bordons a or fin! » 

Lors dist a l'autre : « Ci tornom a déclin ! » 

Cil Danebrun, qui Dex doint mal destin. [104 a] 

Li latimier quenut bien sarrazin, 

Qui les barons conduisoit le chemin. 
553o « Dom estes vos, segnor? » dist Guibelin. 

Dist Danebrun, li quiverz de put lin : 

« De France somes, de Tors a Saint Martin. 

Cist miens compains est nez de Biauvoisin. 

Noz pénitences fesom com pèlerin. 
5535 A Esz an France, qui siet desus le Rin, 

Trovames mort Charle le filz Pépin, 



CLXVI. 55i6 C quiuert — bbiy C en g. — 35i9i)£Chane8 — 
5520-5521 DE mq.— 552o Cfclon— 552 1 C crt— 5522^1 Voiez; 
DEK, leur dist Ce soit a bon destin — 5533-5529 sont remplacés 
dans DE par Nous (E Que) uous auons trouucz a ce matin — 5523 
A frapin — 5524 C martres — 5525 AC aj. Qui gros estoient forz 
roides(C et fres) et frenin— 5526 m^. dans /esitiM. — 5528 bien] 
C le — 5539 C conduient -~ 55 3o DE ou tendrez le chemin — 
553 1 D Danebru — 5532 A des; a] AC de — 5533 DE Et mes; 
AC compère — 5534 D No; il pénitence, D peneance; — 5535 DE 
desouz -^ 5536 mort] DE nous 



LI NERBONOIS 223 



Le mellor roi qui ainz beiist de vin, 
Si Tont asis en chaere d'or fin 
Li baron de la terre. » 



CLXVII 

5540 « Franc pèlerin, » dist Guibert li gentis, 

« Est donques morz Charles de Saint Denis? » 
« Oïl, » font cil, « par foi le vos plevis. 
En la chaere Tont li François asis 
Tôt autresis con s'i fust oncor vis ; 

5545 Un gant a or li ont an son poing mis. 
Devers Espangne li ont torné le vis : 
Oncor menace paiens et Arabis. » 
a Voir, » dist Romanz, a je t'en croi a envis. » 
Dist Danebrun : « Il est morz et fenis ; 

555o Jo vi enoindre, de ce soiez toz fis. 
A la cort a .iii. filz quens Aymeris, 
Cil de Nerbone, qui tant est poëstis, 

3538-5540 sont remplacés dans DE par ces vers : 

Viex est et fireles et a le cors frarin 
Monter ne puet en destrier nen roncin 
Mes un filz a ou moût a bel {E ml't est gentis) mcschin 
Cil aura la couroune 

5537 C onc 

CLXVII. 5541 DE Est donc si viex; Ch.] E ïc roy — 5542 A 
il; DE Oil biau {E uoir) sire; E pour uoir — 5543-5546 sont 
remplacés dans DE par Mes ne fera guerre ses anemis Mes non- 
porquant il par est {E enquore est) tant hardis — 5543 A lot — 
5545 A ganz — 5547 DE Quencor; D Et Turs et; C Sarrasis — 
5548-5550 DE mq. — 5548 ^ te — 555 1 C En; D Sa aueuc soi, E 
Si a o lui; DE .iii. des filz Aymeris — 5552-5555 sont remplacés 
dans DE par ces vers : 

Icil {E Et cils) sont mestres de trestout le {E son) pais 
Quar moût les ayme lemperiere gentis 

Ne leur faudra tant com il sera vis {E ce dit tant corn soit vis) 
Ainz leur donrra terres a leur devis 
Pour lamour de leur père 



224 ^I NERBONOIS 

Qui ont fet roi de l*anfant Loois. 
Mes ainz que fust queronez a Paris 
5555 Ot grant tribol en France. » 



CLXVIII 

Quant li baron ont la noveie oie, 
Doianten sont, et chascun se gramie. 
A pié descendent des chevax de Hongrie ; 
Traveillié sont, no mescroëz vos mie ! 
556o Endormi sont sor l'erbe qui verdie ; 
Et Danebrun, qui Damedex maidie, 
Celui apeie qui les .11. contes guie. 
« Di va, sont cil paltonier o espie ? » 
a Nanil, » fait il, « par Mahom que je prie. 

5565 Nerbonois sont, de la cité antie. [b] 
L'autrMer oissirent en nostre ost paienie 

Avec Clargis le roi de Salorie. 
Nos quidom bien, mes nos no savom mie, 
Que il en vont an France la garnie. » 
5570 Dist Danebrun : « Mahomet te maldie! 
Se tu me suefres or endroit les ocie, 
Je te donrai les destriers de Sulie. » 
Et cil respont : « Ce seroit deablie! 
Je no feroie por tôt Por de Rosie. 

5554 C quil ; C el pais 

CLXVIII. 5357 A saigrcmie; DE Mît en sont liez chescun Dieu 
en mercie — 5558 DE mq. — SSSg £^ furent; DE ce ne m. mie 
— 556i DE le cors Dieu — 5564 ^ font, E dist; D fait cis — 

5566 DE mq.; C entrèrent; C tôt série — 5567 ^^ Aueuc {E 
Dauocc) Cl. en {E la) firent départie — 5568 E Mes ie ne sai, D 
Mes ne sauons; nos no] C ne le; Z) de ce ne ment ie mie, E 
mentir ne ten veull mie — 5569 ^^ Se il sen v. — 5570 ilC Di va 
fet il — 5571 DE ne s. quor; C Se tu meemes or e. nés ocie — 
5572 E mq.; D ten d. leur — 5574 D Ne le f., E Ncl souferroie 



LI NERBONOIS 225 

5575 Li amiranz lor a sa foi plevîe, 

Et rois Clargis, de par cui ge les guie ; 
Por sauf conduit sui en lor compagnie. 
Ja tralsson ne ferai en ma vie 

Por avoir que me doingnes ! » 



CLXIX 

558o Dist Danebrun : » Or entant ma resson : 
Se tu nos suefres que nos les ociom, 
Chevax et armes maintenent te donrom, 
A Famirant acorder te ferom, 
Si t'en rendra moût riche guerredon. 

5585 Secors vont querre, foi que doi a Mahom ! » 
Et cil respont : « Ce ne vaut un boton. 
Ja ne ferai si mortel traison ! » 
« Filz a putain, » ce respont Danebron^ 
« Près ne vos qrief les eux de mon bordon 

5590 O ne vos pant ausi come larron. » 

« Non feroiz, sire; ne vos pris un boton. » 
Que que ainsi demainent lor tençon, 
Sonjoit Guibert une fiere avisson : 
Que Tamiranz Tavoit en sa prison, 



5576 C Clarg'; A si les conduit et guie, C lor a sa foi pleuie 
-- 5577 DE Des {E De) par ces .ii.; C suit — 5579 D mq,; C 
con me doigne; E Conment quil en auiegne 

CLXIX. 558 1 C no — 5582 C mq. ; DE or endroit - 5583 
DE ten — 5584 ^ doura ; DE aj, Quar ge sai bien foy que ie doi 
Mahom — 5585 C ie doi M.; DE tele est {E selonc) mentencion — 
5586 C respondent ne vos v. ; E uous parlez en pardon — 5587 
C nel — 5588 D a dit, E li dist — 5589 ^ ^^^ P^i; de] £ a — 5590 
DE com un ; DE aj. Par foy dist ds {E fet il) or dis plais {E or oy 
plet) de bricon — 5591 sire] C voir; DE Vostre menace ne pris 
un esperon (E porion) — 5592 A Qanque a. contoient, DE En 
tant quainssi menoient — 5593 A G, s.; une] DE ml't 

Tome I i5 



226 LI NERBONOIS 

5595 En une chartre o avoit un lion. 

De la poor et de la grant friçon 

S'est esveilliez Guiberz li gentis bon. 

a Di va », fet il, « que diënt cil bricon ? 

Se nel me diz, le chief te couperom ! » 
56oo Et cil respont : « Or endroit le dirom, 
Si no cèlerai mie. » 



CLXX 

Quant li paiens s'ol si menacier, 

S'il ot peor, ne fet a merveillier ; [c] 

Car moût redote le branc forbi d'acier. 
56o5 « Sire, » dist il, « ja no vos quier noier : 

Espies sont en guise de palmier. 

De doce France viennent por espïer, 

Por le covine veoir et encerchîer. » 

« Dex, » dist Guibert^ a gardez nos d'anconbrier! » 
56 10 Lors tret l'espee sanz plus de delaier. 

Danebrun tint le bordon de pomier : 

Ja en ferist Guibert le franc guerrier; 

Mes Guibelin s'est avancié premier, 

Un cop li giete do branc forbi d'acier, 



5595 DE maint 1. — 5596 £ dont il fu en fr. — 5597 DE Guibelin 
li franc hom ^ 5598-5601 Dans D : k cens a dit par grant 
aatison Quel dcable auez Nen fêtes celison Qui or endroit menez 
tel marison Ceat trop mal fet uous faites mesprison Cil qui les 
guie dist Nous le vous diron Comment que le plait praigne. 
Dans E : De quoi deable menez uous tel tencon Dist le uassal 
Nen fêtes celoison Dont estoit ore ce plet quoy auon Cest trop 
mal fet uous faites mesprison Cil qui les guie li a dit par Mahon 
Tout maintenant le uoir uous en diron  cui quil en desplaise. 
Pour la suite du texte de DE voir le Tome IL 

CLXX. 56o5 C fait — 56o6 A espie — 56o8 C la couigne — 56 10 
A poit; C de lespamicr — 5614 branc] C bon 



LI NERBONOIS 227 

56 1 5 Q'antre ses poinz fet le bordon tranchier, 
Et la grant noisse fist Romant esvellier. 
« Cosin, » dist il, « que veus tu ce palmier? 
Les homes Dieu ne doiz pas lesdengier ! » 
« Non faz je, sire, par Dieu le droiturier! 

5620 Ce sont espies et quivert paltonier; 
En ce paîs viennent por espiër. 
Car les pandom ilec an ce vergier ! » 
Romant respont : « Non ferom, oncle chier. 
En doce France les remenrom arîer. 

5625 Oncor di je qu'i nos avront mestier. » 
Et dist Guibert : « Bien fet a oltroier. 
Or les an menom donques ! » 



CLXXI 

Tuit anselé furent li auferrant 

O li dui conte montèrent malmènent. 
563o Et les espies vont le chemin errant. 

L'un vet a l'autre noveles demendant, 

Con se contient d'Espangne Tamirant, 

Et de sa terre devers muridiant. 

Et cil lor diënt, ne lor cèlent néant, 
5635 Que mort est Charles l'amperere puissant, 

Si ont fet roi de Looïs Tanfant : 

« So troveroz a Paris ça devant 

O a Orliens o il ert sejornant. 

Par le reaime vet sa gent visetant 
5640 Por prandre ses homajes. » 

56i5 C Que ens es p. — 56 16 Et] AC de; AC scst R. csvellic — 
5617 C fait; C nel tue ccl p. — 5623 C no — 5625 A diront; A 
aura 

CLXXI. 5628 A Qant a. — 5629 A O mq. ^ 563 1 C nouele — 
5633 C miradiant — 5637 C la d. — 5638 AC est — 5639 A Par 
son r. 



228 LI NERBONOIS 



CLXXI I 

Or vont an France li mesaje menbré. 

Jusq'a Orliens ne se sont aresté. [d] 

Le roi troverent o grant chemin ferré 

Qui vers Orliens aioit a la cité. 
5645 Droit au roi vint Guibert qui fu i'einné. 

De Dieu de gloire Ta moût bel salué 

Et d*Aymeri le franc conte anoré. 

Li rois respont : « Bien soiez vos trové ! 

Dom venez vos ? Que m'a li quens mendé ? » 
565o Et dist Guibert : « Ja oroiz vérité. 

Asis nos a en la bone cité 

De Babiloine le quivert amiré, 

Avecques lui .xv. rois qucroné. 

Tant i a pueple ja ne sera conté. 
5655 Secors vos a quens Aymeris mendé. 

Secorez le par la vostre bonté ! 

Quar, se no fêtes, a mon sera livré. » 

Li rois Tantent, s'a le chief encline. 

Con se redrece, si a moût bien parlé. 
566o « Segnor, » dist il, « or oiez mon pensé. 

De ce que m'a quens Aymeris mandé 

A mes barons consel demanderé. 

S'i le me loënt, mon ost asambleré, 

Qant je avrai le conseil demendé 
5665 Au barons de ma terre. » 



CLXXII. 5641 C chevalier — 5646 A bien — 5654 C vos îcrt — 
5656 C mq. — 5657 A Et; A seroiz — 5658 C sen a le c. croie — 
566o C fait — 5662 C iert c. demande — 5663 A moût tost a. 



LI NERBONOIS 229 



CLXXIII 

Tant a lî rois parlé al mesagier, 

Qu*a Guiëlin josterent 11 somier. 

Lî gentis hom no vost a tant lessier, 

Le roi an prist oncore a aregnier 
5670 Et 11 comence simplement a prier. 

ce Biau sire rois, por Dieu le droiturier 

Qui tôt le monde a soz soi a jugier, 

De ce secors ne devriez targier. 

Car Charles Maignes, qui moût fist a proissier, 
5675 Le vostre père qui France ot a baillier, 

Com il d'Espangne devoit ça reperier 

Et en Nerbone fist mon père lessier, 

Creanta li volant maint chevalier 

Que, so venoient Sarrazin asegier, 
568o Secorroit le s'i l'en avoit mestier, 

Ja por essoine no leroit respitier. » 

A icest mot a iret le branc d'acier, 

La more en prist contre mont a drecier, [io5 a] 

L'ampereor le vet o poig baillier. 
5685 « Sire, » fet il, « ja no vos quier noier : 

Cestuî vos fet Aymeris envoler, 

Qui de Nerbone est sire droiturier. 

Et si vos mende, ce vos di sanz trichier : 

Fêtes les lestres lire sans respitier î 
5690 Par cestui gaje, ja celer no vos quier, 



CLXXIII. 5670-5672 A mq, — 5673 C ne uos deuez — 5674 C 
Que K' qui France ot a baillier — 5675 A qot France a iostissier, 
C qui tant fist a proisier — 5676 A mq. — 5677 Et] A Qant — 
568 1 A besoig; C feroit — 5683 C en mq. — 5684 C la vet es 
poinz — 5685 C ia ne le q. — 5687-5688 A mq. — 5690 C ne le 
q.; A aj. noier après quier 



23o LI NERBONOIS 

Fu Aymeri le nobile guerrier 
Revestu de Nerbone. » 



CLXXIV 

Nostre anperere a pris la bonne espee. 

Ele fu bêle, si l'a moût regardée : 
5695 A lestres d'or fu tôt antor ovree. 

Un arcevesque de moût grant renomee 

Do poîg li oste par bone destinée, 

Les lestres list oiant celé asamblee ; 

Li rois meïmes a bien Puevre escoutee. 
5700 Li arcevesques li a dit sa pansée. 

« Droiz amperere, » fet il, <c s'i vos agrée, 

Bien vos dirai que dévisse Tespee. 

Quant Charles Maignes ot Espangne aquitee, 

Au revenir fu Nerbone trovee. 
5705 Et con li rois Tôt prise et conqestee, 

A .XV. contes fu le jor presantee, 

Mes de toz fu guerpie et refussee, 

Qant Aymeris a la chiere menbree 

La demanda et el li fu donee. 
5710 Et Charles Maignes li ot sa foi jurée 

Ja ne seroit an icele contrée, 

Ses asailloit la pute gent desvee. 

Nés secorust Torifanble levée. » 

A ces paroles randi Guibert Tespee, 
5715 Et i la prist, o fuerre Ta botee. 

Devers ses frères a sa chiere tornee ; 

CLXXIV. 5694 A bone ; A tporee — SôgS A lestree — 5697 A 
sanz point de demoree — 5698 C lut; -4 uoiant; C aunee — 6700 
A mq. — 5706 C a .xxx. contes lot — 5708 C Cuens A. — 6709 
et el] A ele — 3712 C se lasailloient — 5713 C Ne! ; C loriflanbe 
— 3715 C la prant 



LI NERBONOIS 23 1 

Com i les voit, dist lor resson manbree. 

« Et vos, segnor, qex est vostre pensée ? 

Vos avez moût ceste terre aamee ! 
5720 La loi avez a la beste esgaree : 

Puis que el a bone pesson trovee, 

A grant anui enn est puis retornee. 

Autresi est, c'est vérité provee, 

Qant vostre père a la chiere menbree 
5725 Ne secorez vers la gent desfaee, 

Que asis l'ont en la cité loëe. [b] 

Et la contesse, que avez obliëe, 

La mellor dame qui soit de mère née, 

Asisse l'ont la gent desmesuree, 
5730 Tolu 11 ont et l'issue et l'antree, 

Le bien de fors et le vin et la blee. 

Qui or avroit farine belutee, 

Dedanz Nerbone la fort cité loée, 

Contre or molu li seroit ja pesée. 
5735 Et se paien, la pute gent desvee, 

Savoient ore con la chose est alee, 

Que l'ost de France fust por aux ajostee, 
Ne l'atendroient mie. » 



CLXXV 

Tant ont parlé au roi li mesagier, 
5740 Que les espies, qui venoient derier, 
S'en sont venuz delez aus apuier. 
« Droiz amperere, y> dist Guillame le fier, 



5719 C enamee — 5723 C Autretel estes — 5725 C entre la g. 
desuee — 5726 A ont — 5728 A q. de m. fiist n. — 5733 A fondée 
— 5734 Contre] C A— 5736 A la pure destinée — 5737 C aunee 
CLXXV. 5739 A ont mq. — 3741 A Se; C ileques a pouier — 
5742 A dist G* al uis fier, C ce dit Guibert le fier 



232 LI NERBONOIS 

« Ce sont ilci li pèlerin palmier 

Qui vos donastes l'autre jor a mengier, 
5745 Qui vos disoient qu'erent peneancier. » 

Et dist Guibert : ce Non sont, par saint Richier ! 

Ainz sont espies a la gent Taversier. 

Ci les a fez Tamiranz envoler 

Por vo covinne veoir et encerchier. 
5 750 A Tamirant s*an aloient arier, 

Con les felmes avec nos reperier. » 

Li rois Tantent, prist s'an a leescier, 

Chascun a fet monter sor un destrier 

Et tote jor delez lui chevalchier. 
5755 Qui les oïst latimer et tancier 

Et nostre loi honir et abessier 

Et Mahomet lever et essaucier! 

« Sor totes choses doit Mahom estre chier, 

Qui fet soëf et oré et tampier 
5760 Et si nos done le boivre et le mengier. » 

Et dist Guibert : « Vos mantez, paltonier. 

De Mahomet ne doit nus hom pledier. 

Vérité fu, nostre sire Tôt chier, 

O les profetes Penvoia preeschier, 
5765 Par lui nos dut nostre loi ensegnier ; 

Mes i but bien de fort vin un setier, [c] 

Puis se coucha dormir en un fumier, 

Tant que porciau Ti alerent mengier. » 

Danebrun Tôt, le sanc quide changier. 
5770 De sa gaîne tret un coltel d'acier, 

Dom toz li menches fu ovrez a or mier ; 

Par les coûtez le vost Guibert lancier, 

Desor la hanche li fait les dras tranchier ; 



5744 A Que — 5746 C mq, — 5747 C Espies sont; A V mq, — 
5748 i4 Ca — 5749 A uos couinnes — 5751 C mq, — 575 a C 
prent soi — 5755 C latimier — 5758 C tote chose — 5764 A Qo 
— 5766 C Mes que il but — 5769 C sans cuida — 5773 A fist 



LI NERBONOIS 233 

Dex le gari, q'an char no pot tochïer. 

5775 Voit le Guillames, n'i ot que couroucier. 
Il trait l'espee, dom li ponz fu d*or mier; 
Ja en etist ocis le pautonier, 
Con Guibert dît : « Frère, ne le tochïer ! 
Oncor, espoir, nos avra il mestier. » 

5780 Li ampereres ne se vost atargier, 

Par tôt son règne fet ses briés anvoier : 
Au barons mande l'amperere al vis fier 
Qu'i n'i remaingne sergent ne chevalier, 
C'a lui ne viengne sor les menbres tranchier 

5785 Por secorre Nerbone. 



CLXxyr 

Tant ont li mes chevalchié et erré, 

Que les granz ost de France ont ajosté. 

A Orliens sont venu et asenblé, 

.li. bones Hues ont le pals pueplé 
5790 Entor Orliens environ et en le. 

Ilecques sont .iiii. jors sejorné. 

.lii. rois i ot estre l'autre barné. 

Rois Lools les en a apelé. 

a Segnor, » fait il, « or oiez mon pensé! 
5795 Quens Aymeris m'a secors demendé ; 

Car en Nerbone l'ont paien enserré ; 

Vez les mesages qui bien le m'ont conté. 

5774 C mq. ; A ne la tochier — 5776 AC le sanc (C sens) quide 
changier — 5776 C Lespee trest — 5780 A plus targier — 6783 C 
Que a lui uiegnent s. et c. Ne ni remengne un tout seul escuier 
— 5784 A Que il ne v. 

CLXXVI. 5786 C aie — 5787 C Ca lost de France ftirent tuit ; 
A asamble — 6788 A atraue — 5790 A mq, — 5792 C iôrz; C 
este — 5793 AC apelez — 6794 A dist — 5796 AC si ma s. 
mende -r 5796 C a N. — 5797 A mesage ; C qui lont ici c. 



234 ^1 NERBONOIS 

Et de Colongne, n'a pas .iii. jorz passé, 

Me sont venu ausi brief seelé, 
5 800 Que ancontr'ax sont Senes révélé ; 

Car Guitequin, qui moût a de fierté, 

Veut asegier Colongne la cité. 

Segnor baron, que vos en est a gre ? » 

Con li baron ont le roi escouté 
58o5 Et il olrent d'Aymeri le manbré 

Qui tant avoit vaselage et bonté, [d] 

A une voiz se sont tuit escriè : 

« Droiz amperere, por Dieu de maieté, 

Puis q'Aymeri vos a secors mandé, 
58 10 Alom i tost, n'i oit plus demoré, 
Si secorom le conte ! » 



CLXXVII 

Qant Tamperere a sa gent entendue, 
Qui tuit li loént qu'Aymeri face aUe, 
Adonc comende que Tost soit esmeUe, 

58 1 5 Que par Sesoingne sera la revenue. 

Lors s'acheminent, qu'i n'i font atendue. 
Tôt au devant an vont la gent menue. 
Et puis le roi de France l'asolue, 
Qui d'Aymeri secorre s'esvertue. 

5820 Et li baron, qui proëce salue, 

Droit vers Nerbone ont lor voie tenue, 
Si chevauchèrent a grant rote estendue 
Por Aymeri secorre. 



5798 C .ii. — 5799 C a. V. ; il bricus — 58oo C Que cntraut 
sont Saine r. — 58oi C Que; C tant ~ 58o5 A a Aymeri 

CLXXVII. 5814 A adoc — 58i5 C Car; C s. la gent ucnuc — 
58i6 C II; C que; il ni a a. — 5817 il Et — 5822 A Et 



LI NERBONOIS 235 



CLXXVIII 

Nostre amperere ne s^asetira mie, 

5825 Ainz chevalcha o sa grant ost banie. 
Moût i ot gent et fiere baronie : 
Cil de Brubant, de Flandres la garnie, 
Rois Boniface li marchis de Pavie, 
Jefroi d'Anjo ne s'i oblia mie 

583o Ne Salemons qui les Bretons an guie ; 
S'i fu Richart li dus de Normendie, 
De chevaliers mainne grant compagnie ; 
Cil de Herupe, la bone gent hardie, 
Ront avec aus fiere chevalerie. 

5835 Tant chevalchierent l'anbletire série, 
Desus le Rosne pristrent herbergerie. 
Se cist ataingnent Tamirant de Persie 
Et ses paiens, qui Damedex maldie, 
Bien poront dire moût iert corte lor vie ; 

5840 N'an iront sans bataille. 



CLXXIX 

Desus le Rosne fu li olz herbergiez 
Jusq'al matin que jorz est esclairiez. 
Li amperercs, qant i se fu chauciez, 
En apela .iiii. contes proisiez. [106 a] 

5845 L'un fu Guillame le marchis ansegniez, 

CLXXVIII. 58a5 A a; C baronie — 58a6 C mq. — 5828 C li 
sires — 583o -4 Et — 5834 C Font — 5839 A cs\',C cortc sera 
1. V. 

LXXIX. 5842 A que il fu e. — 5844 A II en apele ; C pcraiez 
— 5845 C dOrenge lenseigniez 



236 LI NERBONOIS 

Bernart Tainné et Hernaut le hetiez 

Et Guibelin qui lor fu envoiez. 

« Segnor baron, » dist li rois, <c ore oiez ! 

Pernez vos armes, si vos apareilliez; 
585o Jusq'a Nerbonc mie ne vos targiez, 

Tant que truissiez les paiens renoiez 

Qui en Nerbone ont François asegiez. 

Totes lor tantes et lor estre voiez 

Et les antrees de lor ost espiëz, 
5855 De qel part est li asauz comenciez. » 

Et dist Guillames : « Onques ne fui si liez ! 

Nos irom donc, que plus n'ert respitiez, 
Veoir Tost sarrazine. » 



CLXXX 

Or ont li frerre bien lor gent aprestee. 
586o .Xx. mile furent de bone gent armée. 

Pas avant autre ont l'angarde montée. 

Aymeris fu en la grant tor carrée 

Et Hermanjart la contesse senee. 

A la fenestre fu la dame anoree; 
5865 Ele regarde contre val la valee, 

Et vit venir tant' ansaingne levée, 

Inde et vermelle, de soie colorée. 

« E Dex, aide ! » dist la dame anoree. 

« Sire Aymeris, frans quens, chiere menbree I 
5870 Qel gent est ce qui Tangarde a montée? 

Lasse, se c'est de la gent desfaee, 

5848 A car moiez — 5852 en] -4 a — 5853 C loges v. — 5854 C 
(et mq,) ost lote e. — 5856 A Voir d. ; ^4 fu — 5857 C Nos en 
irom (donc mq.) ; que] A \2i\ A respitie, C respitiez 

CLXXX. 5862 C sor — 5865 A Et le r. — 5867 C et mq, — 5870 
C sont ce 



LI NERBONOIS 287 

Tuit somes mort, que n'i avrom durée! » 

Aymerîs a rorifamble esgardee ; 

Bien sot q'el fu de France la loëe ; 
5875 Ses filz GuîUames Ta devant l'ost portée. 

(c Dame, » dist il, « soiez aseûreee ; 

De nule riens ne soiez esfreee ! 

Vez la Guillame, Torifanble levée, 

De France amainne moût bêle gent armée ; 
5880 S'i vient Bernart a la chiere menbree, 

Hernaut li rox qui moine grant posnee, 

Et Guibelin, qui ait bone durée. 

Ce sont vos filz, dont fûtes adolee [b] 

Qant s'an alerent an France la loëe. » 
5885 « Dex, » dist la dame, « con sui beneiiree ! 

Sainte Marie, con m*avez confortée ! 

Cil destruiront la pute gent desvee, 

Qui si nos ont gasté ceste contrée 

Et la vitaille desfandue et veee, 
5890 Que tote en est la cité afamee. 

Dex nos en doint vanchance ! » 



CLXXXI 

La dame garde d'autre part le larriz, 
S'i a veti .ii. mile fervestiz. 
Près de l'angarde, delez le pleseis, 
5895 Voit tante ansaingne de vert paile o de bis 
Et de vermeil, de blanc con fior de lis. 
ce Esgardez, sire, » dist la dame gentis. 

5872 que] Aïa— 5877 A csfrec — 5878 A Gull'; etc, C loriflanbe 

— 5879 ^ moine, A amainnent — 588o A H'naut — 5884 A Qui 

— 5889 A gastee, C ueee — 5890 C agastee 

CLXXXI. 5892 CD contre ual; i4 do — 5893 X Et a — 5895 
C Vit — 5896 A uermex de blans 



238 LI NSEBONQIS 

« Ves la grant gent ! Par foi le vos plevis, 
Ne saî s'i sont de la gent TAupatris, 

5900 Qui vient aidier l'amirant des Persîs. 
Se ce sont il, tuit somes morz et pris. » 
Lors les regarde li bons quens Aymeris, 
Qui voist Tansaingne Boniface au marchis. 
Adonc parla li frans quens potels. 

5905 a Dame, » fet il, « ce sont de vos amis. 
C'est Boniface le fort roi segnoris, 
S'i est Garin nostre filz li hardlz, 
Qui li rois a oltroié son pals. » 
Con l'ot la dame, s'en a gité un ris. 

5910 « E Dex », dist ele, c voirs rois de paradis! 
Cist destruiront les paiens malelz 
Et l'amirant qui sire est des Persis. 
Mar vinrent a Nerbone ! » 



CLXXXII 

Dame Hermanjart se prist a regarder. 
591 5 Devers Espangne lez la coste de mer 

Voit moût grant gent venir et cheminer 

Et tante ansaigne desploier et mostrer ; 

Armes ont noires, ne reluisent pas cler. 

c( Sire, » fet ele, a or quit bien sanz fauser 
5920 Que ce sont la Sarrazin et Escler. [c] 

O vif deable en puet on tant trover? » 

Cuens Aimeri les prist a aviser, 

5899 C lÂupatriz — Sgoo C de Persiz — 5901 tuit] C nos — 
5902 C frans q. seignoris — 5906 C Ces B. li bons — 5907 AC 
le hardi — 5909 C La d. lot si a — 5910 C Et, A mq,; A fet; C 
père de p. * 59 11 A ocirront; A arabis — 5913 A qest tire; C 
de — 5913 ^ Mar il uint 

CLXXXII. 5916 C Et uit gr. — Sgiy A unt ansaingnes — 5919 
bien] C ge — 5933 A Ot lAimeri ses pr.;ilC a rauiser 



LI NERBONOIS 23g 

Vit en lor armes les croiz estanceler ; 

Lors a tel joie, qu'i né se puet celer. 
5925 « Dame, » fet il, « ne vos covîent doter : 

Ci voî venir le gentil bacheler 

Que l'an apele le chetif Aymer. 

Ainz ne doingna dedanz vile osteler; 

Tozjorz se paine de Sarrazins grever. » 
5930 « Dex, » dist la dame, <c toi en puise aorer! 

Se sor païens vient ilci au chapler, 
I les metra a honte. » 



CLXXXIII 

Que que il ont lor resson devisee, 

Li quens Guillames a l'engarde montée 
5935 A .XX. mil homes de bone gent armée. 

Devant aus gardent el fonz d'une valee, 

De paiens voient la terre si pueplee : 

De fuerre viennent la pute jent devee, 

Grant proie amainent qu'il ont prise et robee ; 
5940 De bues, de vaches i a grant asamblee, 

D'ornes, de famés i fu grant la crlëe ; 

Forment les bâtent la gent desmesuree. 

Li quens Guillames a la noise escotee; 

Dist a Bernart : « Veez quel destinée 
5945 Que Damedex nos a ci amenée ! 

Or i parra qui ferra de l'espee ! 

Hui verrom ceus a qui proëce agrée ! 

Qui bien ferra, s'anor sera doblee, 

5923 A \o; A retanceler — 6924 C pot — 5926 C cortois — 5980 
A en mq. — 5931 C uienent cist a — 5932 C metront. 

CLXXXIII. 3933 A Qan que - 5936 el| AC le — 5937 A Vit 
de pai' — 5939 A amainet, C moment; A ot; C que prise ont — 
5940 C ot gr. aunee — 5945 A aprestree — 5947 ceus] A nos — 
5948 A fera 



240 LI NERBONOIS 

Et quî morra, s'ame sera salvee 
SgSo Et devant Dieu an gloire queronee. » 

« Voir, » dist Hernauz, « ci a resson menbree. 

Moût desirroie a veoir tel jornee. » 

A icest mot a s^ansaingne escriëc. 

Vers les paiens poingnent de randonee; 
5955 N'i ot parole dite ne devisee; 

A Tasambler fu moût grant la huëe. 

La veissiez tante targe estroëe, 

Tante hante frète, tante broigne fausee. 

Tant pié, tant poig, tante teste copee, [d] 

5960 L'un mort sor l'autre jesir guole baee! 

Des le matin jusq'a none sonee 

Fu la bataille moût fort et aduree. 

Tant i ferirent nostre gent anoree 

Qu'i desconfirent celé gent desfaee ; 
5965 Mort et navré gissent par mi la pree, 

Et grant partie s'en est fuiant tornee, 

S'i ont la proie rescouse et conqestee 

Li franc baron qui bien l'ont achetée. 

La gent desliënt qui fu anprisonee; 
5970 Puis ont la proie Lools presantee. 

Qant i la voit, grant joie en a menée, 
Les frères en mercie. 



CLXXXIV 

Li quens Guillame fist forment a proissier. 
Or escoutez con vodra esploitier 



5952 AC auoir; C(a mq.) tclc — bgbS A ont lansaingnc — 5964 
C Contre p. ; E poignant — 6956 C A laioster — SgSS A Tant h. 
fraindrc — 5969 C T. pong t. pic — 6960 C Un; C autre — 5961 
AC midi — 5965 C iurent en mi — 5966 CE en— 5968 C acheuee 
CLXXXIV. 5974 A entandez 



LI NERBONOIS 24 1 

5975 Et la bataille vers païens comencier! 
I fet armer sanz plus de delaier 

.X. mil des lor, qui tuit sont chevalier. 

De bones armes les fait apareillier. 

Que il tolirent a la gent Faversier; 
5980 Paien resanblent li nobile guerrier. 

.Ce. somiers font troser et chargier. 

Asez il mitrent a boivre et a mengier; 

Se an Nerbone les pooient fichier, 

Ne se devroient mes a pièce esmaier. 
5985 Par devant aus font les somiers chacier, 

Et li .X. mile les siuent par derier, 

Tant qu'i se puissent es pavellons plungier. 

A celui tref o il vindrent premier 

Estoit Corsubles, li filz au roi Turfier. 
5990 Li Sarrazin sont levé do mangier, 

Sor l'erbe vert se vont esbanoier ; 

Chascun tenoit le branc forbi d'acier. 

I lor demendent : « A qui sont cil somier ? » 

Ce dist Romanz et Guibelin le fier : 
5995 « Segnor, i sont au roi Aufaniër. 

De Tost issimes, .iiii. jorz a des ier; 

Puis ne finames d'errer ne chevalchier. [107 a] 

Fet avom viles et chastiax peçoier. » 

a Alez, » font il, « Mahom vos puist aidier! » 
6000 Et cil s'an pasent oltre. 

5976 A point — 5977 C .X. mile Frans — 6778 C font *- 5979 A 
V mq. — 5981 A troserent sanz tarder — 5982 C Asez uitaille i 
trousent a m. — 5983 les] il C se — 5986 A deuers; A chargier 
— 5986 C .XX.; les] C qui — 5990 il fu ~ 5991 A fresche — 5993 
A demendc ; A] ilC Et; C li s. — 5994 A Guiclin — 5997 C f. 
onques de ch. — 3999 C lesu 



te 



242 LI NERBONOIS 



CLXXXV 

François chevauchent soz les hiames enclin, 

Si sont armé con fussent Sarrazin. 

Très par mi Fost aceillent lor chemin. 

Se antrer pueent U conte de franc lin 
6oo5 Dedanz Nerbone o grant paies mabrin 

Et la vitaille que portent li roncin, 

Asez avront et pain et char et vin ; 

Devant .v. mois ne doteront voisin. 

Tant ont erré ensenble li meschin, 
6010 Que venu sont au tref Alepatin. 

« Qui 'st la vitaille ? » diënt li Barbarin. 

Guibert respont et Romanz Torfelin : 

« Segnor, el est au fort roi Aufarin, 

Par qui li sièges vint a Nerbone en fin. » 
601 5 « Bien vegniez vos! » diënt li Sarrazin. 

« Or vos conduie Mahom et Apolin! » 
Et François les oltrerent. 



CLXXXVI 

Moût sont li conte sage et de grant pansée, 
Que si trespasent celé gent desfaee 
6020 Par tel manière con vos ai devisee. 
Près de la porte de la cité loëe 
Ont la vitaille en tel guise menée. 

CLXXXV. 6003 A furent — 6004 C c. palazin — 6oo5 C el p. 
mmrbarin — 6008 A .i. — 6009 C aie; i4 li conte et li m. — 6010 C 
Qui sont uenu; A alaupatri — 601 1 AC Qui est ; C la uiende — 
6014 C en 

CLXXXVI. 6018 C et m^. — 6019 si] A tant; celé] il de la — 
6033 A aportee 



LI NERBONOIS 248 

Vindrent au tref Mauprin de Valfondee. 

I lor demande : « O avez vos trovee 
6025 Celé richece que ci avez trosee? » 

Et dist Romanz : « Ja ne vos ert celée : 

El est Felis le roi de Valsegree. 

Por lui avom mainte vile robee ; 

Tant avom fet, que l'avom conquestee. » 
6o3o tf Alez, » font cil, <c n'i fêtes demoree, 

A Mahomet, qui mainte ame a salvee ! » 
Et Frans s'an pasent oltre. 



CLXXXVII 

Franc s'an paserent et rangié et serré. 

Vienent au tref o Clargis ont trové. [b] 

60 3 5 I lor demende : «c Qui sont cil mul trosé 

Et cel avoir que avez amené ? » 

Ce dist Guibert et Romenz le menbré : 

« Sire, nos somes François par vérité, 

Cil qui alames an France le régné. 
6040 Qant nos oissimes o vos dé la cité, 

Par mi cest ost nos eUtes guié 

Tant que tuit fumes venu a salveté. 

An France alames, si avom tant ovré 

Que nos avom le secors amené. 
6045 Cist vont veoir Aymeri le barbé : 

Conseill pfandrom de randre la cité. 

Bien nos avez conduit a salveté. » 

Ce dist Clargis : a Par Mahomet mon De, 

6027 A Valfondee — 6028 C tante v. praee — 6o3o A il; C ne 
— 6o3i C tante; A home — 6o32 C Et François p.; A p. oltrent 
CLXXXVII. 6o33 A François san pasent — 6o34 il ot — 6o35 
C li mur — 6o36 C tel ; C que il ont — 6037 il Se; C ladure — 
6039 Cil qui] C Qui en — 6042 tuit] C nos ; C aie — 6044 le] C 
grant — 6045 C menbre — 6046 C prendront — 6048 Ce] C Et 



244 ^^ NERBONOIS 

Alez an tost, n'i ait plus aresté ! 
6o5o S*etes quenuz, tuit seroiz découpé. » 
Et cil s'an tornent, qu'i n'i ont aresté. 
Aufarion ont an son tref trové, 
En sa conpangne sont .iiii. roi chasé 
Et Mabon de Tolete. 



CLXXXVIII 

6o55 Tant ont erré li chevalier vaillant, 

D*unes et d^autres au Sarrazins pariant, 
Que de Nerbone virent la porte grant. 
Ilec estoient Sarrazin et Persant ; 
De très a cordes il trovent plus de .c. 

6060 L'aumaçor sont et al fort amiram. 

« Dex, » dist Guibert, « que dirom ore avant ? 
Ci n'a mestier charme n'enchantement» 
Mes do ferir de Tespee tranchant ; 
Ne porriom ci paser autrement. » 

6ô65 c Qi 'st la vitaille? » ce a dit l'amirant. 
Guibert respont : « Vos n'i avez néant. 
Mal dahaz oit anz o nés par devant 
Qui ainz por vos l'aporta tant ne quant ! 
La vitaille est Aymeri le ferrant, 

6070 Qui mal gre vostre Tavra ainz l'anuitant. » 
L'amirant Tôt, moût ot le cuer dolant, 
Si an jura Mahom et Tervagant : [c\ 

« Panduz seroiz ainz le soleill cochant ! » 
Guillames Tôt, moût s'en vet airant. 

6075 I tret l'espee, don bien tranche le branc, 

6049 C mq, — 6o5o tuit] C uos — 6o5i C uont; C demoré 

CLXXXVIII. 6o38 Cla i — 6o63 Mes] C Que * 6o65 A Qi 
est, C Quit — 6067 A Que daz et — 6070 Qui] A Tôt — 6071 C 
ot mq, — 6073 A II; A répète le vers — 6074 C gramoiant — 
6075 C Lcspee trest; AC \i brans 



LI NERBONOIS 246 

Fiert Taumaçor de Cordres maintenant. 
Et Guibelin refiert un roi persant. 
Por ices .ii. comença IVstor grant. 
Et ii François n'i vont plus délaient : 
6080 Les somiers chacent jusq'al portes avaût, 
Puis retornent arierre. 



CLXXXIX 

En Guillame ot moût hardi chevalier. 

Jusq'a la porte fet les somiers chacier, 

Et puis retorne inelement arier, 
6083 Si fet corner un grêle menuier. 

Aymeris l'ot an son paies plenier; 

Garin apele d'Ansetine le fier. 

« Je oi un cor en cest ost greloier. 

Ne sai que pansent cil paien losangier. 
6090 Par aventure c'est por nos angignier. 

A celé porte voi charchié maint somier ; 

Se nos ceanz les polom sachier, 

Bien nos porroient oncor avoir mestier. 

Adobez vos, nobile chevalier ! » 
6095 Et cil responent : « Bien fet a oltroier. » 

Vestent haubers, lacent hiames d'acier, 

Çaingnent espees a lor flanc senestrier, 

A lor cous pandent lor escuz de cartier, 

Es destriers montent sanz point de respitier, 
6100 Par mi la porte s'en issent Ii premier. 

Lors velssiez fier estor comencier, 

6076 C a itant — 6078 A icest — 6080 A devant — 6081 Puis] C Et 
CLXXXIX. 6o83 C Eniuque as portes fist — 6084 C Si retor- 
nerent; A retornent — 6o85 -4 Et — 6086 an] C de — 6087 C 
dÂnseuse — 6088 A loi ci ; C cele — 6089 C p. auersier — 6091 
C tant — 6092 C chacier — 6095 C Ii dient — - 6096 A hauberc ; 
A hiame — 6097 A flans ~ 6099 C plus de deloier 



246 LI NBRBONOIS 

Tante hante fraindre et tant escu percier 
Et tant hauberc derompre et desmaillier, 
Tant Sarrazin morir et trebuchier ! 

6io5 Antre Romanz et Guibert le guerrier 
Vont Danebron a Aymeri baillier. 
« Sire, » font il, « vez ci le mesagier 
Q*an doce France ala por espiër. » 
Dist Aymeris : « S'an avra son loier. 

6110 Par saint Denis, i le comparra chier ! » 

Dist Danebrun : « Ne vaut rien menacier. [d] 
Que poëz vos en ma mort gaangnier ? 
Mes prenez an et argent et or mier. 
•liii. chameix vos en ferai charchier. 

6 1 1 5 Cendaus et pailles qui sont et bon et chier 
Vos donrai ge, tant con porroiz proissier. » 
Dist Aymeris : « Ce ne vos a mestier. » 
Le destre poig li comende a tranchier, 
L'eill a crever, le nés a reongnier; 

6120 Son conpangnon refont ainsi segnier. 
Et cil comancent Mahomet a huchier, 
Par mi Post fuient ausi come lévrier. 
Paien les voient, n'i ot que esmaier, 
Moût grant duel en demainnent. 



cxc 

6125 Quant Aymeris ot esploitié ainsi 
Et il ot cex isi vilment bailli, 



6102 A Tant; Cfraite — 6106^ Danebronc —6107 Cf. cil — 6109 
C Si a. — 61 1 1 C Ni — 61 14 C somiere — 61 15 C feront b. — 
61 18 A comance — 61 19 ^4 et le nés r. — 6120 C reièt ausin 
paier — 6122 C Par les herberges f. cl. — 6i23 X le ; C ni a — 
6124 C (Moût mq,) Gr. dolor i d. 
CXC. 6125 C issi — 6126 C si laidement 



LI NERBONOIS 247 

Par mi les très s'an sont fuiant jali, 

Mahon reclaiment que il ait d'aux merci. 

La noisse lieve, et esforce li cri ; 
6 1 3o Aus armes corent paien et Arabi. 

Li quens Guillames ne se mist an obli. 

Il et Bernart, si dui frère autresy, 

Ainz .iiii. .contes si corajex ne vi. 

Chascun grant cop de Tespee feri. 
61 35 Tant Sarrazin i ont mort et feny 

Que cil ques voient moût en sont esbahi. 

Moût an ociënt li chevalier hardi. 

La o il tornent sont li ranc escleri. 

D^autre part fu li frans quens Aymeri, 
6140 II et sa gent qui de Nerbone issi ; 

Cil ront l'estor fièrement esbaudi. 

En lui n'avoient Sarrazin point d*ami. 

La o il vet, la presse départi ; 

Maint paveillon contre terre abasti, 
6145 Trébuche très, et cordes çierompi. 

Li preuz Guibert en la presse feri. 

Par desor Piaume fiert un Amoravi, 

Qui tint Biterne et Panpelune ausi. 

O cors li mist le fort espié forbi : 
61 5o Devant son oncle le vellart Aupatri [108 a] 

L'a gité mort o pandant d'un larri. 

Grant duel an font sa gent et si ami. 

« Niés, » dist ses oncles, « com ai le cuer marri ! 

Se ne vos vanche^ bien doi estre honi ! » 

6127 C en; A criant foi — 6129 C si enforce — 6i3i AC le •— 
61 32 si dui frerre] A et si home, C et Hemaut — 61 35 Ci sont 
m. et péri — 61 36 ques voient] A mq. ; C en furent c. —61 38 
C uont ; A départi — 61 39 C preuz — 6141 C ont ; A maintenent 
— 6142 A En eulx — 6143 Cderonpi •— 6145 C trébucha — 6146 
C Guiberz li preuz; A (en mq.) la presse départi — 6147 A feri 
un Arabi — 6148 C ausin — 6149 C roit ; A bumi — 6i5o C 
cuiuert — 6i5i C Le giete; AC larriz — 6i53 C iai — 6i54 
bien] C ge 



248 LI NERBONOIS 

6 1 55 L'escu anbrace, le roit espié brandi, < 

Si a brochié le destrier arabi, 

Droit a Guibert par la presse ganchi, 

Sor son escu un grant cop le feri, 

Desoz la bocle li perça et fandi : 
6 1 60 Fort fu la broigne, que maille n'en rompy. 

Ne Tanpira la monte d'un espi. 

Guibert s'anbronche, a pou que ne chai. 

Honte ot li bers, de maltalant rogi 

Por son escu que il voit si croissi ; 
61 65 Brandi l'espié a loi d'orne hardi, 

Le destrier broche, vet ferir l'Aupatri 

Desor Tescu o Apolin choissi : 

Portret il fu d'azur a or bruni. 

Par mi l'image Guibelin le feri 
6170 Par tel vertu que li escuz croissi, 

Les pièces volent, li Aupatriz chay; 

Ileques l'ont deables garanti. 

Guibert passe otre et tret le branc forbi. 

En son encontre trueve un Amoravi : 
6175 La teste o l'iame maintenent li toli. 

Mort le trébuche encoste le larry, 

Puis torne arierre le destrier arabi. 

Mes Sarrazin l'ont de si près siui, 

O veille o non, l'ont arierre sorty ; 
6 1 80 Et li vasaux forment se desfendi ; 

Gui il ataint tost a son tans feny. 

Mes jusqu'à po le feront moût mari 



6i55 C fort — 6i56il Et -*6i58 un] A moût —ôiSgiiun grant 
cop le feri — 6160 C lauberc — 6163 A par un pou ne chai 

— 6164 A il uit si, C si auoit — 6i65 C Lespie br. — 6166 C 
point — 6167 A Aupolin — 6168 A et dor ~ 6170 C le hiaume — 
61 71 A pieres; C En pièces uoie et lA. — 6173 A Ilec lonc — 
6173 A\ passa, C Guibert passa (C otre mq,); C tint — 6174 
A troua un A. — 6176 A encontre — 6178 A Et; A Ion ; A si de 

— 6180 AC Mes — 6181 A Que, C Tu — 6181 moût] C il 



LI NERBONOIS 249 

Se Dex n*an panse par la soe merci. 

Car anclos Tont si mortel anemi, 
61 85 Lancent li lances et maint espié forbi, 

Soz lui ociënt son bon destrier flori. 

Voit le Guibert, tout li sans li foi, 

Par grant besoig avoit gité un cri : 

« Secorez moi, biau pères Aimeri, 
61 90 Et vos, mi frère et mi charnel ami ! [b] 

Secorez moi, franc chevalier hardi, 
O ge perdre la vie. » 



CXCI 

Guibert li preuz a « Nerbone » escriëe 
Par .iiii. foiz a moût grant alenee; 

6195 Car anclos Tont la pute gent desvee. 
Il se desfant au tranchant de Tespee. 
Qui il ataint moût a corte durée. 
Tant en a mort, c'est vérité provee. 
Que antor lui est la place encombrée. 

6200 Romenz li anfes a oi la criëe 
Et Aymeris a la barbe mellee ; 
Celé part viennent de moût grant randonee, 
Au brans d'acier ont la presse sevrée, 
Et Nerbonois, la bone gent loëe : 

6205 La o il vont, fu moût grant la criëe. 
La velssiez mainte lance quasee 
Et mainte targe fandue et tronçonee 



6i83 nel fait — 6184 C Que — 6187 A près na le sans marri — 
6189 biau] C sire ; AC père ; A jo uos pri 

CXCI. 6199 ^ la place tote enblaee — 6201 C a la chiere men- 
bree — 6202 C part mq. ; de] A a — 62o3 A branc; A place — 
6204 Et] A Li — 6205 A tornent — 6206 C teste copee — 6207-» 
6209 C mq. — 6207 A targee ; A troconee 



25o Ll NERBONOIS 

Et maint espié don Talumele est lee. 
Tant pié, tant poig, tante teste copee, 

6210 Tant Sarrazin gésir gole baeel 

Voient Guibert antre gent desfaee, 
A lui secorre ot grant noisse menée. 
Li quens Guillames a la noisse escotee. 
Et vit son père qui la teste ot armée ; 

62 1 5 N'ot point d'escu ne de targe roëe, 

Sor païens fien a .11. mains de Pespee. 

Et voit la presse de celé gent desvee 

Et la grant fiote q'est sor lui arestee. 

a Diex, » dist Guillames, « qui mainte ame as salvee, 

6220 Sainte Marie, reine queronee, 

Se pert mon père, ci a fort destinée. » 
Point le destrier de moût grant randonee, 
Celé part vient a grant esperonee 
Por son père secorre. 



CXCII 

6225 Li quens Guillames a brochié l'auferrant 

Por aidier Aymeri le vaillant. 

Et Guibelin fu en la presse grant : 

En son poig destre tint l'espee tranchant ; [c] 

Tant a ocis de la gent mescheant 
623o Que par mi aux ne puet aler avant. 

Gietent li dars et espiez en lançant, 

Ronpu li ont son hauberc jazerant, 

De son escu n'avoit il tant ne qant, 

6210 C Meint — 6212 C ont — 6214 C II et s. p. — 6316 C 
poinz — 6218 A presse — 6219 C tante — 6233 C Le d. p. — 
6224 C Por s. son p. 

CXCII. 6228 C Dedanz s. p. (destre mq,) — 623o C pot — 633 1 
li] AC lor; A et bons et piez lancent — 6332 A iaiéran — 6)33 
A not il ne t. 



LI NBRBONOIS 25 1 

Casé li ont son vert hiame luisant, 
6235 Par vive force ont abastu l'anfant. 

Et il escrie « Nerbone » hautement. 

« Aymeri, père, car me soiez aidant 1 

Frère Guillames, ne me verroiz vivant ! » 

Aymeris Tôt, moût ot le cuer dolant. 
6240 « Nerbone » escrie, si sone un olifant. 

Lors se raliënt et si home et sa gent, 

A Aymeri an sont venu corant, 

Forment i fièrent et derierre et devant. 

Es vos Guillame a esperon brochant, 
6245 L'escu au col et o poig le nu branc, 

Fiert s'an la presse de la gent mescreant. 

Ja lor vaudra moût chier son maltalant! 

Car a ses cox n'a nuP arme garant : 

La o il pase an lesse tant gisant! 
6250 Jusq'a son père vet Guillames ferant. 

« Père, » fet il, « con vos est co venant? » 

Aymeri Tôt, si le vet regardant, 

Bien le quenut, si li dist maintenant : 

« Biax filz Guillames^ bien soiez vos venant ! 
6255 Vez la Guibert an celé presse grant, 

C'ont abastu Sarrazin et Persant. 

Por amor Dieu, car li soiez aidant ! 

S41 n'a secors, no verroiz mes vivant. » 

Guillames Tôt, a pou d'ire ne fant, 
6260 (c Monjoie » escrie, puis dist : « Venez avant! » 

A ces paroles i fiert Guillames tant 

Que par sa force vet la presse rompant. 

Bien i essaie Joiexse la tranchant. 



6234 C son hauberc iazerant — 6239 C a — 6241 C Si; A répète 
le y. 6240 après 6242 — 6242 C deuant — 6243 C Moût bien 
— 6246 C F. en — 6250 A al — 6254 C Sire G. — 6256 C Cabatu 
ont — 6257 C (car H mq,) soiez lui secorant — 6258 C no reuer- 
roiz V. — 6260 C et dist alez a. — 6262 A Par uiue f. 



252 LI NERBONOIS 

Tant en a mort, ainz qu'i viengne a Fanfant, 

6265 Que do conter seroit un anui grant. 
O voit Guibert contre terre gisant, 
« Dex, » dist Guillames, « biau père reaiment, [d] 
Je quit mort est Guibelin le vaillant; 
N'avrai mes joie an tretot mon vivant. 

6270 Mes, par ce Dieu qui maint o firmament, 
Chier le vaudrai a la gent mescreant ! » 
Guibert Toi, si se drece en estant, 
Dist a Guillame : € Que vos demantez tant? 
Tôt sui haitiez ; mal ne dolor ne sant ! » 

6275 A tant il vint quens Aymeris brochant, 

Dist a Guibert : c Con vos est covenant? » 
« A non Dieu, sire, et bien et malement; 
Car de cheval ai sofrete moût grant. » 
« Voir, » dist Guillames, « ja'n avroiz un corant. » 

6280 Es vos un Turc qui fu de Bocidant ; 
Bien fu armez desor un auferant, 
En sa conpangne sont .cccc. Persant, 
Par la bataille vet les François querant. 
A haute voiz vet le Turc escriant : 

6285 « O iés alez, Aymeri le ferrant? 
Hui te ferai vaincu et recréant. 
Mar il preis de Nerbone le gant! » 
Ot le Guillames, si li vet au devant. 
« Estez, vasal, » dist il, « n'irez avant! 

6290 Car me randez ce bon destrier corant, 
Si le donrai Guibelin le vaillant. » 
Prant un espié, q^a terre vit gisant. 
Puis a brochié le bon destrier corant,. 

6264 a mort] C ocit ; C ainz que soit — 6266 C G. choisi — 
6267 C onipotant — 6268 C le poisant — 6269 C a tr. — 6270 C 
celui qui est — 6275 A erant — 6277 C Dit Guibelin bien et 
mauuesement — 6278 C Que — 6279 C Et — 6282 C .iiii. roi — 
6287 C onc N. la grant — 6289 C fait il — 6291 A donroiz — 
6292 C Un e. pr. — 6293 C Si ; ^4 movant 



Lt NERBONOIS 253 

Brandist la hante, vet ferir le Persant, 
6295 Desor la bocle li vet tôt porfandant : 
Totes ses armes ne li valent un gant, 
Ausi les perce com un viez boguerant, 
Par mi le cors li mist l'espié tranchant, 
Mort le trébuche, si a pris l'auferrant, 
63oo A Guibelin le done maintenant. 

Et cil il monte, qui moût an fu joiant ; 
Et neporquant si ot dolor moût grant. 
Que de ses plaies li vet le sanc raient; 
Mes ne s'en plaint ne n'en fet nul sanblant, 
63o5 Ainz vet tozjors Sarrazins menacent. [/op a] 
Or sont ansamble li père «t li aniant ; 
Damedex lor doint force ! 



CXCIII 

Quant Guibelin fu montez o cheval. 

Et secoru l'orent li bon vasal, 
63 1 o Forment menacent celé gent desleal. 

A tant est vos la gent a Famiral, 

Bien sont .xx. mile, qui font grant batestal, 

De nostre gent ont moût torné a mal. 

Mes Aymeri et si ami charnal - 
63 1 5 A la bataille repèrent comunal, 

Et Nerbonois, les barons natural, 

Et li François de France la real 

Et tuit si fil, qui vers li sont leal. 

6394 C Lante brandi si feri — 6295 A Desas ; C D. la b. de la 
targe luisant — 6296 A Totent — 6397 C le; C bouqaenmt 

— 6399 C labati — 63oo A Guielin ; C dona — 63o3 C si ot il d. 
gr. — 63o3 A corant — 63o4 A ne ne f. nul s., C ne il nen f. s. 

— 63o6 A pères 

CXCIII. 63o9 A loren -* 63io C Moût se — 63i3 C .n. 
mile sont —63 18 C qui estotent leal 



2 54 LI NERBONOIS 

Sonent buisines de quivre et de metall; 

6320 Tôt an tantissent et li pui et li val. 
Lors recomence la bataille champal. 
Guillames prant une lance polngnal, 
L'escu anbrace, si a point le cheval, 
Fiert sor la targe le neveu Famiral, 

6325 Qui conduisoit celé gent cruminal : 
D'autre part pert le fer poitevinal. 
Mort Tabasti o pandant d'un costal, 
Puis escrie « Monjoie ». 



CXCIV 

Biaux fu li jors, mes près fu la vespree. 
63 3o Bien i ferirent nostre gent aduree, 

Que de France ot Guillames amenée. 

.XX. mile estoient, chascun la teste armée. 

Cui chaut de ce? Ja n'etlsent durée, 

Ne fust Guilli^mes a la chiere menbree 
6335 Et Aymeris a la barbe mellee 

Et si anfant, a qui proëce agrée.. 

Li quens Guillames a la chiere. menbree 

Tenoit Joiexse, qui tant fu redotee, 

Que Charles Maignes li rois li ot donee. 
6340 Un amuafle voit venir la valee ; 

En sa main porte une hache aceree, 

Dont demi pié fu l'alumele lee. 

De nostre gent fesoit grant lapidée; [b] 

Cui il consiut moût a corte durée. 
634S Voit le Guillames, s'a la color muëe. 

6320 C mont — 632 1 C mortal — 6324 C lescu — 6345 C cre- 
minal — 6327 C Mont ; ^ do c. — 6328 Puis] C Si 

CXCIV. 6329 A mes] et — 633o C fcri — 6335-6337 C mq.— 
6338 C loicute tint — 6340 C uit — 6342 A Grant demi — 6344 
C atent 



LI NERBONOIS 255 

« Dex, » dist li quens, « sainte virge anoree! 

Tant a li gioz de ma gent decopee ! 

Mes, par celui qui mainte ame a salvee, 

O je o lui avra corte durée. » 
635o Prant an sa main une lance aceree, 

Point le destrier, qui cort de randonee, 

Fiert le paien sor la targe roëe. 

Que i li a et perçiee et troëe 

Et la fort broingne desmailliee et falsee, 
6355 Par mi le cors li a la lance otree, 

Mort le trébuche do destrier en la pree. 

La gent paiene en fu moût esfreee ; 

En fuie tornent sanz point de demoree 

Jusq'a lor tantes, la pute gent desvee« 
636o Aymeris sone un cor a la menée, 

Si ra sa gent entor lui asamblee, 

Et puis s'an antre an la cité loëe. 

Par mi la porte, qui lor fu desfermee, 

Ont la vitaille anz conduite et guiëe; 
6365 Lors fu la vile garnie et rasazee. 

Mes Aymeris il fist maie obliëe 

De ses .iii. filz, dom il fist Fengendree, 

Qui oncor furent o fons de la valee, 

Il et lor gent de France la loëe^, 
6370 Que lor avoit Tamperere livrée. 

Arrière en Tost ont lor voie tornee, 

Mes de la gent qu'il i orent meïiee 

N'est pas en l'ost la moitié retornee ; 



6347 C a mq, ; li] C cist — 6849 C aurons — 635o C En son 
pong prant une I. carrée — 635 1 C Le d. p. — 6353 C (et mq.) 
p. et effondrée — 6354 C Et la maille a et ronpue et f. — 6355 C 
sa 1. ^ 6356 C labaii — 6357 ^ esfiree ~ 6358 C la pute ^eut 
desuee — 6359 C Eniuque au t. sanz plus de demoree — 636o C 
corne — 636i C Si a — 6362 C Si sen îstra — 6364 C lor bataille 
— 6365 A et sazee — 6367 Ç V mq, — 6370 A A ual uérs lost — 
637a A lor genz; C quil auoient m. 



256 LI NERBONOIS 

Ocis les ont la pute gent desvee. 
6375 Voit le Guillames, s'a la chiere andinee, 

Serreement ont Tangarde montée 

Et virent Post de France la loëe. 

Quant Lools a sa gent regardée, 

Qui oncor est fervestue et armée, 
638o Bien set qu'il ont fet bataille o mellee. 

Lors est montez sanz point de demoree, 

Vint a Guillame, si dist resson menbree : [c] 

« Sire Guillames, n'i a mestier celée, 

O est ma gent^ qui main vos fu livrée ? 
6385 Petite part m'en avez amenée! » 

« Sire, B dist il, c morte est et decolpee. 

Devant Nerbone gissent en mi la pree. 

Onques mes gent n'orent plus fort jomee. 

Des hui matin desi a la vespree 
6390 Avom tenu l'estor et la mellee 
Vers la gent sarrazine. » 



cxcv 

c Sire Guillame », dist li rois Lools. 
« Por amor Dieu, est ce voirs, biax amis, 
Que Sarrazin ont mes ommes ocis? » 
6395 Ot le Guillames, a po n'enrage vis. 

c Droiz anpereres, » ce a dit li marchis, 
« Je n'en puis mes, par foi le vos plevis. 
Qant au chemin fumes hui matin mis, 
Paiens trovemes armez et fervestis, 

6375 A aclinee — 6376 A lor garde — 6379 il ert — 638i C 
II; C plus — 6383 si dist] C dist li - 6384 C la g. qui hui - 
6386 C fait — 6388 C n. tele ioraee — 6389 C qa; A ioraee — 
6391 CAla 
CXCV. 6398 C a la uoie; A nos feumes tuit mis 



LI NERBONOIS 267 

6400 Plus de .X. mile sor les chevax de pris. 
Tant amenoiem chetives et chetis 
Et bues et vaches de par tôt ce païs! 
Forier estoient a l'amirant persis. 
Qant les veimes, bons rois poëstels, 

6405 Ses asaillimes, que n'i ot respit quis. 
Bien i ferimes des brans d'acier forbis, 
Tant que il furent detranchié et ocis 
Et la proie rescousse. » 



CXCVI 

« Droiz ampereres, » dist Guillame le ber, 
6410 a Vérité fu, ja no vos quîer celer, 

Qant fet eûmes ces paiens decoper 

Et les chetis trestoz desprisoner, 

Les paiens morz feimes desarmer 

Et de lor armes nostre gent adober 
641 5 Por la vi taille a Nerbone guiër. 

Que par mi Fost nos covenoit paser, 

Qui si est grant c'onques ne vi sa per. 

Maintes mançonges nos covint controvcr, [d] 

Ainz que les tantes polssiom trespaser. 
6420 Car la estoit Tamiranz d'otre mer, 

O lui .XX. rois, qui moût font a doter. 

Con ne polmes plus ilec andurer, 

Si nos covint desor aus a chapler, 

Ainz qu'a la porte polsiommes guiër 

6400 A mil ; C destriers — 6403 C le — 6406 A ni ot plus r. .quis 
— 6406 A bran — 6407 C il] A tuit; C desconfit 

CXCVI. 6410 no vos] C ne le — 6416 C couint a p. — 6417 si] 
C tant; C onques — 6418 C Mainte; A maconges, C men- 
congé; A couit; C a trouer — 6421 A fist — 6423 plus ilec] A 
sofrir ne — 6424 C les pensions; A durer 

Tome I. 17 



258 LI NERBONOIS 

6425 Toz les somiers que fessiom mener. 
Ainz que paien se poissent armer, 
En ocelmes .x. mile sanz doter 
De la gent saracine. » 



CXCVII 

Quant ot ii rois que sa gent a perdue, 
6430 Tel duel en ot, toz li sans li remue, 

Dedanz sa tante s'asist sor Terbe drue ; 

Guillame voit et sa gent qu'est venue : 

Tant ont féru sor la gent mescreûe, 

Que mainte plaie ont li plusor ette. 
6435 Li rois lor dit parole aparceûe : 

« Seignor baron, por Dieu qui fist la nue, 

Se nos avom un pou de perte ette, 

Ne cornez pas por ce la recreUe. 

Mes le matin, con Taube ert aparue, 
6440 Si gart chascun qu'oit la broigne vestue, 

S'irons an Tost sanz plus longue atendue. 

Tant que puisons cele gent mescrette 

Avoir trestote désertée et veincue, 

Qui nos ont fet mainte descovenue 
6445 De nostre gent de France l'asolue. 

Puis que avom si grant ost esmeUe 

Et jusque ci est nostre gent venue, 

Demain sera la bataille férue 
Contre la gent averse. » 

6425 Toz] C Por; C guier 

CXCVII. 6429 C Q. li r. ot — 6480 C Grant d. en a et 11 — 
6432 A Et uoit G* — 6436 C par — 6437 C nos auez — > ^39 il est 
— 6440 C que ta br. ait — 6441 C An lost iront et t. pi. daten- 
due — 6443 A tmitiont — 6443 A mq. — 6444 C tante — 6449 A 
de Perte 



LI NERBONOIS sSg 



CXCVIII 

6450 Li jorz s'an vet, la nuit vet aprochant. 
Li quens Guillames antre lui et sa gent, 
Qui sont venu do fort estor pesant. 
Se désarmèrent a lor très maintenent. 
Qant ont mangié et beii a talant, 

6455 La nuit reposent jusqu'à l'aube aparant. 

Mes or oëz d'Aymeri le puisant [uo a] 

Et d'Ermanjart la contesse vaillant. 
Qui an Nerbone fesoient un duel grant 
Tôt por Guillame le hardi conbatant 

6460 Et por Bernart qui sire est de Brubant 
Et por Hernaut a Taduré talant, 
Qui remés furent antre gent mescreant 
Defors Nerbone a fort estor pesant; 
Si quide bien Aymeri le ferrant 

6465 Que pris les aient Sarrazin et Persant, 
Por ce q'o lui ne furent repérant. 
Mes por néant an sont de rien dotant; 
Q'avec le roy sont tuit sauf et joiant ; 
Se ce seiist Aymeri le ferrant, 

6470 Moût an fust liez et si home et sa gent. 
Li gentis quens comenda maintenent 
Que tuit s'armasent chevalier et sergent, 
Et si montassent desor les murs devant ; 
Car moût redotent celé gent mescreant. 

6475 Et il si font, com oient, son coment. 
La nuit gaitierent jusq'al solau levant. 

CXCVIII. 6453 ii o f. — 6454 C Q. m. ont — 6455 La nuit] C Si 
se — 6457 A de Hm' — 6458 C Que; C f. dolor gr. — 6460 C B. 
le seignor de Br. — 6467 de rien] C ore -^ 6468 C furent sein ; 
A et uiuant — 6470 Moût] C II — 6471 C mq. — 6473 C Et en m. 
— 6474 C Qui redoutoient — 6475 C qant 



200 LI NERBONOIS 

Par Tost gissoient Sarrazin et Persant. 
Damedex les confonde ! 



CXCIX 

Oiez, segnor, franche gent anoree ! 
6480 Cest chançon doit bien estre escotee ; 

Car el est tote, c'est vérité provee, 

De haute estoire estrete et controvee. 

Oi avez de la gent desfaee 

Cornent el fu cel jor desbaretee. 
6485 L'amiranz fu an sa tente parée, 

O lui .X. rois, qui sont de sa contrée ; 

Tote sa gent fu ilec asamblee. 

La olssiez tel duel et tel criëe, 

Que demenoient la pute gent desvee ! 
6490 Li amiranz a sa gent escriëe : 

« Lessiez ce duel, foie gent esgaree ! 

Moût avez hui sofen maie jornee. 

Morte est ma gent et a dolor alee ; 

.X. mile en gist contre val celé pree. 
6495 Bien Ta Mahom hui ce jor obliëe, [b] 

La nostre gent qui est morte et dennee, 

Qant Crestian Forent si mal menée ! » 

Adonc parla li sires d'Aquilee. 

« Baron, » dist il, « or oiez ma pansée I 
65oo Par Mahomet o ma gent est voëe. 

Une no vêle me fu or ainz contée : 

Que par delà ce tertre en la valee 

6478 C maudie 

CXCIX. 6480 C chantée — 6481 C Que — 6484 C ce — 6487 C 
aunee — 6488 duel] C noise — 6489 C Que ai fesoient — 6490 
gent] A uoiz —6492 Moût] C Vos — 6493 A Mort; A menée — 
6493 ^ a; ce ior] A sa gent — 6496 A mq. — 6497 C ont ainai 
— 6499 C Amiraut sire — 65oo C par cui marne est sauuee 



LI NERBONOIS 201 

A tant de gent venue et asamblee, 

Ja n'en seroit la moitié acontee. » 
65o5 Dist Danebrun : « C'est vérité provee. 

Ce est li rois de France la loëe, 

Qui ci nos a si grant ost amenée. 

La est Guillames a la chiere manbree, 

Filz Aymeri a la barbe mellee ; 
65 lo Sa gent li a Lools comendee. 

Icil a hui nostre gent mal menée, 

Et je meïmes en ai maie soudée. 

Le poing perdu et Toreille copee. » 

L'amiranz l'ot, s'a la color muëe, 
65 1 5 Par maltalant a sa barbe jurée, 

Que mar il vindrent la gent crestiannee ; 

Atandre pueent une pesme jornee. 

Clargis apele, filz sa seror Tainnee, 

Si li comende que sa gent soit armée 
6520 Et que Tost soit jusq'al matin gardée. 

(c Sire, 9 fet il, <k si soit con vos agrée ! » 

Tôt maintenent fu sa gent adobee. 

Environ Tost est tote nuit alee ; 

Cornent et huient de ci a Tajornee 
6525 La pute gent averse. 



ce 



Toute la nuit Clargis eschaugaita 
Jusq'al matin que li jors esclaira. 
Rois Boniface la nuit se herberja, 

65o3 Â] i4 Et -- 65o4 Ja] C Que ; A la nouele — 65o5 C Dane- 
bron — 65o7 C sa gr. — 65 1 1 ^4 Cil nos ont — 65 1 2 C oi — 65 1 3 
A Le p. coupe— 65i6 C Que mal i uint; A cestriannee — 65 17 
C maie j. — 65 19 Si] C Qui — 652o C mq, — 6522 C Isnele- 
ment — 6523 A Tost m^. — 6524 C et braient 
ce. 6528 C La nuit a tant B. herberia 



202 Ll NERBONOIS 

Il et sa gent que o lui amena ; 
65 3o Anz o bois jurent tant que il ajorna. 

Rois Boniface plus ne se demora : 

Qant fu levez, son neveu apela. 

« Biax niés, » dist il, «r antandez a moi ça ! 

Fêtes armer nostre gent ça et la, [c] 

6535 Qu'i soient prest con besoig an sera. » 

« Sire, » fet il, « si soit con vos plera ! » 

Lors s'arment tuit des qu'i le comanda, 

Et Boniface melmes s*adoba. 

Qant fu armez, sor son cheval monta; 
6540 Droit vers Nerbone lorgent s'achemina. 

Rois Boniface devant lui esgarda : 

En la valee tante ansaingne avissa 

Et tant escu qui luist et fanbloia ; 

Voit Tost de France, qui d'errer s^apresta. 
6545 « Dex, » dist li rois, « con grant gent je voi la! 

S'il sont paien, n'en eschaperons ja. » 

Con Lonbart l'oient, chascun s'en esmaia. 

Et l'ost de France a tant se desranja ; 

Li quens Guillames l'orifamble porta. 
65 5o Con Boniface la vit et esgarda. 

Bien la quenut, sa gent en apela, 

Si lor a dit : « Ne vos esmaiez ja ! 

C'est l'ost de France qui a Nerbone en va* » 

Rois Boniface do tertre dévala, 
6555 II et sa gent, que plus n'i demora. 

Et vint a l'ost o Lools trova. 

Qant i le voit, moût bel le salua ; 



653o A (tant mq,) iusque il — 6533 C fait — 6535 C Si que 
prcst soient qnt — 6537 C tost — 6539 C en son destrier — 
6540 C Dr. a — 6542 C A la volée — 6543 C flanboia — 6544 
C daler — 6546 C Ce sont ; A eschaperont — 6547 C (Con mq.) 
loirent — 6548 A chascun se destra — 6549 C loriflambe — 655o 
C regarda — 655 1 A ses; ^4 apala — 6553 C Cest Looys qui — 
6556 C H; ^ uit — 6557 C uit 



LI NERBONOIS 263 

Tôt a cheval li un l'autre acola. 

Rois Boniface ses .iii. neveuz bessa. 
6 5 60 Puis ont erré tant que venu sont la 

O les paiens Guillames ancontra; 

Tant en i gist, chascun s'en merveilla. 

Dist Lools : « Par ci es les passa 

Li bers Guillames ier main qant ajorna. 
6565 Tant de paiens con ge voi jesir la 
Ocistrent li bon frère. » 



CCI 



Qant li dui roi se furent acolé, 

Lor gent asamblent, n*i ont plus demoré; 

A .xxz. mile furent le jor esmé. 
6570 Les paiens passent qui furent découpé, 

Tant que il furent an l'angarde monté. 

Li baron ont vers la mer esgardé : 

La ont veû maint chevalier armé; 

De ledes armes estoient adobé ; [d] 

6575 Lor escu sont percié et estroé, 

Et lor hauberc n'estoient reolé, 

Enrooillié sont de pluie et d'oré. 

Lools l'a Boniface mostré : 

« Esgardez, sire! Vez la gent de fierté! 
6 5 80 Vez con chevalchent et rangié et serré! 

Bien samblent gent de conbastre apresté. 

Ne sai se c'est de la gent l'amiré. » 

656o C aie — 6562 C ot — 6563 es les] C endroit — 6564 C ier 
qant il encontra — 6565 C gesant — 6566 C Si oc. li fr. C répète 
ici le V. 652J 

CCI. 6567 A asamble — 6568 A mq. — 6569 le jor] A lor 
gent — 6572 C regarde — 6576 C Ne 1. ; C pas rolle — 6577 C 
mq, ; A Enroillie sont de la pi. — 6579 C déserte — 658 1 C de 
bien fere 



264 l'I NERBONOIS 

Dist Boniface : « Or lor soit demendé. 
Se sont paien, ja seront afolé. » 

6585 Dist Loois : « Moût avez bien parlé. » 
Un latimier a li rois apelé 
De toz langajes moût bien enlatimé. 
« Sachiez, » font il, « de qel terre i sont ne ! » 
Et cil respont : c A vostre volante ! » 

6590 Desi a ceux a tost esperoné. 

Qant il vint près, si les a regardé. 
Et si a tost veû et esprové 
Que c'est des genz de la crestianté. 
De Dieu de gloire les a bien salué ; 

6595 Puis lor demande : « De qel terre estes ne? » 
Dist Aymer : « Ja orroiz vérité. 
Amis, nos somes de la bone cité 
Que asis'ont cil paien desfaé, 
Si m'engendra Aymeri le menbré. » 

6600 Con cil Tantant, grant joie en a mené. 
<c Sire, » fet il, « par moi vos a mendé 
Rois Lools au corage aduré 
Et Boniface qu'est o lui ajosté 
— Tel pueple i a nul nés avroit nonbré — 

66o5 Que vos venez veoir lor nobleté. » 
Aymer l'ot, si s'est haut escrié : 
« Segnor, » fet il, « bien nos est ancontré, 
Qant le filz Charle avom ilci trové! n 
A ces paroles sont celé part torné ; 

6610 Disi a l'ost les a li mes guië, 
Puis descendent a terre. 



6583 A et car lor soit mande — 6584 A desmenbre — 6585 
Moût] C Ore — 6587 m. b.] C estoit — 6590 A tant — 6592 mq* 
dans les mss. — 65gb Puis] C Et — 6596 C ia ne uos ert celé ' 
A ueritez — 6600 C Qant cil loi — 66o3 A qo lui est asamble — 
6604 C mq,; A a mq, — 66o5 A mq. — 6607 C dit — 6610 C De 
ci — 661 1 Puis] C Si 



Lî NERBONOIS 205 



CCII 

Aymer est a terre descendu. 

Tôt maintenant oste son hialme agu. 

O voit le roi, si est a lui coru ; 
66 1 5 De Damedieu li a fet un salu. [m a] 

« Sire, » fet il, « cil Dex vos prest vertu 

Qui tozjorz est et totes eures fu ! » 

Dist Lools : « Bien soiez vos venu! 

Cornent vos estes vers paiens desfendu ? » 
6620 Dist Aymer : « Mort sont et confondu. 

S'or aviom mon père secoru 

Et cex ocis qui le siège ont tenu. 

Le remenant ne vaudroit un festu. » 

Rois Boniface a son neveu perçu 
6625 Que onques mes n*ot c'une foiz veû. 

« Biaux niés, » dist il, « moût vos ai atendu. 

Bien vos quidoie aniin avoir perdu. » 

Lors le bessa qant il Tôt queneU, 
Puis fet joie a ses frères. 



CCIII 

663o Or sont François an Tangarde montez : 
Voient Nerbone et le paîs delez, 
Les murs de pierre et les clochiers dorez, 
Et la rivière, les vignes et les prez. 
Que Sarrazin ont trestoz désertez, 

CCII. 66i3 C Isnelement — 66i5 ^4 Da ; C li auoit un s. — 
66ig A ues p.; C contenu — 6630 A et secoru — 6621 ^ Se a. — 
6624 C ueu — 6625 A not mes — 6626 C fait il bien soiez uos 
uenu — 6627 C mq, 

CCIII. 6632 C le clochier loue-* 6634 Ca; ^ trestot déserte 



266 LI NERBONOIS 

6635 Et ont choissi les tantes et les trez; 

Trestoz en est le pais ancombrez. 

<K Dex, » dist li rois, « biaux rois de maietez, 

Tant par a la de paiens desfaezl 

M au des glotons qui les ont angendrez 
6640 Et mau des lises qui les ont chaelez ! » 

Toz ses barons a li rois apelez. 

« Segnor, » fet il, « qel conseill me donez ? » 

Dist Boniface : « Ja ne vos ert celez. 

Or mandez tost que chascun soit armez, 
6645 Et vos eschieles rangiez et dévissez. » 

Et dist li rois : <c Volentiers et de grez I 9 
Lors comendent qu'i s'arment. 



CCIV 

Dist Boniface : « Biau sire, antandez moy ! 

Guillame avra le premerien conroy. » 
665o Dist Loois : « Bien dites, par ma foy ! » 

Lors an apele Guillame devant soi. 

Et cil il vint, que no mist an deloi. 

Li rois li dist : « Je vos aim moût et croy. 

La premeriene eschiele vos oltroi. [b] 

6655 .XX. milie omes avroiz an vo conroi, 

Qui vos siurront et de cuer et de foi. » 

Qant Pot Guillames, si respont sanz esfroi. 

ce Sire, » dist il, a je Taim bien et otroi. 

6635 C Si; AC prez — 6637 C père de m.; A maiete — 6639 A 
Mes — 6640 A mq.— 6641 C demendez — 6642 AC donrez — 6643 
AC celé — 6644 C Comandez — 6646 AC gre — 6647 C Dont 

CCIV. 6648 C escoutez — 6652 A (que mq,) ne le mist en délai 
— 6655 A mile omes, C mili homes ; A an uoz conroiz — 6656 C 
Qui si uos sèment; AC dt cuer et de defoi — 6657 C Guill' lot 
si r. — 6658 C fait il ; /l i laim bien a esmoi, C ie lain meut 
auec moi 



LI NERBONOIS 267 



Cil Damedieu qui tôt a desoz soi 
6660 Nos doînt vertu et force ! » 



CCV 

Li bers Guillames a le roi antendu. 
Adonc fu liez, que onques si ne fii, 
Vint a ses homes, n*i a plus atendu, 
Si lor a dit : « Ne soiez esperdu : 

6665 Hui nos donra Jesu force et vertu. 
Armez vos tost de par le roi Jesu ! » 
Et il si firent, n'i sont aresteû : 
Maint bon hauberc i ont le jor vestu, 
Ceingnent espees, lacent maint hiamc agu, 

6670 Chascun monta sor son destrier crenu, 
La lance o poig et a son col l'escu. 
Li bers Guillames n'ot pas cuer esperdu, 
Prant Torifamble, si que tuit Tont veti, 
Et puis s'an torne, n'i a plus atendu ; 

6675 II et si home, le petit pas menu, 
Avalèrent l'angarde. 



CCVI 

Rois Loois n'i va plus atendent, 
Dist a Hernaut : « Amis, venez avant ! 
L'autre bataille menroiz ; jo vos cornent. 



6660 C Vos 

CCV. 6663 A Or fu si 1. que o. mes si ne fu — 6663 C genz 
— 6667 A plus atendu — 6669 C tant — 6670 A crcmv — 6671 A 
anpoingne 

CCVI. 6677 C nala ^ 6678 C alez — 6679 C menez ie le c. 



268 M NERBONOIS 

6680 Et VOS siuront .x. mile conbatant. » 
a Sire, » fet il, a je l'otro et cornent. » 
Lors sont armé li chevalier vaillant, 
Et puis montèrent es destriers maintenant. 
Après Guillame vont soëf chevalchant. 

6685 Voit le li rois, si en ot joie grant ; 
I les comande a Dieu le roi puisant, 
Qui hui ce jor par son dine cornent 
Lor prest force et vitoîre. 



CCVII 

La tierce eschiele a li rois comendee 
6690 Bernart Tainné, a qui moût bien agrée. 

Cil ot .X. mile de bone gent armée, 

Des chevaliers de France la loëe, [c] 

Qui plus desirrent et bataille et mellee. 

Ne fet pucele a estre mariëe. 
6695 Icele eschiele a li rois regardée. 

De Dieu la saingne, qui fist ciel et rosée. 

Et cil s'an tornent sanz point de demoree, 

Après les autres ont Tengarde avalée. 

Et Tamperere de France la loëe 
6700 La carte eschiele a Garin comendee. 

Cil d'Anseûne a la chiere menbree; 

.X. mile i ot de fort gent aduree. 

A Aymer ra la quinte livrée. 

Cil Ta moût bien et conduite et guiëc. 
6705 Tele gent ot qui moût fu redotee; 

6680 C O uos seront -- 6683 C Si en m. ; A et d. — 6685 C si ot j. 
moût gr. — 6688 C doint 
CCVII. 6690 C a cui proece agrée — 6691 C Cist; A mil 

— 6692 A De — 6693 C et estor et m. — 6697 C Et il ; ii 
tome sant point demoree — 6698 A sanz point de demoree 

— 6703 C a lautre comendee — 6704 i4 a — 6705 C bien 



LI NERBONOIS 269 

Ja ne jeust dedanz sale pavée 
N'an bore n'an vile ne soz cortine ovree, 
Mes par ces chans, chascun la teste armée ; 
Tozjorz font guerre contre gent desfaee. 

6710 Icele eschiele fu moût bien ascnee. 
Après les autres l'a Aymer guiëe. 
La siste ra rois Loois donee 
A Boniface qui a grant gent menée : 
.X. mil Lonbarz avoit de sa contrée ; 

671 5 N'i a celui ne port mace plomee 
O bon picois o gisarme aceree. 
Après les autres ont Tangarde pasee. 
La semé eschiele avoit Richart livrée 
De Normendie, a qui proëce agrée. 

6720 Cil ot .X. mile de fort gent aduree. 
L'uitieme ra Jefroi d'Anjo menée, 
Et la noivieme, qui fu plus redotee, 
Fist Lools de France la loëe : 
.Xx. mile furent de moût grant renomee, 

6725 Qui ne redotent bataille ne mellee. 
Et qant li rois ot sa gent ordenee, 
La rote an dure plus d'une grant loëe. 
Rangié chevalchent a bataille nomee. 
Biaux fu li jorz, dere la matinée. 

6730 El premier chief, Torifanble levée, 

Estoit Guillames a la chiere menbree. [d] 

Tant a sa gent et conduite et guiëe, 
Près sont des tantes a la gent desfaee. 
Un mes s'an tome coiement a celée; 

6735 Espie estoit a celé gent desvee. 

De l'ost s'an part coiement a celée, 
So vet l'amirant dire. 

6707 C En b. ; ^ na v. — 6709 C T. guerroient — 6710 C 
estoit bien ~ 6713 a gr. g.] Â gr. ioie a — 6714 A Lonbart 
6715 C ne porte grant pi. — 6717 C montée —6718 A vii. — 6721 
C liuree — 6722 C nueuieme — 6724 C mil — 6733 A Prest 



270 LI NERBONOIS 



CCVIII 

Li mes s'an torne brochant a esperon ; 

Disi au tantes n'i fist arestoisson. 
6740 O mestre tref, o Tegle fu an son, 

En vait li Turs, qui ait malelçon. 

Voit l'amirant. si li crie a haut ton. 

« Sire amiranzy que fes tu, por Mafaomf 

Vez Tamperere de France le roion. 
6745 Ampereor ont fet do filz Charlon, 

Qui nos amainne fiere procession. 

Trestuît i sont et François et Breton 

Et Hanuier. Flamanc et Borguegnon 

Et tant des autres, por voir le vos disson, 

6750 Se jes nomoie ne m'en querroit nus hom. 
Si les conduient a force et a bandon 

.Iv. des filz Aymeri le baron 

Et avec aux un roi de grant renon, 

De Pavie est, Boniface a a non. 
6755 Cil ne sont mie paltonier ne garçon, 

Mes chevalier hardi corne lion. » 

L'amiranz Tôt, si taint corne charbon, 

D'une grant pièce ne dist ne o ne non. 

Con se porpanse, si escrie a haut ton : 
6760 « Festes soner mes granz cors de leston ! » 

Et i si font sanz nule arestoisson ; 

Tôt li pals an tantist environ ; 

Au armes corent paien et Adavon. 

Aymeri fu en son mestre donjon, 

CCVIII. 6738 C uait —6739 C Eniuque; C ne — 6741 A En 
uos le Turc — 6743 il fet — 6744 A Voiz iampere «^ 6746 Qui] 
Ç Cisl — 6747 ^ Q^ ^>^; ^ Anglois — 6750 C les; ii »ea — 

6751 A conduit — 6755 C Ce — 6759 C se cric — 6763 C Et- 
clauon 



LI NSRBONOIS 27 1 

6765 S^ol des cors et la noisse et le son. 

O voit ses ornes, ses a mis a resson. 

«. Armez vos tost, franc chevalier baron ! 

Desor ces murs la defors an montom! [112 a] 

Par Tost s'adobent li Sarrazin félon. 
6770 S'il nos asaillent, très bien nos desfandron. » 

Et cil responent : « A Dieu beneiçon! » 
Lors corurent aus armes. 



CCIX 

Dedanz Nerbone se sont tuit adobé. 

Desor les murs sont Nerbonois monté. 
6775 Par devers France a li quens regardé : 

Voit tante ansaingne et tant escu doré 

Et tant hauberc et tant hiame jemé. 

« Dex, » dist li quens, a voirs rois de maieté, 

Qex gent sont ce qui d vienent armé? 
6780 Je quit qu'i viennent secorre Tamiré. 

S'i sont paien, a fin somes aie. 

Dame Hermanjart, or est bien avéré 

Ce que déistes con furent dessevré 

Mi .vi. anfanz de ceste fort cité. 
6785 Morz est GuîUames, ce quit par vérité, 

I et Hernaut et Bernart Taduré, 

Q'ersoir an Tost antre paiens lessé ! 

SU ne sont mort, si sont anprisoné. » 

Dist Guibelin : « Sire, n'i ait doté : 
6790 Au roi de France sont, espoir, retorné, 

676S A Soi lesfroiz — 677s C Si c. 

CCIX. 6774 A s. li pluflor m. — 677$ C rois — 6777 C mq. — 
6778 C père de m. — 6779 d] C la — 6782 A répète le vert (la 
première fois on j lit est or bien auere) — 6784 A grant c — 
6785 A es — ôiqo C espoir sont 



272 U NERBONOIS 

Que nos lessames delà ce bruell ramé 

A si grant ost et a si grant barné. 

Je n'en avroie les milliers aconté. 

Oncore anqui en savroiz la verte. » 
6795 Que que il ont ce dit et dévissé, 

Guibelin a Guillame ravisse, 

Voit Torifanble de France le régné. 

Que tint Guillames au corage aduré : 

Ne puet muer, de joie n'oit ploré. 
6800 « Sire, » fet il, « soiom aseûré ; 

Car hui cest jor nos a Dex viseté. 

Puis que Dex ot Eve et Adan formé, 

Si biau secors, ce vos di de verte, 

N'isi de France ne de crestianté, 
68o5 Con Lools nos a hui amené. [b] 

Biau sire père, ja ne vos ert celé : 

Vez la Guillame qui tant a de fierté ; 

L'ansaigne porte de France le régné, 

Bien la quenois a ce lion doré. 
6810 Vez après lui Hernaut le redoté. 

Senechax est de Paris la cité ; 

Vos Tan avez pieç'a le gant doné. 

El tiers conroi voi ge Bernart Tainné, 

Don li rois fist son conseillier privé ; 
681 3 Celui qui a ce qart conduit guye 

N'ai ge oncor quenut ne ravisse ; 

Mes il me vient an cuer et an pansé 

Que c'est Garin, qui tant a de bonté. 

Que Boniface a, ce quit, amené. 
6820 Mes de cel autre ne sai ge vérité 

Que voi venir si forment esfraé 

6793 C la ; i4 U moitié a. — 6794 A bien uertc — 6795 A Qanque 
il a — 6799 C pot — 6801 C Que — 6802 A répète le vers — 68o3 
de] C par — 6808 A Lansaigre — 6812 A le don — 6814 fist son] 
C a fait — 681 5 C Et cil — 6816 C qucneu nauisse -— 6830 A Mes 
que de lautre ne sai pas t. 



Ll NERBONOIS 2^6 

El quint conroi que il a ci guië ; 

Que lor escu sont noir et anfumé. 

De ledes armes sont trestuit adobé, 
6825 Si en resamblent plus fier et desreé 

Que cil qui sont si richement armé. 

Biau sire père, par la foi que doi De, 

Se Dex donoit par la soe bonté 

Que Aymer au corage aduré 
683o En seUst ja la pure vérité, 

Tost il vandroit, tant a il de fierté. 

Se c'estoit il, par Dieu de maieté, 

Paien seroient hui en mal jor antre ! » 

Andementiers qu'il ont ce dévissé, 
6835 Paien se sont fervestu et armé ; 

Es chevax montent quant il sont conreé. 

Et Tamirant ont paien adobé 

En mi son tref sor un paile roë. 

El dos li vestent un blanc hauberc safré, 
6840 Doble est la maille, tôt a fin or ovré. 

Ne crient cop d'arme un denier moneé. 

Un hiame brun li ont o chief fermé 

Ovré a pierres qui sont d'antiquité ; 

Par tel manière Torent fet et ovré [c] 

6845 Qu'i ne crient dart ne carrel ampané 

Ne cop de hache ne de branc acéré; 

A .XV. laz li ont paien fermé. 

Puis ceint Tespee au senestre costé ; 

Toise ot de lonc et demi pié de le, 
685o D'or et d'argent ot le pont enheudé. 

6823 A El cinquième conroi qui la guie; C qui — 6823 A Tuit 
lor; A afume — 6824 C sont icil a. — 6825 C resenble; A Si 
samblent estre moût forment esfree — 683o A nouele ne uerte 

— 683 1 A sa il tant de f. — 6832 C Se ce sont il — 6833 C seront 

— 6836 A corant et abriue — 6839 A Vn dos — 6840 C mq,; 
ovré] -4 or 9 safre —'6841 C Qui ne doute arme — 6844 A lonl 
et f. — 6845 A craint darc — 6846 C mq. 

Tome I 18 



274 1-' NERBONOIS 

Un grant destrier li a Tan amené ; 

Plus cort par roches que un autre par pre, 

Onques por corre ne pot estre lassé ; 

L'amiranz monte, qu'a estrier n'an sot gre. 
6855 Un roi li tent son fort escu bandé ; 

El mileu ot Mahomet pointure 

D'or et d'azur par grant nobilité ; 

Quant i Tesgarde, plus en a de fierté. 

Es poinz li baillent un roit espié carré 
6860 Don Talumele ot un cspan de lé ; 

N'a home el monde, se l'en eiist navré, 

N'eûst le cors si bargi et anflé 

Que aroment n'eùst le cuer crevé. 

Qant Tamirant ont ainsi acesmé, 
6865 Fist un eslès tôt contre val le pre. 

A haute voiz s'est li feux escrié : 

« Or i parra, franc chevalier menbré ! 

Qui bien fera, par Mahomet mon De, 

Je li croistrai a doble s'erité, 
6870 Qant nos avrom cest estor afiné 
Et vaincu la bataille. » 



ccx 

Quant l'amirant ot dit ce qu'il pansa, 
.Xiiii. eschieles de sa gent ordena. 
L'une après l'autre les mist et devisa, 
687? Chascune eschiele a un roi comenda : 
.X. mil paiens a cil qui moins en a; 
Tant enn i ot, nus ne m'en creroit ja. 

6832 C roche — 6855 C son f. — 6856 A ont, C f u — 6858 de] A 
grant -- 6862 A tôt maintenant anflc — 6863 C Que meintenant ; 
A auroit — 6864 C f u — 6865 C Un e. f. ; ^ contre va — 6866 C 
li rois — 6869 A demie scritc 
CCX. 6873 A .xiii., C .xv. — 6874 A Lun — 6876 A molz 



LI NERBONOIS 276 

Li amiranz la quinzième guia, 

.Xx. mil paiens en s'eschiele mena, 
6880 Les Chanelius par devers li torna. 

De Bedolns, d'Açouparz tant i a, 

Plus d'une archiee celé rote dura ; 

Li uns glati et li autres uUa ; [d] 

Li amirax an ax moût se fia, 
6885 Les Crestians forment en menaça. 

Mes, se Dex plest qui le mont estora, 

Ançois le vespre son pensé changera. 

Car Tost de France mie ne se tarja. 

Li bers Guillames, qui ainz coart n'ama, 
6890 Devant ses homes premerien chevalcha, 

A un suen dru s*orifanble charja 

Por la première jostre qu'il i avra; 

Prist un espié qui durement trancha, 

Fiert le paien qui premier desranja, 
6895 Point le destrier, la règne li lascha, 

An sus de Tost un arpant s'eslongna, 

De joste fere moût bien s'apareilla, 

Le fort escu devant son piz torna, 

Le roit espié brandi et palmoia. 
6900 Le roi Turfier le vit et esgarda, 

Qui sa première cschiele comenda 

Li amiranz qui durement Tama, 

Mes dusq'a pou lor amistié faudra ; 

Point le destrier, de sa gent dessevra, 
6905 Contre Guillame forment esperona. 

Voit le li quens, guieres no redota, 

Le destrier point, de sa main se seingna. 

Onques l'un l'autre de rien n'aressona. 

6878 A la yv. iesme, C la uintiemc — 6880 C deuant — ôSH'S 
C li autre abaia — 6884 C li a. sa bataille guia — 6885 C Noz cr. ; 
C durement m. — 6888 C Que — 6891 C bailla — 6892 C que 
il a. — 6893 C Prant une espee que — 6894 A Vers les paiens 
fièrement d. — 6900 C regarda — 6901 C la — 6904^ Poit 



276 Ll NERBONOIS 

Tant con chevax desoz aux randona, 
6910 Se vont ferir; Tun l'autre n'espargna. 

Li rois Turfiers si Guillame asena 

Sor son escu qu'i li fraint et casa; 

Fort fu Tauberc, que maille n'en fausa, 

Et Damedex, qui le baron tansa, 
691 5 Si que la hante de Tespié tronçona. 

Sor les estriers Guillames s'afischa, 

Fiert le paien de Tespié qu'il porta, 

Le fort escu li fcndi et coupa 

Et le hauberc ronpi et desmailla, 
6920 Par mi le cors l'acier froit li guia, 

Ancontrc terre mort jus le cravanta. 

Li quens Guillames son espié resacha 

Do paien mort, qui a terre versa, [i i3 a] 

Point le destrier et « Monjoie » escria. 
6925 Paien le voient, chascun grant duel en a, 

Lieve li criz, la noisse comença. 

Paien asamblent et François par deçà; 

A Tasambler trente cors i sona. 

Icele eschiele que Guillames mena 
6930 Au comencier moût très bien se prova ; 

Car hardement Guillames lor dona, 

Que mort avoit le roi qu'il ancontra, 

Et d'autre part les paiens esmaia, 

Cex que Turfier an l'estor amena, 
6935 Qant lor segnor perdirent. 



6915 Si] AC Et; A trocona — 69x6 C ses — 6917 C le pie — 6918 
A fondj ; C brisa — 6921 C tout mort le — 6925 C ch. dolor — 
6926-6927 C mq. — 6928 A mq. — 6931 C Que — 6932 A Quil 
auoit mort — 6934 C a 



LI NERBONOIS 277 



CCXI 

Biaux fu li jors, clere la matinée. 

Li forz estorz comence et la mellee. 

Païenne gent ont soné la menée. 

Con Tune eschiele fu a l'autre ajostee, 
6940 Des chevaux est la podriere levée. 

N'i ot parole dite ne devîsee, 

Fors que chascun a s'ansaingne escriëe. 

Devant la porte de Nerbone en la pree 

Ont Crestian gent païenne encontree. 
6945 Tant chevalier corant de randonce 

Se vont ferir sanz nule demoree ! 

A Tasanbler ont grant noisse menée. 

La veïst en tante targe estroëe 

Et tante lance brisiee et tronçonnée 
6950 Et tante brogne ronpue et dessafree, 

Tant pié, tant poîg, tante teste colpee. 

Cil destrier fuient, lor resgne abandonee, 

Dom li segnor gissent gole baee. 

Li quens Guillames tint Joexse s'espee, 
6955 Que Charles Maignes le roi li ot donee. 

Sor paiens fiert par moût grant aîree, 

Qui il ataint, tost a la vie oltree; 

Contre ses cox n'a nule arme durée. 

Après le siuent a grant esperonee 
6960 La soe gent, qui moui fu aduree. 

Des paiens ont la presse desevree, 

Ferant les mainnent près d'une arbaletee 



CCXI. G936 C belc — 6943 C a lentree — 6946 Se] C Et — 
C948 A troec, E dorec — 6949 A Et tantes lances brisiees et 
troconnee — 6952 C Li ~ 6957 A consiut ; C tote — 6959 C les 
si ut — 69G1 A De p. ont si la pr. seuree — 6962 C uont plus 



278 LI NERBONOIS 

Jusq*a Morgant le segnor d'Aquilee, [b] 

Un roi qui a Tautre eschicle guiëe. 
6965 La gent fuiant est a lui arestee. 

Qant î les voit, s'a la color muëe ; 

I sone un grêle, s'a sa gent escriëe : 

« Or i parra, franche gent anoree ! 

Gardez n'oiez coardie anpansee ! 
6970 Mort est Turfier, le roi de Valsegree; 

Por c'est sa gent si tost desbaretee. 

Par Mahomet, a qui m'ame est voëe, 

Cil qui fuirra la teste avra colpee, 

Trancherai lui maintenant a m'espee. » 
6975 Qant la parole ont paien escoutee 

Que lor a dite cil Morganz d'Aquilee, 

Lieve la noisse, li criz et la huëe. 

Es genz Guillame fièrent sanz demoree 

Plus de .X. mil, chascun la teste armée. 
6980 Voit le li quens, s'a la color muëe, 

Le destrier broche, qui cort de randonee. 

En la grant presse se fiert, trete Tespee. 

Près d'un arpant antre gent desfaee 

Avoit li quens la place desconbree, 
6985 Si que par force a celé eschielle otree. 

Se Dex n'an panse et sa vertu nomee. 

Au baron ert moût griés la rctornee ; 

Car anclos l'ont la pute gent dcsvee : 

De loing li lancent mainte lance aceree, 
6990 Son destrier li ociënt. 



6964 C ensengnc — 6966 ^4 le — 6967 C Un gr. s. — 6976 A 
dit — 6977 A huz et la criée - 6986 C nel fait; ^4 et la — 6987 
C barons — 6988 C Tout lont anclos 



Ll NERBONOIS 279 



CCXII 

Mout fu Guillames dolant et antrcpris, 

Qant desoz lui ont son destrier ocis. 

I saut an piez con chevalier hardis, 

L'espee trete et l'escu avant mis. 
6995 Au paiens coupe et piez et mains et vis. 

Cui il consiut, bien est de la mort fis. 

Tant en a mort li chevalier de pris, 

Que par les mors ne puet paser al vis; 

Mes trop i ot des quiverz maleïs. 
7000 De loig li lancent les roiz espiez forbis ; 

Tôt maintenent Tetissent mort o pris, 

Ne fust « Monjoie » qu'i cria a hauz criz. [c] 

Mes bien oî Tansaingne do marchis 

Bernart ses frères qui mout fu ses amis ; 
7005 Dist a ses homes : « Mes frère est antrepris. 

Je oi crier Tansaingne saint Denis. 

Se il i muert, ja anragerai vis. 

Or i parra qui avra los et pris ! » 

Brandist Tespié au gonfanon asis, 
7010 Le destrier broche des espérons marsiz, 

Antre paiens se met tôt ademis, 

Fiert en la presse come maltalantis. 

Un Sarrazin ancontre en mi son vis, 

Do roit espié le fiert an Tescu bis, 
70 1 5 Desoz la bocle li a fret et malmis, 

N'i vaut Tauberc une foille de lis, 

CCXII. 6995 C poinz; A main, C piez — 6996 A tôt est — 
6997 A ch. hardis — 6998 C pot — 6999 C tant — 7000 C Qui 
si li 1. — 7001 C De m. — 7002 C Nerbone; AC haut — 7004 C 
estoit ses — 7005 mes fr.] C Guiir — 7008 C ne — 7009 C 
Lespie brandi; A gofanon — 7010 C point — 701 1 C scn ua — 
7012 C 9 hom 



28o Ll NERBONOIS 

Par mi le cors li a son espié mis, 
Mort Tabasti do bon destrier de pris. 
« Nerbonc >> escrie, Tansaingne do païs, 

7020 Si que Tantant ses pères Aymeris 
Dedanz Nerbone, la cité segnoris. 
Desor les murs fu li quens poteïs 
Et avec lui ses chevaliers de pris 
Et Hermanjart la contesse al fier vis. 

7025 « Dex, » dist li quens, « voirs rois de paradis, 
Je oi a Nerbone » crier a moût hauz criz. 
Or sai ge bien, venu est Lools, 
L'amperere de France. » 



CCXIII 

Dist Aymeris : « Voirs Dcx, rois jostissiers, 
7o3o La fors est ja li estors moût pleniers. 
C'est Looïs, mesirc droituriers, 
Qui me secort contre les aversiers. 
Or puet bien dire coarz sui et laniers, 
Qant je ne sui au cox doner premiers. 

7035 Biax filz Guibert, » ce a dit li quens fiers, 
« Fêtes armer moût tost vos chevaliers ! » 
Et cil respont : « Biau sire, volantiers ! » 
Les chances lacent, vestent hauberz dobliers, 
Cengncnt cspees a lor fians sencstriers, 

7040 A lor cox pandent les escuz de quartiers, 

Inelement montent sor les destriers. [d] 

Quens Aymerî ne fu pas darenicrs, 
Ançois a pris ses garnemenz plus chiers ; 

7023 C et auec eus meint — 7026 AC haut 
CCXIII. 7029 A rois Dex — 7o33 Or] A Qui — 7034 C fui — 

7036 C tantost — 7037 C responent — 7039 A mq. — 7042 
Quens] C Mes 



LI NERBONOIS 28 1 

A cele foiz li fu il bien mestiers. 
7045 El cheval monte, qui fu forz et legiers ; 

Si roidement s'afîcha es estriers 

Que soz li ploie ses auferranz corsiers. 

La porte ovri maintenant li portiers : 

Li gentis quens s'an issi tôt premiers, 
7o5o Mes après lui n'i remest chevaliers 

Ne bon sergent ne vaillant esquiërs. 

Dedanz Nerbone ne remest fors archiers 

Et les puceles et les franches molliers. 

Et li portiers reclost la porte ariers. 
7055 Au fort estor vint Aymeri premiers 

Et de ses homes avec li .ii. milliers ; 

Paiens asaillent et devant et derriers, 

Car de joster ne lor fu pas mestiers. 

Moût i fiert bien Aymeri li guerriers 
7060 Et tuit si ome, qui le siuent detriers. 

Mes a pié fu Guillame andementiers, 

Car devant lui gisoit mort ses destriers. 

Bien se desfant envers les aversiers 
Li marchis Fierebrace. 



CCXIV 

7065 Quant de Nerbone fu Aymeri issuz, 
Il et si home sor les destriers crenuz, 
A Testor vindrent anbraciez les escuz. 
Sor paiens fièrent des brans d'acier moluz, 
Moût ont ocis des paiens mescretiz. 

7044 A] A La; il] C moût — 7047 A auferraz — 7060 C ne ; il 
remaint — jobi fors] C que — 7o53 A pucele — 7066 A des 
— 7057 A au brans forbis d*acier — 7068 C Que — 7060 A des- 
triers, C derriers — 7062 C Que — 7063 C contre 
CCXIV. 7066 A cremua — 7068 A au br. — 7069 C ont mq. 



282 LI NERBONOIS 

7070 Mes oncor fu Guillatncs descenduz 

Entre païens dolans et irascuz. 

Bien se desfant li chevaliers manbruz ; 

Paien li lancent les roiz espiez moluz, 

An .XV. leux fu ses hauberz ronpuz 
7075 Et ses esquz découpez et fanduz. 

Si longuement s'est li bers desfanduz 

Que par .iii. foiz est a jcnolz cheûz. 

Qant voit li quens que il n'est secoruz, 

tt Nerbone » escrie, que bien fu antanduz. 
7080 « Aymeri, père, q'estes vos devenuz ? [1 14 ^1 

Ja soloit estre si grant vostre vertuz ! 

Et vos, mi frère, vostre los est cheûz, 

Se je sui ci ne pris ne retenuz : 

Par tote France en est voz los perduz. » 
7085 Bernart Tantant, s'est de la presse issuz, 

Dex, tant il fu li vasax irascuz ! 

Point le destrier des esperrons aguz, 

Deront la prese des paiens mescreUz. 

Si com il vet, en a .xxx. abastuz; 
7090 Jusq'a Guillame est a force venuz, 
Qui mestier a d'aide. 



CCXV 

Bon chevalier fu B^nart de Brubant. 
Tant a féru sor la gent mescreant, 
Vint a Guillame par mi la presse grant. 
7095 Li quens Bernart tint Tespee tranchant, 
Fiert un paien qui li vint au devant 

7073 A esqut — 7076 A Tant — 7084 en est] C sera — 7085 
C loi — 7086 C D. t. estoit — 7088 C La pr. ront de p. — 7090 A 
en est corant v. 
CCXV. 7093 sor] C en — 7096 C quil consiut 



LI NERBONOIS 283 

Do branc d'acier par mi Tiame iuissant, 

Jusques es danz le vet tôt porfandant, 

Estort son cop, si Tabat mort sanglant. 
7100 Par les .ii. resgnes a sessi Tauferrant, 

Vint a Guillame son frère, si li tant, 

Et cil il monte par Testrier maintenant. 

Dist a son frère : « .c. merciz vos an rant. 

Se ne fussiez, par le mien esciant, 
7105 Ocis m'eussent li gloton soduiant. » 

Dist Bernart : « Frère, Dex nos en soit aidant ! 

Ne vos faudraî en trestot mon vivant. » 

A ice mot s'en vont andui brochant, 

Antre paiens se vont ademetant, 
71 10 Au brans d'acier vont la presse rompant. 

Après eulx vont lor chevalier vaillant, 

Qui tuit cstoient hardi et conbatant 

Et de ferir sor paiens désirant. 

Icele eschiele vont François retissant, 
7 1 1 5 Ferant les mainnent une traitie grant 

Jusq'a l'ansaingne au riche roi Morgant, 

A qui les ot comendé l'amirant. 

Ilec quiderent paien avoir garant. 

Mes ne lor vaut la montance d'un gant; [b] 

7 1 20 Q'antre Guillame et Bernart de Brubant 

Ne les lesserent reposer tant ne quant. 

Forment s'esmaient li félon soduiant; 

Car li François les ferirent forment, 

Li un d'espee, Tautre d'espié trenchant. 
7125 De celé part sont Sarrazin dolant, 



7098 C De ci es d. lala — 7099 C labatî s. — 7101 C rant 
— 7103 C a Bernart — 7106 C Et dit B. (frère mq.) — 7107 
C a — 7108 A s'en mq. — 7109 A adementanz — 71 10 .4 
branc — 71 11 -4 li — 71 12 tuit] C bien — 7115 C uont — 
71 17 C oz — 7120 il Antre — 7121 ^ lessoient ^ 7123 C Que; A 
fièrent si — 7124 ^ Despic; ^ despee grant — 7125 C De ce ses - 
moient li Sarrazin forment 



284 Ï-I NERBONOIS 

Et d'autre part ont antante moût grant; 
Car Aymeris au corage vaillant 
Devers Nerbone lor fet estor pesant. 
Par devers lui, ce vos di et créant, 
7i3o Ront paien grant antante. 



CCXVI 

Devers Nerbone la fort cité antie 

Fu en esfroi la pute gent haïe. 

Car Aymeris a la chiere hardie 

Au branc d'acier fièrement les chastie, 
7135 Et Guibelin et sa chevalerie 

Qui de Nerbone fu sevrée et partie. 

Quens Aymeris tint Tespee forbie; 

Qui il consiut n'a de mort garantie. 

Paiens no voit qui a Tautre ne die : 
7140 « Cil vif deable ledement nos menie! 

Qui Tatandra, moût ert corte sa vie. » 

Bien fiert li quens sor la gent de Persie, 

Et Guibelin ne s'i oblia mie, 

Romanz li preuz et l'autre compangnie 
7145 Qui fu issue de la cité garnie. 

De celé part ont il Tost estormie. 

Et d'autre part fu la grant baronie, 

Li quens Guillames, qui proëce n'oblie, 

Bernart son frerre, qui li fu en aïe. 
71 5o Tant ont féru sor celé gent haie, 

Et avec aux lor grant chevalerie, 

7126 C orent a. gr. — 7i3o C Ont 

CCXVI. 71 3 1 A garnie — 7134 C laidement — 71 35 -4 Guiclin; 
C la — 7139 C uit; qui] A lun; C ncl — 7140 C Cist; C maie- 
ment— 7142 C en la g. paicnnie — 7143 C li; ^ a la chiere har- 
die — 7144 -4 a la chiere hardie — 7145 C issuz — 7146 il] A 
bien — 7i5o ^ la g. de Pcrsic 



LI NERBONOIS 285 

Qu'icele eschiele des Turs ont desconfie 

Et un arpant arierres resortie. 

Icele anpointe avoient bien fornie 
71 55 Nos Crestians, qui Jesu beneîe, 

Qant une eschiele des Turs est desrangie, 

Si les conduit Butor de Salorie ; [c] 

N'ot plus félon en tote paienie. 

.Xx. mil paiens ot an sa compangnie. 
7160 Qui tuit desrangent par moût fiere ahastie 

Desor François ansamble a une hie. 

A celé pointe est mal Tuevre partie. 

De Crestians firent grant deceplie, 

A plus de .XXX. an ont tolu la vie, 
7165 Moût an ociënt; li cors Dieu les maldie ! 

Li rois Butor, qui les conduit et guic. 

Point le destrier, s*a la hante brandie, 

Et vet ferir Gautier de Normendie, 

Un chevalier qui ot grant segnorie; 
7170 Arme qu'il oit ne li vaut une fie, 

Parmi le cors mist Tespié qui brunie, 

Mort Tabati an mi la praerie. 

A haute voiz escrie : « Salorie ! 

Ferez, paien, — Mahom vos beneîe ! — 
7175 Sor Crestiëns, celé gent esbale ! 

Par Mahomet qui tôt a an baillie, 

Mar s'en oisirent de France la garnie ! » 

A icest mot tret Tespee forbie 

Et vet ferir Girart de Pontellie, 
7180 Tôt le porfant disi que an l'oie. 



7162 C de — 7154 C pointe — 71 56 C de — 7157 C Iccus c. — 
7i38 C si f. ; i4 de ci en p. — 7169 ^ paien — 7160 C qui des- 
rengierent — 7162 est] A 7 — 7165 C lesucrit — 7169 qui] C 
moût — 7170 C armes; C alie — 7172 -4 M. le trébuche — 7173 
C Si escria hautement — 7174 -4 Mah't uos maldie — 7176 ^ 
a tôt — 7177 scnj A i — 7178 C trest — 7179 C Sala — 7180 C 
enfreci qan 



286 Ll NERBONOIS 

Et puis ocist Guiboîn de Pavie ; 

.liii. an a morz ; Damedieus le maldie ! 

Voit le Guillames; de maltalant gramie. 

(( Dex, » dist li quens, « dame sainte Marie, 
7185 Con cil deables malement nos manie ! 

Se no requier, ne me pris une alie. » 

Point le destrier, s'a la presse partie, 

Jusq'al paien n'i ot règne ganchie. 

N'ot point de lance, fors espee forbie : 
7190 Fiert le paien sor Tiame de Pavie, 

Tranche le cercle de Tor qui refamblie 

Et puis la coife de la broigne sartie. 

Mes li deables li a fet garantie. 

Que Tespee est vers senestre ganchie ; 
7195 Près de la teste ot la coife tranchie, 

Si que Tespee est contre val glacie, 

La guiche cope de la targe florie [d] 

E puis la teste au destrier de Sulie, 
Et cil trébuche a terre. 



CCXVII 

7200 Quant li paiens fu a terre chetiz. 

Donc veîssiez Sarrazins esperduz. 

Grant fu li criz des félons mescreUz, 

Li chaples fiers et merveillex li huz. 

Tant fu Testor longuement maintenuz, 
7205 Tote la terre quevre des abastuz. 

La veîssiez tanz Sarrazins cheilz 

7181 C Giboin — 7182 A li cors Dieu — 7183 A maltalat — 7185 
C cist — 71S9 C despce — 7 191 C Cope — yigS A hanche en est 
sclonc glacie — 7196 A mq. — 7197 i4 tranche de lespec forbie — 
7199 C il 

CCXVII. 7201 C Si V.— 7202^ la noisse; C de paiens ;il maleux 
— 7206 AC tant 



Ll NERBONOIS 287 

Et tanz ocis des bons destriers crenuz, 

Desor la terre coroit li sans a ruz. 

Mes trop i ot des païens malostruz. 
7210 Se Dex n'an panse, qui o ciel fet vertuz. 

Trop est Guillames an la presse anbastuz, 

Il et Bernart ses frerres li cremuz. 

Andementiers qu'i se sont conbastuz, 

Est un conroi de Sarrazins venuz : 
7215 Bien sont .xx. mile de paiens mescreiiz, 
- Si les conduit Isambarz li chanuz : 

C'estoit uns rois d'outre les Vax Perduz ; 

An sa compangne avoit paiens cornuz, 

Cornes ont dures si corne cers ramuz, 
7220 Mal est bailliz qui bien en est feruz. 

Et si portoient fors picois et aguz 

Et tel i ot granz fausarz esmoluz, 

Dont le jor ont maint des noz abatuz. 

François les voient, tuit en sont esperduz. 
7225 Dist Tun a l'autre : « Mal nos est avenuz ! 

Ce sont deable qui d'anfer sont issuz. 
Damedieu les maldie î » 



GCXVIII 

Quant François voient celé hidexse gent 
Qui sont cornu et noir come arriment, 
723o Li plus hardiz s'an esmaîe forment. 

7207 AC tant ; C des; A cremuz — 7208 A Dcsus ; A de sans li 
ruz — 7209 C M. tant i ont de p. mescreuz — 721 1 C feruz — 
72i3 C Que cndementrcs que il s. c. — 7215 A .x. — 7216 AC 
Isabraz — 7217 C Vns rois estoit — 7219 i4 cerf —7221 A bien f. 
p. a. — 7222 C tieus; A maint crochet — 7223 A Donc; ^ ot — 
7224 C V. si furent e. — 7225 C Dicnt entraus; AC auenu — 7226 
A sont danfer; AC issv 

CCXVIII. 7229 C coru ; A et desrierre et devant — 7280 Cscs- 
maie durement 



288 LI NERBONOIS 

Dist Tun a Tautre : « Par le mien esciant, 
Ce sont deablc et malfé voiremant. » 
Li quens Guillames les vet reconfortant. 
Bernart ses frères sonne un cor d*olifant, 

7235 Si que Toirent li François conbatant. [i i5 a] 
Hernaut li roux a Taduré talant, 
Qui freres^fu dan Bernart de Brubant, 
A Testor vint a esperon brochant, 
Et d'autre part dan Garin le vaillant, 

7240 Qui tint la terre d'Anseùne la grant ; 
Cil dui sont filz Aymeri le ferrant. 
Au fort estor vindrent esperonant. 
Lor .ii. eschieles alerent ajostant, 
.Xx. mile estoient, hardi et conbastant^ 

7245 Tuit esperonent al fort estor pesant. 
Et d'autre part li paien soduiant, 
Qui tant sont noir et de hidex sanblant, 
Dex les maudie li pères tôt puisant ! 
A lor crochez vont François acrochant 

725o Et des chevaux a terre trébuchant, 

Et puis les piqcnt contre terre en gisant 
De lor picois qui sont agu devant. 
François les voient, si les vont redotant ; 
Li plus hardiz ne s'osse trerre avant. 

7255 Voit le Guillames, le cuer en a dolant; 
a Monjoie » escrie a sa voiz hautement, 
Le destrier point par moût fier maltalant, 
Et tint o poig le branc d'acier tranchant, 
Antre les Turs se fiert de maintenent 

7260 Et après li dan Bernart de Brubant ; 



723 1 C Dicnt cntraus — yii-j A ert — 7243 A uont ansamble — 
7244 A mil— 724b C Cil esp. — 7246 C li fclon s. — 7247 C Qui 
crent n. — 7248 C onipotant — 7260 A contre terre gisant — 
7251 C Si les picolent; A si fclonesement — 7253 C si se uont 
csmaiant — 7255 C moût a le cuer dolant — 7257 A broche; C 
par son — 7269 C isnelement 



LI NERBONOIS 289 

Hernaut li rox vet après aux brochant 

Et puis Garin d'Anseûne la grant ; 

Cil .îiiî. frère vont la presse rompant. 

François le voient, après ax vont brochant, 
7265 Antre paiens se vont ademetant, 

Chaplent et fièrent sor la gent mescreant; 

Et li paien se desfandent forment, 

Sonent buisines et ces cors d'olifant, 

Et cil tabor vont tel noise menant, 
7270 Q'an n'i olst nis Damedieu tonant. 

Qui la cheoit n'avoit de mort garant, 

Que la Tescachent cil destrier auferrant. 

François reclâimment Jesu le roi puisant. 

Et Sarrazin Mahom et Tervagant, 
7275 * Qu'i lor soit en aie. [b] 



CCXIX 

Fort fu Tesior, par verte le vos di, 
Et la bataille, c'onques plus grant ne vi. 
Moût bien i fièrent nostre baron hardi, 
Mes desor toz ont Testor esbaudi 
7280 Li .iiii. frère, filz au conte Aymeri. 
Chascun tenoit le branc d'acier forbi, 
Hernaut li rox a brochié TArabi, 
De Sarrazins la presse deronpi, 
Fiert Brohadas de son espié burni, 



7263 Cil] C Li — 7264 C Et li Fr. uont après ax br. — 7266 C 
Et si fcrircnt — 7268 C les c. — 7269 C Et li t. v. grant n. m. — 
7271 C chei — 7272 A Que ne; C les foulent li d.; A maintenent 
— 7273 C le roiaument 

CCXIX. 7277 A onques — 7278 CBien i ferirent— 7280 frcre] 
A conte — 7283 C Des — 7284 A Brodas ; C forbi 

Tome I 19 



290 LI NERBONOIS 

7285 Le fort escu li fausa tôt par mi 

Et le hauberc desmailla et ronpi, 

Do bon destrier a terre Tabasti ; 

Moût ot bon mire s'il onques en gari ! 

Hernaut pase outre, qui son poindre ot fomi, 
7290 Puis met la main au branc d*acier forbi, 

Par mi son hiame fiert un Amoravi, 

Desi q'es dans le copa et fandi. 

Garin ses frères a brochié TArabi, 

Par maltalant un bon vasal feri, 
7295 Le roi Butor que devant lui choisi, 

Desor le hiame, qu'il ot a or flori, 

Les flors abat et le cercle autfesi, 

Jusq'al nasal li trancha et fandi : 

Fort fu la coife qui le chief li gari, * 

7300 Ancontre val le bon branc descendis 

Cope la teste do destrier arabi ; 

Li rois Butor a la terre chai. 

Paien le voient, si ont levé le cri ; 

Si hautement ont ullé et glati 
73o5 Que paien Font de totes parz oï. 

Plus de .X. mile sont celé part ganchi, 

Si les conduit Taumaçor de Leuti. 

El fort estor antrent tuit ahasti, 

Noz genz ociënt li quivert malel ; 
7310 Maint gentill homme ilec son tans feny, 

Qui puis ne virent ne parant ne ami. 

Tant sont François lassé et alenti, 



7285 C froissa et parti — 7286 C li fausa et r. — 7288 Mooq 
C 111; C se o. puis g. — 7289 C a f . — 7290 C La main a mise — 
7292 C De ci es d,; A le trancha — 7294 un] C le — 7296 A 
Par mi son h. — 7297 etc. C auircsin — 7298 C le — 7299 C lau- 
berc — 7300 C Icspee d. — 7301 A Tranche la t. au branc dacier 
forbi — 73o5 A par tote lost — 7307 A lamirant; A de Lanti, C 
de Luti, DE de Benti •— 7308 A Et e. C entrèrent a. ^ 7309 A 
maillei — > 7310 C Et tant preudome 



U NERBONOIS 29 T 

Près d'un arpant sont arier ressorti. 

Voit le Guillames, près n'a le sans marry, 
731 5 « Nerbone » escrie clerement a haut cri, [c] 

Si qu'Aymeri ses pères Tantroy, 

Qui se conbat o grant estor forny 

Devant Nerbone et sa gent avec luy. 

Dist a ses homes : « Je ai François 01. 
7320 II ont besoig, par verte le vos di. 

Secorom les, franc chevalier hardy ! » 

« Volantiers, sire, » Guibelin respondi. 

Lors s'an tornerent brochant tôt ahasty ; 

En la grant presse chascun d'aus s'anbasti, 
7325 Et Aymeri la presse deronpi, 

Voie lor fait au branc d'acier forbi. 

Tôt antor lui Sarrazins abasti. 

Et tuit si homme alerent après lui ; 

Tant a chascun brochié son Arasbi 
7330 Q'an la grant presse ont Guillame choissi, 

Lui et Bernart et Hernaut autresi. 

Qant i les voient, moût an sont esbaudi ; 

Mes ainz que fusent au franc conte hardi, 

Avint grant mal au viellart Aymeri. 
7335 Car paien Pont anclos et anval, 

Plus de .v.c. Pont antor asailli ; 

Li Sarrazin hidex que je vos dy 

L'ont a lor crox par le hauberc sessy, 

Si le trébuchent do destrier arabi. 
7340 Guibert le voit, près n'a le sans marry ; 
Celé part esperone. 



73i3 C Que un a.; A sont aricrre ganchi — 73 1 5 C crie; A criz 
— 73i6 C Que Aimeri ; C lentandi — y3iSA Deucrs— 7320 C par 
ucritc le di — 7321 C le — 7325 Et] C Cuens; A li ronpi — 
7326 A V. li fot —7328-4 uont (ades ajouté en marge) — 7332 
A uoit; C si an sont csioi — 7333 C quil; A fust — 7334 C moût 
mal; A au prcu conte Ay' — 7335 C lot — 7338 lor] A grant — 
7339 Si] A lus — 7340 C uit a pou del sens noissi 



292 LI NERBONOIS 



ccxx 

Aymeri ont li paien abastu. 

Voit le Guibert, grant duell en a eu, 

Par maltalant a tret le branc molu, 
7345 Et fiert Galafre desor son hiame agu. 

Que flors et pierres en a jus abatu, 

Desi es danz a le Turc porfandu, 

Mort le trébuche en mi le pre herbu. 

Puis li a dit : « Je vos ai conseû. 
7350 Por Aymeri avez loier eii. 

Por lui vos ai ce guerredon randu. » 

Li quens Guillames a ce mot antendu, 

Plus tost que pot est cele part venu, 

Et voit son père a la terre cheû, [d] 

7355 Que defoloient li paien mescreû. 

Moût tost descent do bon destrier crenu, 

Par mi le cors l'anbrace par vertu, 

Qu'il quide bien q'an Toit a mort féru. 

« He las, » fet il, a con m'est mal avenu ! 
7360 Aymeri, père, or vos ai ge perdu ! 

Or somes mort et pris et confondu. » 

Li quens Tantant, si Ta requeneU, 

Basetement li avoit respondu : 

« Biax filz Guillames, bien soiez vos venu ! 
7365 A pou ne m'ont cil paien retenu. 

Savez que est mon destrier devenu? 



CCXX. 7343 C Guibert le uii qui d. — 7345 C Galcfrc fiert — 
7346 A confondv — 7348 C labati — 7348 ^ a c. — 735o C Que 
por mon pcrc — 7353 C celc part est — 7356 C Tantost d. de 
son d. ; A cremu — 7358 C Q. tresbien cuide quil icit — 7359 
A comcst — 7361 Or] A Tuit; pris et) A après — 7365 C cist 
— 7366 C S. q. m. d. mest d. 



LI NERBONOIS 2^3 

Se or, ce quit, le m'aviez randu, 

Oncor savroient paien de ma vertu. » 

Ot le Guillames; Dex, si joianz an fu! 
7370 Prant le destrier Galasfre le chanu, 

Que Guibelin avoit mort abastu. 

Inelement Ta son père tandu. 

Aymeri monte, n'i a plus atendu ; 

Li quens Guillames li a Testrier tenu^ 
7375 Et puis remonte en son destrier crenu. 

Quens Aymeris reprant le branc molu; 

Il et Guillames, qui bien Tôt secoru, 

Resont ansamble en Testor anbastu. 

Li quens Guillames, qui moût ot de vertu, 
7380 I tret loiexse, qui Charle Maigne fu, 

Fiert un paien, qui ot non Malargu : 

Arme qu'il ait ne li vaut un festu, 

Jusq'an la sele Tavoit tôt porfandu. 

Et Aymeris en ra un conseU, 
7385 Que do destrier Ta jus mort abastu. 

Lors recomence et li criz et li bu ; 

Paien reclaiment Mahomet et Caû, 
Qu'il lor soit en aie. 



CCXXI 

Puis que montez fu li quens Aymeris 
7390 Et o ses filz se fu en l'estor mis, 

Tant ont paiens detranchiez et ocis 
Que no diroit nus hom de mère vis. 



7371 C et ucincu — 7372 C randu — 7373 C que ni a a. — 
7377 C Lui et — 7379 C tant ot — 7380 I] C A— 7381 C Un 
p. f.; C Malagu — 7383 C an larcon; tôt] C il — 7384 Et] C 
Cuens ; C si feru — 7385 C lauoit m. — 7388 C aide 
CCXXI. 7391 AC paien; A detranchie, C depope 



294 Ll NERBONOIS 

Des Sarrazîns ont fet si grant labis 
Con fet li lex famellex des brebis. [i i6 a] 

7395 An fuie tome trestoz li plus hardis 
De ci au tref Tamirant de Persis. 
Qant i les voit, si fu griés et marris. 
Il escria ses paiens a hauz cris, 
a Poingniez, baron, Mahom vos soit aidis 1 

7400 Or i parra qui sera mes amis! » 

Et cil si font, n'i ont plus terme quis. 

Son fort espié a li amiranz pris. 

Il est montez sor le destrier de pris, 

Do fort estor s'est an la prese mis. 
740 5 Tant le siuoient de paiens arabis 

Que toz an cuevre li puiz et li larris. 

Se Dex n'an panse, li rois de paradis, 

Ja i perdra li frans quens Aymeris ; 

Car a cest poindre les ont paien sopris, 
7410 De totes parz an clos et asaillis, 

Fièrent des haches et des bons brans forbis, 

Plus de .Ix. en ont morz et ocis. 

Li amiranz s*escria a hauz cris : 

« Ferez, paien, desor voz anemis, 
7415 Qui vos ont mort et paranz et amis ! » 

A icest mot les ont paien requis. 

Franc se desfandent, li chevalier de pris. 

Mes de Testor avoient il le pis, 

Qu'a chascun d'aux i ot de paiens .vi.. 
7420 A grant meschief i estoît Aymeris, 

Quant un cor sone Guillames li marchis, 

7393 C de; C un tel labiz — 7394 il de — 7396 C eau; CPenix 
etc, — 7397 C Corn — 7398 AC haut — 7399 C Seiguor b. — 

7401 Cmq. — 7402 espié] A espace vide, C destrier; C auoit 
lamiraut — 7403 C mq, — 7404 C El; C est — 740^ C siuirent 
— 7406 C tote; C la terre et li pais — 7407 C ncl fait — 7411 
A des haches mq,; il et de — 7412 C .1. — 7413 AC haut — 
7418 il] A trop — 7419 C Que a ch. (daux mq.) 



LI NERBONOIS 2^5 

Si que Tântant Aymer li chetis, 

Et Boniface li bons rois segnoris, 

De Normendie Richart li dus hardis^ 
7425 Jesfroi d^Anjou, qui fu vasaux esliz, 

Et Tamperere de France Loois. 

Tuit s'aroterent li bon baron de pris, 

Devant toz point Aymer le chetis. 

« Dex, » dist li quens, ce voirs rois de paradis, 
7430 Tenez Testor qu'il ne soit départis, 

Tant que je aie Sarrazins asantis. 

Ainz mes an leu ne fui ge si tardis. 

Que je ne fusse al premiers cox totdis. » 

Le destrier point des espérons marsiz, [b] 

7435 Fiert s'an la presse come maltalantis, 

Tint un espié dont Tacier fu burnis, 

Fiert un paien devant an Tescu bis, 

Ne li valut une fuelle de lis. 

Par mi le cors li a son espié mis. 
7440 Puis tret Tespee don li brans fu forbis, 

Fiert Agolafre le segnor de Leutis, 

Mort le trébuche, onques ne li fist pis. 

A l'autre cop rabasti mort Felis, 

Niés Tamirant et cosin fu Clargis, 
7445 Et puis le cart ra maintenant ocis. 

Diënt paien : « Cist est deables vis. 
Mahomet le confonde ! » 



7422 C loi — 7423 Ici commence B; B fort — 7424 A lefroi; 
C cuens — 7425 C gentis — 7427 AB Tuit, C La; Cl! cheualier 
— 7428 A Deuant aux toz, C Par deuant toz — 7429 AB Dcx, 
CEt; A uoirs rois, B uoirs, C pere — 7430 A que il ni soit 
guerpis — 7434 AB broche — 7435 CF. en; A com hom — 7436 C 
Un espie tint; C forbiz — 7437 C desor son escu — 7438-41 deux 
fois dans C — 7440 C Lespee tint — 7441 C i Agalafre, 2 Agou- 
lafre ; A Lantis, C Lutiz ; B deuant en lescu bis — 7442 C labatî 
que il ne -- 7443 C ra abatu F. — 7444 C et fii cousins Cl. — 
7445 C a — 7447 B M. le doint honte 



296 LI NERBONOIS 



CCXXII 

Biaux fu li jors, si fu clers li solauz. 

Forment les grieve la podriere et li chauz. 
7450 A Testor vient Aymer li vasauz 

Et tint Tespee qui tranche corne fauz. 

Vers li ne dure ne cheveluz ne chauz ; 

Ne Tosse atandre ne li bas ne li hauz ; 

Ja s'en folssent, com il vint Tamirauz. 
7455 Sor François vindrent le cors et les granz sauz 

Tex .XXX. mile qui leur font granz asauz. 

Lors recomence Testor et li toauz ; 

Desor François refu forz li anchauz. 

L'amiranz crie : «c Sarrazin, or a aux ! 
7460 Tuez François de haches et de max ! 

Vangiez Mahom et mes amis charnax ! » 

Paien desrangent ausi come girfaux. 

Sonent buissines de quivre et de metauz. 

Les escheletes pandent a lor poitraux, 
7465 Et li lorain et li fraig des chevax 

Sonent tant cler par tertres et par vaux, 

Tote an tantist la marine et li gauz. 

Se Dex n'an panse li père esperitax, 

Ainz n'acointierent François si forz jôrnax. 
7470 Car Aymeri et Guillame et Hernauz 

Et lor ami, qui suefrent les asauz. 



CCXXII. 7449 C prière — 7450 Cuint — 7451 B tient; CLespec 
tint — 7452 C A lui — 7454 A la fusent mort; B quant; A 
lamiraut — 7455 C Desor Fr. ; B uienent, C mq, ; A grant — 7466 
Tex] C A; AB grant — 7457 C cenbiaus — 7458 C granz li 
touauz — 7462 B descendent — 7463 C Et sonent cors — 7466 C 
si cler; 7467 A vax — 7468 C ncl fait ; AB li pères — 7469 A 
paien ^ A si fol, C itiex — 7470 AB Hernaut — 7471 A lor as« 



LI NERBONOIS 297 

De la bataille avront moût le noauz 

Se Damediex n'en panse. [c] 



CCXXIII 

Grant fu la noisse^ li criz et la huëe. 
7475 Li amiranz ot sa gent atinee. 

A celé anpainte fu tote ansamble alee 

O grant estor et an la fort mellee. 

.Ce. buissines sonent a la menée ; 

Tote an tantîst li monz et la valee. 
7480 Rois Lools a la noisse escoutee, 

Qui près estoit a une arbaletee. 

« Mon joie » escrie ; sa gent a apelee. 

« Baron », fet il, a nM oit plus demoree ! 

En Tanor Dieu, qui fist ciel et rosée, 
7485 Alez ferir sor la gent desfaee I » 

A icest mot paingnent de randonec 

Tuit li baron de France la loëe. 

Et d'autre part o ceus de sa contrée 

Point Boniface a la barbe mellee. 
7490 Devant toz point a grant esperonnee 

Li dus Richarz a la chiere menbree. 

Après les siut la resne abandonee 

Jefroi d'Anjou a qui proëcc agrée. 



7472 moût] C ia 

CCXXIII. 7474 A hue — 7475 AB asamblee — 7476 C pointe 
estoit a. &. ; A ansable — 7477 C dedanz la (fort mq,); B grant 
m. — 7478 B ccc. — 7479 A Tant; B puiz — 748a A sa sa g. a. 
— 7483 C or ni oit — 7484 B A — 7485 sor la] C celé — 7486 
C corent — 7487 B Toz noz — 7488 o] A toz — 7489 C la 
resne abandonee — 7490 B Deuant aus toz, C par deuant toz ; 
BC point mq. — 7491 C A point R,; AB a la barbe mellee — 
7492 C Si le siui — 7493 C a grant esperonnee 



298 LI NERBONOIS 

Et chascun d'aus a s'eschiele guiëe. 

7495 Antre paiens fièrent de randonnée. 
Lors recomence Pestor et la mellee. 
De Sarrazins font moût grant lapidée. 
Puis que tel gent fu en Testor antree 
Et vers paiens de bataille ajostee, 

7600 Moût orent puis paien cortc durée. 
Car 11 François furent gent aduree 
Et de bataille forment entalantee. 
Si tint chascun o poig destre Tespee 
O fort espié o grant hache aceree. 

75o5 Au paiens coupent maint piz, mainte coree. 
Diënt paien : « Ci a pesme jornee ! 
Mahomet sire, con dure destinée ! 
N'as mes point de puissance. » 



CCXXIV 

En grant dolor sont paien mescreant, [d\ 

75 10 Forment lesdangent Mahom et Tervagant. 

A Testor vient a espcron brochant 

Rois Lools de France la vaillant 

Et Boniface de Pavie la grant. 

Con Lonbarz virent que paien sont fuiant, 
75 1 5 Ainz ne velstes nule gent miex aidant ; 

Tant an ociënt con lor vient a talant. 

Rois Boniface a brochié Tauferrant, 

7494 AC El] B Dont ; C senscngnc cri ce — 7495 A A. paien f. 
sanz dcmorec — 7497 C tirent gr. I. — 7499 C Contre p.; B en 
estor, C a b. ; C iostce — 7500 Moût] C Si — 7501 C Que — 
75o3 B tient ; cl poig] A espace vide ; destre] A trete ; A sespee 
— 7604 BC grant ; C fort — 75o5 C le piz et la c. — 7506 A 
îorne — jboS C Tu nas p. 

CCXXIV. 7309 C A gr. — 7514 BC Quant; C uoicnt — ySiS 
B gez, C riens; BC mielz aidanz, A si fuiant — 7616 C uint 



LI NERBONOIS 399 

O grant estor consul Baligant, 

Qui sire estoit et roi de Bocidant ; 
7520 Le roi le fiert de son espié tranchant, 

Totes ses armes ne li valent un gant, 

Mort le trébuche, qui q'an plort ne qui chant. 

Un autre an fiert, si Tocit maintenant. 

u Pavie » escrie, s'ansaingne, hautement. 
7525 A tant il vint rois Looïs pongnant, 

Jefroi d'Anjo et Richart le Norment. 

Qant asamblé sont li baron vaillant, 

Païens asaillent et derierre et devant. 

Rois Lools point le destrier corant, 
75 3o Brandist l'espié au confanon pandant 

Et vet ferir le fort roi Aquilant 

O fort estor, por ce qu'i le vit grant. 

Li amperere le vet ferir avant 

Par mi Tescu d'un bon espié tranchant, 
7535 Ausi li perce com un viez boquerant. 

Et ront les mailles do hauberc jacerant, 

O cors li mist tôt Pacier burnoiant, 

« Mon joie » escrie, puis tret le riche branc. 

« Voir, » dist Guillames, « cist cos n'est pas d'anfanti 
7540 Tel roi doit bien tenir grant chasement. » 

De cestui cop s'esmaierent Persant. 

Ja s'an foîssent, com il vint Tamirant 

A .XV. mil de la gent mescreant; 

Tint une espee qui merveilles fu grant. 
7545 En la grant presse ra ocis Elinant, 

75i8 C aj. Ainz ne ueitcs home si aidant cp, jSiS — 7519 C 
Cil estoit sires — 7620 B re fiert — 7522 C labati — 7624 C crie 

— 7527 B ensemble, C aioste — 7528 B et derrierres et d. — 
7530 C Lespie brandi; A la hante —7531 C Sala f. — 7532 C 
Dedanz lestor — 7533 B Nostre emperere — 7534 C del; JB fort, 
C roit — 7535 BC le — 7536 C Le mailles ront — 7538 puis] C 
si ; i4 a tret le nu branc — 7^39 C Et d. ; A tel cop — 7540 C 
Itieus (bien mq.) — 7542 BC quant; B uit — 7544 AC merueille 

— 7545 C a 



300 LI NERBONOIS 

Droon le vieil et Fochart de Mielant; 

Qui il consiut, il n'a de mort garant. 

Voit TAymeri, celé part vint brochant, 

Do branc d'acier le fiert par maltalant, 
7550 Desor son hiame qu'il ot a or luisant, [117 à] 

Mes ne l'anpire un denier vaillesant; 

Car trampez fu par tel anchantement 

Ne crient cop d'arme d'acier ne ferrement. 

Voit TAymeris, moût ot le cuer dolant 
7555 Et dist un mot bêlement en tesant : 

<c Ai ! espee, ja seus tu valoir tant ! 

Tant as ocis de la gent Tervaguant ! 

Or ne vaulx mes la montence d'un guant. » 

Devant li garde, vit le roi Soldant, 
7560 Qui nos a mort Gautier le Tolosant. 

Dist Aymeris : <c Ne t'en iras gabant ! » 

Desor son hiame li done un cop pesant, 

Jusq'es arçons le vet tôt porfandant. 

Paien le voient, moût s'an vont esmaiant ; 
y 565 Vers l'amirant se traient li auquant. 

Mes ne lor vaut la monte d'un besant ; 

Q'a noz jenz croist vertu et hardement. 

Les Turs ociënt et deriere et devant, 

Que contre val en vet le sanc colant. 
7570 Cil destrier fuient lor resgnes traînant. 

Es vos Guillame et Guibelin l'anfant 

Et Aymer et Bernart de Brubant, 

7546 B Drcon, C Doon; B Fouqaut, C Fouch*; C de Mêlant — 
7548 C Vit — 7550 A Desus — 755 1 C (mes mq.) Ne lenpira — 
7552 i4 cel; C itel couenant — 7553 B nacier; C un denier 
uaillisant — 7554 C le cuer en ot ioiant — 7555 A i dist; bêle- 
ment] C souauet — 7558 C la monte dun besant — 7559 B 
uoit; E Boidiant — 7561 C mq, — 7562 AB Desus; C le fiert; B 
moût grant — 7563 C lala — 7564 moût] C si •— 7565 A traieent 
— 7566 A mq,; C la montence dun gant — 7567 C Ca François; 
B croisent, C crut — 7569 B li sans en uet ; C ala — 7570 C Li d.; 
A rcsgne — 7571 A Et; A Aimer — 7572 Et] CCuens;i4 Guibelin 



U NERBONOIS 3oi 

Hernaut H rox a l'aduré talant, 
Jefroi d'Anjo et Richart le Norment; 

7575 Truevent Clargis le neveu Tamirant 
A tôt .V. c. de la gent mescreant, 
Qui vers noz genz se vont moût desfandant. 
Mes Gulbelin vet celé part corant, 
Grant cop li donc sor la tarje pesant ; 

7580 Mes Damedex fu au paien aidant. 
Qui veult que il eûst bastisement. 
O veille o non, chaï de Tauferrant. 
Moût tost le pranent li chevalier vaillant 
Et tex .X. autres qui sont riche et puisant. 

7585 Puis vont chapler desus le remenent ; 
Tant an ociënt con lor vient a talant. 
Un Sarrazin s*en est tornez poingnant, [b] 

Vet les noveles conter a Tamirant : 
Pris est ses niés, Clargis qu'il amoit tant. 

7590 Com i Tantant, si démena duel grant, 
Forment lesdanje Mahom et Tervagant. 
« He! malvès dieu, deables vos cravant ! » 
Après ce mot ne vet plus atendant, 
Giete Tescu, si s'an torne fuiant, 

7595 II et sa gent, contre val le pandant . 
Tôt droit vers la marine. 



7575 A Tnieue; C Clargis trouèrent — 7676 A de la paiene gent 

— 7577 C saloient d. — 7578 C Et G. ; ^ uint — 7579-7736 lacune 
dans B, — 7579 C Un cop le fiert — 7580 C lesucrit; A garant 

— 7583 C Tantost — 7684 C riche puisant — 7586 C li cheualier 
uaillant — 7587 C aie corant — 7688 C Qui la nouele conta — 
7589 i4 ert ; C Clargis ses nies — 7590 C loi; i4 san moine un d. 
si gr. — 7592 C He Mahomet ; C d. te, A Mah*t uos — 7593 C 
nala — 7694 A toma — 7596 C a la ; il riuierre. 



3o2 LI NERB0N0I5; 



CCXXV 

Droit vers la mer Tamirant s'an torna, 

Fuiant s'en vet a tant con de gent a 

Au grant navie que il i amena. 
7600 Tôt a délivre dedanz antrer quida, 

Mes grant poor ainz qu'il i soit avra. 

Car Aymer au devant le gaita, 

Qant Looys Tamirant regarda. 

Qui de Testor se parti et sevra. 
7605 Dist a ses homes : « Baron, or i parra! 

S'i nos eschape, moût grant honte sera. » 

Qui lors velst con chascun se hasta ! 

Et Tamiranz adès esperona 

Jusq'a la mer o Aymer trova. 
7610 Celc avanture moût le desconforta, 

Cor voit il bien c'a anviz s'an ira. 

S'ansaingne escrie et sa gent ralia; 

Plus sont de mil qu'avcques li mena. 

Sor la rivière Testor recomença. 
7615 Aymer point, vers Pamirant torna, 

Si li escrie : « Vos vandroiz par deçà ! 

Aymer sui, q'Aymeris angendra. » 

L'amiranz Tôt, forment le redota, 

Et neporqant, ce dist, chier se vaudra ; 
7620 Ainz que soit pris, moût bien se desfandra. 

Aymer point et le branc antesa, 

Desor son hiame un tel cop li dona, 

CCXXV. 7597 C Tout droit enuers la mer lamirant san ala — 
7598 C a tant gent com ili a — 7602 C Cuens A. — 7603 C Loys 
— 7608 A Mes 1. toz iorz — 7610 C si ; il les — 761 1 C Or; C que 
ennuit fenira — 7612 C crie — 7613 C ceus que o lui m. — 7615 
A broche — 7616 C iroiz — 7620 C mq.; A près — 7621 et] A 
qui 



LI NERBONOIS 3o3 

Que flors et pierres contre val iiravanta, 

Mes onques plus no malmist n'empira, [c] 

7625 Car si fu forz que arme ne douta. 

Encontre val Tespee desvala, 

Au bon destrier le col par mi copa, 

Et Tamirant a terre trébucha. 

Quant i fu jus, maintenant releva. 
7630 II tint Tespee, vers Aymer s'an va, 

Le bon destrier sor qu'il sist avisa, 

Tote Tespee anz o cors li bota : 

Le cheval chiet, et Aymer versa. 

Andementiers Tamiranz esgarda 
7635 Un bon destrier que sanz segnor trova; 

Au fraing le prant, par Testrier il monta. 

Coni il fu sus, maintenent le brocha. 

Coment qu'il fust de ceux que il lessa, 

Al mains, s'i puet, son cors garantira. 
7640 Soi cart de rois a esperon s'an va, 

Et .c. paien, que plus n'en remena. 

Vint a la rive, sa galie trova ; 

A Painz qu'i pot chascun dedanz antra. 

Li amiranz le marinier hasta, 
7645 En mer s'anpaingnent, et li vanz les guia. 

Par tel manière Tamirant eschapa ;' 

Mahomet jure q'ancor se vanchera : 

Ançois un an tel gent asamblera 

Que a Nerbone .ii. tanz an remenra. 
7650 Vérité fu, ainz de rien n'en fausa : 

Ançois un an Aymeri coreça 

Et son filz Bueve en Barbastre an mena. 



7623 C trébucha — 7624 A oncles — 7625 C armes — 7626 A 
V mq, — 7627 A trancha — 7628 C Que — 7630 C Lespee tint; C 
en — 763 1 C sor coi s. — 7633 C Le destrier — 7637 C Qant — 
7038 C C. que soit — 7639 A son c. si puet g. — 7640 A cois — 
7641 C amena — 7643 C que p. — 7647 C encor — 7648-7650 C 
mq. — 7649 A remra — 7651 C Que aioz ; A .ii. anz; C aserra 



3o4 LI NERBONOIS 

Don la chaaçons si bone emprès vendra. 
Onques juglerres de mellor ne chanta 
7655 Ne de plus haute estoire. 



CCXXVI 

Li amiranz s'an vet an sa galie, [d] 

O lui .iii. rois de la gent paienie. 
Li vif deable tant les conduit et guie 
Qu'il ariva an terre de Persie. 

7660 Cornent qu*il aut, cil sont a garantie. 
Mes li François font de l'autre partie 
Devant Nerbone moût aspre deceplie. 
Cil qui remestrent furent mort a haschie, 
Car Crestian nés espargnerent mie ; 

7665 Tant an ont mort, la place en ont jonchie. 
Tuit furent mort la pute gent haie 
Ne mes Clargis ; ilcil remest en vie, 
Et li bons mires por fere compangnie, 
Si crurent Dieu le filz sainte Marie. 

7670 Bautissié furent l'endemain ainz compile 
En la cit de Nerbone. 



CCXXVII 

Quant la bataille et Testor ont fine 
Et Sarrazin furent tuit découpé, 
Plus de .XX. m. an gissent par le pre. 

7653 C après sera — 7654 C Que o. hom — 7655 plus] C si 

CCXXVI. 7657 C .ii. — 7658 A (tant mq,) le c. si — 7660 C est 
ore a g. — 7661 C Et — 7665 C que la pi. est j. — 7667 C Fors que 
— 7668 f or fere] CForre par — 7670 C sont; A ainz leurc de c. 
CCXXVII. 7674 C .T.; C gist en mi 



LI NERBONOIS 3o5 

7675 Mout grant avoir ont noz genz conquesté^ 

Quan que paien i orent aporté ; 

N'an reportèrent un denier monneé ; 

Or ne argent ne paveillon ne tre. 

Tôt a délivre ont nostre gent trové 
7680 Tante armeûre, tant mulet sejorné, 

Tant palefroi, tant destrier abrivé. 

Ja n^en avroie la moitié aconté. 

Chascun an ot tant con li vint a gre. 

Lors a Guillames un olifant soné : 
7683 Es tantes sont Crestian asamblé, 

Ilec se sont malmènent desarmé 

Por la chalor qui mout les ot grevé ; 

N'i a celui qui n^ait le cors lassé [118 a] 

Et qui bien n'oit le mengier achasté. 
7690 Dedans les tantes qui furent Tamiré 

Truevent viande et a large planté 

Char et oisiax et pimant et claré. 

Dame Hermanjart au gent cors anoré, 

Quant ele vit si Testor afiné, 

7695 Inelement avale le degré. 

Et .iii. puceles qui mout ont de biauté. 
Les dames montent, s'issent de la cité, 
Desi ou tantes n'i ot règne tiré. 
La gentil dame, qui le cuer ot séné, 
7700 Le roi de France a premier salué 
Et del secors l'a mout bel merciê. 
Ele descent, s'a Guillame acolé, 
Hernaut le roz et dan Bernart l'ainzné ; 
Toz ses anfanz besse par amisté 

7675 C Trop — 7677 A AU — 7678 A trcf — 7680 C t. destrier 
pomelc — 7681 C mulet — 7683 C tôt a sa uolentc — 7685 C 
As; C aioste — 7686 C Ileques sont — 7687 C si les a - 7688 C 
cuer — 7691 A a mout grande plante — 7695 A les degrez — 

7696 mout] C tant — 7699 C ot le cuer ; il ire — 7703 C (dan 
mq.) B. li a. — 7704 C bcsa 

Tome 1 20 



3o6 LI NERBONOIS 

77o5 Et Boniface son frere le manbré 
Et lor fist moût grant joie. 



CCXXVIII 

Qant vaincu orent celé fiere bataille 
Et desarmé se furent tuit sanz faille^ 
Li rois de France^ il et sa baronnalUe, 

7710 Vodra mangier, ançois que il s^an aille, 

Dedanz les très, qui sont de riche ovraille. 
Li uns prant nape et li autre toaille, 
Et cil qui vodrent corent a la vitaille ; 
Asez an pranent et sanz conte et sanz taille; 

7715 Onques n'i ot si povre garçonnaille 
Qui escotast ne denier ne maaille. 
De ce qui fu a la pute chanaille 
S'aessent ore, qui q'an poist ne qui chailie. 
N'ont pas peor que oncor les asaille 

7720 La pute gent desvee. 



CCXXIX 

Li roi de France et si baron vaillant 
Dedanz le tref qui fu a Tamirant [b] 

De la vitaille pranent a lor talant ; 
N*i a celui n'en ait a remenent. 
7725 Après le mal se vont reconfortant. 
Puis se leva li rois an son estant. 



7706 C Et a toz fist gr. j. 

CCXXVIII. 7713 A Tuit cil — 7714 C an ont — 7716 A cl 
coutast, C il coutast — 7717 C chiennaille — 7718 poist] C plort 
— 7719 C orc — 7720 C haie 



LI NERBONOIS ioj 

Les haus barons apele maintenent. 

« Segnor, » dist il, « antandez mon samblant : 

Que cest gaalng qui est aparissant 
773o Departom si a toz comunalment 

Que ne s'am plaingnent li petit ne li grant: » 

Et cil si firent, que n*i vont délaient. 

N*i a celui n^an eUst largement ; 

Et Aymeris am prist le remenant. 
7735 Après antrerent an la cité vaillant. 

Ancontre vet li esvesque Morant 

Et li chanoine et tuit li clerc chantant. 

An Nerbone antrent haut et lié et joiant, 

Jusq^a Saint Pol ne se vont arestant. 
7740 Li rois de France i est antrez avant, 

Et puis li conte et li baron puissant. 

Desus l'autel offrirent maintenant, 

Por ce que Dex lor a esté garant 
Vers la gent de Persie. 



ccxxx 

7745 Tant con li rois fu orer al mostier, 

Dame Hermanjart ne se vost atargier : 
Le paies fet et parer et jonchier 
De bones herbes por le soëf flerier. 
Li amperere est retornez arier, 

7750 Et Boniface et Richart le guerrier 

CCXXIX. 7737 C apela — 7728 C fait il ore oiez mon talant — 
7730 C Départez — 773a C Et il si font ; A (qui mq.) ni ot plus 
délaient — 7733 C que nen ait — 7734 C Cuens A. — 7735 A Puis 
an a. — 7737 B recommence ici; C et li clercon ; A tranchant — 
7738 A antre — 7739 AB lusqal; A si; A uot ; Cni font délaie- 
ment; C place ce vers après 7741 — 774a A maint besant 

CCXXX. 7746 A ni vost plus ; B atard* — 7747 et p.] A ator- 
ncr 



3o8 LI NERBONOIS 

Et Aymeri et Guillame le fier, 
Li autre frerre, qui unt font a proissier. 
Par mi la vile se revont berbergier 
Au bons ostiex li autre chevalier, 
7755 Et li baron vont o paies plenier, [c] 

Que Hermanjan ot fet apareillier, 
La contesse anoree. 



CCXXXI 

Rois Lools do mostier retoma. 

Li solauz besse, li vêpres aprocha. 
7760 Sus o paies Tampereres antra, 

Et Boniface et cex que il ama. 

Dame Hermanjart la sale apareilla, 

Et le mangier quens Aymeris hasta. 

Sor une couche li rois se repossa. 
7765 Et Aymeris la contesse apela. 

« O est ma fille ? Que doit que ne vient ça? 

Alez la querre, toz ses frères verra 

Et son chier oncle, qui la mariera. » 

Ot le la dame, maintenant s'en torna. 

7770 En une chambre la pucele trova. 
Al mielz q'el pot la vesti et para : 
En un bliaut tôt an cors la mena, 
D'un cercle d'or son chief avironna. 
De lui descrivre ne m'entremetré ja 

7775 Car tant ert bêle q'o monde tele n'a. 

7751 C Et Aimer — 7752 C Et tuit li fr. q. moût. — 7764 A aen 
uont li ch. — 7756 C Que le mengier — 7767 C senee 

CCXXXI. 7739 B répète ce vers (la seconde fois li v. abessa) — 
7760 C monta — 7761 C a cens — 7765 C Cuens A. — 7766 C 
qucle ncst ca — 7767 toi] C et — 7769 C La dame lot a itant — 

7771 C que; la] ^ se — 7772 A bilaut — 7774 A metremetre — 
7775 C Que t. est b. el siècle 



LI NERBONOIS Sog 

De sa biauté la sale anluminà. 

Dist Tun a l'autre : « Quel pucele ci a ! 

Moût ber fu nez qui a famé Tavra ! » 

Rois Boniface, maintenant l'apela; 
7780 Dejoste lui li rois asise Ta ; 

Un pou ot honte, dont sa biaté dobla. 

Li rois de France asez la regarda, 

Dedanz son cuer forment la golosa. 

O voit Guillame, si l'an aressona : 
7785 <c Sire Guillames, antandez a moi ça! 

Geste pucele m'avez promis pieç'a. 

Or veill savoir s'il vos agréera. 

Donez la moi ; no refuseré ja. » 

Ot le Guillames. Dex, si grant joie en a! 
7790 « Sire, » fet il, « si soit con vos plera. » 

Prant la pucele, devant li la mena, [d] 

L'ampereor par la main la dona. 

Li rois la prant, devant toz la bessa, 

Par tel covant q'al main l'esposera. 
7795 Voit le Hermanjart, de pitié am plora. 

Tote la cort de joie s'anvoissa. 

Sor les degrez un mes l'eue corna ; 

A bacins d'or l'amperere lava. 

Et Boniface et cex qui furent la ; 
7800 A val ces tables s'asieent ça et la. 

Les mes aportent, dom grant planté i a. 

Do deviser ne m'entremetré ja : 

Chascuns en ot plus qu'il ne demanda. 

Les napes otent, et li rois se leva. 
7805 Les Hz font fere, si com il anuita. 



7778 C Si bucr — 7780 l'a] B Icua — 7781 dont] A de, C qui — 
7782 B forment — 7783 B Enz anz — 7784 C GuiU' uoit — 
7785 A andantez — 7786 C donc — 7788 A ne — 7790 C dit — 
779a C liura — 7793 C uoiant — 7797 BC Sus — 7798 C En — 
7800 C Par mi c. — 7801 B am portent; grant] C a — 7808 C 
tant com il ; A nen — 7805 C Et les liz firent issi com a. 



3lO LI NERBONOIS 

Au roi cochier dame Hermanjart ala 
Et Blancheflor qui moût grant biauté a. 
Qant fu couchiez, la dame s'en toma, 
O lui sa fille que ele an remena. 
7810 La nuit dormirent, tant que il ajorna. 
Li rois se licve, con le jor esclaira, 
Et chascun s'apareille. 



CCXXXII 

Quant i fu jorz, par le paies levèrent. 

Tuit li baron moût bel s'apareillerent. 
781 5 Et Blancheflor les dames acesmerent, 

De riches dras moût noblement la perent, 

A molt grant joie al mostier la menerenti^ 

Et l'amperere et li autre i alerent. 

Li arcevesque, voient cez qui la erent, 
7820 Les espousa, et la messe chantèrent, 

Et li baron de bon cuer l'escoterent. 

Grant fu Tofrande que a l'autel portèrent. [11 9 a] 

Après la pes o paies retornerent. 

Ainz qu'il manjassent, d'un grant bien s'apenserem, 
7825 Car li dui roi distrent et comenderent 

Q'an anterrast les mors qui defors erent, 

Les Crestians qui por Dieu devinrent ; 

Et il si firent, que plus n'i demorerent. 

Trestout le pueple de la vile mandèrent, 
7830 Puis s'an issirent, et toz les mors cercherent, 

7807 moût] C si — 7808 B sont couchie; C ala — 7810 B dormi 

— 7811 BC quant 

CCXXXII. 7814 C Et; A li pales; ABC -ierent {de même ySSo 
A) — 7815 C atorncrent — 7816 C cointcment — 7823 C la messe 

— 7824 B que; C de grant sens s. — 7825 C Que — 7826 C Quil 
enterrassent — 7828 C Et cil si font — 7829 C Que tôt — 7830 
C Si sen i. et les morz querre alerent; B tonnèrent 



LI NERBONOIS 3 I I 

D'antre païens les Crestians sevrèrent, 
Devant Nerbone trestoz les aporterent, 
Les Sarrazins dedanz la mer giterent. 
Un cemetire lî clergié î sacrèrent 

7835 En un vergier, o noz genz anterrerent ; 
A Damedieu les âmes apresterent 
Dedanz Nerbone ariere retornerent, 
Por Blancheâor les noces apresterent, 
Et por les vis les morz antrobliërent 

7840 Et por la joie la pesance lésèrent. 
Cil jugleor.al noces asamblerent; 
Li un harpoient, li autre viëlerent, 
Li un tunboient, et li autre chantèrent. 
Après le duel la joie démenèrent. 

7845 Et li mangiers fu toz prez, si lavèrent. 
Au plus haut dois andui li roi mangèrent 
Et li baron au tables s'arangerent. 
Les mes aportent et devant ax posèrent ; [b] 

A planté orent qanque il demandèrent, 

7850 Si que tuit cil qu'i furent s'an loërent. 

Qant mangié orent, les napes lor osterent. 
Cil jugleor viëles atanprerent, 
Et ces estives et ces harpes sonerent, 
Et d'autre part queroles comencerent, 

7855 Et ces puceles chantèrent et dancerent, 
Et jone et vieil de joër se penerent. 
Cil jugleor ces robes am portèrent 
Que chevalier et baron lor donerent. 
Au départir s'an loënt. 



7832 B Deuanz corrigé en Dedanz — 7835 C (un mq,) ou François 
a.— 7838 AB comenderent — 7841 C Li; £ sasemblerent, C san* 
nerent « 7846 B montèrent, C posèrent — 7848 C et par deuant 
p. — 7849 C de ce qhil — 7861 C ont — 7854 AB puceles que- 
rolerent — 7855 AB mq. — 7867 C Li j. les — 7868 C et boriois 



3 12 LI NERBONOIS 



CCXXXIII 

7860 Grant fu la noisse o paies segnoris. 

A tant il vint Guibelin li gentis ; 

Devant le roi s'est a jenollons mis. 

« Sire, » fet il, « or oiez mon avis : 

En celé chartre avom prisoniers dis, 
7865 Moût se démentent et se claiment chetis ; 

Si est avecques un bon paien Clargis : 

Icil est niés Tamirant de Persis; 

Moût grant mestier m'ot ja, ce vos plevis. 

Sire, por Dieu qui pardon fist Longis, 
7870 Car comendez que il soient fors mis! 

Se Dex donoit qu'i fusent convertis, 

Moût en seroit grant bien, ce m'est a vis. » 

« Voire, par certes, » ce respont Lools. 

« Amenez les, n'i ait plus terme pris ! » 
7875 Tantost i vet meimes Aymeris, 

Les prisoniers fist amener toz dis, 

Dedanz la sale au roi les a tramis. [c] 

Li rois les voit, ses a a ressoi^ mis. 

ce Segnor, » dist il, a or oiez mon avis : 
7880 Volez Crestians estre ? » 



CCXXXIII. 7860 c la ioie; A segnori — 7862 C sestoit a genouz 
mis — 7863 C (or mq.) entandez — 7864 A pri$onier — 7865 
Moût] C Qui — 7886 BC aucc — 7867 C a lamirant P. — 7868 
B Meut, A Si, C Et — 7870 C Or; A que soient ca — 7871 C 
plesoit — 7872 A Moût seroit bien par foi le uos pleuis — 7873 
B par foi, A certes, C par certes ; C ce a dit L. — 7874 C quil 
ni ait ; A quis — 7875 i vet] B iluec — 7876 dis] A mq. {un wiot 
gratte] — 7879 B fet ; C Si lor a dit 



LI NERBONOIS 3l3 



CCXXXIV 

Rois Lools les a aresonné. 

« Segnor paien, dites vostre pensé : 

Vodroiz vos estre bautissié et levé ? » 

c Voir, » dist Clargis, « pieç'a l'ai desirré. 
7885 Bautissiez moi, qu'i me vient molt a gre, 

Et mon cousin le bon mire Forré. 

Et a ces autres en ai ge moût parlé, 

Mes toz les a Mahomet anchanté. 9 

Dist Lools : « Mal lor est ancontré. 
7890 Ja reseront an la châtre gisté, 

Et vos seroiz a grant joie mené 

A sainte isglisse et anoint et sacré. » 

A icest mot n'i ont plus demoré, 

Clargis an mainnent et le mire Forré ; 
7895 Droit a Saint Pol ont les fonz apresté. 

Les .X. qui doivent estre crestiané 

A li esvesque an fonz régénéré. 

Mes a Clargis n*ont son non remué. 

Li rois le tint, biau don li a doné : 
7900 Ce fu Alvergne, qu'il ot an erité. 

Li quens Guillames refu parains Forré. 

A toz les autres ont autre non possé. [d] 

A joie sont o paies retorné. 

Li converti furent bel acesmé, 
7905 Puis ont mengié et befi a planté, 

Et qant i furent richement conreé. 



CCXXXrV. 7881 A Rirois L'— 788a C S. fait il — 7883 C Volez 

— 7884 C Et d. ; 5 deuisc — 7885 C que il (moût m^.)— 7888 toz] 
A moût; B Mes toz ces autres a Mah'a.; C Mes M. les a. toz a. 

— 7890 C Que ia seront — 7893 C ot — 7894 an] C i — 7895 A 
aprestez — 7896 C Les .ii. ; B qui ueilcnt — 7897 Beues — 7900 
B Auuergc, C Auuergne — 7904 A bien — 7905 A a lor grc 



3 14 I-I NERBONOIS 

Lors s'est Clargis près del roi acosté ; 
Moût sagement l'en a aressoné. 
Si li dist ce qu'il panse. 



ccxxxv 

7910 ce Or m'amendez, segnor », ce dist Clargis. 
« Vos savez bien, et baron et marchis. 
Que je sui niés a l'amirant persis, 
Qui moût a terres et citez et pals. 
Une nièce a, qui moût a cler le vis; 

79 1 5 El est ma suer, de ce soiez toz fis, 

Ce est Gaieté, qui moût est de grant pris. 
Ses pères fu riches rois poteis, 
Andernas tint tandis com il fu vis. 
An celé terre, par foi le vos plevîs, 

7920 N'i a remés paien ne Arabis 

Qui tuit ne soient an cest estor ocis. 
Se vos volez oitroier a mes diz, 
Guibert avra la pucele al cler vis 
Et le reaime et trestout le pais, 

7925 Don ge deUse par droit estre sessiz. 

Tôt li claim quite, car molt est mes amis. » 
« Granz merciz, sire, » dist Guibert li geotis, 
« Ne serai riches por que soiez mendis^ 
Ce sachiez sanz dotance. » 



7907 B près do roi acoste ; A est Cl. lez le r. — 7909 C Et 

CCXXXV. 7910 C Or escoutez — 79 11 C bien cheualier — 
7912 B (a mq,) lamir' des Persis — 791 3 C tant — 7914 B et cites 
et pais — 7915 C Celé ; C et de ce soiez fis — 7916 C Cest a G. 
qui si — 7917 C est ^ 7918 C Endemas tint et trestot le pais — 
7922 C o. mon auis — 7923 C p. gcntis — 7926 C que il est — 
7927 A Grant — 7928 C tant con s. m. 



LI NERBONOIS 3l5 



CCXXXVI 

793o Dedanz Nerbone la fort cité antie 

Fu grant la joie en la sale voltie. [120 a] 

Por Clargis fu molt la feste esbaudie ; 

Trestuit li portent anor et segnorie. 

.liii. jorz plains fu si la cort servie 
7935 Tôt por Tamor la pucele eschevie, 

Qui Looîs a jurée et plevie 

Et esposee voiant la baronie, 

Et au qint jor est la cort départie. 

Lors s'aparellent, plus n'i sejornent mie. 
7940 Rois Loois an mainne o li s'amie, 

Si s'an revêt en France la garnie ; 

O lui an mainne sa grant chevalerie 

Et Guibelin a la chiere hardie ; 

Son senechal an fist par druërie. 
7945 Et Boniface s'an revêt a Pavie, 

O lui Garin, qu'i ne volt lesier mie, 

Qui son pals ot doné en baillie : 
Oir le fist de sa terre. 



CCXXXVII 

En lor pals vont li conte puissant. 
7950 Bernart Tainé s'an revêt en Brubant, 
Et Aymer en Venice la grant ; 
Tozjorz fet guerre contre gent mescreant, 

CCXXXVI. 7930 A garnie — 7932 CEt por (moût m^.)— 7933 C 
Que tuit — 7935 C pucele ioie — 7936 A Loos — 7937 C sa — 
7938 C fu — 7939 A Lor, C Si ; C sapresterent que ne ; n'i] B 
ne — 7940 C en a mené samie — 7944 AB compangnie — 7945 C 
Rois B. — 7946 C que il noblia mie 

CCXXXVII. 7950 C ala — 7952 C c. païenne gent 



3l6 LI NERBONOIS 

Envers lui n'orent repos an son vivant. 

Hernaut li roz a Taduré talant 
7955 Vet a Gironde^ une cité menant. 

Quens Aymeris au corage vaillant 

Et Hermanjart la contcsse avenant 

Dedanz Nerbone remestrent moût dolant 

Et avec aux Guillame le vaillant, [b] 

7960 Qant départi se furent li anfant 

Et Blancheflor lor fille o le cors gent, 

Q'an France an mainne Pamperere puisant. 

Et d^autre part estoient moût pansant 

A lor fill Bueve le hardi conbatant, 
7965 Qui n'ot esté el fort estor pesant 

Devant Nerbone contre gent mescreant. 

Moût en estoient poorez et dotant, 

Que il n'etist aucune essoine grant. 

Mes ainz que fust la semainne pasant 
7970 Vint a Nerbone un mesagier errant. 

Jus au perron descent de Tauferrant 

Et an monta o paies maintenant, 

Trueve Aymeri a son mangier séant 

Et le marchis Guillame le vaillant. 
7975 Li mesagiers parla cortoissement 

Et dist au conte Aymeri le ferrant : 

(c Cil Damedieu qui forma tote gent 

Et ciel et terre et tôt le firmament, 

Soleil et lune et estoile luisant, 
7980 A celui sont Crestian atendant. 



7953 C Que a lui ; BC a — 7956 A a ladure talant — 7958 C mit 
dolant — 7961 C la roine poissant — 7962 C (an mq.) moine I. 
uaillant — 7964 A fille — 7967 C Si en — 7968 C aucun encom- 
brement — 7969 A anz — 7970 C m. a tant — 7971 A un 
mesagier descent — 7972 C Si; C a itant — 7975*7976 AB 
I le {B les) salue bel et cortoissement — 7977 A Damedie; A 
saua — 7978-7979 AB mq, — 7980 AB O Crestian doiuent estre 
créant 



LI NERBONOIS dlj 

Gart Aymcri le franc conte puissant 

Et Hermanjart la contesse avenant 

De par Buevon le hardi conbatantl 

Veoir vos vient a barnaje moût grant, 
7985 O lui .X. conte de grant esforcement. 

Et avec Bueve sont andui si anfant, 

C'est Guiëlin et Girart le vaillant, 

Si sont avec et cosin et parant 

Et si ami et si apartenant : 
7990 De Montermer Renaut et Eslinant, 

Et Savari et Gaudin TAulement, 

S'i est Hunaut et le preu Jocerant, 

Jofroi d'Anjo^ Gautier le Tolosant, 

.X. conte sont, qui sont riche et puisant; 
7995 Trover quiderent Tost de paiene gent : -> 

SM les trovassent, par le mien esciant, 

Maint an eussent mort en Testor pesant. » 

Aymeri l'ot^ si salli en estant, 

Do mengier lieve et tuit li autre errant, 
8000 II et Guillames a 1-aduré talant 

Et Hermanjart la contesse avenant 

Et puis après li chevalier vaillant. 

Le mes acolent et deriere et devant. ' [c] 

Lors recomence joie. 



CCXXXVIII 



8oo5 Aymeris a la novele escotee 

7982 B uaillant — 7984 C et son b. gr. — 7985 AB Bien sont .t. 
conte — 7986 B Et aucc ans — 7987-7988 B mq. — 7989 B Et si 
ame et si ami et si ap. — 7990 A Renart, C Renier — 7991 A Et 
S. (et mq.); BC lAlement — 799a B le hardi combatant; A locc- 
ran — 7993 AB mq, — 7994 C .Xiiii. conte qui sont preu et vail- 
lant — 7995 A Q'det trouer; C ci la p. g. -- 7996 5 Se — 7997 B 
Mainz ; C cstor — 7999 C et li autre a itant — 8000-8002 AB mq. 
— 8oo3 BC acolc — 8004 C Si r. 



3l8 LI NERBONOIS 

Et Hermanjart la contesse senee 

Que Bueves vient a la cbiere menbree; 

Al mesagier ont grant joie menée. 

Cil de Nerbone la fort cité loëe 
8010 La sale jonchent, si l'ont ancortinee. 

Et cil qucu ont la vitaille aprestee, 

Char et poisson et qan qu'i lor agrée. 

Aymeri monte sanz plus de demoree ; 

Li quens Guillames a la fiere pansée 
801 3 Et li plus riche de la cité loëe 

Contre Buevon ont la porte pasee. 

Defors Nerbone Tancontrent an la pree 

Et les barons de moût grant renomee ; 

A Tancontrer ont grant joie menée, 
8020 Li uns vers l'autre en vet brace levée» 

Premiers sa mère a Buevon acolee 

Et puis son père a la chiere menbree. 

Dedanz Nerbone firent la retornee. 

Por lor filz ont grant joie démenée 
8025 Li sires et la dame. 



CCXXXIX 

Quant venuz fu Bueves de Comarcis, 
Grant joie moine ses pères Aymeris 
Et Hermanjart la contesse gentis. 

CCXXXVIII. 8006 A prouee — 8008 A noise — 8009 AB Uîq. «— 
801 1 qucu] ABC qui; C portée — 8oia C ce que — 8oi3 C saQz 
autre d., A a la fiere pansée — 8014 A a qui proece agrée; B 
chiere — 8016 i4 B\ C Bueuon; B Le duc Bue* a la chiere men- 
bree — 8017 B Deuant — 8018 C de grande r. — 8020 vers] C 
a; i4 en uint, Cala — 8021 AC Premier; B apclee — 8o23 B ont 
fet ; ^ a la chiere menbree 

CCXXXIX. 8026 B Bueues, C Bueuon, A B*; AB de Cormarcit, 
C del Comarchis {de même 8o5j) 



LI NERBONOIS SlQ 

Les tables metent o grant paies votis, 
8o3o Et lî mengiers fu prez tôt ademis. 

Qant lavé ont et baron et marchis, 

A val les tables sont au mengier asis. 

Servi les ont .11. demoisiax de pris. 

Girart fu Pun et l'autre Guiëlins, 
8o35 Filz furent Bueve le franc duc poteîs; 

Avec eus servent maint demoisiax de pris. 

De mes qu'il orent ne vos faz nul devis ; 

Bien sont servi de .v. mes o de .vi. 

Après mengier conta quens Aymeris 
8040 A son filz Bueve le duc de Comarcis 

Coment paien les orent asaillis 

Et an Nerbone si longuement asis^ [d] 

Et si li conte coment Guibert fu pris 

Et en qel guise il fu an la crois mis, 
8045 Mes il fu bien rescos de ses amis; 

Et puis le vint secorre Looîs, 

Tant que toz orent Sarrazins desconfiz. 

Bueve Tantant, de joie s'ea est ris, 

Dieu an rant grâce, le roi de paradis, 
8o5o Qui a salve son* père et ses amis. 

Ainsi sejorne Bueves de Comarcis 

Avec son père plus de .v. mois o .vi. ; 

Vont an rivière et an bois chascun dis. 

Antr'ex disoient li chevalier de pris 
8o55 Que trop an pes sejornent o pals, 

Com il n'i sont de Sarrazins requis. 



8029 C el palais seignoriz — 8o3o tôt] C et; B a deuis — 8o32 A 
An mi, C Par mi; C ces — 8034 C (et mq,) li a. — 8o35 C Filz 
sont Bueuon le duc poosteis — 8o36 C mq. — 8087 C la de lor 
mes ne nos ferai d. — 8040 C mq, ; AB de Cormarcis — 8041 B 
auoit — 8042 B Et enz; si] A tant — 8046 Et] C Mes; A Au 
secors uint li bons rois Lo' — 8048 B Bueue, A B\ C Bueuon — 
8049 ^ grâces — 8o5i C del C; AB Cormarcis ^ 8o52 plus de] 
A ne sai — 8o56 AB Que ; C ne 



320 LI NERBONOIS 

Mes ainz qu'i voient les .viii. jorz acomplis, 
Avra peor trestot li plus hardis. 
Car Tamirant, qui s'an estoit fols 
8060 Devant Nerbone, o il fu desconfis. 
Se fu ja tant porchacié et porquis, 
Que il ot ja. .c. milliers d'Arabis 
Por venir a Nerbone. 



8067 B que; A .v. — 8061 A porchachîe 




Publications de la SociéTé des Anciens Textes Français 
(En vente à la librairie Firmin Didot et C", 56, rue 
Jacob, à Paris.) 



Bulletin de la Société des Anciens Textes Français (années iSyS à 1898). 
N'est vendu qu'aux membres de la Société au prix ae 3 fr. par année, en 
papier de HoUande, et de 6 fr. en papier Whatman. 

Chantons françaises du xv siècle publiées d'après le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale de Paris par Gaston Pauis, et accompagnées de la musi- 
que transcrite en notation moderne par Auguste Gsvakrt (iSyS). Epuisé. 

Les plus anciens Monuments de la langue française (ix*. x* siècles) pu- 
bliés par Gaston Pauis. Album de neuf planches exécutées par la photo- 
gravure (1875) 3o fr. 

Brun de la Montaigne^ roman d'aventure publié pour la première fois, d'a- 
près le manuscrit unique de Paris, par Paul mkyer (1873) 5 fr. 

Miracles de Nostre Dame par personnages publiés d'après le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale par Gaston Paris et Ulysse Robert; texte com- 
plet 1. 1 à Vll (1876, 1877, 1878, 1879, 1880, i88x, i883), le vol. . 10 fr. 

Le t. VIII, dû à M. François Bonnardot, comprend le vocabulaire, la 
table des noms et celle des citations bibliques (1893) i5 fr. 

Le t. IX et dernier contiendra l'introduction et les notes. 

Guillaume de Paleme publié d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Ar- 
senal à Paris, par Henri Michelant (1876) 10 fr. 

Deux Rédactions du Roman des Sept Sages de Rome publiées par Gaston 
Paris (1876) 8 fr. 

Aiol, chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Paris par 
Jacques Normand et Gaston Ratmaud (1877) il fr. 

Le Débat des Hérauts de France et d'Angleterre^ suivi de The Debate be- 
tween theHeralds ofEngland and France, bylohn Coke, édition commen- 
cée par L. Pannier et achevée par Paul Metbr (1877) 10 fr. 

Œuvres complètes d'Eustache Deschamps publiées d'après le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale par le marquis de Queux de Saint-Hilaire, 
t. I à VI, et par Gaston Ratmaud, t. VII à IX (1878, 1880, i88s, 1884, 
1887, 1889, 1891, 1893, 1894), le vol Il fr. 

Le Saint Voyage de Jherusalem du seigneur d'Anglure publié par François 
Bonnardot et Auguste Lononon (1878) 10 fr. 

Chronique du Mont-Satnt-Michel (i 343-1468) publiée avec notes et pièces 
diverses par Siméon Luce, t. 1 et 11 (1879, i883), le vol 13 fr. 

Elie de Saint-Gille, chanson de geste publiée avec introduction, glossaire 
et index, par Gaston Ratnaud, accompagnée de la rédaction norvégienne 
traduite par Eugène Koelbwo (1879) 9 fr* 

Tome I 21 



Daurel et Betofiy chanson de geste provençale publiée pour la première foi» 
d'après le manuscrit unique appartenant à M. F. Didot par Paul Mbtbr 
(1800) 8 ir. 



La Vie de saint GilleSt par Guillaume de Bemeville, polme du aui* aièclc 
publié d'après le manuscrit unique de Florence par Gaston Pabh et 
Alphonse Bos (1881) 10 fr. 

L'Amant rendu cordelier à l'observance d'amour, poème attribué à Mamiial 
d'Auvergne, publié d'après les mss. et les anciennes éditions par A. dk Mow- 
TAiOLON (1881) 10 fr. 

RmouI de Cambrai, chanson de geste publiée par Paul Mcrat et Annite 
LoNGNON (1882) 19 fr. 

Le Dit de la Panthère d'Amours, par Nicole de Margival, poème du uu* siè* 
cle publié par Henry A. Todd (i883) 6 fr. 

Les Œuvres poétiques de Philippe de Rémi, sire de Beaumanoir, publiées par 
H. SucHiER, t. I et II (1884-Ô5) s5 fr. 

Le premier volume ne se vend pas séparément ; le second volume seul 1 5 fr. 

La Mort Aymeri de Narbonne, chanson de geste publiée par J. CouitArB 
DU Parc (1884) 10 fr. 

7>otf Version» rimées de VÉvangile de Nicodéme pobliées par G. Piut et 
A. Bos (i885) 8 fr. 

Frapnents d'une Vie de saint Thomas de Cantorbérr publiés pow la première 
fois d'après les feuillets appartenant à la collection Goethals Verc i u^ u st » 
avec fac-similé en héliogravure de l'original, par Paul Mim (i885>. 1» fr. 

Œuvres poétique» de Christine de Pisan publiées par Maurice Ror, 1. 1, II et 
III (1886, 1891, 1896), le vol la fr. 

Merlin, roman en prose du xni« siècle publié d'après le ms. appartenant à 
M. A. Huth, par G. Paris et J. Ulrich, t. I et II (1886) 10 fr. 

Aymeri de Narbonne, chanson de geste publiée par Louis Duuisok, t. I et 
Il (1887) . . . 30 fr. 

Le Mystère de saint Bernard de Menthon publié d'après le ms. unique apparu 
tenant à M. le comte de Menthon par A. Lbcot de la Maror (i88e). 8 fr. 

Les quatre Ages de l'homme, traité moral de Puiuppc de Navarre, publié 
par Marcel de Fréville (1888) 7 fr. 

Le Couronnement de Louis, chanson de geste publiée par TL Lahglois. 
(1888) i5 fr. 



Les Contes moralises de Nicole Bo^on publiés par Miss L. Toolmin 
et M. Paul Meybr (1889) i5 fr. 

Rondeaux et autres Poésies du XV» siècle publiés d'après le mannscrh de la 
Bibliothèque nationale, par Gaston Ratnaud (1889) 8 fr. 

Le Roman de Thèbes, édition critique d'après tous les mannscrits ctmmH, 
par Léopold Constans, t. I et II (1890} 3» fr. 

Ces deux volumes ne se vendent pas séparément. 

Le Chansonnier firançais de Saint-Germain-des-Prés (Bibl. nat. fr. sooS»), 
reproduction phototypique avec transcription, par Paul Mster et Gaston 
Raynavd, 1. 1 (1892) 40 fr. 

Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole, publié d'après le maanacrit 
du Vatican par G. Sbrvois (1893) 10 fr. 

LEscoufle, roman d'aventure, publié pour la première fols d'après le manoa- 
crit unique de l'Arsenal, par H. Michelamt et P. Meybr (1894). . i5 fr. 

Guillaume de la Barre, roman d'aventures, par Arvaut Vidal db Castslp- 
NAUDARi, publié par Paul Meter (1895) 10 fr. 



3o8 LI NERBONOIS 

Et Aymerî et Guillame le fier, 
Li autre frerre, qui tant font a proissier. 
Par mi la vile se revont herbergier 
Au bons ostiex li autre chevalier, 
7755 Et li baron vont o paies plenier, [c] 

Que Hermanjart ot fet apareillier, 
La contesse anoree. 



CCXXXI 

Rois Lools do mostier retorna. 

Li solauz besse, li vêpres aprocha. 
7760 Sus o paies l'ampereres antra, 

Et Boniface et cex que il ama. 

Dame Hermanjart la sale apareilla, 

Et le mangier quens Aymeris hasta. 

Sor une couche li rois se repossa. 
7765 Et Aymeris la contesse apela. 

« O est ma fille ? Que doit que ne vient ça? 

Alez la querre, toz ses frères verra 

Et son chier oncle, qui la mariera. » 

Ot le la dame, maintenant s'en torna. 

7770 En une chambre la pucele trova. 
Al mielz q'el pot la vesti et para : 
En un bliâut tôt an cors la mena, 
D'un cercle d'or son chief avironna. 
De lui descrivre ne m'entremetré ja 

7775 Car tant ert bêle q'o monde tele n'a. 

7751 C Et Aimer — 7752 C Et tuit li fr. q. moût. — 7764 A sen 
uont li ch. — 7756 C Que le mengier — 7767 C senee 

CCXXXI. 7739 B répète ce vers [la seconde fois li v. abessa) — 
7760 C monta — 7761 C a ceus — 7766 C Cuens A. — 7766 C 
quele nest ca — 7767 toz] C et — 7769 C La dame lot a itant •— 

7771 C que ; la] X se — 7772 A bilaut — 7774 A metremetre — 
7775 C Que t. est b. el siècle 



MetiadOT. par Jeah Froiibirt, publia par A. Longnon, t. 1 tt II (iSi)!), 

La Prite de Cordm tt de Sebille, chanson de geste, publiée d'aprti [« 
Ri>. DOÏqnc de la Biblïoibtque niiianalc, par M. Oildc DroausuMU 
(1896) 10 fr. 

Œurrei poétiqua de Gailtaume Alexis, prîtor de Bncy, publié» car 
Arlbur Piioet et Emile Picot, 1. 1 (iSqfif 10 fr, 

L'Arl dt Chevalerie, traduction du De re militari de V^géce par Jean de 
rOnlre de Chevalerie de Jeaa Priorii, par Ulysse Robert (1897]! la fr. 

Li Atrejtmce dt l'Ordre de Chevalerie, mise en vers de la IraductioD de 
ViBèce par Jean de Meuh, par Jean Priokàt de Besancon, publiée aiec 
un glossaire par ULysse Robeut (1897) 10 fr. 

La Chirurgie de htaltrt Henri de Mondiville. traduction contemporaine 
de l'aaleur, publiée d'après le ms. unique de la Bibliolbique nationale, 
par la Docteur A. Bos, t. 1 et II (1897, 1898] jo frl 

Les Narbonnait. chanson de gesie, publiée pour la première fois, par Her- 
maDD SucBin.,1. I et II (ftgS) jo fr. 

Le Miitére du Viel Testament publié avec introduclion, notes et elosaalre, 
par le baron James de Rothichild, t. I-VI (1878-1891)1 ouTrage lerminé. 



a SocUté.) 

in-8', eicepté tej plus 



iOaarage imprimé aux frais du baron James de RoUuckild 

Tons Cl 
tarifât française, al 

Il a été fait de ch( 
en papier ordinaire. 

de la Société ont droit à une remise de li p. 



petit nombre aur papier What- 
double de celui des exemplalrea 



l" pri» i 

La Société des Anciens Textes français a obtenu pour set pu- 
blications te prix Archon-Despérouse. à l'Académie française, en 
18S3, et le prix La Grange, à l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, tn i8a3 et i^gS. 




Le Puj-en-Velaj. — Imp. Régis Uarctiesaon, boulevard Carnot, t3. 



3lO LI NERBONOIS 

Au roi cochier dame Hermanjart ala 
Et Blancheflor qui moût grant biauté a. 
Qant fu couchiez, la dame s'en toraa, 
O lui sa fille que ele an remena. 
7810 La nuit dormirent, tant que il ajorna. 
Li rois se lieve, con le jor esclaira, 
Et chascun s'apareille. 



CCXXXII 

Quant i fu jorz, par le paies levèrent. 

Tuit li baron moût bel s'apareillerent. 
78 1 5 Et Blancheflor les dames acesmerent, 

De riches dras moût noblement la perent, 

A molt grant joie al mostier la menèrent^ 

Et l'amperere et li autre i alerent. 

Li arcevesque, voient cex qui la erent, 
7820 Les espousa, et la messe chantèrent, 

Et li baron de bon cuer Tescoterent. 

Grant fu Tofrande que a l'autel portèrent, [iiga] 

Après la pes o paies retornerent. 

Ainz qu'il manjassent, d'un grant bien s'apenserent, 
7825 Car li dui roi distrent et comenderent 

Q'an anterrast les mors qui defors erent, 

Les Crestians qui por Dieu dévièrent ; 

Et il si firent, que plus n'i demorerent. 

Trestout le pueple de la vile mandèrent, 
7830 Puis s'an issirent, et toz les mors cercherent, 

7807 moût] C si — 7808 B sont couchie; C ala — 7810 B dormi 

— 7811 BC quant 

CCXXXII. 7814 C Et; A li pales; ABC -ierent (de même jSSo 
A) — 7815 C atorncrcnt — 7816 C cointcment — 7823 C la messe 

— 7824 B que; C de grant sens s. — 7825 C Que — 7826 C Quil 
enterrassent — 7828 C Et cil si font — 7829 C Que tôt — 7830 
C Si sen i. et les morz querre alerent; B tomerent 



LI NERBONOIS 3 I I 

D'antre païens les Crestians sevrèrent, 
Devant Nerbone trestoz les aporterent, 
Les Sarrazins dedanz la mer giterent. 
Un cemetire lî clergié i sacrèrent 

7835 En un vergier, o noz genz anterrerent ; 
A Damedieu les âmes apresterent 
Dedanz Nerbone ariere retornerent, 
Por Blancheflor les noces apresterent. 
Et por les vis les morz antrobliërent 

7840 Et por la joie la pesance lésèrent. 
Cil jugleor al noces asamblerent; 
Li un harpoient, li autre viëlerent, 
Li un tunboient, et li autre chantèrent. 
Après le duel la joie démenèrent. 

7845 Et li mangiers fu toz prez, si lavèrent. 

Au plus haut dois andui li roi mangèrent 

Et li baron au tables s'arangerent. 

Les mes aportent et devant ax posèrent ; [b] 

A planté orent qanque il demandèrent, 

7850 Si que tuit cil qu'i furent s'an loërent. 

Qant mangié orent, les napes lor osterent. 
Cil jugleor viëles atanprerent, 
Et ces estives et ces harpes sonerent, 
Et d'autre part queroles comencerent, 

7855 Et ces puceles chantèrent et dancerent, 
Et jone et vieil de joër se penerent. 
Cil jugleor ces robes am portèrent 
Que chevalier et baron lor douèrent. 
Au départir s'an loënt. 



7832 B Deuanz corrigé en Dedanz — 783 5 C (un mq,) ou François 
a. — 7838 AB comenderent — 7841 CLi; B sasemblerent, C sau- 
nèrent — 7846 B montèrent, C posèrent — 7848 C et par deuant 
p. — 7849 C de ce qiiil — 785 1 C ont — 7864 AB puceles que- 
rolerent — 7855 AB mq, — 7857 C Li j. les — 7868 C et boriois 



LI NERBONOIS 3l5 



CCXXXVI 

7930 Dedanz Nerbone la fort cité antie 

Fu grant la joie en la sale voltie. [120 a] 

Por Clargis fu molt la feste esbaudie ; 

Trestuit li ponent anor et segnorie. 

.liii. jorz plains fu si la cort servie 
7935 Tôt ppr Tamor la pucele eschevie, 

Qui Looïs a jurée et plevie 

Et esposee volant la baronie, 

Et au qint jor est la cort départie. 

Lors s'aparellent, plus n'i sejornent mie. 
7940 Rois Lools an mainne o li s'amie, 

Si s'an revêt en France la garnie ; 

O lui an mainne sa grant chevalerie 

Et Guibelin a la chiere hardie ; 

Son senechal an fist par druërie. 
7945 Et Boniface s'an revêt a Pavie, 

O lui Garin, qu'i ne volt lesier mie, 

Qui son pals ot doné en baillie : 
Oir le fist de sa terre. 



CCXXXVI I 

En lor pals vont li conte puissant. 
7950 Bernart Tainé s'an revêt en Brubant, 
Et Aymer en Venice la grant ; 
Tozjorz fet guerre contre gent mescreant, 

CCXXXVI. 7930 A garnie — 7932 C Et por (moût mq.)— 7933 C 
Que tuit — 7935 C pucele ioie — 7936 A Loos — 7937 C sa — 
7938 C fil — 7939 A Lor, C Si ; C saprestercnt que ne ; n'i] B 
ne — 7940 C en a mené samie — 7944 AB compangnie — 7945 C 
Rois B. — 7946 C que il noblia mie 

CCXXXVII. 7950 C ala ^ 7953 C c. païenne gent 



3l6 Ll NERBONOIS 

Envers lui n'orent repos an son vivant. 
Hernaut li rox a i'aduré talant 

7955 Vet a Gironde, une cité menant. 
Quens Aymeris au corage vaillant 
Et Hermanjart la contesse avenant 
Dedanz Nerbone remestrent moût dolant 
Et avec aux Guillame le vaillant, [b] 

7960 Qant départi se furent li anfant 

Et Blancheflor lor fille o le cors gent, 
Q'an France an mainne Pamperere puisant. 
Et d'autre part estoient moût pansant 
A lor fill Bueve le hardi conbatant, 

7965 Qui n'ot esté el fon estor pesant 

Devant Nerbone contre gent mescreant. 
Moût en estoient poorex et dotant, 
Que il n'eiist aucune essoine grant. 
Mes ainz que fust la semainne pasant 

7970 Vint a Nerbone un mesagier errant. 
Jus au perron descent de Tauferrant 
Et an monta o paies maintenant, 
Trueve Aymeri a son mangier séant 
Et le marchis Guillame le vaillant. 

7975 Li mesagiers parla cortoissement 
Et dist au conte Aymeri le ferrant : 
(( Cil Damedieu qui forma tote gent 
Et ciel et terre et tôt le firmament, 
Soleil et lune et estoile luisant, 

7980 A celui sont Crestian atendant, 



7953 C Que a lui ; BC t — 7956 A a ladurc talant — 7968 C tult 
dolant — 7961 C la roine poissant — 7962 C (an mq,) moine 1. 
uaillant — 7964 A fille — 7967 C Si en — 7968 C aucun cncom- 
brement — 7969 A anz — 7970 C m. a tant — 7971 A un 
mesagier descent — 7972 C Si; C a itant — 7975-7976 AB 
I le (B les) salue bel et cortoissement — 7977 A Damedie; A 
saua — 7978-7979 AB mq, — 7980 AB O Crestian doiuent estre 
créant 



LI NERBONOIS Siy 

Gart Aymcri k franc conte puissant 
Et Hermanjart la contesse avenant 
De par Buevon le hardi conbatantl 
Veoir vos vient a barnaje moût grant, 

7985 O lui .X. conte de grant esforcement. 
Et avec Bueve sont andui si anfant, 
C'est Guiëlin et Girart le vaillant, 
Si sont avec et cosin et parant 
Et si ami et si apartenant : 

7990 De Montermer Renaut et Eslinant, 
Et Savari et Gaudin TAulement, 
S'i est Hunaut et le preu Jocerant, 
Jofroi d'Anjo^ Gautier le Tolosant, 
.X. conte sont, qui sont riche et puisant; 

7995 Trover quiderent Tost de paiene gent : 
S'i les trovassent, par le mien esciant, 
Maint an etissent mort en Testor pesant. » 
Aymeri l'ot, si salli en estant, 
Do mengier lieve et tuit li autre errant, 

8000 II et Guillames a Taduré talant 

Et Hermanjart la contesse avenant 
Et puis après li chevalier vaillant. 
Le mes acolent et deriere et devant. ' [c] 

Lors recomence joie. 



CCXXXVIII 

8oo5 Aymeris a la novele escotee 

7982 B uaillant — 7984 C et son b. gr. — 7986 AB Bien sont .x. 
conte — 7986 B Et auec aus — 7987-7988 B mq. — 7989 B Et si 
ame et si ami et si ap. — 7990 A Renart, C Renier ^ 7991 A Et 
S. (et mq.); BC lAlement — 7992 B le hardi combatant; A loce- 
ran — 7993 AB mq. — 7994 C .Xiiii. conte qui sont preu et vail- 
lant — 7995 A Q'det trouer; C ci la p. g. -^ 7996 B Se — 7997 B 
Mainz ; C estor — 7999 C et li autre a itant — 8000-8002 AB mq. 
— 8oo3 BC acole — 8004 C Si r. 



3l8 LI f^ERBONOIS 

Et Hermanjart la contesse senee 

Que Bueves vient a la chiere menbree; 

Al mesagier ont grant joie menée. 

Cil de Nerbone la fort cité loëe 
8010 La sale jonchent^ si Pont ancortinee. 

Et cil queu ont la vitaille aprestee, 

Char et poisson et qan qu'i lor agrée. 

Aymeri monte sanz plus de demoree; 

Li quens Guillames a la fiere pansée 
801 5 Et li plus riche de la cité loëe 

Contre Buevon ont la porte pasee. 

Defors Nerbone Tancontrent an la pree 

Et les barons de moût grant renomee ; 

A Tancontrer ont grant joie menée, 
8020 Li uns vers l'autre en vet brace levée. 

Premiers sa mère a Buevon acolee 

Et puis son père a la chiere menbree. 

Dedanz Nerbone firent la retornee. 

Por lor filz ont grant joie démenée 
8025 Li sires et la dame. 



CCXXXIX 

Quant venuz fu Bueves de Comarcis, 
Gr^nt joie moine ses pères Aymeris 
Et Hermanjart la contesse gentis. 

CCXXXVIII. 8006 A prouee — 8008 A noise — 8009 ABmq,^ 
801 1 queu] ABC qui; C portée ^ 8012 C ce que — 801 3 C sanz 
autre d., •^ a It fiere pansée — 8014 A a qui proece agrée; B 
chiere — 8016 il B*, C Bueuon; B Le duc Bue* a la chiere men- 
bree — 8017 B Deuant— 8018 C de grande r. — 8020 vers] C 
a; il en uint, C ala — 802 1 AC Premier; B apelee — 802 3 B ont 
fet ; il a la chiere menbree 

CCXXXIX. 8026 B Bueues, C Bueuon, A B'; AB de Cormarcis, 
C del Comarchit {de même 8o5j) 



LI NERBONOIS SlQ 

Les tables metent o grant paies votis, 
8o3o Et li mengiers fu prez tôt ademis. 

Qant lavé ont et baron et marchis, 

A val les tables sont au mengier asis. 

Servi les ont .ii. demoisiax de pris. 

Girart fu l'un et l'autre Guiëlins, 
8o35 Filz furent Bueve le franc duc poteîs; 

Avec eus servent maint demoisiax de pris. 

De mes qu'il orent ne vos faz nul devis ; 

Bien sont servi de .v. mes o de .vi. 

Après mengier conta quens Aymeris 
8040 A son filz Bueve le duc de Comarcis 

Coment paien les orent asaillis 

Et an Nerbone si longuement asis^ [d] 

Et si li conte coment Guibert fu pris 

Et en qel guise il fu an la crois mis, 
8045 Mes il fu bien rescos de ses amis; 

Et puis le vint secorre Looîs, 

Tant que toz orent Sarrazins desconfiz. 

Bueve l'antant, de joie s'en est ris, 

Dieu an rant grâce, le roi de paradis, 
8o5o Qui a salve son père et ses amis. 

Ainsi sejorne Bueves de Comarcis 

Avec son père plus de .v. mois o .vi. ; 

Vont an rivière et an bois chascun dis. 

Antr'ex disoient li chevalier de pris 
8o55 Que trop an pes sejornent o paîs, 

Com il n'i sont de Sarrazins requis. 



8029 C el palais seignoriz — 8o3o tôt] C et; B a deuis — 8o32 A 
An mi, C Par mi; C ces — 8034 C (et mq,) li a. — 8o35 C Filz 
sont Bueuon le duc poosteis — 8o36 C mq, — 8037 C la de lor 
mes ne uos ferai d. — 8040 C mq. ; AB de Cormarcis — 8041 B 
auoit — 8042 B Et enz; si] A tant — 8046 Et] C Mes; A Au 
secors uint li bons rois Lo* — 8048 B Bueue, A B\ C Bueuon — 
8049 C grâces — 8o5i C del C; AB Cormarcis — 8o52 plus de] 
A ne sai — 8o56 AB Que; C ne 



320 LI NERBONOIS 

Mes ainz qu'i voient les .viii. jorz acomplis, 
Avra peor trestot li plus hardis. 
Car Famirant, qui s*an estoit fols 
8060 Devant Nerbone, o il fu desconfis, 
Se fu ja tant porchacié et porquis. 
Que il ot ja. .c. milliers d*Arabis 
Por venir a Nerbone. 



8057 B que; A .v. — 8061 A porchachie 




Publications de la Société des Anciens Textes Français 
(En vente à la librairie Firmin Didot et C«% 56, rue 
Jacob, à Paris.) 



Bulletin de la Société des Anciens Textes Français (années 1875 A 1898). 
N'est vendu qu'aux membres de la Société au prix de 3 fr. par année, en 
papier de HoUandei et de 6 fr. en papier Whatman. 

Chansons françaises du xv* siècle publie'es d'après le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale de Paris par Gaston Pauis, et accompagnées de la musi- 
que transcrite en notation moderne par Auguste GETAnT(i875). Epuisé. 

Les plus anciens Monuments de la langue française (a*, x* siècles) pu- 
bliés par Gaston Pauis. Album de neuf planches exécutées par la photo- 
gravure (1873) 3o fr. 

Brun de la Montaigne^ roman d'aventure oublié pour la première fois, d'a- 
près le manuscrit unique de Paris, par Paul NIkyer (1875) 5 fr. 

Miracles de Nostre Dame par personnages publiés d'après le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale par Gaston Paris et Ulysse Robert ; texte com- 
plet 1. 1 à VII (1876. 1877, 1878, 1879, 1880, 1881, i883), le vol. . 10 fr. 

Le t. VIII, dû à M. François Bonnardot, comprend le vocabulaire, la 
table des noms et celle des citations bibliques (logS) i5 fr. 

Le t. IX et dernier contiendra l'introduction et les notes. 

Guillaume de Paleme publié d'après le manuscrit de la bibliothèque de l'Ar- 
senal à Paris, par Henri Michclant (1876) 10 fr. 

Deux Rédactions du Roman des Sept Sages de Rome publiées par Gaston 
Paris (1876) 8 fr. 

Aiol, chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Paris par 
Jacques Normand et Gaston Ratnaud (1877) la fr. 

Le Débat des Hérauts de France et d'Angleterre^ suivi de The Debate be- 
twecn theHeralds ofEngland and France, ^ John Coki, édition commen- 
cée par L. Pannier et achevée par Paul Mitrr (1877) 10 fr. 

Œuvres comvlètes d'Eustache Deschamps publiées d'après le manuscrit de 
la Bibliothèque nationale par le marquis de Queux de Saint-Hilaire, 
t. I à VI, et par Gaston Katmaud, t. VU à IX (1878, 1880, 1883, 1884, 
1887, 1889, 1891, 1893, 1894), le vol 13 fr. 

Le Saint Voyage de Jherusalem du seigneur d'Anglure publié par François 
Bonnardot et Auguste Longnon (1878) 10 fr. 

Chronique du Mont-Saint-Michel (i 343-1468) publiée avec notes et pièces 
diverses par Siméon Luge, t. 1 et II (1879, io83), le vol I3 fr. 

Elie de Saint-Gille, chanson de geste publiée avec introduction, glossaire 
et index, par Gaston Ratnaud, accompagnée de la rédaction norvégienne 
traduite par Eugène Koblbino (1879) 8 ft. 

Tome I 2 1